Dossier XXXI · Acoustique, histoire et vigilance
Le Son
de la grotte au milieu interstellaire
Une vibration naît dans un corps, traverse un milieu, rencontre une oreille ou un instrument. Elle devient nombre, musique, trace, diagnostic, puis indice astrophysique. Ce dossier suit ce trajet depuis une grotte jusqu'au bord de l'espace interstellaire.
« Qu'est-ce qui vibre, dans quel milieu, que mesure-t-on, et qu'entend-on réellement ? »
Pourquoi ce dossier
Ce qu'on n'entend pas, et ce qu'on croit entendre
Frappez une table : le bois vibre, l'air se comprime, votre oreille reçoit une variation de pression. Vous n'avez pas entendu « la table » ; vous avez entendu un trajet. Ce dossier suit ce trajet sur quarante mille ans, d'une grotte résonante jusqu'à une sonde qui, au-delà de l'héliopause, mesure les oscillations d'un plasma.
Quatre questions reviennent à chaque étape : qu'est-ce qui vibre, dans quel milieu, que mesure-t-on, et qu'entend-on réellement ? Elles suffisent à trier ce que l'on raconte sur le son — les « fréquences de guérison », les « sons de l'espace », les répulsifs à ultrasons.
Le texte est celui du script encyclopédique de Provoxys, préparé pour le live et vérifié affirmation par affirmation. Autour, le dossier ajoute quarante-deux clés de physique, quatre-vingt-dix-neuf développements à déplier (analyse mathématique, physique en profondeur, histoire et sources), deux cent vingt-cinq formules qui se lisent à voix haute, trente ateliers où l'on écoute et manipule le son, et un appareil critique où chaque chiffre renvoie à sa source.
Fil conducteur
- Ouverture · OuvertureUne onde, un milieu, une oreille
- Acte I · Le lieuComparer avant de calculer
- Acte II · La mesureMesurer pour vérifier
- Acte III · La musiqueVibration, perception, culture
- Acte IV · L'oreilleL'oreille traite le signal
- Acte V · La machineCapter, garder, reconstruire
- Acte VI · L'échoL'écho comme règle
- Acte VII · Société et intoxQuelle preuve répond à quelle promesse ?
- Acte VIII · Le vivantChanger de fenêtre, pas de rigueur
- Acte IX · L'espaceNommer le phénomène et sa mise en audio
Objectif 1
Nommer
Distinguer la fréquence de la hauteur, le niveau de la sonie, l'onde de pression de l'onde de plasma et de la sonification.
Objectif 2
Mesurer
Lire un décibel, une longueur d'onde, un battement, un écho : ce qu'ils mesurent, dans quelles conditions, avec quelle référence.
Objectif 3
Vérifier
Face à une promesse sonore, demander quelle mesure la soutient — et savoir la refaire, parfois dans son navigateur.
Mode d'emploi
Choisir son parcours
On peut comprendre le fil sans savoir lire les équations. Commencer par l’idée de chaque acte, observer un exemple, puis rejoindre son bilan. Les liens « Étape suivante » forment un parcours continu. Le développement complet, les formules, les portraits et les 56 fiches d’ateliers restent tous disponibles entre ces repères.
| Niveau de lecture | Ce qu’on y cherche | Repères dans le texte |
|---|---|---|
| Fil essentiel | Comprendre ce qui se passe et pourquoi cela compte. | Question de départ, idée centrale, bilan et réponse commentée. |
| Comprendre le mécanisme | Relier une observation à son explication. | Exemples, schémas, « Pour entrer dans le chapitre », lectures de graphiques et pauses. |
| Aller plus loin | Calculer, comparer les modèles ou explorer les sources. | « Lire la formule », lectures symboliques À dire, développements experts et références. |
Les niveaux sont des choix de lecture, pas des catégories de public. On peut commencer sans calcul, puis revenir à une formule. Les étoiles des ateliers indiquent une priorité de conception ; elles ne mesurent pas la difficulté du chapitre. Les règles d’édition et les conventions détaillées sont conservées dans le mode d’emploi du maître.
| Étape | Question qui porte le récit | Lire l’essentiel puis faire le point |
|---|---|---|
| Ouverture | Qu’est-ce qui se déplace quand un son arrive ? | Entrer · Bilan |
| I. Lieu et nombre | Comment comparer des sons avant de posséder des appareils ? | Entrer · Bilan |
| II. Mesure | Comment transformer une impression en résultat vérifiable ? | Entrer · Bilan |
| III. Musique | Pourquoi des notes ensemble peuvent-elles sembler lisses ou rugueuses ? | Entrer · Bilan |
| IV. Oreille | Entendons-nous simplement ce qui entre dans l’oreille ? | Entrer · Bilan |
| V. Machine | Comment garder, transmettre et reconstruire une vibration ? | Entrer · Bilan |
| VI. Écho | Comment un son permet-il de mesurer sans voir ? | Entrer · Bilan |
| VII. Société et intox | Que peut-on vraiment conclure d’un son ou d’une démonstration ? | Entrer · Bilan |
| VIII. Vivant | Comment le monde sonore change-t-il d’une espèce à l’autre ? | Entrer · Bilan |
| IX. Espace | Que signifie écouter une étoile, un plasma ou des données ? | Entrer · Bilan |
Suivre sans entendre tous les effets. L’écoute est une possibilité, jamais une condition de compréhension. Chaque démonstration retenue s’accompagne d’une description et d’un support visuel ou chiffré. Un graphique montre le signal ; il ne prouve pas à lui seul ce qu’une personne perçoit. On peut choisir de ne pas écouter, ne pas percevoir l’effet ou répondre autrement que prévu. Les solutions de lecture et de participation précisent comment poursuivre dans chaque cas.
Régler la page sur son parcours
Le choix ci-dessous règle toute la page, et il est retenu pour vos prochaines visites. On le retrouve dans la barre du haut, sous « Parcours ». Dans tous les parcours, chaque bloc replié s'ouvre d'un clic sur son titre, et une recherche dans la page ouvre le bloc où se trouve le mot cherché. Sur chaque titre, trois barres de couleur donnent la complexité du bloc — une verte pour un bloc accessible, deux ambre pour un bloc intermédiaire, trois corail pour un bloc expert — et une durée indique le temps de lecture.
- L'analyse mathématique rassemble les formules, les dérivations et les calculs d'ordres de grandeur, dont les passages les plus calculatoires du texte.
- En profondeur développe les mécanismes physiques, les limites des modèles et les cas particuliers.
- Histoire & sources raconte comment la connaissance s'est construite : expériences fondatrices, controverses, textes d'origine.
Plan du dossier
Une ouverture, neuf actes, une clôture
Une onde, un milieu, une oreille
Ce qui voyage, les grandeurs, le minimum de maths, et six phénomènes pour une seule physique.
Comparer avant de calculer
Grottes résonantes, flûtes d'os, Pythagore et le monocorde, Épidaure, Vitruve.
Mesurer pour vérifier
Galilée, Mersenne, Boyle, Newton, Sauveur ; puis Chladni, Fourier, Helmholtz, Doppler, Rayleigh.
Vibration, perception, culture
Série harmonique, gammes et tempéraments du monde, instruments, battements, accords et rugosité.
L'oreille traite le signal
Hauteur, sonie, masquage, localisation ; l'oreille interne, la sécurité auditive, la voix.
Capter, garder, reconstruire
Du phonautographe au MP3 : transduction, échantillonnage, FFT, compression, normalisation.
L'écho comme règle
Spallanzani, Langevin et le quartz, l'échographie, et l'effet Doppler déplié.
Quelle preuve répond à quelle promesse ?
Sabine et les salles, le son dans la ville et le droit, la réduction de bruit active, onze intox.
Changer de fenêtre, pas de rigueur
Audiogrammes comparés, infrasons, chauves-souris, cétacés, grenouilles et musaraignes.
Nommer le phénomène et sa mise en audio
Phonons, Voyager et Gurnett, héliosismologie, Persée, LIGO : les trois familles.


Mode pressé
Une phrase par acte. Si vous ne lisez que ça, vous avez le fil.
- OuvertureLe son est une perturbation qui se transmet de proche en proche ; les particules d'air restent près de leur place.
- Acte I · Le lieuAvant les équations, on compare des longueurs de corde et les réponses des lieux : l'octave est un rapport, pas une émotion universelle.
- Acte II · La mesureMersenne mesure une corde, Boyle vide une cloche, Laplace corrige Newton : l'acoustique devient une science qui vérifie.
- Acte III · La musiqueLes gammes sont des compromis entre rapports simples et transposition ; la rugosité d'un accord dépend de ses partiels, pas d'une loi cosmique.
- Acte IV · L'oreilleL'oreille filtre et le cerveau construit : la hauteur, la sonie et la direction sont des percepts, pas des lectures d'instrument.
- Acte V · La machineCapter, stocker, échantillonner, compresser : quatre opérations distinctes, de la suie de Scott aux codecs perceptifs.
- Acte VI · L'échoUn temps d'aller-retour donne une distance : de la chauve-souris au sonar de Langevin et à l'échographe.
- Acte VII · Société et intoxLes mêmes lois gouvernent la salle de concert, la ville et le prétoire ; une promesse sonore se juge à la mesure qui la soutient.
- Acte VIII · Le vivantChaque espèce entend dans sa fenêtre ; infrasons et ultrasons ne sont pas des pouvoirs, mais d'autres bandes de la même physique.
- Acte IX · L'espaceDans le vide, pas de son ; mais des plasmas qui oscillent, des étoiles qui résonnent et des données qu'on peut rendre audibles — trois choses à ne pas confondre.
Laboratoires sonores
Trente ateliers à écouter et manipuler
Chaque atelier est calculé, pas illustré : les cordes obéissent à l'équation d'onde, les battements sortent de la somme de deux sinus, les spectres d'une vraie transformée de Fourier. Ils sont placés dans le chapitre qu'ils éclairent ; cette section les rassemble.
Rien ne se lance tout seul. Un atelier ne charge son code, ne demande le micro et ne produit un son qu'après un clic sur Activer ; Éteindre libère tout. Un seul atelier joue à la fois, et le bouton Couper le son, dans la barre du haut, arrête tout.
Un atelier est un modèle : il calcule ce que ses hypothèses permettent, avec des ralentis et des exagérations annoncés. Ce qu'on peut en conclure, et avec quelle incertitude, est expliqué dans la clé Une observation, son modèle et son incertitude ; toutes les clés de physique sont rassemblées plus bas.
Avant d'écouter
- Volume bas d'abord. Les niveaux produits par un navigateur ne sont pas des dB SPL étalonnés : montez progressivement, jamais au casque à fond.
- Ce que le navigateur ne joue pas. Ni infrason (les haut-parleurs coupent bien avant), ni ultrason (au-delà de 22 à 24 kHz, rien ne sort). Quand un son est ralenti ou transposé, le facteur est écrit.
- Micro : sur votre appareil seulement. Quatre ateliers peuvent l'utiliser, à votre demande. Le son est analysé sur place ; rien n'est envoyé, rien n'est gardé après « Éteindre ».
- Clavier MIDI. Chaque atelier sonore se joue aussi avec un clavier MIDI branché (Chrome, Edge, Firefox ; pas Safari) : bouton « Clavier MIDI » sous la scène, accès demandé au clic, rien n'est envoyé. Le clavier joue dans l'atelier actif — celui qui sonne ou que l'on vient de toucher — et chaque fiche dit ce que font les touches, la vélocité, le pitch bend et la molette.
- Sans écouter. Chaque atelier montre aussi son signal : courbes, spectres, valeurs. L'écoute est une possibilité, jamais une condition pour comprendre.
Et ensuite : 27 ateliers en préparation
- S02 Newton–Laplace
- S05 Tuyaux ouverts et fermés
- S12 Absorption dans l’air
- S10 Gradins d’Épidaure
- S07 Tube de Kundt
- S08 Tube de Rubens
- S31 Le clavier des systèmes du monde
- S15 Résonateur de Helmholtz
- S26 Karplus-Strong et modèles physiques
- S32 Inharmonicité et accord du piano
- S33 Synthèse FM (Chowning)
- S38 Shepard, Risset, triton
- S37 Masquage
- S39 Où est le son ? (ITD / ILD / HRTF)
- S40 Précédence (Haas)
- S44 Jusqu’où entendez-vous ?
- S45 Sécurité : la dose de bruit
- S20 Filtres et égaliseur
- S25 Vocodeur de phase
- S21 Compression perceptive (MP3)
- S35 Loudness war
- S52 Doppler médical
- S48 Le canal SOFAR
- S50 Hunga Tonga fait le tour du monde
- S47 Le cachalot
- S53 La chaîne d’atomes (phonons)
- S55 Le Soleil comme salle de Mersenne
Socle physique
Les clés de physique
Le récit suit l'histoire ; la physique, elle, a un ordre. Ces 42 encadrés, placés dans les chapitres où la notion sert pour la première fois, donnent les clés qui relient mouvement, pression, énergie, émission, propagation et réception. Chacun se lit à trois profondeurs : comprendre sans calcul, utiliser une relation avec ses unités, approfondir ses limites.
- D'où vient un son : la chaîne complète
- Quatre grandeurs pour une seule onde
- Une grammaire des niveaux : de quoi un décibel est-il le rapport ?
- Ce qui fixe la célérité
- Énergie, puissance, intensité : ce que le son transporte
- Impédance : ce qui passe une frontière, et à quel angle
- Pourquoi une perturbation se propage
- Quand les ondes cessent de s’additionner simplement : harmoniques, intermodulation, chocs
- Conditions aux limites : de quel nœud parle-t-on ?
- Atmosphère et océan : gradients, vent, guides et trajets multiples
- Phase, cohérence et retard : +3 dB, +6 dB ou silence
- Diffusion : ce que renvoient les petits objets et les surfaces rugueuses
- Modes possibles, modes excités, modes mesurés
- Oscillateur amorti et forcé : fréquence, largeur, durée
- Couplage, échange d’énergie et résonateur de Helmholtz
- Champ proche, champ lointain et géométrie de la dilution
- Atténuation : dilution, absorption et redistribution
- Cordes, membranes, plaques, solides : des forces de rappel différentes
- Dispersion : quand les fréquences ne voyagent pas à la même vitesse
- Pourquoi reconnaître un instrument demande plus qu’une liste d’harmoniques
- Comment fabrique-t-on un son ?
- Entretenir une vibration : une réserve d’énergie, une valve, une rétroaction
- Moduler, battre, mélanger — cinq transformations à ne pas confondre
- L'oreille moyenne transforme, la cochlée amplifie
- Vibrer ne suffit pas : comment un objet rayonne du son
- Directivité : la taille de la source comparée à la longueur d’onde
- Ce que mesure un microphone : une chaîne, pas un nombre
- Le bruit en physique : une densité spectrale, pas une liste de raies
- Des nombres à la membrane, et ce que la FFT ne peut pas inventer
- Un écho, quatre questions : détecter, situer, séparer, chiffrer l’incertitude
- Portée d’un sonar : suivre l’énergie de l’émission jusqu’au bruit
- Former un faisceau : retards, ouverture et résolution latérale
- Propager, chauffer, faire vibrer des bulles : trois effets distincts des ultrasons
- Comment une onde qui va et vient peut pousser : force de radiation et écoulement moyen
- Doppler — une convention de signes, le vent et les échos pulsés
- Absorber, diffuser, isoler : où va l’énergie qui ne revient pas
- Acoustique des salles : ce que T60 ne dit pas
- Réponse impulsionnelle, fonction de transfert, causalité
- Traverser une paroi : masse, raideur, fuites et chemins détournés
- Du mode de vibration au phonon
- Étoiles, fluide primordial, plasmas — trois rappels différents
- Une observation, son modèle et son incertitude
Ouverture · Une onde, un milieu, une oreille
une onde, un milieu, une oreille
Le son transmet une perturbation de proche en proche. Les particules du milieu bougent autour de leur position ; elles ne traversent pas toute la salle avec le son. Grave ou aigu décrit surtout une fréquence ; faible ou fort engage aussi l’amplitude et notre perception.
Avant de parler de musique, de médecine ou d’espace, il faut comprendre ce qui voyage. Regardez une particule d’air : elle avance et recule près de sa place. Ce qui traverse la salle, c’est la perturbation.
Ouverture · chapitre 1
Le fil unique
Après l’ouverture sur l’onde et son milieu, le geste initial traverse neuf actes : le lieu et le nombre, la mesure, la musique, l’oreille, la trace, l’écho, la société et les intox, le vivant, puis l’espace. Trois personnages donnent un visage aux bascules : Mersenne mesure une corde ; Langevin interroge un écho ; Gurnett lit dans une onde de plasma une frontière que nul œil n’a vue. Une seule règle les accompagne : nommer l’objet qui vibre et la transformation qui permet de l’entendre.
Ouverture · chapitre 2
Qu’est-ce que le son — physique de base
Un son est une perturbation mécanique qui se propage dans un milieu matériel. Dans un gaz ou un liquide, l’onde acoustique usuelle est longitudinale : compressions et raréfactions se transmettent tandis que les particules oscillent près de leur position moyenne. Un solide peut aussi porter des ondes de cisaillement et des ondes de surface. Les plasmas possèdent plusieurs familles d’ondes collectives, dont certaines acoustiques ; toutes ne sont pas du son. Pas de milieu matériel, pas de propagation acoustique : une onde électromagnétique ou gravitationnelle appartient à une autre famille.
Clé de physique D'où vient un son : la chaîne complète ≈ 3 min
Grandeurs
Les trois premières questions. Est-ce que cela se répète vite (fréquence) ? Quelle est l’ampleur de la variation (amplitude) ? À quelle vitesse la perturbation voyage-t-elle (célérité) ? Changer l’une ne change pas automatiquement les deux autres.
Repères d’unités. Hz = cycles par seconde ; kHz = milliers de Hz ; MHz = millions de Hz. Plus loin, mHz = millièmes de Hz et µHz = millionièmes de Hz : la majuscule M et la minuscule m n’ont pas le même sens. Une période est la durée d’un cycle. Le glossaire reste accessible à tout moment.
Clé de physique Quatre grandeurs pour une seule onde ≈ 8 min
- Fréquence f : nombre de cycles par seconde, en hertz (Hz). Hauteur perçue (grave / aigu) pour un son périodique.
- Période T = 1/f.
- Longueur d’onde λ : distance entre deux compressions homologues.
- Célérité c : c = λ f. Dans l’air sec à 20^circC, c ≈ 343 m s^-1.
- Amplitude / pression acoustique p : petit écart local à la pression d’équilibre P0 (la pression atmosphérique, environ 101 325 Pa), en pascals ; ne pas confondre les deux. Elle est liée à l’intensité et, pour l’oreille, à la sonie (mais la sonie n’est pas linéaire : courbes de Fletcher–Munson, 1933).
- Intensité I : puissance moyenne transportée par unité de surface, en W/m². Le niveau de pression sonore Lp ci-dessous utilise la pression efficace p (RMS), pas la pression de crête :
Histoire & sources Des chaleurs spécifiques au canon de Villejuif : comment l’écart de Newton a été refermé ≈ 5 min
La section Newton–Laplace du chapitre résume l’affaire en une ligne : Newton suppose la compression isotherme, Laplace la corrige par le facteur √γ. Les textes montrent un chemin plus long, d’environ un siècle et quart, où la bonne idée a précédé de vingt ans les bonnes mesures, et où un premier accord spectaculaire reposait sur une donnée fausse.
Un écart que personne n’explique. Newton publie 968 pieds anglais par seconde dans la première édition des Principia (1687), puis 979 dans la deuxième, avec des données plus récentes sur la densité de l’air. Les mesures au canon donnent environ 1 100 pieds. Pour combler l’écart, Newton suppose que les particules d’air ont un diamètre égal au dixième de leur espacement, et que le son traverse ces particules instantanément ; la vapeur d’eau fait le reste, jusqu’à 1 142 pieds par seconde. Au XVIIIᵉ siècle, cette explication ne convainc pas, et personne ne fait mieux. Euler admet en 1759 que la cause de « cet excès sur la théorie » reste inconnue ; Lagrange, la même année, refait le calcul sans l’hypothèse d’un mouvement harmonique des particules et trouve le même résultat.
La mesure de 1738. L’Académie royale des sciences charge Cassini de Thury, Maraldi et La Caille d’une nouvelle mesure, par coups de canon tirés la nuit entre la tour de Montlhéry et la pyramide de Montmartre, sur une base de 14 636 toises (environ 28,5 km). Le résultat, 173 toises par seconde, soit environ 337 m/s, servira de référence jusqu’aux années 1820.
L’idée, sans les données. Vers 1802, Laplace a compris l’essentiel : une compression rapide chauffe l’air, cette chaleur n’a pas le temps de s’échapper, et la pression monte plus que ne le dit la loi de Boyle. Son élève Biot l’expose la même année dans le Journal de physique ; faute de données, il calcule seulement de combien l’air devrait s’échauffer pour rendre compte de la vitesse observée. En 1808, Poisson estime qu’une compression de 1/116 du volume élève la température d’un degré. Pour vérifier, il faut mesurer ce que personne ne sait encore mesurer : les chaleurs spécifiques des gaz, à pression constante et à volume constant.
Un accord trop beau. L’Académie met au concours la chaleur spécifique des gaz en 1811. Delaroche et Bérard remportent le prix en 1813 ; Clément et Desormes publient leur propre mémoire en 1819. En décembre 1816, dans les Annales de chimie et de physique, Laplace énonce le résultat correct : la vitesse vraie est la vitesse de Newton multipliée par la racine du rapport des chaleurs spécifiques. Mais il tire ce rapport des mesures de Delaroche et Bérard, qu’il interprète selon sa théorie du calorique, et obtient 1,5 : d’où 345 m/s, contre 337 m/s mesurés. L’historien Bernard Finn a montré que la donnée de départ était fausse (1,24 au lieu de 1,36 pour la chaleur spécifique relative de l’air comprimé) : une erreur de moins de 10 % sur la mesure devenait une erreur de 50 % dans l’usage qu’en faisait Laplace.
1822–1823 : la mesure et la théorie se rapprochent. Gay-Lussac et Welter mesurent directement le rapport des chaleurs spécifiques, selon toute vraisemblance par une détente brusque comme Clément et Desormes : 1,3748. La même année 1822, dans les nuits du 21 et du 22 juin, le Bureau des longitudes fait tirer des coups de canon croisés entre Villejuif (Arago, Prony, Mathieu) et Montlhéry (Gay-Lussac, Humboldt, Bouvard), à 18,6 km : tirer dans les deux sens annule en grande partie l’effet du vent. Résultat : 340,9 m/s à 15,9 °C. L’année suivante, en 1823, Laplace, dans le livre XII du tome V de la Mécanique céleste (le tome porte la date de 1825 en page de titre), applique 1,3748 à la vitesse de Newton et trouve 337,7 m/s après correction de la vapeur d’eau : environ 3 m/s de moins que la mesure de 340,9 m/s, soit un écart voisin de 1 %. Ramené à 0 °C par la racine du rapport des températures absolues, le chiffre de 1822 donne 340,9 × √273,15/289,05 ≈ 331,4 m/s, à moins de 1 m/s de la valeur moderne (331,3 m/s pour l’air sec), dans l’incertitude de la mesure.
Une explication encore discutée. L’hypothèse adiabatique reste contestée pendant des décennies. En 1847, Joule calcule avec l’équivalent mécanique de la chaleur un échauffement qui « confirme pleinement » Laplace, et la charge de la preuve passe aux opposants. La clé ce qui fixe la célérité donne la réponse moderne : à 1 kHz, la chaleur ne diffuse que sur une fraction de millimètre pendant une période.
Appuis
- B. S. Finn, « Laplace and the Speed of Sound », Isis 55, 7–19 (1964) — valeurs de Newton (968 et 979 pieds/s, hypothèses correctrices), aveux d’Euler et de Lagrange (1759), Biot (1802), Poisson (1808), prix de 1811–1813, erreur de Delaroche et Bérard, note de Laplace de 1816 (345,35 contre 337,18 m/s), rapport 1,3748 de Gay-Lussac et Welter, 340,889 m/s du Bureau des longitudes, Joule, Stokes.
- R. S. Westfall, « Newton and the Fudge Factor », Science 179, 751–758 (1973) — les ajustements de Newton sur la vitesse du son dans la deuxième édition des Principia.
- Wikipédia — Vitesse du son, section historique — mesure de 1738 (14 636 toises entre Montlhéry et Montmartre, 173 toises par seconde) ; tirs croisés de 1822 entre Villejuif et Montlhéry, 341 m/s à 15,9 °C.
- Bibliothèque du Congrès — Laplace, Traité de mécanique céleste, tome V (1825) — date de la page de titre du tome V.
- J. Tyndall, On the Motions of Sound, Popular Science Monthly 7 (août 1875) — récit des tirs de 1822 : Humboldt, Bouvard et Gay-Lussac à Montlhéry.
- Histoire(s) de Villejuif — « Villejuif, lieu de détermination de la vitesse du son » — composition des deux stations, douze coups tirés par chaque équipe, distance de 18 612 m, 340,88 m/s à 15,9 °C.
L'analyse mathématique Niveau de pression sonore 1 formule · ≈ 1 min
Se lit« L p égale vingt log base dix de p sur p zéro, avec p zéro égal à vingt micropascals dans l'air »log base dix : le logarithme décimal, qui compte les puissances de dix. µ se dit « mu » : µPa = micropascal, un millionième de pascal. Le p est une pression efficace (moyenne quadratique), pas une pression de crête.
Ce qu’elle dit
Le décibel compare une pression acoustique à une pression de référence. Doubler la pression ajoute environ 6 dB ; cela ne veut pas dire que la sensation est exactement deux fois plus forte. Le logarithme sert à exprimer des rapports très grands avec des nombres maniables.
Les symboles. Survolez la formule ou un symbole.
- Lp niveau de pression acoustique décibel (dB SPL) 60 dB : conversation à 1 m
- p pression acoustique efficace (valeur quadratique moyenne) pascal (Pa) 0,02 Pa à 60 dB
- p0 pression de référence, seuil d'audition conventionnel pascal (Pa) 20 µPa dans l'air
- log10 logarithme décimal : compte les puissances de dix sans unité log10 100 = 2
- µPa micropascal : un millionième de pascal 10^-6 Pa µ se dit « mu », préfixe « micro »
Clé de physique Une grammaire des niveaux : de quoi un décibel est-il le rapport ? ≈ 11 min
En profondeur De 20 micropascals à une atmosphère : jusqu’où tient l’acoustique linéaire ≈ 4 min
Tout le chapitre repose sur une hypothèse que le décibel rend facile à oublier : la pression acoustique p est petite devant la pression d’équilibre P0. C’est elle qui autorise les relations linéaires (la célérité ne dépend pas de l’amplitude, deux ondes s’additionnent sans se gêner). L’échelle des niveaux permet de voir où cette hypothèse est excellente, où elle commence à céder, et pourquoi le nombre « 194 dB » revient si souvent.
Trois rapports qui disent la même chose. Pour une onde plane progressive, trois grandeurs sans dimension mesurent la « petitesse » de l’onde : p/P0 ; la variation relative de masse volumique ρ'/ρ0 = p/(ρ0c^2) ; et le nombre de Mach acoustique u/c, rapport de la vitesse particulaire à la célérité. Comme u = p/(ρ0 c) (quatre grandeurs), les deux derniers sont égaux, et comme ρ0 c^2 = γ P0 dans un gaz parfait, ils valent p/P0 divisé par 1,4. La compression adiabatique (Newton–Laplace) chauffe en outre l’air de Δ T/T = tfracγ-1γ p/P0.
| Niveau | p efficace | p/P0 | u/c | Échauffement efficace | Déplacement efficace à 1 kHz |
|---|---|---|---|---|---|
| 0 dB | 20 µPa | 2 × 10⁻¹⁰ | 1,4 × 10⁻¹⁰ | 1,7 × 10⁻⁸ K | 8 × 10⁻¹² m |
| 60 dB | 0,02 Pa | 2 × 10⁻⁷ | 1,4 × 10⁻⁷ | 2 × 10⁻⁵ K | 8 nm |
| 120 dB | 20 Pa | 2 × 10⁻⁴ | 1,4 × 10⁻⁴ | 0,017 K | 8 µm |
| 140 dB | 200 Pa | 0,2 % | 0,14 % | 0,17 K | 77 µm |
| 160 dB | 2 kPa | 2 % | 1,4 % | 1,7 K | 0,8 mm |
(Calcul pour de l’air à 20 °C, P0 = 101 325 Pa, ρ0 c = 413 rayl, γ = 1,4 ; valeurs efficaces, à multiplier par √2 pour les crêtes d’un sinus.)
En bas de l’échelle : moins qu’un atome, et pourtant un fluide. À 0 dB et 1 kHz, chaque petit volume d’air se déplace d’environ 8 × 10^-12 m, dix fois moins que la taille d’un atome et quelques milliers de fois moins que le libre parcours moyen des molécules (environ 5 × 10^-8 m). L’image d’un fluide continu reste pourtant juste : ce qui compte n’est pas le déplacement, mais la taille de la « particule » acoustique, qui doit être petite devant la longueur d’onde et grande devant le libre parcours. Le tympan moyenne ainsi l’effet d’un nombre énorme de molécules. Un calcul d’ordre de grandeur, fondé sur le nombre de chocs moléculaires que reçoit une membrane de 5 mm en une demi-période, donne des fluctuations thermiques de pression vers 10^-5 Pa : le seuil d’audition se situe à peine au-dessus du bruit propre de l’air.
Au milieu : linéaire localement, non linéaire à la longue. À 120 dB, u/c vaut 1,4 × 10^-4. Localement, l’approximation linéaire est excellente. Mais la célérité du son est un peu plus grande dans les compressions (l’air y est plus chaud et avance dans le sens de l’onde) que dans les détentes. Sur une longue distance, cet écart minuscule s’accumule : les crêtes rattrapent les creux, le front se raidit, et une onde forte finit par former un choc (ondes qui cessent de s’additionner). La linéarité n’est donc pas une propriété d’un niveau seul : elle dépend aussi de la distance parcourue et de la fréquence.
En haut : le sens exact de « 194 dB ». 20log10(101 325/20 × 10^-6) ≈ 194,1 dB : c’est le niveau dont la pression efficace égale la pression atmosphérique. Pour un sinus, la crête vaut √2 fois l’efficace ; dès 191,1 dB, le creux d’un sinus devrait donc atteindre une pression absolue nulle, et au-delà, négative. Un gaz ne supporte pas de pression négative : une onde sinusoïdale symétrique ne peut pas exister à ce niveau dans l’air au niveau de la mer. Ce n’est pas un plafond pour les surpressions : une compression peut dépasser P0 autant que la source le permet. Mais l’onde n’a plus rien de sinusoïdal, les formules linéaires ne s’appliquent plus (elles prédiraient à 191 dB une vitesse particulaire égale à la moitié de la célérité), et un chiffre en « dB » pour une onde de souffle désigne alors une pression de crête, pas un niveau efficace au sens de ce chapitre.
Ce que la linéarité n’impose pas. Elle ne suppose pas un milieu sans pertes (absorption classique) ni un milieu homogène ; elle suppose seulement que les grandeurs de l’onde restent petites devant celles du milieu au repos. Toutes les additions de décibels du dossier, toutes les superpositions de Fourier, toutes les réponses impulsionnelles en dépendent.
Appuis
- S. W. Rienstra et A. Hirschberg, An Introduction to Acoustics, TU Eindhoven, § 2.1–2.2 — déplacement au seuil d’audition de l’ordre de 10⁻¹¹ m, bien inférieur au libre parcours moyen (≈ 5 × 10⁻⁸ m) ; validité de l’hypothèse du continu tant que la particule est petite devant λ et grande devant le libre parcours ; fluctuations thermiques de pression ≈ 10⁻⁵ Pa sur un tympan de 5 mm.
- UNSW, Physclips — impédance et intensité — z = p/u = ρc pour une onde progressive, base du calcul de u/c.
- O. Cramer, « The variation of the specific heat ratio and the speed of sound in air with temperature, pressure, humidity, and CO₂ concentration », J. Acoust. Soc. Am. 93, 2510–2516 (1993) — γ ≈ 1,40 et célérité de l’air réel, données d’entrée du tableau.
Atelier S01 · Onde longitudinale ★★★ · son · MIDI
Onde longitudinale
Rien ne tourne avant ce clic : ni son, ni calcul.
Comment l'utiliserChoisir une fréquence, lancer le son, puis suivre séparément le volume d’air coloré et le front de compression marqué d’un triangle. Mettre en pause pour mesurer λ entre deux compressions ; afficher « les trois » courbes pour comparer pression, vitesse et déplacement.
Ce que ça montreUne rangée de petits volumes d’air qui oscillent sur place pendant que les compressions avancent à c = λ f ; dessous, la pression p(x), la vitesse u(x) ou le déplacement ξ(x). Dans cette onde progressive, p et u culminent ensemble (p = ρc·u) et ξ un quart de période plus tard. Le ralenti (f / 0,5 Hz) et l’exagération du déplacement (rapportée à un son de 60 dB SPL, 25 nm à 440 Hz) sont affichés.
Sens de lectureRegarder d’abord le volume coloré : il va et vient sans partir. Puis suivre le front : il avance de λ à chaque période. Le mouvement local et la propagation sont deux choses distinctes ; les amplitudes dessinées sont grossies des millions de fois.
Au clavier MIDI Une touche fixe la fréquence de l'onde et la fait entendre tant qu'elle est tenue ; le curseur, la longueur d'onde et le ralenti suivent la note. La note est ramenée par octaves entre 20 Hz et 2 kHz. La vélocité règle le niveau, le pitch bend affine la fréquence de deux demi-tons au plus, la molette règle l'amplitude.
L'analyse mathématique Équation de Newton–Laplace texte du dossier · 2 formules · ≈ 11 min
Newton, dans les Principia (1687), pose essentiellement c = √P/ρ en traitant la compression comme isotherme. Avec les valeurs d’aujourd’hui, cette formule donne ~280 m/s à 0 °C, 16 % sous la mesure ; Newton lui-même publie 968 pieds/s (1687) puis 979 (1713), soit ≈ 295–298 m/s avec les données de son temps, et retouche ses hypothèses pour combler l’écart. Laplace (mémoire de 1816, après des travaux dès ~1802) corrige : les compressions d’une onde sonore sont trop rapides pour échanger de la chaleur. Processus adiabatique :
Se lit« c égale racine de gamma P sur rhô, égale racine de K sur rhô »γ se dit « gamma », ρ se dit « rhô » (la masse volumique). P majuscule est la pression moyenne du gaz, K son module de compressibilité adiabatique. La barre de fraction reste sous la racine : on divise, puis on prend la racine.
Ce qu’elle dit
La célérité dépend à la fois de la résistance du milieu à la compression et de la masse à mettre en mouvement. À masse volumique fixée, une plus grande rigidité fait voyager la perturbation plus vite. La racine carrée signifie qu’il faut multiplier le rapport par quatre pour doubler la célérité.
Les symboles. Survolez la formule ou un symbole.
- c célérité du son dans le gaz mètre par seconde (m/s) ≈ 331 m/s à 0 °C, ≈ 343 m/s à 20 °C dans l'air
- γ rapport des capacités thermiques Cp/Cv du gaz sans unité ≈ 1,40 pour l'air (gaz diatomique)
- P pression moyenne du gaz (pression d'équilibre, pas la petite variation acoustique p) pascal (Pa) ≈ 101 325 Pa au niveau de la mer
- ρ masse volumique du milieu au repos kilogramme par mètre cube (kg/m³) ≈ 1,2 kg/m³ pour l'air à 20 °C
- K module de compressibilité adiabatique : résistance du milieu à la compression pascal (Pa) pour un gaz, K = γ P ≈ 1,4 × 10⁵ Pa dans l'air
Ici P est la pression moyenne du gaz, c’est-à-dire la pression d’équilibre P0, et non la petite variation acoustique p ; ρ la masse volumique et K le module de compressibilité adiabatique ; la formule vise de petites perturbations. On note γ = Cp/Cv ≈ 1,40 pour l’air diatomique.
Reste : c=λ f, T=1/f.
√1,4× 280 ≈ 331 m s^-1 à 0^circC : accord avec l’expérience (280 m/s est la valeur isotherme calculée avec P et ρ modernes, pas le chiffre publié par Newton).
Ordres de grandeur à avoir en bouche
| Milieu (conditions typiques) | Célérité approx. |
|---|---|
| Air sec, 20 °C, 1 atm | 343 m/s |
| Air, 0 °C | 331 m/s |
| Eau douce, ~20 °C | ~1480 m/s |
| Eau de mer | ~1500 m/s |
| Acier | ~5000–6000 m/s (longitudinal) |
| Tissu mou / corps humain (US médical) | ~1540 m/s (convention) |
| Vide spatial | pas d’onde de pression audible |
Colladon & Sturm, lac Léman, 1826 : première mesure sérieuse de la vitesse du son dans l’eau, nettement supérieure à celle dans l’air — cloche immergée, signal lumineux de départ et réception sur un second bateau, à environ 14 km. La valeur mesurée est d’environ 1 435 m/s dans une eau à environ 8 °C ; elle n’est donc pas à comparer sans correction aux 1 480 m/s à 20 °C du tableau.
Clé de physique Ce qui fixe la célérité ≈ 8 min
Spectre utile
- Infrasons : < 20 Hz. Séismes, explosion, éléphants, météores, souffleries, armes, « rumble » des tempêtes. Chapitre dédié : les infrasons.
- Audible humain typique : ~20 Hz – 20 kHz (jeune oreille saine). Bande du téléphone historique ~300–3400 Hz ; la parole réelle déborde cette bande. Sensibilité max autour de 2–5 kHz.
- Ultrasons : > 20 kHz. Chauves-souris, dauphins, sonar, échographie, nettoyage, soudure, contrôle non destructif.
Les frontières 20 Hz / 20 kHz sont statistiques, pas des murs. Enfants, chiens, rats, dauphins n’ont pas le même rectangle.
Atelier S56 · La règle des fréquences ★★ · son · MIDI
La règle des fréquences
Rien ne tourne avant ce clic : ni son, ni calcul.
Comment l'utiliserGlisser le curseur le long de l’axe et lire ce qui vit à cette fréquence ; activer les calques ; écouter la fréquence quand elle est dans l’audible (le bouton se grise ailleurs).
Ce que ça montreUn seul axe pour tout le dossier : microbaroms à 0,2 Hz, éléphants, orgue de 32 pieds, voix, oreille (20 Hz–20 kHz, maximum 2–5 kHz), chauve-souris, échographe, fréquence plasma de Voyager — avec la longueur d’onde qu’aurait un son de même fréquence dans l’air et dans l’eau. Une fréquence seule ne fixe pas λ : il faut un milieu et sa relation de dispersion. Pour le plasma ou le champ électromagnétique, cette λ n’est qu’une comparaison.
Sens de lectureRepérer d’abord la fenêtre humaine, étroite au milieu de l’axe ; puis voir combien d’êtres et de machines vivent à sa gauche et à sa droite. Les frontières 20 Hz / 20 kHz sont des repères statistiques, pas des murs.
Au clavier MIDI Chaque touche place le repère sur la règle des fréquences à la fréquence exacte de la note (la3 = 440 Hz, tempérament égal) et la fait entendre tant qu'elle est tenue ; la période, les longueurs d'onde et les repères touchés se mettent à jour. La vélocité règle le niveau, le pitch bend décale le repère d'au plus deux demi-tons, et la molette le multiplie jusqu'à mille fois pour le pousser vers l'ultrason : dès que la fréquence sort de 20 Hz – 20 kHz, le son se coupe, comme avec le curseur.
Atténuation — pourquoi l’ultra n’est pas un infra inversé
Dans l’air, les pertes visqueuses et thermiques ainsi que la relaxation moléculaire absorbent l’énergie sonore. Le terme classique croît comme f^2 ; la loi totale dépend aussi de la température, de l’humidité et de la pression et n’est pas une unique puissance valable partout. Vers 50 kHz, l’absorption peut dépasser 1 dB/m dans des conditions ordinaires ; la portée utile dépend en plus du niveau émis, de la cible et du bruit de fond. Dans l’eau de mer, les contributions de l’acide borique, du sulfate de magnésium et de l’eau pure sont décrites notamment par Francois–Garrison. Les faibles pertes relatives de certaines bandes favorisent le biosonar marin. Le milieu change aussi la célérité, la longueur d’onde et l’impédance : ce n’est pas la seule absorption qui distingue les deux sonars, et les références de niveau dans l’eau et dans l’air restent différentes.
Clé de physique Énergie, puissance, intensité : ce que le son transporte ≈ 9 min
Clé de physique Impédance : ce qui passe une frontière, et à quel angle ≈ 13 min
L'analyse mathématique Viscosité et conduction : l’absorption « classique » calculée, et pourquoi elle ne suffit pas 2 formules · ≈ 7 min
Le chapitre dit que le terme classique de l’absorption croît comme f^2 et que la loi totale de l’air n’est pas une simple puissance. On calcule ici ce terme à partir de deux propriétés de l’air qu’on trouve dans toutes les tables, puis on le compare aux valeurs du dossier : l’écart mesure la part de la relaxation moléculaire.
D’où viennent les deux pertes. Dans une onde plane, deux tranches d’air voisines n’ont pas tout à fait la même vitesse : la viscosité freine leur glissement l’une sur l’autre. Elles n’ont pas non plus tout à fait la même température, puisque la compression chauffe et la détente refroidit : la conduction fait passer un peu de chaleur de l’une à l’autre, et ce qui passe ne revient pas en travail. Les deux effets agissent par diffusion, l’un de la quantité de mouvement, l’autre de la chaleur. On les décrit donc par deux diffusivités, qui s’expriment toutes deux en m²/s : la viscosité cinématique ν et la diffusivité thermique, notée a dans ce qui suit. Stokes publie le calcul visqueux en 1845 ; Kirchhoff y ajoute la conduction en 1868.
Se lit« alpha c l égale oméga deux sur deux c cube, fois, entre crochets, quatre tiers de nu plus gamma moins un fois a »αcl se dit « alpha c l » : le coefficient d’atténuation de l’amplitude, en népers par mètre ; pour l’avoir en dB/m, on multiplie par 8,686. ω se dit « oméga » : la pulsation, 2π fois la fréquence. c³ se dit « c cube ». ν se dit « nu » : la viscosité cinématique, à ne pas confondre avec une fréquence. γ se dit « gamma ». La lettre a est ici une diffusivité thermique, pas une longueur.
Ce qu’elle dit
Chaque cycle de compression et de détente perd une petite fraction de son énergie par frottement visqueux et par échange de chaleur entre zones chaudes et froides. Cette fraction croît comme le carré de la pulsation : doubler la fréquence multiplie l’absorption par quatre. Le calcul suppose un gaz dont les molécules échangent instantanément leur énergie interne ; la relaxation de l’oxygène et de l’azote, qui ajoute beaucoup d’absorption, avec une forte dépendance à l’humidité, n’y figure pas.
Les symboles. Survolez la formule ou un symbole.
- αcl coefficient d’atténuation classique de l’amplitude de pression néper par mètre (Np/m) ≈ 1,4 × 10⁻⁵ Np/m à 1 kHz dans l’air
- ω pulsation de l’onde, 2π f radian par seconde (rad/s) ≈ 6 283 rad/s à 1 kHz
- c célérité du son mètre par seconde (m/s) ≈ 343 m/s dans l’air à 20 °C
- ν viscosité cinématique : viscosité dynamique divisée par la masse volumique mètre carré par seconde (m²/s) ≈ 1,5 × 10⁻⁵ m²/s pour l’air
- γ rapport des capacités thermiques du gaz sans unité ≈ 1,40 pour l’air
- a diffusivité thermique : vitesse d’étalement de la chaleur dans le gaz mètre carré par seconde (m²/s) ≈ 2,1 × 10⁻⁵ m²/s pour l’air
Le calcul pour l’air à 20 °C. On prend ν = 1,5 × 10^-5 m²/s et le rapport ν/a = 0,72, soit a ≈ 2,08 × 10^-5 m²/s. Le crochet vaut tfrac43 × 1,5 × 10^-5 + 0,4 × 2,08 × 10^-5 ≈ 2,83 × 10^-5 m²/s : la viscosité en fournit un peu plus des deux tiers. À 1 kHz, ω^2/(2c^3) = (6 283)^2/(2 × 343^3) ≈ 0,489 s²/m³, d’où αcl ≈ 1,39 × 10^-5 Np/m, soit 8,686 × 1,39 × 10^-5 ≈ 1,2 × 10^-4 dB/m : 0,12 dB/km.
La comparaison avec l’air réel. Les valeurs du dossier (20 °C, 70 % d’humidité, formules de la norme ISO 9613-1) sont bien plus fortes.
| Fréquence | Terme classique calculé | Absorption totale (ISO 9613-1) | Part du terme classique |
|---|---|---|---|
| 1 kHz | 0,12 dB/km | 5,0 dB/km | ≈ 2 % |
| 4 kHz | 1,9 dB/km | 23 dB/km | ≈ 8 % |
| 8 kHz | 7,7 dB/km | 78 dB/km | ≈ 10 % |
| 40 kHz | 0,19 dB/m | 1,3 dB/m | ≈ 15 % |
Le reste vient de la relaxation : une part de l’énergie de compression passe dans les vibrations internes des molécules d’azote et d’oxygène, et en revient avec retard. Avec les formules de la norme, dans ces conditions, la relaxation de l’azote culmine vers 460 Hz et celle de l’oxygène vers 53 kHz (calcul pour ce dossier). À 1 kHz, l’azote fournit à lui seul 3,8 des 5,0 dB/km ; à 8 kHz, l’oxygène en fournit 63 sur 78. Le terme « classique » de la norme elle-même (0,16 dB/km à 1 kHz) dépasse un peu le calcul ci-dessus : il inclut aussi la relaxation de rotation des molécules, qui agit comme une viscosité supplémentaire liée aux changements de volume.
Ce que perd une seule longueur d’onde. Multiplier αcl par λ = 2π c/ω donne la perte sur un cycle d’espace :
Se lit« alpha c l fois lambda égale deux pi deux f sur c deux, fois, entre crochets, quatre tiers de nu plus gamma moins un fois a »λ se dit « lambda » : la longueur d’onde. Le produit αcl λ est un nombre de népers par longueur d’onde, sans unité. π² se dit « pi deux ».
Ce qu’elle dit
La perte subie sur une longueur d’onde croît proportionnellement à la fréquence. Tant qu’elle reste minuscule, l’onde parcourt des milliers de longueurs d’onde avant de s’affaiblir : c’est le régime de l’acoustique ordinaire. Quand elle approche de un, l’onde s’éteint en un seul cycle et le modèle de fluide continu atteint sa propre limite.
Les symboles. Survolez la formule ou un symbole.
- αcl coefficient d’atténuation classique de l’amplitude néper par mètre (Np/m)
- λ longueur d’onde mètre (m) 0,343 m à 1 kHz dans l’air
- f fréquence de l’onde hertz (Hz)
- c célérité du son mètre par seconde (m/s) ≈ 343 m/s
- ν viscosité cinématique mètre carré par seconde (m²/s) ≈ 1,5 × 10⁻⁵ m²/s pour l’air
- γ rapport des capacités thermiques sans unité ≈ 1,40
- a diffusivité thermique mètre carré par seconde (m²/s) ≈ 2,1 × 10⁻⁵ m²/s pour l’air
À 1 kHz : 2π^2 × 1 000 × 2,83 × 10^-5/343^2 ≈ 4,8 × 10^-6 Np par longueur d’onde. Il faudrait environ 72 km, deux cent mille longueurs d’onde, pour que les seules pertes classiques divisent l’amplitude par e. Le produit atteint 1 vers f ≈ 343^2/(2π^2 × 2,83 × 10^-5) ≈ 2 × 10^8 Hz, pour une longueur d’onde d’environ 1,6 µm.
Ce dernier chiffre n’est qu’un ordre de grandeur. Dans un gaz, viscosité et diffusivité thermique valent à peu près la célérité multipliée par le libre parcours moyen des molécules, environ 5 × 10^-8 m dans l’air. La perte par longueur d’onde est donc de l’ordre du rapport entre libre parcours et longueur d’onde : quand elle devient grande, le son n’est plus décrit par un fluide continu (voir le critère de Knudsen). Des mesures faites vers 11 MHz dans des gaz rares à basse pression explorent précisément ce régime.
Appuis
- S. W. Rienstra et A. Hirschberg, An Introduction to Acoustics, TU Eindhoven, § 2.2 — pour l’air, ν = 1,5 × 10⁻⁵ m²/s et ν/a = 0,72 ; viscosité et diffusivité de l’ordre de c fois le libre parcours moyen (≈ 5 × 10⁻⁸ m) ; en champ libre, la viscosité pèse peu et la dissipation principale vient de l’écart à l’équilibre (relaxation, viscosité de volume).
- G. Kirchhoff, « Ueber den Einfluss der Wärmeleitung in einem Gase auf die Schallbewegung », Annalen der Physik 210, 177–193 (1868) — ajout de la conduction thermique au calcul visqueux de Stokes (1845).
- L. B. Evans, H. E. Bass et L. C. Sutherland, « Atmospheric absorption of sound: Theoretical predictions », J. Acoust. Soc. Am. 51, 1565–1575 (1972) — absorption de l’air par relaxation vibrationnelle des molécules, à laquelle s’ajoutent l’absorption classique et la relaxation de rotation.
- Acoustic Toolbox — ISO 9613-1:1993 — formules de la norme : pression de vapeur saturante, fréquences de relaxation de l’oxygène et de l’azote, coefficient d’atténuation ; les valeurs du tableau en sont recalculées ; à 8 kHz et 20 °C, la même formule donne 217, 105 et 78 dB/km pour 20, 50 et 70 % d’humidité.
- M. Greenspan, « Propagation of sound in five monatomic gases », J. Acoust. Soc. Am. 28, 644–648 (1956) — célérité et atténuation mesurées à 11 MHz dans l’hélium, le néon, l’argon, le krypton et le xénon, de la pression atmosphérique à quelques millimètres de mercure.
Ouverture · chapitre 3
Mathématiques du son — le minimum rigoureux
Ces objets permettent de calculer ce que le récit fait observer. Les écrire au tableau au moment où ils servent, puis y revenir ; leur présence ici donne un point de référence commun.
Histoire & sources Du « mille de câble » au décibel : une unité née au téléphone 1 formule · ≈ 5 min
Le décibel est partout dans ce dossier, et l’on explique souvent son logarithme par l’oreille. Son origine est ailleurs : dans les laboratoires de la compagnie téléphonique américaine, au début des années 1920, où l’on cherchait à chiffrer les pertes des lignes. Les deux articles fondateurs, publiés par W. H. Martin dans le Bell System Technical Journal en 1924 et en 1929, racontent cette histoire.
Une unité faite de câble. Pendant plus de vingt ans, les ingénieurs du téléphone mesurent l’efficacité d’un circuit en « milles de câble standard ». Le câble standard est une ligne artificielle de 88 ohms et 0,054 microfarad par mille de boucle, représentative des câbles de l’époque. Pour noter un circuit, un opérateur parle alternativement dans ce circuit et dans un circuit de référence ; un auditeur compare, et l’on ajuste la longueur de câble de référence jusqu’à ce que les deux sons paraissent également forts. Le nombre de milles devient la « valeur » du circuit. L’unité est déjà logarithmique sans le dire : si un mille divise la puissance par r, deux milles la divisent par r^2, et n milles par r^n.
Le défaut : une unité qui dépend de la fréquence. Pour une ligne sans inductance ni fuite, l’affaiblissement du courant par unité de longueur vaut :
Se lit« a égale racine de pi f R C »a est un affaiblissement de courant par mille, en népers : le courant est divisé par e (environ 2,718) chaque fois que a atteint 1. R et C sont la résistance et la capacité par mille de ligne. Le produit R C est un temps par mille carré ; multiplié par f puis passé à la racine, il donne un nombre par mille.
Ce qu’elle dit
Sur une ligne résistive et capacitive, la perte par mille croît comme la racine carrée de la fréquence : les aigus s’affaiblissent davantage que les graves. Un « mille de câble » mesurait donc à la fois une baisse de volume et une déformation du son. L’expression suppose une ligne longue et uniforme, sans inductance ni fuite.
Les symboles. Survolez la formule ou un symbole.
- a affaiblissement du courant par mille de câble néper par mille ≈ 0,122 à 1 kHz pour le câble standard
- f fréquence du courant hertz (Hz)
- R résistance de la ligne par mille de boucle ohm par mille (Ω/mille) 88 Ω pour le câble standard
- C capacité de la ligne par mille de boucle farad par mille (F/mille) 0,054 µF pour le câble standard
Avec les valeurs du câble standard : à 1 kHz, a = √π × 1 000 × 88 × 0,054 × 10^-6 ≈ 0,122 Np, soit 8,686 × 0,122 ≈ 1,06 dB par mille. À 500 Hz, 0,75 dB ; à 2 kHz, 1,50 dB. Tant que les lignes réelles déformaient le son comme le câble standard, cette double nature servait les comparaisons à l’oreille. Avec les circuits à amplificateurs et les mesures à fréquence unique, elle devient gênante : il faut une unité « sans distorsion ».
1923 : l’unité de transmission. Le Bell System remplace le mille de câble par une unité définie sur un rapport de puissances, sans référence à aucune ligne : deux puissances diffèrent d’une unité quand leur rapport vaut 10^0,1. Le nombre d’unités est donc dix fois le logarithme décimal du rapport. Martin énumère les qualités recherchées : logarithmique, indépendante de la fréquence, fondée sur la puissance, simple à calculer avec une table de logarithmes, et de même ordre de grandeur que l’ancien mille, pour ne pas bouleverser les habitudes. Son effet sur la parole transmise est d’environ 6 % plus faible que celui d’un mille de câble, ce que retrouve le calcul à 1 kHz ci-dessus.
1924–1929 : bel, néper, décibel. Un comité européen de téléphonie à longue distance, créé en 1924, discute la normalisation. Certaines administrations préfèrent une unité fondée sur le logarithme népérien, dont le rapport de base est e^2 en puissance. Le compromis retient deux unités : une unité décimale fondée sur le rapport 10, nommée « bel » d’après Alexander Graham Bell, et une unité népérienne, nommée « néper » d’après Napier, l’inventeur des logarithmes ; les deux diffèrent d’environ 15 %. L’unité de transmission, dixième du bel, prend le nom de « décibel », abrégé « db » : adopté par le Bell System fin 1928, il est officialisé dans l’article de Martin de janvier 1929. La conversion entre les deux familles subsiste dans tout le dossier : un néper d’amplitude vaut 20log10 e ≈ 8,686 dB, le facteur qui transforme un coefficient d’atténuation en népers par mètre en décibels par mètre (absorption classique).
Et l’oreille ? L’article de 1924 invoque aussi la sensation : il affirme que la force perçue est une fonction logarithmique de l’énergie. C’est l’idée de Fechner, que la psychoacoustique du XXᵉ siècle a nuancée (mesurer une sensation). Le décibel n’a pas été construit sur une mesure de la sonie : c’est une unité d’ingénieur, commode pour multiplier des pertes en additionnant des nombres. Son usage pour les sons dans l’air, avec la référence de 20 µPa (grammaire des niveaux), est venu ensuite.
Appuis
- W. H. Martin, « The Transmission Unit and Telephone Transmission Reference Systems », Bell System Technical Journal 3, 400–408 (1924) (texte intégral, Internet Archive) — câble standard de 88 Ω et 0,054 µF par mille, comparaison à l’oreille, affaiblissement en racine de la fréquence, qualités requises de la nouvelle unité, rapport 10^0,1, écart d’environ 6 % avec le mille de câble.
- W. H. Martin, « Decibel — The Name for the Transmission Unit », Bell System Technical Journal 8, 1–2 (1929) (texte intégral, Internet Archive) — remplacement du mille de câble en 1923, comité européen de 1924, noms bel et néper, écart de 15 %, annonce du nom « décibel » et du symbole « db ».
- Wikipedia — Decibel, section historique — le Bell System a renommé l’unité de transmission en décibel en 1928.
Équation d’onde (d’Alembert, 1747)
Clé de physique Pourquoi une perturbation se propage ≈ 8 min
L'analyse mathématique Équation d'onde de d'Alembert 1 formule · ≈ 1 min
Se lit« d rond deux p sur d rond t deux égale c deux nabla deux p »Le ∂ se dit « d rond », jamais « delta » : c'est une dérivée partielle. ∇² se dit « nabla deux » ou « laplacien » : la courbure de la pression dans les trois directions de l'espace. Le petit 2 en exposant des partial dit qu'on dérive deux fois.
Ce qu’elle dit
Cette équation relie la façon dont la pression change au cours du temps à la façon dont elle diffère entre points voisins. Le symbole ∂ indique une variation ; les exposants 2 désignent ici des dérivées secondes, pas la pression au carré. ∇² rassemble les variations spatiales dans les différentes directions. L’idée à garder : une déformation locale se transmet.
Les symboles. Survolez la formule ou un symbole.
- p pression acoustique : écart local à la pression d'équilibre pascal (Pa)
- t temps seconde (s)
- c célérité du son dans le milieu mètre par seconde (m/s) ≈ 343 m/s dans l'air à 20 °C
- nabla^2 laplacien : somme des dérivées secondes selon les trois directions de l'espace par mètre carré (m⁻²), appliqué à p en une dimension il se réduit à partial^2/partial x^2
En une dimension : ptt = c^2 pxx. Solutions de d’Alembert : f(x-ct)+g(x+ct) — une onde qui part à droite, une à gauche. Toute la salle, toute la corde, tout le tuyau est déjà là.
Clé de physique Quand les ondes cessent de s’additionner simplement : harmoniques, intermodulation, chocs ≈ 12 min
L'analyse mathématique Quand la section varie : l’équation des pavillons, et pourquoi un cône fermé sonne comme un tube ouvert 3 formules · ≈ 7 min
L’équation de d’Alembert à une dimension décrit une onde dans un tube de section constante. Beaucoup de conduits réels s’évasent : pavillon de cuivre ou de haut-parleur, corps conique du hautbois ou du saxophone, conduit vocal. On refait ici le bilan qui donne l’équation d’onde en laissant la section S(x) varier, puis on en tire deux résultats qui ne se devinent pas.
Le bilan d’une tranche. On suppose des fronts d’onde presque plans, une section qui varie lentement à l’échelle de la longueur d’onde, et de petites amplitudes. Dans la tranche comprise entre x et x + dx, la masse d’air contenue augmente de ce qui entre moins ce qui sort ; ce qui passe est le débit S u, qui dépend de x à la fois par la vitesse et par la section. La loi de Newton, elle, ne change pas : l’air d’une tranche est poussé par la différence de pression entre ses deux faces. Avec p = c^2 ρ' (les trois lois), on élimine la vitesse et la masse volumique :
Se lit« un sur S, fois d rond sur d rond x de S d rond p sur d rond x, égale un sur c deux, d rond deux p sur d rond t deux »∂ se dit « d rond ». S est l’aire de la section du conduit à l’abscisse x, en m² : elle reste à l’intérieur de la première dérivée, ce qui la distingue de l’équation de d’Alembert. Si S est constante, elle se simplifie et l’on retrouve exactement ptt = c^2 pxx.
Ce qu’elle dit
Dans un conduit qui s’évase, l’onde doit mettre en mouvement une section de plus en plus grande : une partie de son effort sert à remplir le volume supplémentaire, ce qui ajoute un terme proportionnel à la variation relative de section. L’équation reste linéaire et unidimensionnelle. Elle suppose que la section varie peu sur une longueur d’onde, sans pertes, et que les fronts restent presque plans ; elle devient fausse près d’une ouverture ou dans un évasement brutal.
Les symboles. Survolez la formule ou un symbole.
- S aire de la section du conduit à l’abscisse x mètre carré (m²)
- p pression acoustique pascal (Pa)
- x abscisse le long de l’axe du conduit mètre (m)
- c célérité du son dans l’air mètre par seconde (m/s) ≈ 343 m/s à 20 °C
- t temps seconde (s)
Un nom d’usage. On l’appelle « équation de Webster », d’après l’article de 1919, mais elle est plus ancienne : Lagrange, Daniel Bernoulli et Euler l’avaient déjà établie au XVIIIᵉ siècle, et Rayleigh l’a traitée pour un tube de révolution en 1916.
Premier cas : le cône. Pour un cône mesuré depuis son sommet, la section croît comme le carré de la distance, S ∝ x^2. En posant p = psi/x, l’équation de Webster redevient exactement celle de d’Alembert pour psi : les solutions sont des ondes sphériques, p = [f(x - ct) + g(x + ct)]/x, comme autour d’une petite source en champ libre. Le mode stationnaire qui reste fini au sommet est sin(kx)/x. Au sommet, ce rapport tend vers k : la pression y est maximale et la vitesse nulle, comme contre un fond fermé. À l’autre bout, ouvert, la pression doit s’annuler : sin(kL) = 0.
Se lit« p de x, t égale A sinus de k x sur x, fois cosinus de oméga t ; f n égale n c sur deux L »k est le nombre d’onde, 2π/λ, en radians par mètre ; ω (« oméga ») la pulsation. x est mesuré depuis le sommet du cône, pas depuis l’embouchure. n vaut 1, 2, 3… sans restriction : toutes les harmoniques sont présentes.
Ce qu’elle dit
Un cône fermé à son sommet et ouvert à sa base résonne sur la série harmonique complète, à la même fréquence fondamentale qu’un tube cylindrique de même longueur ouvert aux deux bouts. Un cylindre fermé à un bout, au contraire, n’a que les rangs impairs et sonne une octave plus bas. Le résultat vaut pour un cône idéal qui va jusqu’à son sommet ; un cône tronqué s’en écarte d’autant plus que la partie manquante est longue.
Les symboles. Survolez la formule ou un symbole.
- p pression acoustique du mode pascal (Pa)
- A amplitude du mode, fixée par l’excitation pascal-mètre (Pa·m)
- k nombre d’onde, 2π divisé par la longueur d’onde radian par mètre (rad/m)
- x distance au sommet du cône mètre (m)
- ω pulsation du mode radian par seconde (rad/s)
- t temps seconde (s)
- fn fréquence du mode de rang n hertz (Hz) 264, 528, 792 Hz pour L = 0,65 m
- n rang du mode sans unité 1, 2, 3…
- c célérité du son mètre par seconde (m/s) ≈ 343 m/s
- L longueur du cône, du sommet à l’ouverture mètre (m)
Exemple chiffré, longueur 0,65 m, c = 343 m/s (valeurs idéales, sans correction d’extrémité) :
| Conduit | Série | Trois premiers modes |
|---|---|---|
| Cylindre ouvert aux deux bouts | n c/(2L) | 264, 528, 792 Hz |
| Cylindre fermé à un bout | (2n-1) c/(4L) | 132, 396, 660 Hz |
| Cône fermé au sommet | n c/(2L) | 264, 528, 792 Hz |
Le cône et le cylindre fermé ont pourtant tous deux un bout « fermé ». La différence tient au facteur 1/x : dans le cylindre, un maximum de pression au fond et un nœud à l’ouverture imposent un quart de longueur d’onde ; dans le cône, sin(kx)/x est déjà maximal au sommet, et il suffit qu’une demi-longueur d’onde tienne dans le conduit. C’est ce qui sépare les instruments qui octavient quand on force le souffle (hautbois, saxophone) de la clarinette, qui passe à la douzième.
Deuxième cas : le pavillon exponentiel. Pour S = S0 e^m x, le terme ajouté par l’évasement est constant. En cherchant une onde de la forme e^-mx/2cos(ω t - kappa x), on trouve kappa^2 = (ω/c)^2 - m^2/4 : l’onde ne se propage que si ω > mc/2, c’est-à-dire au-dessus de
Se lit« f c égale m c sur quatre pi »fc se dit « f c » : c pour coupure. m est le taux d’évasement : la section est multipliée par e (environ 2,718) chaque fois qu’on avance de 1/m ; il s’exprime en m⁻¹. Ce m n’est pas une masse.
Ce qu’elle dit
Un pavillon qui s’évase vite ne transmet pas les graves : sous la fréquence de coupure, la pression décroît le long du pavillon au lieu d’avancer, et presque rien n’est rayonné. Plus l’évasement est lent, plus la coupure descend, mais plus le pavillon doit être long pour atteindre une grande ouverture. Le résultat suppose un pavillon infini et sans pertes ; un pavillon réel, tronqué, présente en plus des résonances.
Les symboles. Survolez la formule ou un symbole.
- fc fréquence de coupure du pavillon hertz (Hz) ≈ 95 Hz si la section double tous les 20 cm
- m taux d’évasement exponentiel de la section par mètre (m⁻¹) ln 2/0,20 ≈ 3,47 m⁻¹ dans l’exemple
- c célérité du son mètre par seconde (m/s) ≈ 343 m/s
Si la section double tous les 20 cm, m = ln 2/0,20 ≈ 3,47 m⁻¹ et fc ≈ 3,47 × 343/(4π) ≈ 95 Hz. Pour descendre à 47 Hz, il faut un évasement deux fois plus lent : la section ne double plus que tous les 40 cm, et le pavillon, pour atteindre la même ouverture, est deux fois plus long.
Appuis
- A. G. Webster, « Acoustical impedance, and the theory of horns and of the phonograph », PNAS 5, 275–282 (1919) — l’équation des pavillons à section variable, appliquée au phonographe ; le nom est une convention, l’équation est plus ancienne (Lagrange, Bernoulli, Euler).
- S. W. Rienstra et A. Hirschberg, An Introduction to Acoustics, TU Eindhoven, § 8.1 — dérivation de l’équation de Webster pour une section lentement variable ; cas conique, exponentiel et caténoïdal ; propagation ou coupure selon que le taux d’évasement est inférieur ou supérieur au nombre d’onde (m y désigne le taux du rayon ; pour la section, comme dans ce bloc, la coupure est à m/2 = k).
- P. A. Martin, « On Webster’s horn equation and some generalizations », J. Acoust. Soc. Am. 116 (2004) — histoire de l’équation, antérieure à Webster.
- UNSW, J. Wolfe — « Pipes and harmonics: cylindrical and conical bores » — un cône fermé a presque les mêmes résonances qu’un cylindre ouvert de même longueur ; ondes sphériques en sin(kr)/r ; aucun instrument n’est un cône complet.
- G. Ayers, L. J. Eliason et D. Mahgerefteh, « The conical bore in musical acoustics », Am. J. Phys. 53, 528–537 (1985) — traitement détaillé du tuyau conique, référence citée par la page précédente.
En profondeur Une, deux ou trois dimensions : pourquoi un claquement ne laisse pas de traîne dans l’espace 1 formule · ≈ 5 min
Le chapitre écrit l’équation d’onde en trois dimensions, puis la ramène à une seule pour la corde et le tuyau. Le passage d’une dimension à l’autre n’est pas neutre. La même équation, excitée par la même impulsion brève, donne une impulsion brève en trois dimensions, une marche qui ne retombe jamais en une dimension, et une réponse avec une longue traîne en deux dimensions. Ce détail mathématique a des conséquences très concrètes, notamment pour les simulations en deux dimensions comme le bac à ondes S09.
La réponse à un claquement idéal. On note G la réponse du milieu, en un point situé à la distance r de la source, à une impulsion infiniment brève émise à l’instant zéro. En trois dimensions et en deux, elle s’écrit :
Se lit« G trois de r, t égale delta de t moins r sur c, sur quatre pi c deux r ; G deux de r, t égale H de t moins r sur c, sur deux pi c deux racine de t deux moins r deux sur c deux »δ se dit « delta » : l’impulsion de Dirac, nulle partout sauf à l’instant où son argument s’annule. H est la fonction échelon (fonction de Heaviside) : zéro avant l’instant où son argument s’annule, un après. G₃ et G₂ se disent « G trois » et « G deux ».
Ce qu’elle dit
En trois dimensions, la réponse est une impulsion qui passe à l’instant r/c puis s’annule : après le front, le point redevient silencieux, et l’amplitude décroît comme 1/r. En deux dimensions, la réponse démarre au même instant mais ne s’annule jamais : elle décroît lentement, d’abord vite puis comme 1/t, et laisse une traîne. Les deux formes supposent un milieu homogène, infini, sans pertes, et une source ponctuelle.
Les symboles. Survolez la formule ou un symbole.
- G3 réponse du milieu à trois dimensions à une impulsion ponctuelle seconde par mètre cube (s/m³), pour une source unité
- G2 réponse du milieu à deux dimensions à une impulsion ponctuelle (ou à une source linéique infinie en trois dimensions) seconde par mètre carré (s/m²), pour une source unité
- r distance entre la source et le point d’écoute mètre (m) 3,43 m dans l’exemple
- t temps écoulé depuis l’émission seconde (s)
- c célérité du son mètre par seconde (m/s) ≈ 343 m/s
- δ impulsion de Dirac : signal infiniment bref d’aire unité par seconde (s⁻¹)
- H fonction échelon de Heaviside : 0 avant son argument nul, 1 après sans unité
Pourquoi la traîne. Un problème à deux dimensions est un problème à trois dimensions invariant selon la troisième : un point source dans le plan représente en réalité une ligne de sources, infinie, perpendiculaire au plan. Chaque élément de cette ligne émet un claquement net, mais ils sont à des distances différentes du point d’écoute : leurs contributions arrivent l’une après l’autre, la plus proche en premier, les plus lointaines de plus en plus tard et de plus en plus affaiblies. La traîne n’est rien d’autre que cet étalement des temps d’arrivée. En une dimension, la source est un plan entier : toutes les contributions lointaines s’additionnent et la réponse devient une marche, G1 = H(t - |x|/c)/(2c), qui ne retombe pas. C’est le « déplacement qui reste » d’une corde frappée sur un point, que l’équation de d’Alembert décrit par deux fronts qui s’éloignent.
Un exemple chiffré. Point d’écoute à r = 3,43 m : le front arrive à 10 ms dans tous les cas. En trois dimensions, il n’y a plus rien après. En deux dimensions, la réponse vaut, en proportion de 1/√t^2 - r^2/c^2 : 218 s⁻¹ à 11 ms, 58 s⁻¹ à 20 ms et encore 10 s⁻¹ à 100 ms, soit environ un vingtième de sa valeur à 11 ms, quatre-vingt-dix millisecondes après le passage du front. Dans une simulation plane, un claquement est suivi d’un bruissement qui n’existe pas dans une pièce réelle vide de réflexions.
Ce que cela change pour les ateliers et les mesures.
- Le niveau. En deux dimensions, l’énergie se répartit sur un cercle, dont le périmètre croît comme r : le niveau baisse de 3 dB par doublement de distance, contre 6 dB pour une source ponctuelle réelle. C’est l’avertissement que porte le bac à ondes, et la même loi que celle d’une route chargée vue comme une ligne de sources (dilution sphérique et cylindrique).
- La forme des signaux. Un bac à ondes en deux dimensions reproduit fidèlement les directions (réflexion, réfraction, diffraction, positions des nœuds des modes), mais pas la forme temporelle d’une impulsion. Pour comparer une réponse simulée à une réponse mesurée, il faut soit simuler en trois dimensions, soit corriger cette traîne.
- La réverbération. Dans une salle réelle, la traîne entendue après un claquement vient des réflexions sur les parois, pas de la propagation elle-même. En trois dimensions, un point de l’espace libre redevient silencieux dès que le front est passé : c’est ce qui permet de lire la réponse impulsionnelle d’une salle comme une suite d’échos distincts.
Les limites de cette propriété. Elle suppose un milieu homogène et sans pertes. La dispersion, qui fait voyager les fréquences à des vitesses différentes, étale aussi une impulsion, même en trois dimensions : c’est le cas des ondes de flexion d’une plaque. Un milieu dont la célérité varie avec la position crée de même des arrivées multiples. La netteté du front en espace libre est donc une propriété de l’équation d’onde idéale à trois dimensions, pas de toute propagation.
Appuis
- S. W. Rienstra et A. Hirschberg, An Introduction to Acoustics, TU Eindhoven, annexe E et réponses du chapitre 3 — fonctions de Green de l’équation d’onde en champ libre à une, deux et trois dimensions ; la « traîne » de la solution à deux dimensions vient de la source linéique, dont chaque point est à une distance différente de l’observateur.
- Penn State (D. Russell) — la corde pincée et la construction de d’Alembert — solution f(x − ct) + g(x + ct) de l’équation à une dimension, fronts qui s’éloignent de part et d’autre du point excité.
L'analyse mathématique Corde de Mersenne texte du dossier · 1 formule · ≈ 2 min
Fréquence fondamentale d’une corde de longueur L, tension τ, masse linéique µ :
Se lit« f un égale un sur deux L, fois racine de tau sur mu ; f n égale n f un »τ se dit « tau » (la tension de la corde, en newtons), μ se dit « mu » (sa masse par mètre, en kilogrammes par mètre). f1 se dit « f un » : l'indice est un numéro, pas une multiplication.
Ce qu’elle dit
Une corde plus longue vibre plus lentement ; une tension plus grande accélère la vibration ; une masse par mètre plus grande la ralentit. L désigne la longueur, τ la tension, μ la masse linéique. Pour la corde idéale, les modes suivants vibrent deux, trois, quatre fois plus vite que le premier.
Les symboles. Survolez la formule ou un symbole.
- f1 fréquence fondamentale de la corde hertz (Hz)
- L longueur vibrante de la corde mètre (m) doubler L descend d'une octave
- τ tension de la corde newton (N) quadrupler τ monte d'une octave
- µ masse linéique : masse de la corde par mètre kilogramme par mètre (kg/m) quadrupler µ baisse d'une octave
- fn fréquence du mode numéro n (harmonique) hertz (Hz)
- n numéro du mode sans unité entier : 1, 2, 3…
Conséquences mesurables sur un monocorde : doubler L descend d’une octave ; quadrupler τ monte d’une octave ; doubler µ divise la fréquence par √2, soit six demi-tons tempérés ; quadrupler µ baisse d’une octave. Comparer à tension et longueur constantes.
Renvoi. La loi de Mersenne dit à quelle fréquence la corde peut vibrer ; elle ne dit ni d’où vient l’énergie, ni comment le son quitte la corde. Ces deux questions sont traitées dans Comment fabrique-t-on un son ? et dans l’atelier S57, où la même corde est pincée, frappée ou frottée.
Nœuds aux extrémités. n=2 est l’octave. n=3 la douzième (octave + quinte). C’est déjà toute la série harmonique.
Atelier S04 · La corde de d’Alembert ★★★ · son · plein écran · MIDI
La corde de d’Alembert
Rien ne tourne avant ce clic : ni son, ni calcul.
Comment l'utiliserPincer la corde à la souris, écouter, lire la fréquence mesurée. Multiplier la tension par quatre (la fréquence double), puis doubler la longueur (elle est divisée par deux) ; pincer au milieu, puis près du chevalet. Lancer une impulsion étroite en « très ralenti » pour suivre ses réflexions.
Ce que ça montreUne corde idéale calculée mode par mode : la célérité √(T/µ) sur la corde, f₁ = (1/2L)√(T/µ) confrontée à la fréquence mesurée sur le son produit (écart inférieur à 2 cents de 27 Hz à 3 kHz, à 0,3 cent près en dessous de 1 kHz), les amplitudes des modes selon le point d’attaque, et une impulsion qui revient à l’envers après chaque extrémité fixe. L’onde transverse de la corde et le son dans l’air ont la même fréquence, pas la même longueur d’onde.
Sens de lectureD’abord la forme de la corde juste après le geste (deux fronts qui s’éloignent), puis l’impulsion : chaque réflexion sur un chevalet l’inverse. Ensuite les barres de modes : pincer au milieu éteint les harmoniques pairs. Enfin vérifier que quadrupler T monte d’une octave. Les pertes sont une loi empirique réglée pour l’écoute.
Au clavier MIDI Une touche accorde la corde sur la note (la tension change d'abord, puis la longueur si la tension atteint ses bornes) et la pince ou la frappe au point d'attaque courant : on lit la loi de Mersenne en direct. La vélocité règle la force du geste, le pitch bend retend la corde de deux demi-tons au plus, la molette règle l'amortissement.
L'analyse mathématique Tuyaux texte du dossier · 3 formules · ≈ 11 min
Clé de physique Conditions aux limites : de quel nœud parle-t-on ? ≈ 11 min
Ouvert-ouvert : fn = n c/(2L). Fermé-ouvert idéal : seulement les impairs, fn = (2n-1) c/(4L). Ce modèle aide à comprendre le registre chalumeau de la clarinette ; une clarinette réelle, percée de trous et munie d’un pavillon, ne se réduit pas à un tuyau idéal. Correction d’embouchure : L effectif > L géométrique — déjà le souci de Mersenne quand il mesure.
Battements
L'analyse mathématique Fréquence des battements 1 formule · ≈ 1 min
Se lit« f battement égale valeur absolue de f a moins f b »Les deux barres verticales se lisent « valeur absolue de » : on garde l'écart sans son signe, peu importe quel son est le plus aigu.
Ce qu’elle dit
Compter les pulsations revient à compter l’écart entre les deux fréquences. Avec 440 et 442 Hz, l’amplitude gonfle deux fois par seconde. Les barres autour de la différence demandent de garder une valeur positive, quel que soit l’ordre de soustraction.
Les symboles. Survolez la formule ou un symbole.
- fbatt fréquence des battements : nombre de gonflements du volume par seconde hertz (Hz) 440 et 442 Hz : 2 battements par seconde
- fa fréquence du premier son hertz (Hz) ex. 440 Hz
- fb fréquence du second son, voisine de la première hertz (Hz) ex. 442 Hz
Deux diapasons à 440 et 442 Hz : on entend 2 battements par seconde. C’est l’accordeur vivant, et le début de la rugosité de Helmholtz. Analyse complète : chapitre battements.
L'analyse mathématique Gamme juste vs tempérament égal texte du dossier · 1 formule · ≈ 1 min
Juste (rapports entiers) : octave 2/1, quinte 3/2, quarte 4/3, tierce majeure 5/4, tierce mineure 6/5, ton majeur 9/8.
Tempérament égal à 12 degrés, compromis pour toutes les tonalités depuis le XVIIIe (théorisé bien avant, généralisé avec le piano) :
Se lit« f k égale f zéro fois deux puissance k sur douze ; demi-ton égale racine douzième de deux, environ un virgule zéro cinq neuf quatre six »2^k/12 se lit « deux puissance k sur douze » : l'exposant entier est en haut. La racine douzième de deux est le nombre qui, multiplié douze fois par lui-même, donne 2 — l'octave.
Ce qu’elle dit
Dans le tempérament égal, chaque demi-ton multiplie la fréquence par le même petit facteur. Après douze pas, on a doublé la fréquence : une octave. k compte les pas depuis la note de départ ; une puissance évite d’écrire toutes les multiplications.
Les symboles. Survolez la formule ou un symbole.
- fk fréquence de la note située k demi-tons au-dessus de la note de départ hertz (Hz)
- f0 fréquence de la note de départ hertz (Hz) ex. la3 = 440 Hz
- k nombre de demi-tons tempérés depuis la note de départ sans unité entier, négatif vers le grave ; k = 12 : une octave, k = 7 : une quinte (≈ 1,4983)
- demi-ton rapport de fréquence entre deux notes voisines du tempérament égal sans unité ≈ 1,05946, soit un peu moins de 6 %
La quinte tempérée 2^7/12 ≈ 1,4983 au lieu de 1,5. Écart : ~1,96 cent (un cent = 1/100 de demi-ton, 1200log2(f2/f1)). Assez petit pour l’oreille occidentale moderne, assez grand pour un chanteur a cappella qui « juste » autrement.
L'analyse mathématique Série de Fourier texte du dossier · 1 formule · ≈ 1 min
Se lit« s de t égale a zéro plus somme pour n allant de un à l'infini de a n cosinus de deux pi n f zéro t plus b n sinus de deux pi n f zéro t »Le grand Σ se dit « somme » : on additionne un terme par valeur de n. π se dit « pi ». an et bn se disent « a n » et « b n » : les amplitudes du n-ième harmonique.
Ce qu’elle dit
Fourier décrit un signal périodique comme un mélange de vibrations simples. Le signe Σ demande de les additionner ; n numérote les harmoniques ; les coefficients a et b en règlent le dosage et la phase. L’infini décrit le modèle : une reconstruction pratique en utilise un nombre fini.
Les symboles. Survolez la formule ou un symbole.
- s signal périodique (pression, tension…) unité du signal (ex. pascal)
- t temps seconde (s)
- a0 valeur moyenne du signal (composante continue) unité du signal
- n rang de l'harmonique sans unité entier de 1 à l'infini
- an amplitude de la composante en cosinus de l'harmonique n unité du signal
- bn amplitude de la composante en sinus de l'harmonique n unité du signal avec an, fixe le dosage et la phase de l'harmonique
- f0 fréquence fondamentale : l'inverse de la période hertz (Hz) un la de hautbois et un la de piano ont le même f0
Un la de hautbois et un la de piano ont le même f0 et des an,bn différents. Helmholtz écoute ça avec des sphères de laiton. Aujourd’hui un spectrogramme.
Atelier S17 · Fourier à la main ★★★ · son · plein écran · MIDI
Fourier à la main
Rien ne tourne avant ce clic : ni son, ni calcul.
Comment l'utiliserDessiner une période au doigt, ou choisir un carré. Augmenter N harmonique par harmonique et écouter la reconstruction à la fréquence choisie.
Ce que ça montreLes amplitudes et les phases de chaque harmonique n (fréquence n × f₀), la somme partielle superposée à la période dessinée, qui se répète sans fin, et les épicycles. Au voisinage d’un saut de valeur (carré, dents de scie, jonction d’un dessin dont la fin ne rejoint pas le début), la somme dépasse d’environ 9 % du saut : c’est le phénomène de Gibbs. Un angle continu, comme la pointe du triangle, n’est pas ce cas.
Sens de lecturePartir de N = 1 (un sinus) et monter : le dessin se remplit et le timbre s’épaissit en même temps. Comparer le triangle, qui converge sans dépassement, au carré, dont le dépassement se resserre contre le saut sans disparaître. Changer les phases garde les mêmes fréquences et la même valeur efficace, mais change la forme.
Au clavier MIDI Une touche fixe la fondamentale f₀ de la somme d'harmoniques et la fait entendre tant qu'elle est tenue ; la note est ramenée par octaves entre 55 et 880 Hz, comme le curseur. La molette règle le nombre d'harmoniques N de 1 à 64 : en la montant, on entend le timbre se construire pendant que la courbe se rapproche de la forme cible. Le pitch bend désaccorde f₀ de deux demi-tons au plus, la vélocité règle le niveau.
L'analyse mathématique Décibel, Doppler, Sabine — formules de service texte du dossier · 3 formules · ≈ 3 min
Se lit« L p égale vingt log base dix de p sur vingt micropascals »Même formule que plus haut, avec la référence écrite en clair : 20 µPa (« vingt micropascals »), le seuil d'audition conventionnel dans l'air.
Ce qu’elle dit
Rappel du niveau de pression : le nombre en décibels exprime un rapport à 20 micropascals dans l’air. Sans préciser la référence, comparer deux nombres en dB peut être trompeur ; le zéro de cette échelle n’est pas une absence de vibration.
Les symboles. Survolez la formule ou un symbole.
- Lp niveau de pression acoustique décibel (dB SPL)
- p pression acoustique efficace (valeur quadratique moyenne) pascal (Pa) valeur efficace, pas crête
- log10 logarithme décimal : compte les puissances de dix sans unité log10 100 = 2
- µPa micropascal : un millionième de pascal 10^-6 Pa µ se dit « mu », préfixe « micro »
Se lit« f prime égale f fois c plus ou moins v o, sur c moins ou plus v s »L'apostrophe se dit « prime » : f' est la fréquence reçue. ± se dit « plus ou moins », ∓ « moins ou plus » : on prend les signes du haut quand observateur et source se rapprochent, ceux du bas quand ils s'éloignent (voir le chapitre Doppler). vo : vitesse de l'observateur, vs : vitesse de la source.
Ce qu’elle dit
Doppler compare la cadence d’émission à la cadence de rencontre des fronts d’onde. Le signe dépend de qui se rapproche ou s’éloigne. Cette écriture est un aide-mémoire ; les cas séparés et leurs signes sont expliqués au chapitre Doppler.
Les symboles. Survolez la formule ou un symbole.
- f' fréquence reçue par l'observateur hertz (Hz) plus haute à l'approche, plus basse à l'éloignement
- f fréquence émise par la source hertz (Hz)
- c célérité du son dans l'air mètre par seconde (m/s) ≈ 343 m/s dans l'air sec à 20 °C
- vo vitesse de l'observateur, mesurée par rapport à l'air mètre par seconde (m/s) 30 m/s (voiture) : décalage d'environ 9 %
- vs vitesse de la source, mesurée par rapport à l'air mètre par seconde (m/s) formule idéalisée : elle cesse de valoir quand vs approche c
Se lit« T soixante environ égal à zéro virgule cent soixante et un V sur A, avec A égal à la somme des alpha i S i »≈ se dit « environ égal à ». α se dit « alpha » : le coefficient d'absorption d'une surface, sans unité, de 0 à 1 (la fraction d'énergie incidente non réfléchie). Ne pas le confondre avec le coefficient d'atténuation de l'air, noté lui aussi α ailleurs mais exprimé en dB par kilomètre. Si est l'aire de la surface numéro i, V le volume de la salle.
Ce qu’elle dit
Dans le modèle de Sabine, le son persiste davantage dans un grand volume et moins quand les surfaces absorbent davantage. A additionne chaque surface multipliée par son coefficient d’absorption. À volume inchangé, doubler A divise le temps de réverbération par deux.
Les symboles. Survolez la formule ou un symbole.
- T60 temps de réverbération : durée pour que le niveau baisse de 60 dB après l'arrêt de la source seconde (s) 0,2 à 0,3 s dans une régie de studio ; se donne par bande de fréquence
- V volume de la salle mètre cube (m³)
- A aire d'absorption équivalente de la salle mètre carré (m² sabine) ajouter du public l'augmente : la salle sèche
- αi coefficient d'absorption de la surface numéro i : fraction de l'énergie incidente non réfléchie sans unité de 0 (tout est réfléchi) à 1 (tout est absorbé)
- Si aire de la surface numéro i mètre carré (m²)
Observation : si l’on change V d’une salle sans toucher aux matériaux, T60 bouge. Si l’on ajoute du public, A monte et la salle devient plus sèche. Sabine a passé ses nuits à le mesurer avec des coussins.
Ouverture · chapitre 4
Ce que fait une onde quand elle rencontre le monde — six phénomènes, une seule physique
Réflexion, réfraction, diffraction, interférence, résonance, atténuation. Le script les emploie partout (Épidaure, Sabine, SOFAR, chauves-souris, basse du voisin) ; ici ils sont posés une fois, avec la règle qui les commande tous : tout se juge à l’échelle de la longueur d’onde. Un obstacle est « grand » ou « petit » par rapport à λ, jamais en mètres.
1. Réflexion — l’écho et la salle
Sur une paroi grande devant λ : angle réfléchi = angle incident. Un écho distinct demande un retard d’au moins ~50–80 ms (le seuil où l’oreille sépare deux événements : chapitre psychoacoustique, effet de précédence), soit un mur à environ 9–14 m pour cet aller-retour. Ce repère dépend du signal : des clics peuvent être séparés avec des retards plus courts que la parole. En dessous, les réflexions fusionnent avec le son direct : c’est la réverbération, celle que Sabine chronomètre. La fraction réfléchie dépend du saut d’impédance Z=ρ c (chapitre ultrasons) : air/béton renvoie presque tout, les matériaux poreux peuvent en absorber une grande part selon leur épaisseur, leur montage et la fréquence ; une simple différence d’impédance ne décrit pas tout leur fonctionnement.
En profondeur Quand un mur est-il un miroir ? Taille finie, parois courbes et galerie des murmures 1 formule · ≈ 6 min
La loi de la réflexion du chapitre, angle réfléchi égal à l’angle incident, vaut « sur une paroi grande devant λ ». Deux questions restent ouvertes : grande comment, et que se passe-t-il quand la paroi n’est pas plane ? La première se règle par un calcul de zones ; la seconde a donné lieu, à propos de la galerie des murmures de la cathédrale Saint-Paul de Londres, à une explication fausse puis à une explication juste.
La zone qui fait la réflexion. Une source et un auditeur se trouvent devant un panneau plan, aux distances d1 et d2. Le chemin le plus court passe par le point de réflexion spéculaire. Un point du panneau situé à la distance ρ de ce point allonge le trajet d’environ ρ^2/(2d1) + ρ^2/(2d2). Tant que cet allongement reste inférieur à une demi-longueur d’onde, les contributions de la surface arrivent à peu près en phase et s’additionnent : c’est la première zone de Fresnel. Son rayon vaut :
Se lit« rhô F égale racine de lambda fois d un d deux, sur d un plus d deux »ρF se dit « rhô F » : ici un rayon, pas une masse volumique. λ se dit « lambda ». d₁ et d₂ se disent « d un » et « d deux » : distances de la source et de l’auditeur au panneau. Le quotient d₁d₂/(d₁ + d₂) est une distance « réduite », toujours plus petite que la plus courte des deux.
Ce qu’elle dit
Le rayon de la zone qui fabrique la réflexion croît comme la racine de la longueur d’onde et des distances : plus le son est grave et plus on est loin, plus la surface utile est grande. Un panneau qui contient cette zone se comporte à peu près comme un miroir, avec des oscillations de niveau ; un panneau nettement plus petit n’en renvoie qu’une fraction, et l’étale dans toutes les directions. Le calcul suppose une incidence proche de la normale et un panneau plan et rigide.
Les symboles. Survolez la formule ou un symbole.
- ρF rayon de la première zone de Fresnel sur le panneau mètre (m) 3,7 m à 125 Hz et 0,65 m à 4 kHz dans l’exemple
- λ longueur d’onde mètre (m)
- d1 distance de la source au panneau mètre (m) 10 m dans l’exemple
- d2 distance de l’auditeur au panneau mètre (m) 10 m dans l’exemple
Exemple : source et auditeur à 10 m d’un panneau suspendu (distance réduite 5 m). À 125 Hz, ρF = √2,74 × 5 ≈ 3,7 m ; à 1 kHz, 1,3 m ; à 4 kHz, 0,65 m. Un réflecteur carré de 1,5 m de côté, dont le demi-côté vaut 0,75 m, contient toute la première zone à partir de 3 kHz environ ; mais ce critère marque l’établissement du régime miroir, avec ses oscillations, pas la coupure. Un calcul de Kirchhoff (panneau carré, incidence normale, 10 m de part et d’autre) donne, par rapport à un miroir infini, environ −16 dB à 125 Hz, −10 dB à 250 Hz, −6 dB à 390 Hz, −4 dB à 500 Hz, +1,5 dB à 1 kHz et +4 à +5 dB à 2–3 kHz. Le panneau ne renvoie donc qu’une fraction du son sous ≈ 500 Hz (−3 dB vers 550 Hz) et devient un vrai miroir vers 1 kHz ; dans le grave, il laisse passer le son autour de lui. Les réflecteurs de salle de concert sont donc des filtres : ils renvoient les aigus et laissent filer les graves. Pour renvoyer le grave, il faut des surfaces de plusieurs mètres, ou regrouper plusieurs panneaux en une surface quasi continue.
Une surface rugueuse ou morcelée se lit avec le même critère : si les irrégularités sont petites devant la longueur d’onde, la paroi reste un miroir ; comparables, elle diffuse (diffusion).
Les parois courbes. Une paroi convexe étale les rayons réfléchis : elle affaiblit un écho et sert de diffuseur. Une paroi concave les resserre : une voûte ou un mur en arc de cercle peut concentrer vers un foyer une énergie venue de toute sa surface. Au centre d’une salle circulaire, tous les rayons émis reviennent au point de départ en même temps : le moindre claquement y produit un écho puissant.
La galerie des murmures : une explication réfutée. À Saint-Paul, deux personnes placées contre la paroi de la galerie circulaire qui entoure la coupole s’entendent chuchoter de part et d’autre. L’astronome George Airy y voyait un écho concentré, la paroi jouant le rôle d’un miroir concave focalisant le son. Rayleigh, qui a observé lui-même le phénomène, objecte que les positions n’ont rien de particulier : n’importe quelles places conviennent, ce qu’une focalisation n’autoriserait pas. Il remarque aussi qu’un chuchotement passe mieux qu’une voix ordinaire, surtout si l’on parle le long de la paroi : le chuchotement, plus directif, lance davantage d’énergie tangentiellement. Son explication : le son rampe le long de la surface concave, réfléchi de proche en proche sous une incidence rasante, sans jamais s’éloigner de la paroi.
Rayleigh défendait cette explication dès 1878 (Theory of Sound, § 287) ; il la met à l’épreuve en 1904 sur une maquette : une bande de zinc d’environ 60 cm de large et 3,7 m de long, pliée en demi-cercle, un sifflet à oiseau de 2 cm de longueur d’onde dirigé le long de la paroi, et une flamme sensible comme détecteur. Un écran placé sur la ligne droite entre sifflet et flamme ne change rien ; une latte d’au plus 5 cm de large posée contre le zinc coupe presque tout le son. En 1910, il donne la théorie ondulatoire : quand le pourtour contient un grand nombre de longueurs d’onde, les solutions qui tournent le long de la paroi concentrent leur énergie dans une couche mince contre elle. Ces modes de galerie portent aujourd’hui le même nom en optique, où la lumière circule dans de minuscules résonateurs.
Appuis
- Lord Rayleigh, « Shadows », Proceedings of the Royal Institution, 15 janvier 1904, repris dans Scientific Papers, vol. V, p. 166–172 (Internet Archive) — explication d’Airy par un écho concentré, objections tirées des observations à Saint-Paul, maquette en zinc, sifflet de 2 cm, flamme sensible, latte de 2 pouces.
- Kahle Acoustics, « The influence of reflection surface size in concert halls » (2023) — d’après Rindel (Nordic Acoustical Meeting, 1986), atténuation forte d’un réflecteur sous ≈ 500 Hz ; DOI non trouvé pour les actes de Rindel.
- Lord Rayleigh, « The problem of the whispering gallery », Philosophical Magazine 20, 1001–1004 (1910) — théorie ondulatoire : des vibrations qui « tendent à s’attacher à une surface concave », solutions en fonctions de Bessel d’ordre élevé.
- C. V. Raman et G. A. Sutherland, « On the whispering-gallery phenomenon », Proc. R. Soc. Lond. A 100, 424–428 (1922) — nouvelle étude du phénomène, à la suite de leurs observations à Saint-Paul.
- Y. Shen et J.-T. Shen, « Nanoparticle sensing using whispering-gallery-mode resonators: Plasmonic and Rayleigh scatterers », Phys. Rev. A 85, 013801 (2012) — usage actuel de l’expression « modes de galerie » pour des résonateurs optiques.
2. Réfraction — le son qui « porte » le soir
La célérité dépend de la température (c ≈ 331,3√1+T/273,15 m/s, T en °C : +0,6 m/s par degré). Quand c varie avec l’altitude, les fronts d’onde tournent vers le côté lent (loi de Snell continue). Journée : sol chaud, air froid en haut → le son se courbe vers le haut, zone d’ombre au sol. Soir et nuit : inversion de température → le son se courbe vers le sol et une voix traverse un lac. Même mécanisme dans l’océan avec la pression et la température : c’est le canal SOFAR (chapitre société / mer) et, dans le Soleil, la remontée des modes p (chapitre astronomie).
Histoire & sources Le vent, la chaleur et le brouillard : comment on a compris que le son se courbe (1708–1874) ≈ 4 min
Le chapitre explique pourquoi le son porte mieux le soir : quand la célérité varie avec l’altitude, les fronts d’onde tournent vers la région où le son va moins vite. Cette explication a un peu plus de cent cinquante ans. Elle est sortie d’un problème très pratique, les signaux de brume pour les navires, et d’un désaccord entre deux physiciens britanniques en 1874.
Une observation ancienne, sans théorie. En 1708, William Derham publie dans les Philosophical Transactions une longue série d’essais de propagation, pour la plupart au canon. Il se demande si le vent accélère ou retarde le son, si le jour et la nuit, l’été et l’hiver changent sa vitesse, si la hauteur du baromètre y fait quelque chose. Il note aussi une impression qu’il ne sait pas expliquer : l’été, par temps chaud, les sons lui paraissent plus faibles ; l’hiver, surtout par gel, plus nets et plus perçants ; et la lecture du baromètre ne lui permet de rien prévoir.
Stokes, 1857 : ce n’est pas le vent, c’est sa variation. Qu’un son porte moins loin contre le vent est connu de tous les chasseurs. L’explication naïve, le vent qui « ramène » le son, ne tient pas : même un vent fort ne retranche pas un dixième à la célérité. George Gabriel Stokes propose en 1857 une autre cause. Le vent est freiné par le sol, il souffle plus fort en hauteur ; la vitesse effective du son varie donc avec l’altitude, et les fronts d’onde tournent. Contre le vent, le son est dévié vers le haut et passe au-dessus de l’auditeur ; avec le vent, il est rabattu vers le sol.
Tyndall, 1873 : le brouillard mis hors de cause. La Trinity House, chargée des phares et des signaux côtiers britanniques, confie à John Tyndall l’essai des cornes, sirènes et canons de brume. Les essais commencent le 19 mai 1873 au cap de South Foreland, près de Douvres, et les portées observées déroutent tout le monde : environ 3,5 milles le 19 mai, 6 le 2 juin, plus de 9 le lendemain, plus de 12 le 1ᵉʳ juillet par une brume épaisse qui cache les falaises, 4 seulement le 2 juillet. Le 3 juillet, par un temps calme et parfaitement clair, même le canon devient inaudible à moins de 3 milles. Le vent ne suit pas ces variations, la transparence de l’air non plus : le brouillard, que l’on croyait être l’ennemi du son, n’est pas le coupable. Tyndall propose une autre cause : le soleil fait monter de la mer des courants de vapeur qui rendent l’air hétérogène, et chaque surface invisible entre deux masses d’air renvoie une part du son. Il parle de « nuages acoustiques », et il entend en effet des échos venus d’un air sans obstacle visible. Son mémoire est lu à la Royal Society le 12 février 1874.
Reynolds, 1874 : la température courbe aussi le son. Osborne Reynolds, qui avait encore défendu en décembre 1873 l’idée d’un brouillard qui étouffe le son, présente à la Royal Society, en avril 1874, un mémoire sur la réfraction du son par l’atmosphère. Il reprend l’explication de Stokes pour le vent et l’appuie sur des expériences ; il mesure notamment qu’au-dessus d’une prairie, le vent à un pied du sol n’a que la moitié de sa vitesse à huit pieds. Puis il ajoute un second mécanisme, qu’il pense nouveau : par une journée ensoleillée, l’air est plus chaud près du sol, le son y va plus vite, et les rayons sont courbés vers le haut. Cette réfraction suffit selon lui à expliquer la différence entre le jour et la nuit, et les résultats de Tyndall au large de South Foreland.
Ce qui est resté. Les deux mécanismes existent. Les gradients de vent et de température, décrits par Stokes et Reynolds, commandent les grandes différences de portée et les zones d’ombre (atmosphère et océan) ; les hétérogénéités de l’air, que Tyndall invoquait, diffusent une part du son, y compris vers ces zones d’ombre. Au XXᵉ siècle, le même raisonnement, appliqué à la haute atmosphère, expliquera les explosions entendues très loin mais pas à distance moyenne (zones de silence).
Appuis
- W. Derham, « Experimenta & observationes de soni motu, aliisque ad id attinentibus », Phil. Trans. 26, 2–35 (1708) (texte, Internet Archive) — questions sur le vent, le jour et la nuit, l’été et l’hiver ; sons plus faibles par temps chaud, plus nets par gel ; aucune prévision tirée du baromètre.
- J. Tyndall, « On the atmosphere as a vehicle of sound », Phil. Trans. R. Soc. 164, 183–244 (1874) (texte, Internet Archive) — essais de la Trinity House à South Foreland à partir du 19 mai 1873, portées journalières, journée du 3 juillet, « nuages acoustiques », mention de Reynolds (décembre 1873).
- O. Reynolds, « On the refraction of sound by the atmosphere », Proc. R. Soc. Lond. 22, 531–548 (1874) (texte, Internet Archive) — antériorité de Stokes (1857) pour le vent, profil de vent au-dessus d’une prairie, réfraction vers le haut par la température, application aux résultats de Tyndall.
- G. G. Stokes, « On the effect of wind on the intensity of sound » (1857), Mathematical and Physical Papers, Cambridge University Press (réédition 2009) — la note de 1857 elle-même.
L'analyse mathématique Réfraction et célérité selon la température 1 formule · ≈ 1 min
Se lit« sinus thêta un sur c un égale sinus thêta deux sur c deux ; c de T environ égal à trois cent trente et un virgule trois fois racine de un plus T sur deux cent soixante-treize virgule quinze »θ se dit « thêta » : l'angle du rayon sonore avec la normale. Dans la seconde formule, T est une température en degrés Celsius : c(T) se dit « c de T ».
Ce qu’elle dit
Quand la célérité change d’une région à l’autre, la direction de propagation peut changer. Les angles θ sont mesurés depuis la normale à l’interface. Pour l’air, la seconde relation rappelle que la température agit sur la célérité ; elle n’impose pas une vitesse à la source.
Les symboles. Survolez la formule ou un symbole.
- θ1 angle du rayon sonore avec la normale, dans le premier milieu radian (rad) ou degré (°)
- c1 célérité du son dans le premier milieu mètre par seconde (m/s)
- θ2 angle du rayon sonore avec la normale, dans le second milieu radian (rad) ou degré (°) plus grand du côté où le son va plus vite
- c2 célérité du son dans le second milieu mètre par seconde (m/s)
- c célérité du son dans l'air à la température T mètre par seconde (m/s) 331,3 m/s à 0 °C, ≈ 343 m/s à 20 °C
- T température de l'air degré Celsius (°C) environ +0,6 m/s par degré
Clé de physique Atmosphère et océan : gradients, vent, guides et trajets multiples ≈ 10 min
3. Diffraction — pourquoi les graves contournent les obstacles
La diffraction désigne l’étalement d’une onde autour d’un obstacle ou à travers une ouverture. Elle est particulièrement marquée lorsque leurs dimensions sont comparables à la longueur d’onde ou plus petites. À 100 Hz, λ vaut environ 3,4 m ; à 4 kHz, environ 8,6 cm : la même porte produit des effets très différents. Les graves contournent facilement un angle, le pavillon de l’oreille filtre surtout les aigus, et les petites longueurs d’onde favorisent l’écho sur une petite proie. Traverser une cloison est un autre problème : transmission par la paroi mise en vibration, masse, raideur, résonances, fuites et transmissions par les structures. La diffraction explique le contournement ; elle n’explique pas à elle seule la basse du voisin.
Clé de physique Phase, cohérence et retard : +3 dB, +6 dB ou silence ≈ 10 min
Clé de physique Diffusion : ce que renvoient les petits objets et les surfaces rugueuses ≈ 8 min
L'analyse mathématique Chiffrer la diffraction : l’angle d’une ouverture et le nombre de Fresnel d’un écran 2 formules · ≈ 6 min
Le chapitre pose la règle : un obstacle ou une ouverture se juge à l’échelle de la longueur d’onde. Deux calculs simples transforment cette règle en nombres. Le premier dit dans quel cône une ouverture laisse passer une onde ; le second dit de combien un écran enfonce son ombre, selon la fréquence.
L’ouverture : un faisceau d’autant plus large que l’ouverture est petite. Une onde plane qui traverse une fente de largeur a ne continue pas en faisceau parallèle. Loin de la fente, chaque point de l’ouverture réémet ; dans une direction inclinée, les contributions des deux moitiés de la fente parcourent des chemins différents. Quand l’écart entre les bords atteint une longueur d’onde, la fente se découpe en deux moitiés dont les contributions s’annulent deux à deux : c’est le premier minimum.
Se lit« sinus thêta un égale lambda sur a ; sinus thêta un environ égal à un virgule vingt-deux lambda sur D »θ₁ se dit « thêta un » : l’angle du premier minimum, mesuré depuis l’axe de l’ouverture. λ se dit « lambda » : la longueur d’onde. Le facteur 1,22 vient du premier zéro de la fonction de Bessel J₁ (3,83/π) : il tient à la forme circulaire de l’ouverture et n’a pas d’unité.
Ce qu’elle dit
Le faisceau qui sort d’une ouverture s’ouvre d’autant plus que l’ouverture est étroite ou que la longueur d’onde est grande. Si λ dépasse la largeur, il n’y a plus de premier minimum : l’onde s’étale dans tout le demi-espace. La relation vaut loin de l’ouverture (champ lointain), pour une onde arrivant de face sur un écran mince et opaque.
Les symboles. Survolez la formule ou un symbole.
- θ1 angle du premier minimum de diffraction, mesuré depuis l’axe degré (°) ou radian (rad) 5,5° pour une porte de 0,9 m à 4 kHz
- λ longueur d’onde dans l’air mètre (m) 8,6 cm à 4 kHz, 1,37 m à 250 Hz
- a largeur de la fente mètre (m) 0,9 m pour une porte
- D diamètre d’une ouverture circulaire mètre (m)
Une porte de 0,9 m, trois fréquences (c = 343 m/s, porte assimilée à une fente, écoute lointaine) :
| Fréquence | λ | λ/a | Premier minimum |
|---|---|---|---|
| 4 kHz | 8,6 cm | 0,095 | 5,5° : faisceau étroit, ombre nette de part et d’autre |
| 1 kHz | 34 cm | 0,38 | 22° : faisceau large |
| 250 Hz | 1,37 m | 1,5 | aucun : l’onde remplit tout le demi-espace |
Derrière la porte, on entend donc les graves presque partout et les aigus surtout dans l’axe. Le bac à ondes retrouve cette loi : pour une fente où λ/a = 0,5, le calcul donne 30° et la simulation 31°.
L’écran : tout se joue sur la différence de marche. Derrière un mur antibruit, le son direct est bloqué ; ce qui arrive a contourné l’arête. Le chemin qui passe par l’arête est plus long que la ligne droite source–récepteur d’une longueur δ. On compare ce détour à une demi-longueur d’onde :
Se lit« N égale deux delta sur lambda ; delta égale A plus B moins d »N est le nombre de Fresnel, sans unité. δ se dit « delta » (minuscule) : la différence de marche, en mètres, pas un taux ni un écart de fréquence. A et B sont les distances de la source à l’arête et de l’arête au récepteur ; d la distance directe source–récepteur.
Ce qu’elle dit
Le nombre de Fresnel compte combien de demi-longueurs d’onde le détour par l’arête ajoute au trajet direct. Plus il est grand, plus le récepteur est enfoncé dans l’ombre et plus l’écran est efficace : l’atténuation croît avec la hauteur de l’écran et avec la fréquence. Quand N vaut zéro, l’arête effleure juste la ligne de vue. Le modèle suppose un écran mince, long devant la longueur d’onde et opaque, sans passage par les côtés ni par le sol.
Les symboles. Survolez la formule ou un symbole.
- N nombre de Fresnel de l’écran sans unité 0,46 à 125 Hz et 7,3 à 2 kHz dans l’exemple
- δ différence de marche entre le trajet par l’arête et le trajet direct mètre (m) 0,63 m dans l’exemple
- λ longueur d’onde mètre (m)
- A distance de la source à l’arête de l’écran mètre (m) 5,59 m dans l’exemple
- B distance de l’arête au récepteur mètre (m) 20,06 m dans l’exemple
- d distance directe de la source au récepteur mètre (m) 25,02 m dans l’exemple
Exemple chiffré. Source à 0,5 m du sol, écran de 3 m de haut placé à 5 m, récepteur à 1,5 m du sol, 20 m derrière l’écran. A = √5^2 + 2,5^2 ≈ 5,590 m ; B = √20^2 + 1,5^2 ≈ 20,056 m ; d = √25^2 + 1^2 ≈ 25,020 m ; d’où δ ≈ 0,626 m.
| Fréquence | λ | N |
|---|---|---|
| 125 Hz | 2,74 m | 0,46 |
| 500 Hz | 0,69 m | 1,8 |
| 2 kHz | 0,17 m | 7,3 |
Le même écran place le récepteur à moins d’une demi-zone de Fresnel pour le grave et à plus de sept pour l’aigu. Selon les manuels de bruit routier, les ordres de grandeur qui vont avec sont : environ 5 dB(A) d’atténuation quand l’écran cache tout juste la chaussée, environ 1,5 dB(A) de plus par mètre de hauteur au-delà, et un plafond pratique vers 20 dB(A) pour un mur mince, car le son contourne aussi l’écran par ses extrémités, le sol et l’atmosphère. Ce sont des règles pratiques pour une source en ligne et une pondération A, pas des lois générales. Le spectre qui arrive derrière le mur est donc déplacé vers le grave : c’est la rumeur sourde qu’on entend derrière un écran.
Ce que ces deux calculs ne disent pas. Ils ignorent la transmission à travers l’obstacle, qui relève de la paroi, les réflexions sur le sol et les gradients de vent, qui peuvent ramener du son dans l’ombre (atmosphère). Ils décrivent la géométrie de la diffraction, pas tout le bilan d’un écran réel.
Appuis
- HyperPhysics (Georgia State University) — diffraction par une fente — minima de diffraction d’une fente : sin θ = mλ/a.
- HyperPhysics (Georgia State University) — ouverture circulaire — premier minimum d’une ouverture circulaire, facteur 1,22.
- FHWA (US Department of Transportation), Noise Barrier Design Handbook, § 3.4 — nombre de Fresnel N = 2δ/λ ; l’atténuation croît avec la différence de marche et avec la fréquence ; environ 5 dB(A) quand la ligne de vue est juste coupée, environ 1,5 dB(A) par mètre de hauteur supplémentaire, maximum d’environ 20 dB(A) pour un mur mince ; les graves pénètrent plus loin dans l’ombre.
- Z. Maekawa, « Noise reduction by screens », Applied Acoustics 1, 157–173 (1968)90020-0) — origine de ces règles pratiques d’atténuation par écran en fonction du nombre de Fresnel (métadonnées vérifiées par Crossref ; article non relu).
4. Interférence et ondes stationnaires — les modes de la pièce
Deux ondes cohérentes s’ajoutent en pression : en phase, elles se renforcent ; en opposition de phase et à amplitudes égales au point considéré, elles s’annulent idéalement (principe de l’anti-bruit actif, brevet de Lueg déposé en 1933, délivré en 1936). Le chapitre sur la réduction de bruit active explique comment un casque cherche à réaliser cette compensation près de l’oreille. Entre deux murs parallèles distants de L, l’aller-retour crée des stationnaires aux fréquences c/2L et multiples : ce sont les modes propres de la pièce. Pour un parallélépipède :
L'analyse mathématique Modes propres d'une pièce rectangulaire 1 formule · ≈ 1 min
Se lit« f n x n y n z égale c sur deux, fois racine de n x sur L x au carré, plus n y sur L y au carré, plus n z sur L z au carré »nx, ny, nz sont trois nombres entiers (0, 1, 2…) qui comptent les demi-longueurs d'onde dans chaque direction ; Lx, Ly, Lz sont les dimensions de la pièce.
Ce qu’elle dit
La pièce sélectionne des façons de vibrer selon ses trois dimensions. Lx, Ly et Lz sont ses longueurs ; nx, ny et nz comptent les motifs dans chaque direction, sans prendre les trois indices nuls ensemble. Allonger une dimension abaisse les fréquences des modes associés à cette direction.
Les symboles. Survolez la formule ou un symbole.
- fnx ny nz fréquence du mode propre repéré par les trois entiers nx, ny, nz hertz (Hz) 4 m de long : premier mode axial vers 43 Hz
- c célérité du son dans l'air mètre par seconde (m/s) ≈ 343 m/s à 20 °C
- nx nombre de demi-longueurs d'onde selon la longueur sans unité entier 0, 1, 2… ; les trois ne sont jamais nuls ensemble
- Lx longueur de la pièce mètre (m)
- ny nombre de demi-longueurs d'onde selon la largeur sans unité
- Ly largeur de la pièce mètre (m)
- nz nombre de demi-longueurs d'onde selon la hauteur sans unité
- Lz hauteur de la pièce mètre (m)
Pour une dimension de 4 m, le premier mode axial correspondant est à ~43 Hz : la basse « boome » à un endroit et disparaît un mètre plus loin. Au-dessus de la fréquence de Schroeder fS ≈ 2000√T60/V (Schroeder 1962), les modes se recouvrent tellement que la salle redevient statistiquement lisse — c’est la frontière entre l’acoustique « modale » des studios et l’acoustique de Sabine.
Clé de physique Modes possibles, modes excités, modes mesurés ≈ 7 min
Atelier S09 · Bac à ondes 2D ★★★ · son · plein écran · MIDI
Bac à ondes 2D
Rien ne tourne avant ce clic : ni son, ni calcul.
Comment l'utiliserChoisir un préset ou dessiner ses murs, poser la source, lancer une impulsion. Déplacer la sonde pour lire p(t) à un endroit ; passer en source continue pour voir les modes. Le préset « Réfraction » fait passer une onde plane de l’air dans du CO₂.
Ce que ça montreUne simulation des équations de l’acoustique linéaire en deux dimensions (FDTD) où réflexion, réfraction, diffraction, interférence et stationnaires se produisent d’elles-mêmes, vérifiées contre les cas simples : réflexion sans inversion sur un mur rigide, direction réfractée conforme à Snell–Descartes à 1° près, premier minimum de la fente à 31° pour 30° attendus, modes de la salle à 1 % près.
Sens de lectureUne impulsion d’abord : suivre le front, ses rebonds, son contournement du coin. Puis une source continue à basse fréquence : les taches fixes sont les modes de la pièce. Garder en tête que c’est une tranche en 2D : le niveau n’y baisse que de 3 dB par doublement de distance, contre 6 dB pour une source ponctuelle réelle.
Au clavier MIDI Une touche fixe la fréquence de la source : la longueur d'onde λ = c/f dessinée, la fréquence affichée et le spectre suivent, l'onde repart de zéro. On entend aussitôt la source ; la simulation étant des centaines de fois plus lente que le temps réel, le signal capté par la sonde prend le relais quelques secondes plus tard, à sa vraie hauteur. Relâcher la touche coupe le son. La note est ramenée par octaves entre 20 Hz et la fréquence maximale de la grille ; le pitch bend affine la fréquence de deux demi-tons au plus, et la molette règle la vitesse de la simulation.
5. Résonance — le verre, la salle, le pont
Un système qui possède une fréquence propre peut répondre fort si on l’excite près de cette fréquence ; le pic est d’autant plus haut et étroit que son amortissement est faible (facteur de qualité Q élevé). La position exacte et la largeur du pic dépendent de l’amortissement et de la grandeur observée : pour un oscillateur amorti, le déplacement culmine un peu sous la fréquence propre, la vitesse exactement à celle-ci (HyperPhysics — oscillateur forcé). Verre de cristal (doigt mouillé = excitation par stick-slip, même famille que l’archet), colonne d’air (Helmholtz), corde (Mersenne), cochlée (chapitre oreille), pièce (modes ci-dessus). Le tableau à garder : la résonance ne crée pas d’énergie, elle l’accumule cycle après cycle. Le verre casse si l’amplitude dépasse la limite du matériau, pas parce qu’une fréquence serait « magique » — encadré Tacoma / Angers au chapitre expériences.
Clé de physique Oscillateur amorti et forcé : fréquence, largeur, durée ≈ 9 min
Expérience réelle — deux diapasons et une boule d’aluminium : voir la vibration par sympathie
Schéma animé · Deux diapasons et une boule d’aluminium

- Maillet
- Métal et caisse de A
- Air
- Caisse et métal de B
- Boule
Frappez A, avec puis sans le poids, et comparez la boule.
Question
« Peut-on faire bouger cette boule en frappant un diapason qui ne la touche pas ? » Montrer tout le montage avant de commencer, puis laisser le public prédire ce que changera le retrait du poids.
Matériel et rôles. Deux gros diapasons de fréquence nominale 440 Hz, chacun sur sa caisse de résonance ; un poids amovible qui désaccorde l’un d’eux ; un maillet adapté ; une boule très légère de papier d’aluminium suspendue à un fil. A est celui que l’on frappe ; B est celui que touche la boule. Pour fixer les noms dans ce déroulé, le poids est placé sur B. S’il est sur A dans le matériel utilisé, garder cette disposition et l’annoncer : on compare toujours deux diapasons désaccordés, puis accordés.
Montage. Tenir A à la main par sa caisse de résonance, en laissant ses branches libres et l’ouverture dégagée. A et sa caisse ne touchent ni la table, ni B, ni le support du fil ; ne pas prendre appui sur la table avec la main ou le bras qui porte A. B reste posé sur sa caisse. Orienter les ouvertures des caisses l’une vers l’autre, à une distance préparée en répétition. La boule effleure une branche de B, près de son extrémité libre, sans appuyer dessus. Installer le fil sur un support stable ; cadrer à la fois le contact et le déplacement de la boule. Le montage à deux caisses et témoin suspendu est une démonstration classique de Purdue — résonance entre diapasons.
Déroulé — montrer avant d’expliquer.
- Avec le poids : désaccord. Montrer qu’A est tenu à la main, séparé de la table et de B. Laisser le montage au repos, puis frapper seulement A. Dans l’essai décrit, la boule ne saute pas visiblement.
- Sans le poids : accord. Arrêter les vibrations, retirer le poids, laisser la boule retrouver son contact léger avec B. Garder la même prise en main de la caisse de A, ainsi que distance, orientation et frappe aussi comparables que possible. Frapper de nouveau A, sans frapper B : la boule sursaute vivement lorsque B vibre suffisamment.
- Refaire la comparaison. Remettre le poids et reprendre la première situation, puis l’enlever à nouveau. Le contraste répété est plus instructif qu’un seul saut spectaculaire. Décrire le résultat effectivement obtenu : l’amplitude du saut dépend du réglage et n’est pas garantie.
Le poids change la cadence naturelle du diapason qui le porte. Désaccordés, les deux diapasons échangent peu d’énergie dans ces conditions. Sans le poids, ils retrouvent presque la même cadence : les petites poussées transmises par l’air peuvent entretenir efficacement la vibration de B, comme des poussées données au bon rythme à une balançoire. C’est la résonance, ici une vibration par sympathie.
L’image de la balançoire
L’accord et la persistance du son du second diapason sont également illustrés par Idaho State University — résonance couplée.
Suivre le trajet de l’énergie. Maillet → métal de A et sa caisse → air → caisse et métal de B → contact avec la boule. Les caisses facilitent l’échange entre les vibrations des diapasons et l’air.
- Dans le métal, les branches se déforment élastiquement et vibrent en flexion : elles se courbent puis reviennent. Cela illustre une vibration mécanique d’un solide ; le saut de la boule ne permet pas, à lui seul, de voir une onde parcourir le métal.
- Dans l’air, des variations de pression se propagent. Les molécules oscillent localement : elles ne partent pas de A pour aller heurter B comme un jet. Ce qui se transmet de proche en proche, c’est une perturbation qui transporte de l’énergie.
- Dans B, l’excitation reçue produit une réponse beaucoup plus forte près de sa fréquence propre. « Sympathie » nomme cette réponse d’un objet à la vibration d’un autre ; le 440 Hz n’a rien de privilégié en soi.
- Au contact, la branche de B donne une impulsion à la boule. Son mouvement visible rend détectable la vibration de B. Les rebonds de ce petit pendule ne se font pas à 440 Hz et ne mesurent pas directement la fréquence du diapason.
Ce que signifie le premier essai. Dire « pas de saut visible » plutôt que « aucune transmission ». A émet encore du son ; B peut vibrer trop faiblement pour déplacer nettement le témoin. Le poids modifie la fréquence propre et peut aussi modifier les pertes : la comparaison illustre la sensibilité à l’accord, sans constituer une mesure isolée de tous les paramètres.
Préparer une comparaison lisible. Vérifier le contact très léger de la boule, la fixation du poids, l’accord sans poids et la reproductibilité de la frappe. Le maintien de A à la main supprime le chemin direct A → table → B. A reste immobile pendant chaque observation. Une absence d’effet invite à vérifier le montage avant de frapper plus fort.
Complément facultatif. Après avoir excité B par A, amortir A : on peut encore entendre B brièvement. Pour cet essai d’écoute, écarter la boule afin que ses contacts ne freinent pas B. Sans écoute, un saut de la boule suffit comme observation visuelle, sans avoir à reconnaître la note.
À retenir
« Je fournis l’énergie avec le maillet. Elle passe par plusieurs systèmes mécaniques ; l’accord des diapasons rend le transfert efficace, et la boule le rend visible. La résonance ne crée aucune énergie. »
Pont vers la musique. Avec les mêmes diapasons légèrement désaccordés, frapper cette fois les deux pour explorer les battements. C’est une autre question : la variation d’amplitude de deux sons superposés, à distinguer de la mise en vibration de B lorsque seul A est frappé.
Clé de physique Couplage, échange d’énergie et résonateur de Helmholtz ≈ 9 min
6. Distance et atténuation — inverse du carré, addition, absorption
Source ponctuelle en champ libre : l’intensité se dilue sur une sphère, I ∝ 1/r^2, soit −6 dB par doublement de distance. Pour des sources non corrélées mesurées au même point, on additionne les pressions quadratiques moyennes prms^2, pas les décibels ; la formule d’addition ci-dessous s’applique à des niveaux de pression Lp de même référence et de même pondération. Ce n’est pas, dans un champ quelconque, la somme des modules d’intensités vectorielles, qui peuvent pointer dans des directions différentes :
L'analyse mathématique Distance et addition de niveaux 1 formule · ≈ 2 min
Se lit« L de r égale L un moins vingt log base dix de r sur r un ; L total égale dix log base dix de la somme sur i de dix puissance L i sur dix »10^Li/10 se lit « dix puissance L i sur dix » : on repasse de chaque niveau à sa pression quadratique moyenne (prms^2 divisé par p0^2), on additionne, puis on revient en décibels. Les niveaux doivent avoir la même référence et la même pondération, et les contributions être non corrélées au point de mesure. Deux sources non corrélées de 60 dB donnent environ 63 dB, pas 120 ; deux pressions égales et en phase au même point donnent +6 dB, et peuvent s'annuler en opposition.
Ce qu’elle dit
En champ libre, s’éloigner d’une source ponctuelle répartit son énergie sur une surface plus grande : doubler la distance enlève environ 6 dB. Pour additionner des sources non corrélées, on revient d’abord à leurs contributions physiques ; on n’additionne pas directement leurs nombres en dB.
Les symboles. Survolez la formule ou un symbole.
- L niveau de pression à la distance r de la source décibel (dB)
- r distance à la source mètre (m)
- L1 niveau mesuré à la distance de référence r1 décibel (dB)
- r1 distance de référence mètre (m) doubler la distance : −6 dB en champ libre
- Ltot niveau total de plusieurs sources non corrélées décibel (dB) deux sources de 60 dB : ≈ 63 dB, pas 120
- Li niveau de la source numéro i seule, au même point décibel (dB) même référence et même pondération pour tous
- sumi somme sur toutes les sources, numérotées i sans unité
- log10 logarithme décimal : compte les puissances de dix sans unité log10 100 = 2
Clé de physique Champ proche, champ lointain et géométrie de la dilution ≈ 9 min
S’ajoute l’absorption de l’air (ISO 9613-1 : relaxation de O₂ et N₂, dépendante de l’humidité). Souvent faible sur un court trajet intérieur aux fréquences moyennes, elle peut compter aux hautes fréquences et sur les trajets cumulés de la réverbération, qui parcourent des centaines de mètres ; elle devient décisive à l’échelle d’un stade ou d’un sonar aérien. Elle dépend de la fréquence, de la température et de l’humidité : à 20 °C et 70 % d’humidité, de l’ordre de 5 dB/km à 1 kHz, ~23 dB/km à 4 kHz, ~78 dB/km à 8 kHz (à 50 % d’humidité : ~30 et ~105) ; à 40 kHz, plus d’un décibel par mètre. C’est le même tableau que le chapitre ultrasons animaux : le tonnerre lointain est grave en partie parce que ses aigus sont morts en route (le spectre grave de la source et la longueur du canal de l’éclair comptent aussi), et le cri de chauve-souris meurt en quelques dizaines de mètres. Ces valeurs valent pour l’air, pas pour l’eau : dans l’eau de mer, d’autres relaxations (acide borique, sulfate de magnésium) et la viscosité fixent une absorption bien plus faible à fréquence égale, de l’ordre de 0,06 dB/km à 1 kHz et de 1 dB/km à 10 kHz (formule d’Ainslie & McColm, 1998, 10 °C, salinité 35, surface). C’est ce qui permet au sonar sous-marin de porter à des kilomètres.
Clé de physique Atténuation : dilution, absorption et redistribution ≈ 9 min
Les six phénomènes, en une ligne chacun
- Réflexion : le mur est un miroir si λ est petite devant lui.
- Réfraction : le son tourne vers l’air lent (froid).
- Diffraction : comparer l’obstacle et l’ouverture à λ pour prévoir l’étalement et l’ombre ; petit ne signifie pas inexistant.
- Interférence : deux pressions s’additionnent, parfois à zéro.
- Résonance : accumuler, pas créer.
- Distance : −6 dB par doublement, et l’air mange les aigus.
Le son ne connaît pas les mètres. Il ne connaît que ses propres longueurs d’onde, et il compare tout à elles.
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Atelier S11 · Inverse du carré et décibels ★★★ · son · MIDI
Inverse du carré et décibels
Rien ne tourne avant ce clic : ni son, ni calcul.
Comment l'utiliserÉloigner la source et lire le niveau au point d’écoute ; puis tester séparément chaque doublement : la distance, la puissance d’une source, le nombre de sources non corrélées, et deux sources cohérentes en phase.
Ce que ça montreL(r) = L₁ − 20 log(r/r₁) en dB SPL (référence 20 µPa) au point d’écoute, avec r₁ = 1 m ; la somme énergétique des niveaux non corrélés (60 + 60 = 63 dB) et la somme des pressions cohérentes en phase (60 + 60 = 66 dB) ; une échelle de repères. Sous 1 m, la courbe devient pointillée : le modèle ponctuel diverge quand r → 0.
Sens de lectureDans le modèle de source ponctuelle en champ libre, doubler la distance enlève environ 6 dB. Doubler le nombre de contributions non corrélées, de même niveau au point de réception, ajoute environ 3 dB. Réflexions, proximité de la source et cohérence changent ces résultats.
Au clavier MIDI Chaque touche joue, tant qu'elle est tenue, un son de sa hauteur à la distance affichée : son volume suit le niveau calculé, donc baisse de 6 dB à chaque doublement de r, à partir du niveau du premier son joué. La molette éloigne ou rapproche l'auditeur de 0,1 m à 1 km, et le pitch bend désaccorde de deux demi-tons au plus. La hauteur est celle de la touche : le modèle ne filtre pas les aigus avec la distance.
Bilan
Distinguer les grandeurs
- La perturbation se propage ; les particules du milieu oscillent localement.
- La fréquence compte les cycles par seconde ; l’amplitude décrit l’ampleur de la variation.
- Le milieu, les obstacles et le récepteur transforment ce qui sera reçu.
Question
Si le son devient plus aigu dans le même air, sa longueur d’onde augmente-t-elle ?
Voir la réponse
Elle diminue : à célérité inchangée, davantage de cycles par seconde correspondent à des cycles plus courts dans l’espace. On peut le montrer avec des fronts plus rapprochés sans avoir à entendre une différence.
Pour reprendre le fil
Nous avons les grandeurs ; voyons comment on a appris à les comparer.
Acte I · Comparer avant de calculer
Le lieu et le nombre
Avant les équations, on compare des longueurs de corde et les réponses des lieux. Une corde deux fois plus courte peut donner l’octave supérieure, à tension et masse par unité de longueur inchangées. Cette régularité se mesure ; elle ne transforme pas toute tradition musicale en loi physique.
Dans une grotte, le son répond. Sur une corde, il se laisse comparer. Les humains ont d’abord construit des lieux, des rites et des instruments ; bien avant de pouvoir écrire une équation, ils avaient déjà des questions expérimentales.
Acte I · chapitre 5
Avant la science : préhistoire et archéoacoustique
Le son précède l’écriture de plusieurs dizaines de millénaires. On n’a pas de traité, on a des lieux, des os, des lithophones, des résonances.
- Instruments possibles dès le Paléolithique supérieur : flûtes en os d’oiseau (ex. Hohle Fels, Allemagne, ~40 000 ans — à citer avec prudence sur l’interprétation musicale exacte), rhombe, lithophones, voix, mains claquées dans les grottes.
- Recherches d’archéoacoustique (Iégor Reznikoff, Michel Dauvois dès 1983 ; projet ERC Artsoundscapes de Margarita Díaz-Andreu, 2018–2025 ; en parallèle, Rupert Till) : corrélation mesurée entre zones peintes des grottes ornées et zones de résonance / écho. Ce n’est pas une preuve que « tout l’art rupestre est de la musique », c’est une hypothèse forte et désormais mesurée : certaines parois décorées « répondent » dans les graves.
- Poteries néolithiques (culture de Yangshao, Chine, citée dans les chronologies de l’Année internationale du son) portant des motifs de vaguelettes : lecture symbolique possible des ondes, pas une théorie physique.
Histoire & sources Des flûtes d’os aux maquettes de Stonehenge : comment s’est construite l’archéoacoustique ≈ 4 min
L’archéologie du son a deux sources : des objets qui ont pu servir à produire des sons, et des lieux dont on mesure la réponse. Les deux chantiers n’ont ni le même âge ni le même degré de certitude.
Les objets. La découverte qui fixe les repères est publiée dans Nature en 2009 par Nicholas Conard, Maria Malina et Susanne Münzel : une flûte en radius de vautour fauve trouvée à Hohle Fels (Jura souabe), accompagnée de fragments de flûtes en ivoire de mammouth provenant de Hohle Fels et de Vogelherd. Les datations au radiocarbone du niveau aurignacien de base s’échelonnent entre 31 000 et 40 000 ans avant le présent ; l’article retient un âge supérieur à 35 000 ans. En 2012, une nouvelle chronologie radiocarbone de la grotte voisine de Geißenklösterle, qui a livré d’autres flûtes, place le début de l’Aurignacien vers 42 000 à 43 000 ans. Ces instruments comptent parmi les plus anciens connus ; c’est la formulation prudente, car un instrument en bois ou en roseau plus ancien ne se serait pas conservé.
Plus récente, la conque de Marsoulas (Haute-Garonne) montre qu’un objet peut attendre longtemps sa lecture. Trouvée en 1931, décrite alors sans trace d’intervention humaine et interprétée comme une coupe à boire, elle est réexaminée par une équipe du CNRS, du Muséum de Toulouse, de l’université Toulouse – Jean-Jaurès et du musée du quai Branly ; l’article de 2021 dans Science Advances y reconnaît un instrument à vent magdalénien, daté d’environ 18 000 ans, et en fait entendre le son.
Une attribution disputée. Le fémur d’ourson des cavernes de Divje Babe I (Slovénie), percé de trous alignés et trouvé dans un niveau moustérien, a été présenté comme « la plus ancienne flûte », œuvre de Néandertaliens. Dès 1998, Francesco d’Errico et ses collègues comparent ces perforations à celles laissées par les carnivores sur d’autres os d’ours ; en 2015, Cajus Diedrich attribue les trous aux dents de hyènes. Le débat n’est pas clos pour tout le monde, mais « la flûte de Néandertal » ne peut pas s’énoncer comme un fait établi.
Les lieux. L’étude fondatrice en France est celle de Iégor Reznikoff et Michel Dauvois : campagnes de 1983 et 1985 dans trois grottes de l’Ariège (Le Portel, Fontanet, Niaux), publiées en 1988 dans le Bulletin de la Société préhistorique française. Ils y rapportent une correspondance entre l’emplacement des figures et signes et les zones de résonance. En 1993, Steven Waller publie dans Nature une courte note, « Sound and rock art », qui relie l’art rupestre aux phénomènes sonores du lieu. En 1996, Robert Jahn, Paul Devereux et Michael Ibison mesurent dans six monuments anciens une résonance forte entre 95 et 120 Hz et « spéculent » sur un usage du chant ; le mot est le leur.
La génération suivante apporte la statistique. Margarita Díaz-Andreu et Carlos García Benito étudient en 2012 les abris ornés du ravin de La Valltorta (art levantin, Espagne) ; l’équipe de Bruno Fazenda publie en 2017 les mesures de cinq grottes du nord de l’Espagne, avec une association jugée faible mais défendable. De 2018 à 2025, le projet ERC Artsoundscapes (Université de Barcelone, direction M. Díaz-Andreu) étend la démarche à des sites d’art rupestre de Méditerranée, de Sibérie et de Basse-Californie.
La maquette. Pour un monument ruiné, on ne peut pas mesurer l’état d’origine. Trevor Cox, Bruno Fazenda et Susan Greaney construisent en 2020 une maquette de Stonehenge au douzième et y mesurent, à l’échelle, un temps de réverbération d’environ 0,6 s à l’intérieur du cercle reconstitué, sans écho marqué. Le résultat porte sur un état restitué du monument, pas sur une mesure du site actuel.
Ce qui circule à tort. Qu’un monument aurait été « accordé » à une fréquence précise pour agir sur le cerveau ne découle d’aucune de ces études : une résonance vers 110 Hz est ce qu’on attend d’une chambre de quelques mètres (calcul).
Appuis
- N. J. Conard, M. Malina, S. C. Münzel, « New flutes document the earliest musical tradition in southwestern Germany », Nature 460 (2009) 737–740 — flûtes de Hohle Fels et de Vogelherd ; présentation et datations dans ScienceDaily.
- T. Higham et al., « Testing models for the beginnings of the Aurignacian… : the radiocarbon chronology of Geißenklösterle », J. Human Evolution 62 (2012) 664–676 — chronologie radiocarbone de Geißenklösterle.
- C. Fritz et al., « First record of the sound produced by the oldest Upper Paleolithic seashell horn », Science Advances 7 (2021) eabe9510 — la conque de Marsoulas.
- F. d’Errico et al., « A Middle Palaeolithic origin of music? », Antiquity 72 (1998) 65–79 — la « flûte » de Divje Babe I discutée.
- T. J. Cox, B. M. Fazenda, S. E. Greaney, « Using scale modelling to assess the prehistoric acoustics of Stonehenge », J. Archaeological Science 122 (2020) 105218 — maquette au 1/12 ; résumé chiffré dans Phys.org.
Avant que le son soit une équation, il est un lieu. La grotte est déjà une salle de concert et un instrument.
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L'analyse mathématique Quand une cavité « répond » à une note : modes séparés et fréquence de Schroeder 3 formules · ≈ 6 min
Dire qu’une paroi « répond dans les graves », c’est dire qu’à certaines hauteurs l’air de la cavité entre en résonance : la voix excite un mode propre, et le son se prolonge à cette fréquence plus qu’aux autres. Or une cavité possède un nombre illimité de modes. La question quantitative devient : jusqu’à quelle fréquence les modes restent-ils assez espacés pour qu’une note soit privilégiée ? Le calcul qui suit donne un ordre de grandeur à partir de deux données, le volume V et le temps de réverbération T60 ; il ne décrit aucune grotte réelle.
Combien de modes par hertz. Dans une boîte rectangulaire aux parois rigides, chaque mode correspond à un triplet d’entiers, c’est-à-dire à un point d’un réseau dans l’espace des nombres d’onde (modes d’une pièce). Compter les modes de fréquence inférieure à f revient à compter les points contenus dans un huitième de sphère de rayon 2f/c ; chaque point occupe un volume 1/V du réseau. On obtient N(f) ≈ 4π V f^3/(3c^3), et en dérivant :
Se lit« n de f environ égale quatre pi V f carré sur c cube »n(f) se dit « n de f » : c’est un nombre de modes par hertz, pas une fréquence. c³ se dit « c cube ». Le signe « environ égale » rappelle qu’on n’a gardé que le terme de volume : les termes de surface et d’arêtes, qui croissent moins vite avec la fréquence, comptent encore dans une petite cavité et dans l’extrême grave.
Ce qu’elle dit
Le nombre de modes rencontrés dans chaque hertz croît comme le carré de la fréquence et proportionnellement au volume. Une petite cavité a donc peu de modes dans le grave, bien séparés ; une grande salle en a déjà beaucoup. Établi pour une boîte rectangulaire à parois rigides, le résultat sert d’ordre de grandeur pour d’autres formes quand la fréquence est assez élevée.
Les symboles. Survolez la formule ou un symbole.
- n densité modale : nombre de modes propres par hertz autour de la fréquence f par hertz (1/Hz) ≈ 0,075 par hertz à 110 Hz pour 20 m³
- f fréquence considérée hertz (Hz)
- V volume d’air de la cavité mètre cube (m³)
- c célérité du son dans l’air mètre par seconde (m/s) ≈ 343 m/s à 20 °C
Largeur d’un mode. Un mode n’est pas une raie infiniment fine : comme il s’éteint, il répond sur une bande. Si l’amplitude décroît en e^-δ t, l’énergie décroît en e^-2δ t ; une baisse de 60 dB en T60 impose 2δ T60 × 10log10 e = 60, soit δ ≈ 6,91/T60. La largeur à mi-puissance d’une telle résonance vaut δ/π en hertz (oscillateur amorti) :
Se lit« B environ égale delta sur pi, environ deux virgule deux sur T soixante »δ se dit « delta » (minuscule) : ici un taux de décroissance de l’amplitude, en s⁻¹, pas un écart. T₆₀ se dit « T soixante » : la durée d’une baisse de 60 dB. Le 2,2 vient de 6,91 divisé par pi.
Ce qu’elle dit
Plus un son s’éteint vite, plus chaque résonance est large : une cavité sourde a des modes larges, qui se recouvrent tôt ; une cavité réverbérante a des modes étroits. Hypothèse : une décroissance exponentielle unique, la même pour les modes voisins.
Les symboles. Survolez la formule ou un symbole.
- B largeur de bande à mi-puissance d’un mode hertz (Hz) 4,4 Hz pour T₆₀ = 0,5 s
- δ taux de décroissance de l’amplitude du mode par seconde (s⁻¹)
- T60 temps de réverbération : durée d’une baisse de niveau de 60 dB seconde (s)
Fréquence de Schroeder. Quand une bande B contient trois modes ou davantage, la réponse ne montre plus de pics isolés. Poser B × n(f) = 3 donne f^2 = 3c^3 T60/(2,2 × 4π V), soit, avec c = 343 m/s, f ≈ 2 090 √T60/V ; Schroeder arrondit la constante à 2 000 :
Se lit« f S environ égale deux mille racine de T soixante sur V »f_S se dit « f S », S pour Schroeder. La constante 2 000 n’est pas un nombre pur : elle vaut pour T₆₀ en secondes et V en mètres cubes, et elle contient la célérité du son dans l’air.
Ce qu’elle dit
Sous cette fréquence, la cavité répond note par note, avec des pics séparés ; au-dessus, les modes se recouvrent et la réponse devient statistique, sans hauteur privilégiée. Une petite cavité peu réverbérante garde ce régime modal assez haut ; une grande salle réverbérante le perd dès l’extrême grave. Ordre de grandeur : le seuil de trois modes par bande est une convention.
Les symboles. Survolez la formule ou un symbole.
- fS fréquence de Schroeder : limite entre régime de modes séparés et régime de modes recouvrants hertz (Hz)
- T60 temps de réverbération seconde (s)
- V volume de la cavité mètre cube (m³)
Deux cavités de calcul. Les valeurs sont des hypothèses choisies pour l’exemple, non des mesures :
| cavité (hypothèse) | V | T60 | fS | modes autour de 110 Hz |
|---|---|---|---|---|
| diverticule étroit | 20 m³ | 0,5 s | ≈ 320 Hz | un tous les 13 Hz environ, larges de 4,4 Hz |
| grande salle | 3 000 m³ | 2 s | ≈ 52 Hz | environ 11 par hertz, larges de 1,1 Hz |
Détail du premier cas : n(110) = 4π × 20 × 110^2 / 343^3 ≈ 0,075 mode par hertz, soit un espacement moyen de 13 Hz, trois fois la largeur d’un mode. Une voix qui glisse lentement vers l’aigu rencontre des résonances séparées : le niveau monte nettement sur certaines notes. Dans la grande salle, douze modes environ tombent dans chaque bande de 1,1 Hz ; aucune note n’est favorisée, on entend une traîne de réverbération. Le calcul prédit donc qu’une réponse « note par note » se cherche dans les passages étroits et les niches, pas au milieu des grandes salles.
Pourquoi tant de chambres sonnent vers 110 Hz. Entre deux parois parallèles distantes de L, les modes axiaux valent fk = k c/(2L). Pour L = 3 m : 57, 114, 172 Hz. Une source placée au centre se trouve sur un nœud de pression du mode k = 1 et sur un ventre du mode k = 2 : c’est 114 Hz qu’elle excite le mieux. Une résonance autour de 100 Hz dans une chambre de quelques mètres découle donc de ses dimensions ; elle ne suffit pas à montrer un accord voulu.
Limites. Une niche ouverte sur une grande salle n’a pas de T60 propre bien défini ; argile, sédiments et concrétions n’ont pas des parois rigides ; la forme d’une galerie est loin d’une boîte. Ces formules situent un régime, elles ne remplacent pas une mesure.
Appuis
- M. R. Schroeder, « The “Schroeder frequency” revisited », J. Acoust. Soc. Am. 99 (1996) 3240–3241 — la fréquence de transition entre résonances isolées et modes recouvrants.
- Arup, Strutt — Modal density — nombre de modes sous f et densité modale d’une salle rectangulaire (termes de volume, de surface et d’arêtes).
- Treble Technologies — Transition frequency — formule 2000 √(T/V), recouvrement modal d’ordre trois.
- R. G. Jahn, P. Devereux, M. Ibison, « Acoustical resonances of assorted ancient structures », J. Acoust. Soc. Am. 99 (1996) 649–658 — six structures anciennes, résonance forte entre 95 et 120 Hz.
En profondeur Ce que l’archéoacoustique peut établir, et ce qu’elle ne peut pas ≈ 4 min
Le chapitre parle d’une corrélation mesurée entre parois ornées et zones de résonance. Pour juger ce que vaut une telle affirmation, il faut séparer trois énoncés qui n’ont pas le même statut : un fait physique actuel (ce point de la grotte résonne aujourd’hui), une association spatiale (les figures se trouvent plus souvent que le hasard ne le voudrait près de ces points), une intention (les auteurs ont choisi ces emplacements pour leur son). Chaque étape ajoute des hypothèses.
Ce qu’on mesure. Les premières études, dans les grottes de l’Ariège à partir de 1983, exploraient les galeries à la voix et notaient à l’oreille les points où le son se renforce. Les études récentes enregistrent la réponse du lieu entre une source et un microphone, puis en tirent des indicateurs chiffrés : durée de la réverbération, présence de résonances marquées dans le grave, écho distinct. La mesure instrumentale a l’avantage d’être refaite par d’autres ; l’exploration vocale a celui d’utiliser la source dont disposaient les occupants.
Premier écueil : la grotte a changé. Le lieu mesuré n’est pas celui de la préhistoire. Des entrées se sont fermées ou ouvertes, des éboulis sont tombés, des sols ont été creusés par les fouilles ou exhaussés par les sédiments, des concrétions ont grandi. Chacun de ces changements modifie le volume, les surfaces et donc les modes (modes séparés). Une résonance mesurée aujourd’hui à un endroit n’existait pas forcément il y a vingt ou quarante millénaires, et l’inverse.
Deuxième écueil : la statistique. Avec de nombreux points de mesure et plusieurs indicateurs par point, certaines associations apparaissent par hasard. Il faut donc un test fixé à l’avance et des points témoins choisis sans regarder les parois. L’étude de cinq grottes du nord de l’Espagne publiée en 2017 conclut que les motifs, et en particulier les lignes et les points, se trouvent plus souvent là où la réverbération est modérée et où le grave montre un comportement résonant ; ses auteurs qualifient eux-mêmes l’association de « statistiquement faible mais défendable ». C’est l’état honnête de la question.
Troisième écueil : les causes communes. Un passage étroit résonne note par note parce qu’il est petit ; c’est aussi un endroit où la paroi est à portée de main, où l’on passe, où la lumière d’une flamme éclaire bien. Une association entre figures et résonances peut venir de ce troisième facteur sans qu’aucun peintre ait écouté la paroi. Pour la départager, il faudrait comparer des emplacements de même géométrie, les uns ornés, les autres non.
Quatrième écueil : le sens. Même solide, une association ne dit pas ce que le son signifiait : rite, repère, simple plaisir d’entendre sa voix. Les comparaisons ethnographiques proposent des hypothèses, elles ne les vérifient pas.
Les objets sonores. Le terrain est plus ferme quand l’objet porte des traces de fabrication. La flûte de Hohle Fels, en radius de vautour fauve, garde cinq trous de jeu et deux encoches en V à l’extrémité par laquelle on soufflait. La grande conque de Marsoulas a un sommet cassé volontairement, des bords retouchés et des traces d’ocre ; un musicien en a tiré trois sons proches de do, do dièse et ré. À l’inverse, le fémur d’ourson de Divje Babe, présenté comme une flûte néandertalienne, porte des perforations que plusieurs études attribuent à des dents de carnivores. Les concrétions de calcite portant des traces de percussion (« lithophones ») sont un cas intermédiaire : l’impact est observable, l’usage sonore reste une interprétation.
Rejouer une copie. Une réplique jouée aujourd’hui dit ce qu’on peut tirer de l’objet, pas ce qu’on en tirait. La longueur conservée de la flûte de Hohle Fels (21,8 cm) n’est pas forcément sa longueur d’origine ; la façon de souffler, l’embouchure, le doigté changent les hauteurs. Aucune « gamme paléolithique » ne se déduit d’un seul instrument.
Appuis
- I. Reznikoff et M. Dauvois, « La dimension sonore des grottes ornées », Bulletin de la Société préhistorique française 85 (1988) 238–246 — campagnes de 1983 et 1985 au Portel, à Fontanet et à Niaux.
- B. Fazenda et al., « Cave acoustics in prehistory », J. Acoust. Soc. Am. 142 (2017) 1332–1349 — La Garma, Las Chimeneas, La Pasiega, El Castillo, Tito Bustillo ; association « statistiquement faible mais défendable ».
- ScienceDaily (Université de Tübingen), 24 juin 2009 — flûte de Hohle Fels — radius de vautour fauve, 21,8 cm, cinq trous, encoches en V.
- EurekAlert! (CNRS), février 2021 — conque de Marsoulas — modifications volontaires, ocre, trois sons proches de do, do dièse, ré.
- C. G. Diedrich, « “Neanderthal bone flutes”: simply products of Ice Age spotted hyena scavenging activities… », Royal Society Open Science 2 (2015) 140022 — perforations de fémurs d’oursons attribuées aux hyènes, et non à une fabrication humaine.
Acte I · chapitre 6
Antiquité — le son devient nombre, air, architecture
Chine, Inde, Proche-Orient
- Chine, dès le IIe millénaire av. n. è. : carillons de bronze (ex. cloches bianzhong du marquis Yi de Zeng, Ve s. av. n. è.) accordés avec une précision qui suppose une pratique empirique des intervalles. Traités musicaux liés au calendrier et à la cosmologie (gamme des lü).
- Inde védique et classique : le Nada (son) comme principe ; classification des notes (svara), micro-intervalles (shruti). Acoustique ici d’abord liturgique et théorique, pas expérimentale au sens galiléen.
- Égypte / Mésopotamie : harpes, lyres d’Ur, trompettes de Toutânkhamon. Pas de traité d’ondes conservé comparable aux Grecs, mais une ingénierie instrumentale réelle.
Grèce : Pythagore, Archytas, Aristote, Épidaure
Pythagore de Samos (c. 570–490 av. n. è.) et l’école de Crotone : tradition (en partie légendaire, rapportée plus tard par Nicomaque, Jamblique, Boèce) du forgeron et du monocorde. Rapports simples de longueurs de corde :
- 2:1 → octave
- 3:2 → quinte
- 4:3 → quarte
C’est la première mathématisation documentée du son musical en Occident. L’« harmonie des sphères » de Platon prolonge le geste : le cosmos lui-même serait accordé. Ce n’est pas de la physique d’ondes, c’est une ontologie du nombre.
Histoire & sources Les marteaux de Pythagore, les disques d’Hippase, les cloches du marquis Yi : ce que disent les sources ≈ 4 min
Pythagore n’a rien laissé d’écrit, et ce qu’on lui attribue en musique passe par des auteurs bien postérieurs. Trier les sources change le récit.
Une légende tardive. La plus ancienne version conservée de l’histoire du forgeron se lit chez Nicomaque de Gérase, dans son Manuel d’harmonique (Ier ou IIe siècle de notre ère), six siècles environ après Pythagore. Elle est reprise par Jamblique, Gaudence, Macrobe, puis par Boèce au début du VIe siècle, dont la version devient la référence du Moyen Âge latin. Pythagore entend des marteaux pesant 12, 9, 8 et 6 livres : 12 et 6 sonnent l’octave, 12 et 8 (comme 9 et 6) la quinte, 12 et 9 (comme 8 et 6) la quarte, 9 et 8 le ton. Boèce ajoute un cinquième marteau, écarté parce qu’il dissonait avec tous les autres. Rentré chez lui, Pythagore aurait suspendu les mêmes poids à des cordes et retrouvé les mêmes accords.
Pourquoi c’est faux. Deux étapes du récit échouent. La hauteur d’un marteau frappé n’est pas proportionnelle à son poids. Et pour des cordes identiques tendues par des poids, la fréquence varie comme la racine carrée de la tension : il faut quadrupler le poids pour obtenir l’octave, et des poids dans le rapport 9:4 pour la quinte. Vincenzo Galilei le fait remarquer en 1589 ; Mersenne en donne la loi en 1636 (corde de Mersenne). La légende transmet des rapports justes à travers des expériences qui ne pouvaient pas les donner.
Ce qui est attesté. Selon la Stanford Encyclopedia of Philosophy, la seule source ancienne précoce à relier Pythagore aux rapports des consonances est Xénocrate, dans l’Académie de Platon, c’est-à-dire le milieu même qui a grossi la légende. Les rapports 2:1, 3:2 et 4:3 apparaissent en revanche clairement dans les fragments de Philolaos, dans la seconde moitié du Ve siècle (calculs de Philolaos). Une expérience est attribuée à Hippase, actif après la mort de Pythagore : d’après Aristoxène, il prépara quatre disques de bronze de même diamètre, dont les épaisseurs étaient dans ces rapports, et les frappa. Celle-là pouvait marcher. Pour une plaque de diamètre donné, la raideur en flexion croît comme le cube de l’épaisseur et la masse comme l’épaisseur : les fréquences propres sont proportionnelles à l’épaisseur (plaques). Un disque deux fois plus épais sonne une octave plus haut.
Archytas : une bonne idée, une erreur durable. Archytas de Tarente (né entre 435 et 410, mort entre 360 et 350 avant notre ère) ouvre son livre d’harmonique en expliquant que les sons naissent de chocs et que leur hauteur dépend de la vitesse à laquelle ils se propagent : un bâton agité vite fait un son plus aigu qu’agité lentement. L’origine mécanique est juste ; la conclusion ne l’est pas, puisque dans l’air tous les sons audibles voyagent à la même célérité (célérité). Cette théorie a pourtant dominé l’Antiquité. Ptolémée conserve aussi, cinq siècles plus tard, les divisions de la quarte d’Archytas, par exemple le diatonique 9/8 · 8/7 · 28/27, qui semblent décrire des gammes réellement jouées.
L’oreille contre le nombre. Aristoxène de Tarente, élève d’Aristote, défend dans ses Éléments harmoniques l’idée que les intervalles se jugent à l’oreille plutôt que par des rapports de nombres, tout en employant un vocabulaire arithmétique. Vitruve paraphrase Aristoxène dans son livre V, juste avant de décrire ses vases.
Hors de Grèce : un document sonore daté. En 1978, à Leigudun (Suizhou, Hubei), la tombe du marquis Yi de Zeng, mort vers 433 avant notre ère, livre un jeu de 64 cloches de bronze sur trois niveaux, du do 2 au ré 7. Chaque cloche donne deux sons, à une tierce majeure ou mineure l’un de l’autre, selon qu’on la frappe au centre ou sur le côté ; les inscriptions, 3 755 caractères au total, nomment les notes. Les mesures de Thomas Rossing et de ses collègues, faites sur la copie moderne d’une cloche ancienne de ce type, montrent pourquoi : ses modes vont par paires, l’un avec un nœud sur l’arête de la cloche, l’autre avec un ventre, et le point de frappe excite surtout l’un ou l’autre.
Appuis
- Stanford Encyclopedia of Philosophy, « Pythagoras » (C. Huffman) — récits de découverte « clairement faux » ; Xénocrate ; expérience d’Hippase ; Philolaos.
- Stanford Encyclopedia of Philosophy, « Pythagoreanism » — les quatre disques de bronze d’Hippase (Aristoxène, fr. 90 Wehrli).
- Stanford Encyclopedia of Philosophy, « Archytas » (C. Huffman) — dates, fragment 1 sur la hauteur et la vitesse, tétracordes rapportés par Ptolémée.
- T. D. Rossing et al., « Vibrational modes of Chinese two-tone bells », J. Acoust. Soc. Am. 83 (1988) 369–373 — modes par paires, deux notes selon le point de frappe ; inscriptions et datation : UNESCO, Mémoire du monde.
Archytas de Tarente (c. 430–350 av. n. è.) : le son naît d’un choc ; l’aigu correspond à un mouvement plus rapide / plus dense. Aristote (De anima) et la tradition des Problèmes pseudo-aristotéliciens : le son est transmis par l’air mis en mouvement ; sans milieu, rien n’arrive à l’oreille. Intuition juste, mécanisme encore flou (il n’a pas la fréquence au sens moderne).
Théâtre d’Épidaure (Péloponnèse). L’agencement périodique des gradins filtre une partie des graves du bruit de fond. Crédit : Wikimedia Commons. Théâtre d’Épidaure (architecte Polyclète le Jeune, construction souvent datée vers 330–300 av. n. è., ≈ 6 000 places au IVe s., puis 13 000–14 000 après l’extension du IIe s. av. n. è.). L’anecdote touristique de la pièce entendue aux derniers gradins dépend du calme ambiant et des conditions d’essai ; elle ne constitue pas une mesure reproductible de l’intelligibilité. Travaux de Nico F. Declercq et al. : les rangées de sièges en calcaire agissent comme un filtre acoustique qui atténue les basses < ~500 Hz (vent, feuillage, rumeur) et laisse passer la bande utile de la voix. Ce n’est pas de la magie, c’est de la diffraction périodique.
En profondeur Le filtre des gradins et les vases de Vitruve : ce que fait la pierre, ce que ne fait pas un pot ≈ 4 min
Deux dispositifs antiques sont souvent rangés sous la même étiquette d’« acoustique merveilleuse » : les gradins d’Épidaure et les vases résonants que décrit Vitruve. Le premier a fait l’objet d’une modélisation physique ; le second tient surtout d’un texte. Ils n’agissent pas de la même façon.
Une surface ondulée. Vus par une onde sonore, les rangs de sièges en calcaire forment une surface en marches, répétée à pas régulier. Une telle surface ne réfléchit pas comme un plan incliné : elle diffracte, et l’effet dépend du rapport entre la longueur d’onde et le pas. À 500 Hz, λ = c/f ≈ 343/500 ≈ 0,69 m, l’ordre de grandeur des dimensions d’un gradin. L’étude numérique de Nico Declercq et Cindy Dekeyser (2007), appuyée par des essais en ultrasons sur modèle, montre que cette structure affaiblit les fréquences inférieures à environ 500 Hz et renvoie vers les spectateurs les fréquences plus élevées. Le bruit de fond d’un site en plein air, rumeur de foule, vent, feuillage, est riche en graves : il est atténué davantage que la partie aiguë de la voix.
Et les graves de la voix ? Le filtre ne trie pas les sources : il affaiblit aussi le fondamental d’une voix grave. Les auteurs invoquent la hauteur virtuelle : quand les harmoniques d’un son sont présents, l’auditeur perçoit sa hauteur même si le fondamental manque, comme au téléphone ou sur un petit haut-parleur (fondamental absent). La voix reste reconnaissable et intelligible, car l’essentiel de l’intelligibilité se joue dans les fréquences plus aiguës que le fondamental.
Les limites du résultat. L’article le précise : l’effet des rangs joue « au moins quand le théâtre n’est pas plein ». Des spectateurs assis couvrent les marches, absorbent et changent la géométrie. Le calcul ne dit rien de l’intention des bâtisseurs ; les auteurs laissent ouverte la question d’une coïncidence. D’autres facteurs comptent sans doute : la pente de la cavea, qui laisse à chacun un trajet direct dégagé vers la scène, la réflexion sur le sol de l’orchestra, le calme du site. L’anecdote de la pièce entendue en haut des gradins suppose ce calme ; elle ne mesure pas l’intelligibilité d’une représentation.
Ce que fait un vase résonant. Un vase ouvert se comporte en résonateur de Helmholtz : l’air du col oscille comme une masse sur le ressort de l’air intérieur (volumes et notes). Placé dans un champ sonore, il prélève de l’énergie dans une bande étroite autour de sa fréquence propre, en dissipe une partie par frottement dans le col et réémet le reste avec un retard, en résonnant quelque temps après que la note a cessé. Il ne crée pas d’énergie. Selon la proportion entre ce qui est dissipé et ce qui est réémis, l’effet net va de l’absorption d’une note à un léger prolongement de celle-ci. Vitruve attend des vases que la voix « sonne avec plus de clarté et d’harmonie » ; la physique permet au mieux une coloration locale de quelques fréquences.
Ce qu’on a retrouvé. Aucun vestige certain des vases de bronze de Vitruve n’a été identifié dans un théâtre fouillé, et Vitruve lui-même concède que les nombreux théâtres construits chaque année à Rome s’en passent, en attribuant aux planchers des théâtres de bois une résonance naturelle. En revanche, des pots de terre cuite encastrés dans les murs ou les voûtes existent dans plus de 400 édifices médiévaux d’Europe recensés par Valière et Palazzo-Bertholon (2017), dont des dizaines d’églises françaises. Selon plusieurs mesures, ils se comportent en résonateurs qui absorbent certaines fréquences graves ; l’interprétation, débattue, n’exclut pas un rôle d’amplificateur (églises médiévales).
Appuis
- N. F. Declercq et C. S. A. Dekeyser, « Acoustic diffraction effects at the Hellenistic amphitheater of Epidaurus: Seat rows responsible for the marvelous acoustics », J. Acoust. Soc. Am. 121 (2007) 2011–2022 — les rangs de sièges comme filtre, « au moins quand le théâtre n’est pas plein ».
- ScienceDaily (Georgia Tech), avril 2007 — coupure vers 500 Hz, hauteur virtuelle, essais en ultrasons.
- Vitruve, De architectura, livre V, trad. J. Gwilt (LacusCurtius) — V.5 : effet attendu des vases ; théâtres de Rome et planchers de bois.
- J.-C. Valière, B. Palazzo-Bertholon, J.-D. Polack, P. Carvalho, « Acoustic pots in ancient and medieval buildings », Acta Acustica united with Acustica 99 (2013) 70–81 — textes anciens et observations dans les églises françaises ; synthèse et inventaire dans Wikipédia, « Acoustic jar ».
- J.-C. Valière et B. Palazzo-Bertholon, « Towards a history of architectural acoustics using archaeological evidence: 11th–17th-century churches in France » (2017) — inventaire de plus de 400 édifices en Europe, plus de 1 000 pots mesurés dans 41 églises françaises ; discussion du rôle d’absorbeur (DOI non trouvé, dépôt HAL).
Atelier S27 · Monocorde de Pythagore ★★★ · son · MIDI
Monocorde de Pythagore
Rien ne tourne avant ce clic : ni son, ni calcul.
Comment l'utiliserGlisser le chevalet aux repères 1/2, 2/3, 3/4, 4/5 ; jouer la portion et la corde entière ensemble. Changer la tension ou la masse linéique, puis déplacer le point de pincement et comparer.
Ce que ça montreLe rapport de longueurs, l’intervalle nommé, les cents, les battements entre les deux notes ; f = (1/2l)√(T/µ) ; les amplitudes des modes selon le point de pincement, avec des fréquences qui ne changent pas.
Sens de lectureAux rapports simples, les deux notes fusionnent ; entre les repères, ça frotte. Déplacer le point de pincement change le timbre (les amplitudes des modes), pas la note : les fréquences propres de la corde restent les mêmes. La légende du forgeron est fausse ; la corde, elle, dit vrai.
Au clavier MIDI Branché, un clavier MIDI joue le monocorde : chaque touche place le chevalet à la longueur qui donne cette hauteur par rapport à la corde entière (do2), puis pince la corde ; le rapport l/L et l'intervalle en cents s'affichent. Le chevalet prend la longueur exacte du tempérament égal, sans s'aimanter aux repères : la touche de quinte donne l/L ≈ 0,667 et non 2/3, et l'écart avec la quinte juste se lit dans le battement. Les notes plus graves que la corde à vide, ou plus aiguës que sa double octave, sont ramenées par octaves ; le pitch bend fait glisser le chevalet (± 2 demi-tons), la molette règle le point de pincement.
Rome et transmission
Vitruve (De architectura, Ier s. av. n. è.) décrit vases acoustiques, échos, emplacement des théâtres. Boèce (c. 480–524), De institutione musica : pont majeur vers le Moyen Âge latin, recycle Pythagore et le monocorde.
L'analyse mathématique Ton, limma, moyenne impossible et vases accordés : l’arithmétique des Anciens refaite pas à pas 3 formules · ≈ 6 min
Les Grecs ne mesuraient pas des fréquences ; ils comparaient des longueurs de corde. Mais tant que la tension et la masse linéique restent les mêmes, la fréquence d’une corde est inversement proportionnelle à sa longueur (corde de Mersenne) : un rapport de longueurs 2:1 donne un rapport de fréquences 1:2. Leurs calculs sur les rapports se transposent donc tels quels aux fréquences. Trois de ces calculs se refont ici.
Le ton et le reste. Philolaos, dans la seconde moitié du Ve siècle avant notre ère, décrit l’octave comme une quarte plus une quinte, et l’écart entre quinte et quarte comme un ton. Il ajoute que la quarte contient deux tons et un reste. Retrancher un intervalle revient à diviser son rapport :
Se lit« r ton égale trois demis sur quatre tiers ; r limma égale quatre tiers sur r ton au carré »« Sur » se lit ici comme une division de rapports, pas de longueurs : retrancher un intervalle, c’est diviser son rapport, et « r ton au carré » compte deux tons empilés. Le second résultat, le « reste », a reçu plus tard le nom de limma ; il est plus petit que la moitié d’un ton.
Ce qu’elle dit
Empiler des intervalles multiplie leurs rapports ; en retrancher les divise. La quinte moins la quarte laisse un ton de rapport 9/8, et la quarte moins deux tons laisse un limma de 256/243, sensiblement plus petit que la moitié d’un ton. Ces égalités sont exactes ; elles ne dépendent que des rapports, pas de l’instrument.
Les symboles. Survolez la formule ou un symbole.
- rton rapport de fréquences du ton, écart entre la quinte (3/2) et la quarte (4/3) sans unité 9/8 = 1,125, soit 203,9 cents
- rlimma rapport de fréquences du limma, reste de la quarte après deux tons sans unité 256/243 ≈ 1,0535, soit 90,2 cents
Numériquement, rton = (3/2) × (3/4) = 9/8 et rlimma = (4/3)/(81/64) = 256/243. Pour les comparer, on convertit en cents, I = 1200log2 r :
| intervalle | rapport r | calcul | cents |
|---|---|---|---|
| ton | 9/8 | 1200log2 1,125 | 203,9 |
| limma | 256/243 | 1200log2 1,0535 | 90,2 |
| apotomè (ton moins limma) | 2187/2048 | 203,9 - 90,2 | 113,7 |
| quarte (deux tons et un limma) | 4/3 | 2 × 203,9 + 90,2 | 498,0 |
Le ton se coupe donc en deux morceaux inégaux, 90,2 et 113,7 cents. Leur différence, 2187/2048 div 256/243 = 531441/524288, soit 23,5 cents, est le comma pythagoricien : le même nombre que celui du cercle des quintes, atteint par un autre chemin.
Pourquoi le ton ne se coupe pas en deux. On attribue à Archytas de Tarente, par l’intermédiaire de Boèce, la démonstration qu’un rapport « superpartiel » (n+1)/n n’a pas de moyenne proportionnelle en nombres entiers. Écrit en termes modernes :
Se lit« p sur q, le tout au carré, égale n plus un sur n ; donc q carré égale n et p carré égale n plus un »p et q sont les deux termes, sans diviseur commun, d’un rapport qui serait la « moitié » exacte de l’intervalle. La flèche double se lit « implique » ou « donc ».
Ce qu’elle dit
Si une fraction irréductible avait pour carré un rapport superpartiel, il faudrait que n et n + 1 soient tous deux des carrés parfaits, ce qui est impossible pour n au moins égal à 1. Aucun rapport de nombres entiers ne partage donc exactement en deux l’octave (n = 1), la quinte (n = 2), la quarte (n = 3) ou le ton (n = 8).
Les symboles. Survolez la formule ou un symbole.
- p numérateur de la fraction cherchée, sans facteur commun avec q sans unité nombre entier
- q dénominateur de la fraction cherchée sans unité nombre entier
- n entier qui définit le rapport superpartiel (n + 1)/n sans unité 1 pour l’octave, 8 pour le ton
La preuve tient en deux lignes. Les carrés p^2 et q^2 n’ont pas de facteur commun, pas plus que n et n + 1 ; deux fractions irréductibles égales ont mêmes numérateur et dénominateur. Or deux carrés parfaits consécutifs n’existent qu’au prix de n = 0, puisque (m+1)^2 - m^2 = 2m + 1 vaut au moins 3 dès que m ≥ 1. La moitié exacte du ton, √9/8 ≈ 1,0607, soit 102,0 cents, est un nombre irrationnel. Le demi-ton tempéré de cent cents, 2^1/12, l’est aussi : c’est le prix du tempérament égal.
Des vases accordés. Vitruve demande des vases de bronze accordés de la quarte jusqu’à la double octave. Si un vase se comporte en résonateur de Helmholtz, fH ≈ c/2π√S/(V Lrm eff) : à col identique, la fréquence varie comme l’inverse de la racine du volume.
Se lit« V un sur V deux égale f deux sur f un, le tout au carré »Les indices se croisent : le vase 1, le plus grand, donne la note la plus grave. « Le tout au carré » porte sur le rapport entier des fréquences.
Ce qu’elle dit
Pour monter d’un intervalle sans toucher au col, il faut diviser le volume par le carré du rapport de fréquences. Une quarte demande un volume 16/9 ≈ 1,78 fois plus petit, une quinte 9/4 = 2,25 fois, une octave 4 fois, une double octave 16 fois. Hypothèses : cavité petite devant la longueur d’onde, parois rigides, col identique.
Les symboles. Survolez la formule ou un symbole.
- V1 volume d’air du vase le plus grave mètre cube (m³) 10 L = 0,010 m³ dans l’exemple
- V2 volume d’air du vase le plus aigu mètre cube (m³)
- f2 fréquence de résonance du vase le plus aigu hertz (Hz)
- f1 fréquence de résonance du vase le plus grave hertz (Hz) ≈ 95 Hz dans l’exemple
Exemple chiffré, pour des dimensions choisies librement : un vase de 10 L, col de 6 cm de diamètre (a = 3 cm, S = π a^2 ≈ 2,83×10^-3 m²) et de 5 cm de long. Avec les corrections d’extrémité de la clé de physique, Lrm eff ≈ 0,05 + 1,46 × 0,03 ≈ 0,094 m, et fH ≈ 54,6 × √2,83×10^-3/(0,010 × 0,094) ≈ 54,6 × 1,74 ≈ 95 Hz. Deux octaves plus haut, vers 380 Hz, le même col demande un volume de 10/16 ≈ 0,63 L. Une rangée de vases couvrant la double octave va donc d’une grande jarre à un petit pot, sauf à changer aussi les cols. Vitruve ne donne ni dimensions ni hauteur absolue ; ce calcul montre seulement l’étendue des tailles qu’impose son programme.
Appuis
- Stanford Encyclopedia of Philosophy, « Philolaus » (C. Huffman) — fragment 6a : octave = quarte + quinte, ton 9:8, reste 256:243.
- Stanford Encyclopedia of Philosophy, « Archytas » (C. Huffman) — preuve de l’absence de moyenne proportionnelle entre termes superpartiels, reprise dans la Sectio canonis.
- Vitruve, De architectura, livre V, trad. J. Gwilt (LacusCurtius) — V.5 : vases de bronze accordés de la quarte à la double octave.
- S. W. Rienstra et A. Hirschberg, An Introduction to Acoustics, TU Eindhoven, § 5.2.3 — résonateur de Helmholtz, correction d’extrémité.
Acte I · chapitre 7
Moyen Âge et Renaissance — le son reste d’abord musique
L’Europe médiévale théorise les modes, le plain-chant, puis la polyphonie (Notre-Dame de Paris, école de Léonin / Pérotin). L’acoustique des nefs gothiques est un laboratoire involontaire de réverbération longue : la liturgie s’écrit pour la pierre. Dans le monde islamique, Al-Fârâbî et Avicenne développent des théories musicales des proportions et des instruments ; le rapprochement avec le pouls et la médecine est notamment documenté chez Avicenne. À la Renaissance, Vincenzo Galilei (père de Galilée), luthiste et théoricien, critique l’autorité pythagoricienne pure et mesure ; il prépare le terrain expérimental de son fils. Giovanni Battista Benedetti (1585) affirme déjà l’égalité entre rapport de hauteurs et rapport de fréquences — idée décisive, encore mal diffusée.
L'analyse mathématique Poids de Galilei, dérive de Benedetti, coïncidences : trois calculs de la Renaissance 3 formules · ≈ 6 min
À la fin du XVIe siècle, deux Italiens mettent à l’épreuve les rapports hérités de Pythagore et de Boèce. Vincenzo Galilei tend des cordes avec des poids ; Giovanni Battista Benedetti suit, accord après accord, ce que devient une mélodie chantée en intervalles purs. Leurs résultats se refont avec l’outillage du chapitre mathématique.
Des poids au carré. La loi de Mersenne, f = 1/2L√τ/µ, sera énoncée un demi-siècle plus tard. Pour deux cordes de même longueur L et de même masse linéique µ, elle donne :
Se lit« f deux sur f un égale racine de tau deux sur tau un »τ se dit « tau » : la tension de la corde, une force en newtons, ici le poids suspendu. Ce n’est pas une durée.
Ce qu’elle dit
À longueur et corde égales, la fréquence ne suit pas la tension mais sa racine carrée. Pour élever une note d’un intervalle de rapport r, il faut multiplier le poids par r au carré : 4 pour l’octave, 9/4 pour la quinte, 16/9 pour la quarte. Hypothèses : corde souple et homogène, allongement sous la charge négligé.
Les symboles. Survolez la formule ou un symbole.
- f2 fréquence de la corde la plus aiguë hertz (Hz)
- f1 fréquence de la corde la plus grave hertz (Hz)
- τ2 tension de la corde la plus aiguë, égale au poids suspendu newton (N) 110 N dans l’exemple de la quinte
- τ1 tension de la corde la plus grave newton (N) 49 N dans l’exemple
Exemple : une corde tendue par une masse de 5 kg subit τ1 = 5 × 9,81 ≈ 49 N. La quinte demande 49 × 9/4 ≈ 110 N, soit 11,25 kg, et non 7,5 kg comme le voudrait le rapport 3/2. C’est l’argument de Galilei contre la légende des cordes chargées de poids : les nombres simples 1, 2, 3, 4 ne valent que pour les longueurs ; pour les tensions, il faudrait écrire 1, 4, 9, 16.
La dérive du chœur. Benedetti examine une progression de quatre accords. Au-dessus d’un ténor immobile, le dessus passe d’un sol à un la, un ton majeur 9/8 plus haut. Le ténor monte ensuite d’un degré ; le la forme avec lui une quarte 4/3, puis le dessus descend sur une note X qui forme avec ce ténor une tierce mineure 6/5. Entre la et X, l’intervalle vaut (4/3)/(6/5) = 10/9, un ton mineur. X n’est donc pas le sol de départ :
Se lit« f X sur f sol égale neuf huitièmes sur dix neuvièmes, égale quatre-vingt-un sur quatre-vingts »f_X et f_sol se disent « f X » et « f sol » : les fréquences de la note d’arrivée et du sol de départ. Le rapport 81/80 s’appelle comma syntonique (environ 21,5 cents), à ne pas confondre avec le comma pythagoricien de 23,5 cents.
Ce qu’elle dit
Monter d’un ton majeur puis redescendre d’un ton mineur ne ramène pas au point de départ : on arrive un comma syntonique plus haut. Si des chanteurs gardent des intervalles purs à chaque accord, la hauteur de toute la pièce glisse d’un comma à chaque répétition du motif. Hypothèse : chaque accord est chanté juste par rapport à la note tenue du ténor.
Les symboles. Survolez la formule ou un symbole.
- fX fréquence de la note d’arrivée du dessus hertz (Hz)
- frm sol fréquence du sol de départ hertz (Hz)
Répété k fois, le motif fait monter la pièce de k × 1200log2(81/80) ≈ 21,5 k cents. Après dix répétitions, 215 cents : plus qu’un ton majeur (203,9 cents), si bien que le « sol » chanté dépasse le la du départ. Benedetti propose de rétrécir les quintes d’un tiers de comma pour éviter cette dérive. L’idée n’est pas neuve : les tempéraments au quart et aux deux septièmes de comma sont déjà connus (Zarlino, 1558) (tempérament égal).
Les coïncidences. Benedetti rapporte la consonance à la coïncidence périodique des impulsions des deux notes. Si f2 = (p/q) f1 avec p/q irréductible, les impulsions retombent ensemble à intervalles réguliers :
Se lit« T c égale q sur f un, égale p sur f deux »T_c se dit « T c » : l’intervalle de temps entre deux coïncidences. p et q sont les deux termes du rapport, sans diviseur commun : 3 et 2 pour la quinte.
Ce qu’elle dit
Deux notes en rapport simple réalignent souvent leurs impulsions : la note grave en émet q, la note aiguë p, entre deux coïncidences. Plus les termes du rapport sont grands, plus les coïncidences sont rares. Pour un rapport irrationnel, comme les intervalles tempérés, il n’y a plus de coïncidence exacte.
Les symboles. Survolez la formule ou un symbole.
- Tc durée entre deux coïncidences des impulsions des deux notes seconde (s) 10 ms pour une quinte sur 200 Hz
- q nombre d’impulsions de la note grave entre deux coïncidences sans unité 2 pour la quinte
- f1 fréquence de la note grave hertz (Hz) 200 Hz dans l’exemple
- p nombre d’impulsions de la note aiguë entre deux coïncidences sans unité 3 pour la quinte
- f2 fréquence de la note aiguë hertz (Hz)
Sur un sol grave à 200 Hz : quinte (3/2), Tc = 2/200 = 10 ms ; tierce majeure (5/4), 20 ms ; tierce mineure (6/5), 25 ms. Benedetti classe ensuite les consonances par le produit des deux termes : octave 2, quinte 6, quarte 12, sixte majeure 15, tierce majeure 20, tierce mineure 30. Ce classement, qui place la quarte et la sixte majeure avant la tierce majeure, ne s’est pas imposé, pas même chez Zarlino ; Euler reprendra l’idée d’un indice arithmétique en 1739.
Limite du modèle. Un son n’est pas un train d’impulsions : pour deux sinusoïdes pures, « coïncider » n’a pas de sens précis. L’explication moderne passe par les harmoniques qui coïncident ou battent entre eux (rugosité et accords).
Appuis
- D. Capecchi et G. Capecchi, « Two Letters on Music of Giovanni Battista Benedetti to Cipriano de Rore. Part I », Advances in Historical Studies 14 (2025) 180–197 — dérive d’un comma syntonique, tiers de comma, loi des cordes, coïncidences, classement 2, 6, 12, 20, 30.
- Linda Hall Library, « Vincenzo Galilei » — poids quadruplés pour l’octave, rapport 9:4 pour la quinte.
- C. V. Palisca, « Vincenzo Galilei, scienziato sperimentale, mentore del figlio Galileo », Nuncius 15 (2000) 497–514 — les expériences de Vincenzo Galilei et leur place avant Galilée.
- Wikipédia, « Pythagorean hammers » — la légende des poids et sa réfutation par Vincenzo Galilei (1589) puis Mersenne (1636).
En profondeur La nef comme instrument : réverbération longue, notes qui se chevauchent, pots dans les murs ≈ 5 min
Le chapitre dit que la liturgie « s’écrit pour la pierre ». Pour savoir ce que cela peut vouloir dire physiquement, il faut regarder ce qu’une grande nef fait à une note chantée, puis ce que l’on sait, et ne sait pas, de l’influence de ce lieu sur la musique.
Pourquoi une nef réverbère longtemps. Le temps de réverbération croît avec le rapport entre le volume et l’absorption totale, T60 ≈ 0,161 V/A (formule de Sabine). Pierre nue, dallage, vitraux absorbent peu ; le volume est immense. À matériaux égaux, le volume croît comme le cube des dimensions et les surfaces absorbantes comme leur carré : doubler toutes les dimensions d’une église double son temps de réverbération. Pour Notre-Dame de Paris, deux estimations publiées en 1996 et 2002, sans protocole indiqué, donnent environ 8,5 s à 125 Hz, 6 à 7,5 s entre 500 et 1 000 Hz et 2,5 à 2,7 s à 4 000 Hz. Les mesures de 1987, 2015 et 2020 montrent une baisse d’environ 8 % entre 1987 et 2015, puis de 20 % entre 2015 et 2020, après l’incendie de 2019. Les auteurs citent parmi les causes probables les trous de la voûte, mais les bancs et le tapis ont aussi été retirés entre-temps ; la part de chaque cause reste à confirmer.
Ce que devient une mélodie. Après l’arrêt d’une note, son niveau décroît à raison de 60/T60 décibels par seconde : L(t) = L0 - 60 t/T60. Avec T60 = 6 s, l’ordre de grandeur de Notre-Dame vers 1 000 Hz, la baisse est de 10 dB par seconde. Une note tenue une demi-seconde n’a perdu que 5 dB quand la suivante commence ; celle d’avant, 10 dB. Pendant quelques secondes, les notes successives d’une ligne mélodique sonnent donc en partie ensemble, comme un accord qui se renouvelle. Dans une salle à 2 s, la note précédente a déjà perdu 15 dB au bout d’une demi-seconde. Une mélodie lente, aux notes conjointes, supporte ce recouvrement ; un débit de parole rapide y perd ses consonnes.
Ce que la nef ne fait pas. Une cathédrale ne « résonne pas sur une note ». Pour un volume de plusieurs dizaines de milliers de mètres cubes et un T60 de quelques secondes, la fréquence de Schroeder tombe vers 20 Hz, au-dessous de toute voix (modes séparés) : les modes se recouvrent partout dans la bande chantée, et aucune hauteur n’est privilégiée par le bâtiment lui-même. Ce qui varie avec la fréquence, c’est la durée de la traîne : dans l’aigu, l’absorption de l’air, qui croît avec la fréquence, raccourcit la réverbération ; dans le grave, la pierre réfléchit presque tout.
Ce qui complique le modèle. Une église n’est pas une salle unique. Bas-côtés, chapelles, chœur et transept forment des volumes couplés, qui se renvoient l’énergie : la décroissance peut avoir deux pentes, rapide puis lente, et dépend de la place de l’auditeur. Une foule absorbe beaucoup : la même nef sonne plus sèche pleine que vide. Et l’état actuel d’un édifice, ses bancs, ses tentures, son mobilier, n’est pas celui du XIIe siècle.
L’hypothèse de l’influence. David Lubman a défendu en 2001 l’idée que la réverbération des grandes basiliques, qui rend la parole peu intelligible, aurait favorisé le passage à une liturgie chantée, et que le chant grégorien serait un codage adapté aux lieux réverbérants. C’est une hypothèse d’acousticien, plausible dans son mécanisme, difficile à démontrer : l’histoire de la liturgie dépend aussi de causes religieuses, politiques et musicales, et la chronologie ne se laisse pas réduire à un facteur.
Des pots dans les murs. Plus de 400 édifices médiévaux d’Europe, selon l’inventaire de Valière et Palazzo-Bertholon (2017), conservent des poteries encastrées, ouvertures tournées vers l’intérieur ; plus de 1 000 pots ont été mesurés dans 41 églises françaises. Les textes disent l’intention, faire mieux sonner la voix ; aucun ne mentionne un rôle d’absorbeur. Une chronique des Célestins de Metz rapporte qu’en 1432 un prieur en fit poser dans le chœur, croyant qu’ils rendraient le chant plus sonore ; le chroniqueur s’en moque. Selon plusieurs mesures, ce seraient des résonateurs de Helmholtz qui absorbent une bande étroite de fréquences graves (résonances de 100 à 500 Hz, 209 Hz en moyenne), plutôt que des amplificateurs ; le point reste débattu (ce que fait un vase).
Appuis
- B. F. G. Katz et A. Weber, « An Acoustic Survey of the Cathédrale Notre-Dame de Paris before and after the Fire of 2019 », Acoustics 2 (2020) 791–802 — valeurs publiées par bandes d’octave, mesures de 1987, 2015 et 2020, baisse de 8 % puis de 20 %, volumes couplés.
- D. Lubman, « How worship space acoustics helped to shape western history », J. Acoust. Soc. Am. 110 (2001) 2620–2621 — l’hypothèse d’une liturgie chantée adaptée aux basiliques réverbérantes (résumé de communication, non un article).
- J.-C. Valière et al., « Acoustic pots in ancient and medieval buildings », Acta Acustica united with Acustica 99 (2013) 70–81 — textes anciens et pots des églises françaises.
- Wikipédia, « Acoustic jar » — synthèse : chronique des Célestins de Metz (1432) ; le chiffre de 200 églises qu’elle reprenait est dépassé par l’inventaire de 2017.
- Arup, Strutt — Modal density — nombre de modes d’une salle selon son volume.
- J.-C. Valière et B. Palazzo-Bertholon, « Towards a history of architectural acoustics using archaeological evidence: 11th–17th-century churches in France » (2017) — inventaire de plus de 400 édifices en Europe, plus de 1 000 pots mesurés dans 41 églises françaises ; discussion du rôle d’absorbeur (DOI non trouvé, dépôt HAL).
Histoire & sources De Boèce à Benedetti : transmission, noms attribués après coup et premières mesures ≈ 4 min
Entre l’Antiquité et Galilée, la théorie du son passe par des traités recopiés pendant des siècles. Plusieurs noms célèbres de cette période sont attachés à des œuvres par une tradition postérieure ; les distinguer des textes eux-mêmes évite quelques idées reçues.
Boèce, le manuel du Moyen Âge latin. Boèce (vers 480–524) écrit son De institutione musica en suivant Nicomaque de Gérase pour les fondements arithmétiques, puis la Sectio canonis attribuée à Euclide et les Harmoniques de Ptolémée. Il y distingue trois musiques : celle du monde (mundana), celle de l’être humain (humana) et celle des instruments, la seule qui vienne de vibrations matérielles. Il y raconte aussi la légende des marteaux, avec un cinquième marteau écarté (ce que valent ces récits). Enseigné dans le quadrivium, ce traité fait autorité jusqu’à l’époque moderne : c’est par lui que les rapports pythagoriciens et le monocorde atteignent les écoles médiévales.
Le chant « grégorien » n’est pas de Grégoire. Une tradition représente le pape Grégoire Ier (590–604) recevant le chant sous la dictée d’une colombe, figure du Saint-Esprit. Les historiens y voient une légende : le répertoire résulte d’une synthèse des chants romain et gallican réalisée à partir du milieu du VIIIe siècle sous les Carolingiens, et l’essentiel de ses mélodies n’existait pas sous cette forme du temps de Grégoire.
Guido d’Arezzo, inventeur ou organisateur. Guido (vers 991 – après 1033) écrit le Micrologus vers 1025–1026, puis une lettre au moine Michel (vers 1032) où il tire les syllabes ut, ré, mi, fa, sol, la de l’hymne Ut queant laxis. Il systématise la notation sur portée ; le dire seul inventeur de la portée est excessif. Quant à la « main guidonienne », Guido n’en décrit qu’une forme rudimentaire : le système complet des hexacordes qu’on lui associe ne peut pas lui être attribué avec certitude.
Léonin et Pérotin, deux noms venus d’un étudiant. La polyphonie de l’école de Notre-Dame de Paris nous est parvenue sans signature. Les noms de Léonin, « meilleur compositeur d’organum », et de Pérotin, « meilleur compositeur de déchant », viennent d’un traité rédigé dans les années 1270 ou 1280, probablement par un étudiant anglais, que les musicologues appellent l’Anonyme IV. Sans lui, ces deux compositeurs seraient anonymes.
Le monde islamique. Al-Fârâbî (vers 870 – 950/951) consacre son Grand Livre de la musique (Kitāb al-mūsīqī al-kabīr) aux principes théoriques, à la génération du son et aux instruments de son temps, en reprenant l’héritage des rapports grecs. Avicenne (980–1037) traite aussi de théorie musicale dans ses encyclopédies, et il est par ailleurs l’auteur d’écrits de médecine sur le pouls.
La Renaissance mesure. Vincenzo Galilei (vers 1520–1591), luthiste, élève de Gioseffo Zarlino à Venise à partir de 1563, publie en 1581 à Florence son Dialogo della musica antica et della moderna et s’oppose ensuite à son ancien maître. Ses essais de cordes chargées de poids, vers 1588–1589, montrent qu’une octave demande un poids quadruple et une quinte des poids dans le rapport 9:4 (calcul). Il est probable que son fils Galilée ait assisté à ces essais ; l’influence exacte reste discutée.
Giovanni Battista Benedetti (1530–1590), attaché à la cour des Farnèse à Parme, adresse deux lettres musicales au compositeur Cipriano de Rore, mort en 1565 ; la date de rédaction, et même l’envoi effectif, restent incertains. Elles ne sont imprimées qu’en 1585, à Turin, dans son Diversarum speculationum mathematicarum et physicarum liber. Il y montre la dérive d’un comma dans le chant en intonation juste, propose de rétrécir les quintes d’un tiers de comma et relie la hauteur au nombre de vibrations par unité de temps. Ses successeurs, Beeckman et Mersenne notamment, les ont lues et prolongées ; Galilée écrira en 1638 que la cause immédiate des intervalles est le rapport des nombres de vibrations qui frappent le tympan.
Appuis
- Internet Encyclopedia of Philosophy, « Boethius » — sources du De institutione musica, trois musiques, influence sur le quadrivium.
- Wikipédia, « Gregorian chant » et « Guido of Arezzo » — légende de Grégoire, synthèse carolingienne ; dates de Guido, Micrologus, lettre à Michel, main guidonienne.
- Wikipédia, « Anonymous IV » — date, auteur probable, Léonin et Pérotin.
- Linda Hall Library, « Vincenzo Galilei » — poids et tensions, lien avec Galilée.
- D. Capecchi et G. Capecchi, « Two Letters on Music of Giovanni Battista Benedetti to Cipriano de Rore. Part I », Advances in Historical Studies 14 (2025) 180–197 — contexte parmesan, publication de 1585, contenu des lettres, lecture par Beeckman et Mersenne, citation de Galilée.
Bilan
Comparer avant de calculer
- Les lieux et les instruments fournissent des expériences avant les théories d’ondes.
- Un rapport de longueurs peut produire un intervalle musical dans des conditions précises.
- Une légende historique et un protocole vérifiable n’ont pas le même statut.
Question
Une gamme est-elle imposée entièrement par la physique ?
Voir la réponse
Non. Les propriétés des vibrations offrent des possibilités et des contraintes ; les usages musicaux et les choix culturels organisent aussi les notes.
Pour reprendre le fil
Passons des régularités observées aux mesures que l’on peut refaire.
Acte II · Mesurer pour vérifier
Le siècle de la mesure
Mesurer, c’est changer une chose à la fois, compter et permettre à quelqu’un d’autre de recommencer. Mersenne relie les dimensions d’une corde à sa fréquence ; Boyle éprouve le rôle du milieu ; les figures de Chladni rendent des modes de vibration visibles.
Nous quittons les rapports admirés pour les rapports mesurés. Une corde tendue, une pompe à vide et une roue dentée vont faire du son un objet que l’on peut mettre à l’épreuve.
Acte II · chapitre 8
XVIIe siècle — naissance de l’acoustique expérimentale
C’est le basculement : le son quitte le seul art musical et entre dans la mécanique.
Galilée (1564–1642)
Discours concernant deux sciences nouvelles (Leyde, 1638), fin de la « Première Journée » : discussion la plus nette de l’époque sur la fréquence (numeri delle vibrazioni), analogie pendule / corde, rôle de la longueur, de la tension, de la densité linéaire. Il relie consonance et rapports entiers de fréquences.
Marin Mersenne (1588–1648), né à Oizé (Sarthe)
Minime parisien, « secrétaire de l’Europe savante ». Harmonie universelle (1636–1637). Souvent appelé père de l’acoustique :
- lois des cordes vibrantes (fréquence inversement proportionnelle à la longueur, proportionnelle à la racine de la tension, inversement à la racine de la masse linéique) — les « lois de Mersenne » ;
- première détermination absolue d’une fréquence audible (environ 84 Hz) ;
- l’octave = rapport 1:2 en fréquence, pas seulement en longueur ;
- mesures de la vitesse du son (valeurs encore dispersées : ses chiffres varient selon les protocoles) ;
- écho traité comme réflexion, plus comme divinité des bois.
Robert Boyle (1627–1691) et la pompe à vide
New Experiments Physico-Mechanical (1660), expérience 27 : une montre à sonnerie suspendue sous la cloche à vide. À mesure que l’air est pompé, le tic-tac s’éteint ; la cloche frappée, elle, ne fait que faiblir (le fil et l’air résiduel conduisent encore). Démonstration fondatrice : l’air (un milieu) est nécessaire à la transmission du son jusqu’à l’oreille. Hooke assiste Boyle.
En profondeur Sous la cloche à vide : ce que le pompage coupe vraiment ≈ 5 min
L'expérience de Boyle se résume souvent ainsi : sans air, pas de son. La phrase cache trois mécanismes distincts. Les séparer explique pourquoi le son baisse progressivement au lieu de s'éteindre d'un coup, pourquoi, selon un calcul d'ordre de grandeur, les aigus seraient atténués davantage, et pourquoi un bruit résiduel peut subsister même dans un très bon vide.
Premier mécanisme : la vitesse du son ne change pas. Dans un gaz parfait à température fixée, la célérité vaut √γ R T/M : la pression n'y figure pas (voir ce qui fixe la célérité). Quand on retire de l'air, la pression et la masse volumique baissent dans la même proportion, et leur rapport reste constant. Le son ne ralentit donc pas sous la cloche.
Deuxième mécanisme : le couplage diminue avec la masse volumique. La montre vibre à peu près de la même façon, quel que soit le gaz autour : son mécanisme est beaucoup plus lourd que l'air qu'il déplace. Pour une vitesse vibratoire v donnée de sa surface, la surpression qu'elle crée dans le gaz est proportionnelle à l'impédance ρ c du gaz (voir impédance). Comme c reste constant, cette surpression suit ρ, donc la pression moyenne. La paroi de verre, elle, est poussée par cette surpression et rayonne ensuite dans l'air de la pièce, qui n'a pas changé. Dans ce modèle simple (surface à vitesse imposée, couplage par l'impédance ; modèle propre à ce dossier, sans source publiée), le son qui sort est proportionnel à la pression résiduelle P sous la cloche : il perd 20 dB chaque fois que P est divisée par dix. De 101 kPa à 100 Pa, soit trois décades, le calcul donne 20 × 3 = 60 dB de moins ; à 1 Pa, 100 dB. C'est la loi qu'illustre l'atelier S03.
Troisième mécanisme : l'absorption par le gaz grandit quand il se raréfie. Une onde perd de l'énergie par viscosité et par conduction thermique. Dans le terme dit « classique » de la norme ISO 9613-1, ce coefficient d'absorption vaut 8,686 × 1,84 × 10^-11 × f^2 × (Pr/P) décibels par mètre, avec Pr = 101,325 kPa, à 20 °C. À 4 kHz et à la pression normale, cela fait 8,686 × 1,84×10^-11 × (4 000)^2 ≈ 2,6 × 10^-3 dB/m : négligeable sur 20 cm. À 10 Pa, la même formule prolongée donne environ 26 dB/m, soit 5 dB sur les 20 cm d'une cloche, et seize fois moins à 1 kHz, puisque l'effet varie comme f^2. La norme n'est pas écrite pour des pressions aussi basses ; le calcul ne donne qu'un ordre de grandeur. Selon ce calcul d'ordre de grandeur, hors du domaine de la norme, les aigus seraient atténués davantage que les graves dans la dernière décade de pompage, au-delà de la simple baisse de couplage.
Où s'arrête le modèle du gaz continu. Toute cette acoustique suppose que les molécules se heurtent souvent sur une distance petite devant la longueur d'onde. Le libre parcours moyen dans l'air vaut environ 66 nm à 20 °C et à la pression normale et croît comme 1/P : environ 0,7 mm à 10 Pa, 7 mm à 1 Pa. À 4 kHz, la longueur d'onde vaut 343/4 000 ≈ 8,6 cm ; à 1 Pa, le libre parcours atteint déjà près du dixième de cette longueur. Le seuil dépend du critère retenu, le nombre de Knudsen (rapport du libre parcours à la longueur d'onde) : 1 Pa n'est qu'un ordre de grandeur. Vers cette pression et en dessous, on ne peut plus parler d'onde sonore au sens ordinaire : les molécules transportent encore de la quantité de mouvement d'une paroi à l'autre, mais sans onde de pression organisée.
Le chemin solide. Tout ce qui précède concerne le gaz. La montre est aussi suspendue ou posée : le fil, le support et le socle transmettent ses vibrations au verre sans passer par l'air. Ce chemin ne dépend pas de la pression ; il fixe un plancher en dessous duquel le pompage ne gagne plus rien. C'est pourquoi le récit du chapitre distingue la montre, qui s'éteint presque, de la cloche frappée, qui faiblit seulement : le choc passe par la tige et le support. Les démonstrations modernes suspendent la sonnerie à des élastiques ou la posent sur de la mousse pour abaisser ce plancher. Le résultat de Boyle va dans ce sens : dans la même série d'expériences, une petite clochette calée par un bâton courbé, qui fait ressort contre la paroi, ne change presque pas de volume quand on pompe. Boyle attribue toutefois cet effet à une matière subtile ou à un peu d'air resté sous le récipient, pas à un chemin solide. Et une expérience plus ancienne, celle de Gasparo Berti au début des années 1640, où une cloche placée dans le vide d'un long tube restait audible, avait déjà reçu cette objection : la cloche, fixée à l'appareil, transmettait le son par ses attaches.
Appuis
- R. Boyle, New Experiments Physico-Mechanical, Touching the Spring of the Air, 2e éd., Oxford, 1662 (archive.org) — expérience XXVII : clochette calée par un bâton courbé, peu de changement, attribué à une matière subtile ou à de l'air résiduel.
- ISO 9613-1:1993, terme classique de l'absorption atmosphérique (documentation Acoustic Toolbox) — coefficient 1,84 × 10^-11 f^2 (Pr/P) en néper par mètre, multiplié par 8,686 pour des décibels.
- Leybold — Outgassing and the mean free path — libre parcours moyen inversement proportionnel à la pression (λ·p constant), ≈ 66 nm pour l'air à 20 °C et 1 013 mbar.
- HyperPhysics — Speed of sound in gases — célérité d'un gaz parfait indépendante de la pression à température fixée.
Atelier S03 · Cloche de Boyle ★★★ · son · MIDI
Cloche de Boyle
Rien ne tourne avant ce clic : ni son, ni calcul.
Comment l'utiliserLancer la montre sous la cloche, puis actionner la pompe par paliers. L’option Mars est une simulation annoncée, ou un enregistrement documenté explicitement identifié ; elle ne transforme pas le modèle de cloche en données de Perseverance.
Ce que ça montreTrois effets séparés : le niveau transmis par le gaz, qui suit son impédance ρc et perd 20 dB par décade de pression ; la célérité, qui reste 343 m/s à température fixée tant que le gaz se comporte comme un fluide ; le résidu transmis par le fil ou le socle, qui ne dépend pas du gaz. Une courbe de niveau relatif en fonction de la pression, et l’assourdissement des aigus dans la dernière décade.
Sens de lectureÉcouter le tic-tac disparaître avant la fin du pompage : ce n’est pas la vitesse du son qui s’effondre, c’est le couplage entre la source, le gaz et le verre. Retenir aussi que la cloche frappée ne fait que faiblir : le fil transmet encore.
Au clavier MIDI Une touche frappe la sonnerie à la hauteur de la note, sous la pression courante : en pompant, on entend la même note s'éteindre hors de la cloche, sauf ce que transmet le fil ou le socle. La vélocité règle la force du coup, le pitch bend accorde la cloche d'un demi-ton au plus, la molette règle la pression (en bas le vide, en haut 1 atmosphère).
Robert Hooke (1635–1703)
- Roue dentée + carte (démo à la Royal Society, 1681) : la hauteur monte avec la vitesse de rotation → lien pitch / fréquence, avant la sirène de Cagniard de La Tour (1819).
- 1680 : archet sur plaques de verre saupoudrées de farine — proto-figures de Chladni, proto-cymatique.
- Cordes : tension, longueur, hauteur.
Isaac Newton (1642–1727)
Livre II des Principia : première formule analytique de la célérité. Erreur d’hypothèse thermique, génie du cadre. Mesures contemporaines (Accademia del Cimento 1666, Cassini 1677, Derham 1708) donnent déjà 337–351 m/s expérimentaux — Mersenne, lui, reste dispersé (316–448), d’où le scandale théorique qui durera jusqu’à Laplace.
L'analyse mathématique La célérité de Newton refaite avec ses propres chiffres 2 formules · ≈ 6 min
Le chapitre rappelle que Newton obtient une célérité trop basse, et la section Newton–Laplace donne la correction adiabatique avec des valeurs modernes. On refait ici le calcul tel que Newton le pose dans la deuxième édition des Principia (1713), avec ses données, puis on mesure la taille exacte de l'écart qu'il a dû combler.
La forme géométrique de Newton. Newton n'écrit pas de racine carrée de la pression sur la masse volumique : il raisonne sur la « hauteur de l'atmosphère homogène », la hauteur H qu'aurait une colonne d'air de masse volumique uniforme, égale à celle du sol, pour produire la pression mesurée au baromètre. Par définition, P0 = ρ0 g H. Sa conclusion s'écrit alors :
Se lit« c N égale racine de P zéro sur rhô zéro, égale racine de g fois H »c N (« c indice N ») est la célérité calculée par Newton. P zéro est la pression atmosphérique au repos, pas la petite surpression de l'onde. ρ₀ se dit « rhô zéro » : la masse volumique de l'air au repos. g est l'accélération de la pesanteur ; H, la hauteur de l'atmosphère homogène.
Ce qu’elle dit
Newton suppose que l'air comprimé par l'onde garde sa température : la pression varie alors comme la masse volumique, et la célérité ne dépend que de leur rapport. Ce rapport vaut aussi gH : c'est la vitesse d'un corps qui parcourt un cercle de rayon H pendant une oscillation complète d'un pendule de longueur H. Le résultat est trop bas de 14 à 16 % selon les données, parce que l'hypothèse isotherme est fausse pour une onde sonore.
Les symboles. Survolez la formule ou un symbole.
- cN célérité du son prédite par Newton (compression isotherme) mètre par seconde (m/s) 979 pieds anglais par seconde (≈ 298 m/s) dans la 2e édition des Principia
- P0 pression atmosphérique au repos pascal (Pa) 30 pouces de mercure (≈ 101,6 kPa) dans les données de Newton
- ρ0 masse volumique de l'air au repos kilogramme par mètre cube (kg/m³) 1/870 de celle de l'eau selon Newton, ≈ 1,15 kg/m³
- g accélération de la pesanteur mètre par seconde carrée (m/s²) ≈ 9,81 m/s², soit ≈ 32,2 pieds par seconde carrée
- H hauteur de l'atmosphère homogène : hauteur d'une colonne d'air de densité uniforme qui produirait la pression P₀ mètre (m) ≈ 29 725 pieds anglais (≈ 9 060 m) selon Newton
Le calcul avec les données de 1713. Newton prend un baromètre à 30 pouces de mercure, un mercure 13⅔ fois plus dense que l'eau, et une eau 870 fois plus dense que l'air. La colonne d'air équivalente mesure donc 30 × 13,667 × 870 ≈ 356 700 pouces, soit environ 29 725 pieds anglais, un peu plus de 9 km. Newton ne calcule pas de racine : il compare avec un pendule. Un pendule de cette longueur ferait une oscillation complète, aller et retour, en un peu plus de 190 secondes, et Newton montre que le son parcourt pendant ce temps la circonférence d'un cercle de rayon H, soit 186 768 pieds : 979 pieds par seconde, environ 298 m/s. La forme moderne donne la même chose : avec g ≈ 32,17 pieds par seconde carrée, √32,17 × 29 725 ≈ √956 000 ≈ 978 pieds par seconde. La mesure qu'il cite vaut 1 142 pieds par seconde, environ 348 m/s : sa théorie est trop basse de 1 - 979/1 142 ≈ 14 %.
La correction de Laplace appliquée aux mêmes données. Une onde sonore comprime l'air trop vite pour qu'il échange de la chaleur : la pression monte plus que la masse volumique, d'un facteur γ dans la raideur. La célérité est multipliée par la racine de ce facteur :
Se lit« c Laplace sur c N égale racine de gamma »γ se dit « gamma » : le rapport des capacités thermiques à pression constante et à volume constant, sans unité, 1,40 pour l'air sec. c N est la célérité isotherme de Newton ; c Laplace, la célérité adiabatique.
Ce qu’elle dit
Le rapport entre la vraie célérité et celle de Newton ne dépend ni de la pression ni de la température : seulement de la nature du gaz, par son coefficient γ. Pour l'air, la correction vaut toujours environ 18 %, quelles que soient les données de départ.
Les symboles. Survolez la formule ou un symbole.
- cLaplace célérité du son pour une compression adiabatique (sans échange de chaleur) mètre par seconde (m/s) ≈ 331 m/s dans l'air à 0 °C
- cN célérité isotherme calculée par Newton mètre par seconde (m/s) ≈ 280 m/s dans l'air à 0 °C
- γ rapport des capacités thermiques du gaz, à pression constante sur à volume constant sans unité 1,40 pour l'air sec, 5/3 pour l'hélium
Avec les chiffres mêmes de Newton : 979 × √1,40 ≈ 979 × 1,183 ≈ 1 158 pieds par seconde, environ 353 m/s. L'écart avec la mesure de 1 142 pieds par seconde tombe à 1,4 %. Le reste vient surtout de la densité de l'air adoptée : un rapport de 870 entre l'eau et l'air, à 30 pouces de mercure, correspond à un air d'environ 1,15 kg/m³, donc à une température voisine de 35 °C par la loi des gaz parfaits (T = PM/(ρ R) = 101 600 × 0,029 / (1,15 × 8,314) ≈ 308 K). Un air plus frais et plus dense aurait donné une prédiction un peu plus basse, plus proche de la mesure.
Le facteur que Newton a inventé. Pour atteindre 1 142, Newton introduit deux corrections sans mesure indépendante. La « crassitude » des particules d'air, que le son traverserait instantanément, ajoute un neuvième : 979 + 979/9 ≈ 1 088. Les vapeurs, supposées immobiles et formant un onzième de l'atmosphère, accélèrent le son dans le rapport √11/10 ≈ 21/20 : 1 088 × 21/20 ≈ 1 142. Le facteur total vaut 1 142/979 ≈ 1,167. Le facteur physiquement justifié, √1,40 ≈ 1,183, est du même ordre. Newton avait correctement vu que sa théorie manquait d'environ un sixième ; il en a mal identifié la cause, et ses deux corrections étaient choisies pour tomber juste. Le récit de ces ajustements est donné dans Histoire & sources.
Appuis
- Newton, The Mathematical Principles of Natural Philosophy, trad. A. Motte (1729), vol. 2, Livre II, section VIII, scolie de la prop. 50 (archive.org) — rapports 13⅔ et 870, hauteur de 29 725 pieds, 979 pieds par seconde, ajout d'environ 109 pieds pour la « crassitude », rapport √(11/10) pour les vapeurs, 1 142 pieds par seconde mesurés.
- R. S. Westfall, « Newton and the Fudge Factor », Science 179 (4075), 751–758 (1973), doi:10.1126/science.179.4075.751 — analyse des ajustements de Newton sur la célérité du son.
- HyperPhysics — Speed of sound in gases — hypothèse adiabatique et célérité √γ RT/M du gaz parfait.
Joseph Sauveur (1653–1716)
Entré à l’Académie en 1696, il forge en 1701 le mot acoustique (du grec akouein, entendre) pour une science du son en général, distincte de la musique « en tant qu’agréable à l’oreille ». Harmoniques, nœuds, ventres, sons simultanés. Le nom de la discipline naît ici. Il hérite directement de Mersenne : le mot vient après la mesure.
Histoire & sources Un siècle de mesures : le vide, les coups de canon, le mot « acoustique » ≈ 5 min
Le chapitre présente le XVIIe siècle comme celui où le son devient mesurable. Les textes d'origine montrent un chemin moins droit : des expériences qui se contredisent, des chiffres dispersés, une théorie ajustée pour tomber juste.
Le son dans le vide : trois résultats pour une question. Entre 1639 et 1643 selon les sources, à Rome, Gasparo Berti fait le vide au sommet d'un long tube rempli d'eau ; sur une suggestion d'Athanasius Kircher, on y place une cloche frappée par un marteau de fer que l'on commande de l'extérieur. On l'entend. Berti en conclut que l'espace n'est pas vide ; Emmanuel Maignan objecte déjà que la cloche, fixée à l'appareil, transmet le son par ses attaches. En 1660, Robert Boyle, avec la pompe construite par Robert Hooke, suspend une montre par un fil dans son récipient : à mesure qu'on pompe, le tic-tac devient « de plus en plus faible », puis inaudible, même l'oreille contre le verre, alors qu'on voit le balancier battre ; il revient quand l'air rentre. Dans la même série, une petite clochette calée par un bâton courbé, qui fait ressort, ne change presque pas de volume ; Boyle l'attribue à une matière subtile ou à un peu d'air résiduel. Boyle reste donc prudent : l'air est, sinon le seul, du moins le principal milieu du son. En 1672, Otto von Guericke, dans ses Experimenta nova, rapporte le même effet avec une horloge à sonnerie suspendue : sans air, il ne perçoit plus qu'un choc sourd au contact du verre. Les trois résultats sont compatibles une fois séparés les chemins par l'air et par les solides (voir ce que le pompage coupe vraiment).
La vitesse du son : une fourchette qui se resserre. Les valeurs publiées se dispersent de plus de 40 %, selon les protocoles.
| Source | Méthode | Valeur publiée | En m/s |
|---|---|---|---|
| Mersenne, Harmonie universelle (1636) | coups d'arme à feu | 230 toises par seconde | ≈ 448 |
| Mersenne, même ouvrage | écho de sept syllabes | 162 toises par seconde | ≈ 316 |
| Newton, Principia (1687), cloître de son collège | écho sous une galerie de 208 pieds | entre 920 et 1 085 pieds anglais par seconde | 280 à 331 |
| Accademia del Cimento, Saggi (1667) | coups de feu à un mille, pendule | vitesse uniforme, sans effet du vent ; 1 148 pieds anglais dans la traduction de 1684 | ≈ 350 |
| Huygens, Traité de la lumière (1690) | selon ses propres observations | environ 180 toises par seconde | ≈ 351 |
| Derham, Philosophical Transactions (1708) | coups de feu observés depuis le clocher d'Upminster | 1 142 pieds anglais par seconde | ≈ 348 |
Mersenne chronomètre avec une cadence de syllabes ou des secondes comptées ; son calcul est refait dans le portrait. Derham observe au contraire des tirs éloignés d'environ 20 km (de Blackheath à Upminster, une soixantaine de secondes de trajet), et relève que le vent fait varier le temps de parcours ; son 1 142 pieds par seconde est aussi la valeur attribuée à Flamsteed et Halley. Ses chiffres, et ceux de Huygens, s'écartent de 2 à 3 % seulement de la valeur moderne pour un air à 15 °C, environ 340 m/s.
Newton et ses ajustements. Dans la première édition des Principia (1687), Newton calcule 968 pieds par seconde, avec un rapport de densité eau–air de 850. Dans la deuxième (1713), il prend 870, obtient 979, puis ajoute deux corrections, la « crassitude » des particules d'air et les vapeurs, qui l'amènent à 1 142 pieds par seconde, presque exactement la valeur qu'il dit « constatée par les expériences » (« plus minus 1142 », donc à peu près), sans nommer d'expérimentateur. Le calcul est refait dans l'analyse mathématique. En 1973, l'historien Richard Westfall a pris cet accord trop parfait comme exemple d'un « facteur d'ajustement ». Laplace fournira l'explication physique, l'échauffement adiabatique, au début du XIXe siècle.
La roue de Hooke. Le 27 juillet 1681, lors d'une séance du Conseil de la Royal Society rapportée par Thomas Birch, Hooke montre comment produire des sons musicaux avec les dents de roues de laiton, régulières pour les sons musicaux, irrégulières pour imiter la voix. La carte appliquée contre la roue, souvent racontée, n'y figure pas.
Sauveur, le nom et le son fixe. Le mot apparaît d'abord dans l'Histoire de l'Académie royale des sciences pour l'année 1700, où Fontenelle, qui résume les travaux de Joseph Sauveur, écrit que celui-ci a jugé que cette science méritait « aussi bien que l'Optique, un nom particulier », et « l'a appelée Acoustique ». Sauveur reprend le mot en son nom dans son mémoire de 1701, « Système général des intervalles des sons ». Il y propose un « son fixe » de 100 vibrations par seconde et une méthode pour le trouver sans compter à l'œil : des tuyaux d'orgue accordés dans les rapports 96, 97, 98, 99 et 100 produisent un battement d'ensemble qui revient toutes les 100 vibrations du plus aigu ; il suffit de mesurer la durée de ce battement avec un pendule. Dans le même mémoire, il nomme nœuds et ventres les points immobiles et les points les plus agités d'une corde divisée par un léger obstacle, et le montre avec de petits papiers : ceux des ventres tombent, ceux des nœuds restent. L'expérience est faite en séance de l'Académie par un membre de la compagnie, et Sauveur note lui-même que Wallis l'avait déjà observée en 1673 : les mots sont de Sauveur, pas l'antériorité de l'expérience.
Appuis
- R. Boyle, New Experiments Physico-Mechanical, Touching the Spring of the Air, 2e éd., Oxford, 1662 (archive.org) — expérience XXVII : montre suspendue, son éteint puis retrouvé, clochette presque inchangée ; pompe construite par Hooke. Guericke, Experimenta nova, 1672, livre III, ch. XV (archive.org).
- Dictionary of Scientific Biography — Gasparo Berti (encyclopedia.com) — expérience datée de 1642–1643 par le DSB (entre 1639 et 1643 selon d'autres sources), cloche suggérée par Kircher, son entendu, objection de Maignan.
- W. Derham, « Experimenta & observationes de soni motu… », Phil. Trans. 26, 2–35 (1708), doi:10.1098/rstl.1708.0001 — 1 142 pieds anglais par seconde, tableau des valeurs antérieures ; B. S. Finn, « Laplace and the Speed of Sound », Isis 55, 7–19 (1964), doi:10.1086/349791 — mesures du XVIIe siècle, Newton et Laplace.
- R. S. Westfall, « Newton and the Fudge Factor », Science 179 (4075), 751–758 (1973), doi:10.1126/science.179.4075.751 — les ajustements de Newton sur la célérité du son.
- Histoire de l'Académie royale des sciences, année 1700 (archive.org) et année 1701, avec le mémoire de Sauveur (archive.org) — le mot « Acoustique », le son fixe de 100 vibrations par seconde, les nœuds et les ventres ; T. Birch, History of the Royal Society, vol. 4 (archive.org) — séance du Conseil du 27 juillet 1681 ; Gasparo Berti (Wikipédia, datation) — datation entre 1639 et 1643.
Acte II · portrait
Portrait I — Marin Mersenne (1588–1648)
Ce que ce retour ajoute. Nous savons que Mersenne mesure les cordes. Le portrait montre maintenant comment il obtient une fréquence absolue et comment son réseau permet de comparer les résultats. La question est : comment passer de « plus aigu » à un nombre que quelqu’un d’autre peut vérifier ?
Minime, né à Oizé près du Mans, mort à Paris. Ni Galilée ni Descartes n’auraient eu le même réseau sans lui. L’Harmonie universelle (1636–1637) n’est pas un livre de musique : c’est le premier traité où le son est pesé, chronométré, comparé, falsifié.
L’homme et le réseau
- Ordre des Minimes, couvent de la Place Royale (aujourd’hui Place des Vosges). Sa cellule est une antichambre de l’Académie des sciences qui n’existe pas encore (1666).
- Correspondance : Descartes, Huygens, Gassendi, Fermat, Torricelli, Doni, Haak. On l’appelle le « secrétaire de l’Europe savante » pour cette raison précise : il recopie, relance, confronte.
- Il défend Galilée sans être galiléen de parti. Il veut des nombres obtenus, pas une métaphysique du mouvement.
Histoire & sources L'Harmonie universelle, ses devanciers et sa correspondance ≈ 4 min
Le portrait fait de Mersenne le relais savant de son temps et l'auteur des lois des cordes. Les sources permettent de préciser l'un et l'autre : ce qu'il a publié, et quand ; ce que d'autres avaient trouvé avant lui ; et d'où vient la formule qui le résume.
Repères biographiques. Marin Mersenne naît le 8 septembre 1588 à Oizé, dans le Maine, et meurt à Paris le 1er septembre 1648. Il étudie au collège jésuite de La Flèche à partir de 1604 ; Descartes, de huit ans son cadet, y entre quelques années plus tard, mais leur amitié date d'après leurs études. Il entre dans l'ordre des Minimes en juillet 1611 (le 16 selon MacTutor, le 17 selon d'autres notices), puis s'installe au couvent de la Place Royale, qu'il ne quitte plus que pour de courts voyages.
Les livres. Mersenne publie en 1627 un Traité de l'harmonie universelle sous le nom du « sieur de Sermes ». L'ouvrage majeur, l'Harmonie universelle, contenant la théorie et la pratique de la musique, paraît à Paris chez Sébastien Cramoisy en 1636–1637, en deux volumes in-folio. Une version latine, les Harmonicorum libri, porte la date de 1636. En 1639, il traduit et commente la mécanique de Galilée dans Les nouvelles pensées de Galilée. Les propositions sur les cordes et sur l'écho se trouvent dans le livre III de l'Harmonie universelle, « Des mouvemens et du son des chordes » (voir le calcul des 84 allers-retours).
Qui a trouvé les lois des cordes ? La relation entre longueur et hauteur est ancienne, celle entre hauteur et fréquence l'est moins. Giovanni Battista Benedetti, dans des lettres des années 1560 publiées en 1585, relie la hauteur au nombre de vibrations, en raison inverse de la longueur. Vincenzo Galilei, le père de Galilée, établit vers 1589 qu'il faut quadrupler le poids suspendu à une corde pour la faire monter d'une octave. Isaac Beeckman démontre vers 1616 que la fréquence varie comme l'inverse de la longueur, et en fait part à Descartes en 1618. Mersenne publie en 1636 un ensemble de mesures qui combine longueur, tension et grosseur de la corde, et qui aboutit à une fréquence absolue. Galilée discute les mêmes relations dans ses Discours de 1638. Le nom de « lois de Mersenne » récompense donc moins une découverte isolée qu'une vérification expérimentale systématique, publiée la première. Ce partage reste débattu : Aalto attribue la relation entre fréquence et longueur à Beeckman, d'autres historiens à Galilée, et lire les « lois de Mersenne » comme une vérification plutôt qu'une découverte est une interprétation défendable, pas un fait établi.
Il entend les harmoniques, sans les expliquer. Dans la proposition X du même livre, Mersenne note que les cordes et « toutes autres sortes de corps » font entendre « trois ou quatre sons différents en même temps » : en frottant doucement une grosse corde de viole, on entend l'octave, la quinte, la quarte et les tierces, parce que l'air vibre, dit-il, « cinq, quatre, trois et deux fois » pendant qu'il vibre une fois ailleurs. Dans les Harmonicorum libri, il cite la douzième et la dix-septième majeure. Il avoue ne pas savoir pourquoi une corde, qui ne montre qu'un seul mouvement à l'œil, produit plusieurs sons. L'explication viendra avec Sauveur, qui nomme les harmoniques en 1701, puis avec la superposition des modes au XVIIIe siècle.
Une méthode plus qu'un chiffre. À la fin de la proposition sur les 84 allers-retours, Mersenne relève lui-même qu'il avait donné ailleurs 48 battements pour le même tuyau d'orgue, et attribue l'écart à une octave prise tantôt en haut, tantôt en bas. Il ajoute qu'il n'a pas proposé ses expériences « afin qu'on les suive pour règle », mais pour que chacun les refasse. C'est l'attitude que le portrait lui prête, et elle figure en toutes lettres dans son texte.
Le « secrétaire de l'Europe savante ». Après sa mort, on trouve dans sa cellule des lettres de 78 correspondants, parmi lesquels Descartes, Fermat, Galilée et Huygens. Leur édition, la Correspondance du P. Marin Mersenne, religieux minime, commencée par Mme Paul Tannery et Cornelis de Waard, puis poursuivie par Bernard Rochot et Armand Beaulieu, compte dix-sept volumes parus entre 1932 et 1988. La formule de « secrétaire général de l'Europe savante » vient de l'historien Barthélemy Hauréau, dans son Histoire littéraire du Maine, rééditée dans les années 1870 : elle est postérieure de plus de deux siècles à Mersenne.
Appuis
- M. Mersenne, Harmonie universelle, t. 1, Paris, S. Cramoisy, 1636, numérisation Gallica sur archive.org — livre III, propositions V (84 retours et corollaire sur les 48 battements) et X (plusieurs sons simultanés d'une même corde).
- MacTutor — Marin Mersenne — dates, La Flèche, entrée chez les Minimes, couvent de la Place Royale, lettres de 78 correspondants.
- Stanford Encyclopedia of Philosophy — Marin Mersenne — œuvres, réseau de correspondance, formule de Hauréau.
- MacTutor — Giovanni Battista Benedetti — hauteur et fréquence de vibration, lettres publiées en 1585.
- A. Papadopoulos, « Galilei and Huygens: Music and science » (2025), arXiv:2512.23259 — expérience de Vincenzo Galilei vers 1589 : poids quadruplé pour l'octave. D. Aalto, « Origins of source filter theory from Mersenne (1636) to Müller (1839) », HSCR 2017, 61–67, doi:10.21437/HSCR.2017-7 — loi établie par Beeckman en 1616, communiquée à Descartes en 1618.
Ce qu’il mesure vraiment
- Lois des cordes — f ∝ 1/L, f ∝ √τ, f ∝ 1/√µ. Galilée les discute ; Mersenne les écrit comme protocole : même corde, on change une variable, on écoute l’octave.
- Fréquence absolue — première détermination d’un son audible en cycles par seconde, autour de 84 Hz (une corde longue et grave dont l’œil compte les allers-retours, puis, par ses propres lois, la fréquence d’une corde courte accordée à l’unisson d’un tuyau d’orgue — Harmonie universelle, 1636). Avant lui, on avait des rapports. Après lui, on a des hertz trois siècles avant le mot : l’unité est nommée en hommage à Heinrich Hertz (ondes EM — autre famille) par la Commission électrotechnique internationale dans les années 1930 (1930 ou 1935 selon les sources), adoptée par la CGPM en 1960.
- Octave = 1:2 en fréquence et pas seulement en longueur. C’est le pont entre le monocorde pythagoricien et la physique.
- Vitesse du son — tirs d’arme, échos de façades, écart lumière / bruit. Ses chiffres bougent selon les protocoles (vents, température non contrôlée). Le geste compte plus que le nombre : le son a une célérité finie, mesurable, du même ordre que ce que Derham et l’Accademia del Cimento affineront.
- Écho — plus une nymphe, une réflexion. Murs, délais, échos multiples. Il dessine le problème que Sabine calculera 260 ans plus tard.
- Timbre et matière — cordes de boyau, chanvre, laiton, fer, soie : même longueur, hauteurs et couleurs différentes. Porte ouverte vers µ et vers Helmholtz.
L'analyse mathématique Les 84 allers-retours et l'écho de 485 pieds, recalculés 2 formules · ≈ 6 min
Le portrait dit que Mersenne obtient une fréquence absolue d'environ 84 Hz et mesure la vitesse du son par l'écho. Les nombres qu'il publie dans l'Harmonie universelle (1636) permettent de refaire les deux calculs et d'en voir la marge d'erreur. Unités d'époque : le pied de roi vaut 32,48 cm, le pouce 2,707 cm (un douzième de pied), la toise six pieds, soit 1,949 m ; la livre de Paris vaut environ 489 g.
Le principe : compter lentement, puis transposer. L'œil ne sait pas compter les vibrations d'une corde qui sonne ; Mersenne écrit lui-même qu'au-delà de dix retours par seconde « l'imagination se trouble ». Il compte donc sur une corde très longue, qui vibre lentement, puis transpose le résultat à une corde courte, grâce à ses propres lois. Pour une même corde, donc une même masse linéique, la loi de la corde donne le rapport des fréquences entre deux réglages :
Se lit« f deux égale f un fois L un sur L deux, fois racine de tau deux sur tau un »Les indices « un » et « deux » désignent deux réglages de la même corde : longue et comptée à l'œil (un), courte et accordée à l'oreille (deux). τ se dit « tau » : la tension, que Mersenne règle en suspendant un poids.
Ce qu’elle dit
Raccourcir une corde multiplie sa fréquence dans le rapport inverse des longueurs ; la tendre davantage la multiplie par la racine du rapport des tensions. La masse linéique disparaît du calcul parce qu'on garde la même corde. C'est ce qui permet de passer d'une vibration comptable à l'œil à une vibration audible sans rien mesurer d'autre que des longueurs et des poids.
Les symboles. Survolez la formule ou un symbole.
- f2 fréquence de la corde courte, accordée à l'unisson du tuyau d'orgue hertz (Hz) 84 allers-retours par seconde chez Mersenne
- f1 fréquence de la corde longue, comptée à l'œil hertz (Hz) de 2 à 8 allers-retours par seconde selon le poids
- L1 longueur de la corde longue mètre (m) 17 pieds et demi, soit 210 pouces (≈ 5,68 m)
- L2 longueur de la partie courte que l'on fait sonner mètre (m) 5, 10 ou 20 pouces (13,5 à 54 cm)
- τ2 tension de la corde courte newton (N) Mersenne l'exprime par le poids suspendu, en livres
- τ1 tension de la corde longue newton (N) ½, 2 ou 8 livres (≈ 2,4 à 38 N)
Les nombres de la proposition V. La corde est un boyau de 17 pieds et demi, de la grosseur des montants de raquette. Elle revient 2 fois par seconde tendue par une demi-livre, 4 fois par deux livres, 8 fois par huit livres. Premier contrôle : chaque poids quadruplé double la fréquence, la loi de la racine. Mersenne raccourcit ensuite la corde jusqu'à l'unisson d'un tuyau d'orgue ouvert de quatre pieds (son « ton de chapelle ») :
| Tension | Retours par seconde, 210 pouces | Longueur à l'unisson | Fréquence transposée |
|---|---|---|---|
| ½ livre | 2 | 5 pouces | 2 × 210/5 = 84 |
| 2 livres | 4 | 10 pouces | 4 × 210/10 = 84 |
| 8 livres | 8 | 20 pouces | 8 × 210/20 = 84 |
Les trois réglages donnent le même nombre : 84 allers-retours par seconde, 84 Hz dans l'unité moderne. Mersenne l'écrit en « battements » : la corde « bat 168 fois l'air », c'est-à-dire passe 168 fois par sa position de repos, ce qui fait bien 84 allers-retours. L'imprimé indique « quatre livres » pour la longueur de dix pouces ; avec quatre livres, la formule donnerait 4 × 21 × √2 ≈ 119, et la cohérence des deux autres lignes suggère une coquille pour « deux livres ». C'est une lecture de ce dossier, pas une correction attestée.
L'écho de « Benedicam Dominum ». Dans la proposition XXI du même livre, Mersenne affirme qu'un écho qui renvoie distinctement sept syllabes prononcées en une seconde se trouve à 485 pieds de roi. Le son a donc parcouru l'aller et le retour pendant la durée de la phrase :
Se lit« c égale deux d sur t »d est la distance du mur qui renvoie l'écho ; le facteur deux compte l'aller et le retour. t est la durée entre l'émission et le retour du son, que Mersenne assimile à la durée de la phrase.
Ce qu’elle dit
La célérité est le chemin total parcouru, deux fois la distance du mur, divisé par la durée du trajet. Toute erreur relative sur la durée se reporte telle quelle sur la célérité : le résultat ne vaut pas mieux que le chronométrage. Le vent et la température, supposés sans effet, changent en réalité la valeur de quelques pour cent.
Les symboles. Survolez la formule ou un symbole.
- c célérité du son dans l'air mètre par seconde (m/s) ≈ 343 m/s à 20 °C, ≈ 337 m/s à 10 °C
- d distance entre la personne qui parle et le mur réfléchissant mètre (m) 485 pieds de roi (≈ 157,5 m) chez Mersenne
- t durée de l'aller-retour du son seconde (s) une seconde chez Mersenne, le temps de sept syllabes
Avec ses chiffres : 2 × 485 / 1 = 970 pieds de roi par seconde, soit 162 toises, environ 315 m/s. Avec la célérité réelle d'un air à 10 °C, environ 337 m/s, l'aller-retour de 315 m dure 315/337 ≈ 0,93 s. Il suffit donc que les sept syllabes aient été prononcées 7 % plus vite que Mersenne ne le pensait pour expliquer tout l'écart.
La mesure directe, plus dispersée. Pour le son qui vient en droite ligne d'une arme à feu, Mersenne retient 230 toises par seconde, d'après un trajet de 1 152 toises parcouru en cinq secondes : 1 152/5 ≈ 230 toises par seconde, environ 448 m/s. À 337 m/s, ces 2 245 m demandent 6,7 s. Ici, l'erreur est de plus d'une seconde et demie sur le temps, ou d'un tiers sur la distance : bien plus que pour l'écho. Mersenne remarque lui-même le désaccord entre 162 et 230 toises et avance dans la proposition XXI une hypothèse pour l'expliquer : le son en ligne droite irait moins vite sur les cent premières toises (environ 226, puis 247½ toises par seconde). Ces deux chiffres encadrent la fourchette de 316 à 448 m/s citée au chapitre XVIIe siècle.
Appuis
- M. Mersenne, Harmonie universelle, t. 1, Paris, S. Cramoisy, 1636, numérisation Gallica sur archive.org — livre III, « Des mouvemens et du son des chordes » : proposition V (corde de 17 pieds et demi, 2, 4 et 8 retours, 84 retours à l'unisson du tuyau de 4 pieds, limite de dix retours pour l'œil) ; proposition XXI (écho de sept syllabes à 485 pieds, 162 toises par seconde, 1 152 toises en cinq secondes).
- S. Dostrovsky, « Early vibration theory: Physics and music in the seventeenth century », Archive for History of Exact Sciences 14 (3), 169–218 (1975), doi:10.1007/BF00327447 — place de Mersenne dans la première détermination d'une fréquence absolue.
- D. Aalto, « Origins of source filter theory from Mersenne (1636) to Müller (1839) », HSCR 2017, 61–67, doi:10.21437/HSCR.2017-7 — référence à la proposition V du livre III et aux mesures de vitesse du son de Mersenne.
Observation à refaire « à la Mersenne »
Prendre une corde longue (2 à 4 m) assez grave pour voir le ventre. Compter les oscillations sur 10 secondes. Diviser ce nombre par dix pour obtenir les cycles par seconde. Monter d’octaves en raccourcissant de moitié. Vérifier que la note d’arrivée est bien l’octave de la précédente au diapason. C’est refaire 1636 sans électronique.
En profondeur Compter à l'œil, accorder à l'oreille : ce que la méthode suppose ≈ 4 min
La mesure de Mersenne tient en deux gestes : compter les allers-retours d'une corde très longue, puis transposer le résultat à une corde courte accordée sur un tuyau d'orgue. Les nombres de l'Harmonie universelle permettent d'examiner les hypothèses de chaque geste.
La corde longue est-elle une corde idéale ? La loi de la corde suppose un fil souple, uniforme, rectiligne, tendu par une tension constante. Les nombres de Mersenne permettent d'estimer sa corde. Avec 8 allers-retours par seconde sur 5,68 m sous huit livres, environ 38 N, la masse linéique vaut µ = τ/(2Lf)^2 ≈ 38,4/(2 × 5,68 × 8)^2 ≈ 4,6 grammes par mètre. En admettant pour le boyau une masse volumique voisine de 1 300 kg/m³, cela correspond à un diamètre d'environ 2 mm, compatible avec les « montants de raquette » qu'il décrit. La corde pèse alors environ 26 g, et sous une demi-livre, 2,4 N, elle forme une flèche de µ g L^2/(8τ) ≈ 4,6×10^-3 × 9,81 × 5,68^2/(8 × 2,4) ≈ 7,7 cm : un peu plus d'un centième de sa longueur. Le modèle de la corde rectiligne reste acceptable, mais il se dégrade pour la tension la plus faible. Sous huit livres, la flèche tombe à 5 mm.
Le comptage à l'œil. Mersenne écrit que l'œil ne compte pas au-delà d'une dizaine de retours par seconde. Compter sur une seule seconde laisse une incertitude d'environ un demi-retour : 25 % à 2 retours par seconde, 6 % à 8. Compter sur dix secondes, comme le propose l'observation du portrait, divise cette erreur par dix. Les trois nombres publiés, 2, 4 et 8, tombent exactement sur la loi de la racine de la tension, ce qui laisse penser qu'ils sont arrondis ou choisis pour illustrer la loi. Mersenne lui-même, dans une autre proposition du même livre, signale que ses prédictions s'écartent des observations quand les cordes deviennent très longues.
La transposition vers la corde courte. La partie de cinq pouces, 13,5 cm, qui doit sonner à l'unisson, n'a plus du tout les proportions d'un fil : sa longueur ne vaut qu'une soixantaine de fois son diamètre. Sa raideur de flexion n'est plus négligeable ; elle élève légèrement les fréquences, surtout celles des partiels supérieurs (voir dispersion). La loi de Mersenne suppose aussi que la masse linéique reste la même : une corde de boyau s'étire sous la tension et s'amincit un peu, ce qui baisse sa masse linéique et élève encore la fréquence. Ces effets jouent dans le même sens, vers l'aigu ; ils déplacent le résultat sans en changer l'ordre de grandeur.
L'unisson avec le tuyau. Accorder deux sons à l'oreille est plus précis qu'on ne le croit, grâce aux battements : un écart de 1 Hz produit un battement par seconde, que l'on entend. À 84 Hz, l'unisson peut donc être réglé à environ 1 % près. Le vrai risque est ailleurs : confondre un son avec son octave. Mersenne le reconnaît dans le corollaire de sa proposition : il avait donné ailleurs 48 battements pour le même tuyau, et attribue l'écart à une octave prise tantôt en haut, tantôt en bas.
Ce que devrait donner le tuyau. Un tuyau ouvert aux deux bouts résonne à f ≈ c/(2L), un peu moins une fois comptées les corrections d'extrémité (voir tuyaux). Si le tuyau mesurait bien quatre pieds de roi, 1,30 m, on attendrait 343/(2 × 1,30) ≈ 132 Hz sans correction, vers 120 à 130 Hz avec. Le nombre de 84 est plus bas d'environ une quinte. On ne sait pas ce que mesurait exactement le tuyau : dans la facture d'orgue, « quatre pieds » désigne un registre, pas une longueur mesurée au pouce près, et le diapason n'était pas normalisé. Les 84 allers-retours valent donc comme première mesure d'une fréquence absolue, pas comme la fréquence exacte d'une note.
Les seuils de perception. Dans la même proposition, Mersenne affirme qu'une corde doit « battre l'air » au moins vingt fois par seconde pour être entendue, alors que sa corde longue, à 8 retours par seconde, reste muette. Dans son vocabulaire, un battement est un passage par la position de repos, la moitié d'un aller-retour : vingt battements feraient dix allers-retours, si le mot a le même sens aux deux endroits. La convention actuelle place la limite basse de l'audition vers 20 Hz, et la limite réelle dépend beaucoup du niveau sonore.
Appuis
- M. Mersenne, Harmonie universelle, t. 1, Paris, S. Cramoisy, 1636, numérisation Gallica sur archive.org — livre III, proposition V : corde de 17 pieds et demi, poids d'une demi-livre à huit livres, limite de dix retours pour l'œil, vingt battements pour l'oreille, corollaire sur les 48 battements.
- D. Aalto, « Origins of source filter theory from Mersenne (1636) to Müller (1839) », HSCR 2017, 61–67, doi:10.21437/HSCR.2017-7 — écarts relevés par Mersenne sur les cordes longues (livre III, proposition XIII), seuil de vingt battements.
- UNSW Physclips — Open and closed pipes — résonances d'un tuyau ouvert, f ≈ c/2L, corrections d'extrémité.
Ce qu’il ne fait pas encore
Pas d’équation aux dérivées partielles (1747). Pas de γ de Laplace (1816). Pas de spectre. Il reste un mécanicien chrétien du nombre. C’est assez : après lui, on peut mentir moins.
Pythagore donne le rapport. Mersenne donne l’horloge. Sauveur donnera le nom. Rayleigh donnera le traité.
Provoxys
Acte II · chapitre 10
XVIIIe–XIXe — l’acoustique devient physique mathématique
Cordes, tuyaux, plaques
- Brook Taylor (1713) : étude du mode fondamental et de la fréquence de la corde vibrante ; l’équation d’onde aux dérivées partielles viendra avec d’Alembert.
- Jean le Rond d’Alembert (1747) : équation d’onde partial^2 y/partial t^2 = c^2 partial^2 y/partial x^2.
- Daniel Bernoulli, Euler, Lagrange : modes, superposition. La Hydrodynamica de Bernoulli (1738) appartient à cette histoire des fluides ; ses travaux acoustiques sur les vibrations et leur superposition se développent surtout dans les décennies suivantes. !Portrait d'Ernst Chladni Ernst Florens Friedrich Chladni (1756–1827), souvent dit père de l’acoustique moderne. Wikimedia Commons. !Figures de Chladni Planche historique de figures de Chladni : le sable dessine les lignes nodales. Wikimedia Commons.
L'analyse mathématique De l'équation de la corde à la série de Bernoulli : la corde pincée calculée 2 formules · ≈ 7 min
Le chapitre donne l'équation de d'Alembert pour la corde. On la retrouve ici à partir de la loi de Newton appliquée à un petit morceau de corde, puis on calcule ce que contient un pincement : quels modes, avec quelles amplitudes.
Le bilan des forces sur un tronçon. Une corde de masse linéique µ est tendue par une tension τ entre deux points fixes distants de L ; y(x,t) est son déplacement transversal. Un tronçon de longueur dx est tiré à chacun de ses bouts par la tension, dirigée le long de la corde. Tant que la pente reste petite, la composante transversale de cette traction vaut τ partial y/partial x à l'abscisse x. La force nette sur le tronçon est la différence entre ses deux bouts, soit τ (partial^2 y/partial x^2) dx : elle n'existe que si la corde est courbée. Cette force accélère une masse µ dx. On divise par dx :
Se lit« mu fois d rond deux y sur d rond t deux égale tau fois d rond deux y sur d rond x deux »∂ se dit « d rond » : une dérivée par rapport à une seule variable, l'autre étant tenue fixe. Les « deux » en exposant marquent une dérivée seconde, pas un carré de y. μ se dit « mu » : la masse linéique ; τ se dit « tau » : la tension, notée ici comme dans la corde de Mersenne pour ne pas la confondre avec une période.
Ce qu’elle dit
L'accélération transversale d'un point de la corde est proportionnelle à la courbure de la corde en ce point : la tension redresse les bosses et creuse les creux. En divisant par µ, on retrouve l'équation de d'Alembert avec une célérité c = √τ/µ : plus de tension accélère les ondes, plus de masse par mètre les ralentit. Valable pour de petites pentes, une tension uniforme et une corde sans raideur.
Les symboles. Survolez la formule ou un symbole.
- µ masse linéique : masse d'un mètre de corde kilogramme par mètre (kg/m) ≈ 4 × 10⁻⁴ kg/m pour une corde d'acier d'un quart de millimètre
- y déplacement transversal de la corde au point x et à l'instant t mètre (m) quelques millimètres au plus pour une corde pincée
- t temps seconde (s)
- τ tension de la corde newton (N) ≈ 73 N pour un mi aigu de guitare
- x position le long de la corde, comptée depuis une extrémité mètre (m) de 0 à L
Ce que les hypothèses coûtent. Prenons la corde de mi aigu de guitare de la clé sur la fabrication d'un son (acier de 0,254 mm, L = 0,65 m, τ ≈ 73 N), pincée à 2 mm de hauteur au quart de sa longueur. La pente la plus forte vaut 2/162,5 ≈ 0,012 : confondre sinus et tangente d'un tel angle fait une erreur relative de l'ordre de θ^2/2 ≈ 8 × 10^-5. La corde déformée est plus longue que la corde droite de tfrac12h^2 [1/a + 1/(L-a)], soit tfrac12×(0,002)^2×(6,15 + 2,05) ≈ 1,6 × 10^-5 m, un allongement relatif de 2,5 × 10^-5. Avec un module d'Young de 200 GPa et une section de 5,07 × 10^-8 m², la tension augmente d'environ 200 × 10^9 × 5,07 × 10^-8 × 2,5 × 10^-5 ≈ 0,25 N, soit 0,35 %. La fréquence, qui varie comme la racine de la tension, monte donc au plus d'environ 0,17 %, de l'ordre de trois cents, juste après l'attaque, puis redescend à mesure que l'amplitude décroît. L'équation linéaire ignore cet effet : c'est sa première limite mesurable.
Les modes de Bernoulli et le pincement. Chaque forme sin(nπ x/L) s'annule aux deux extrémités et oscille sans se déformer à la fréquence n f1, avec f1 = c/(2L). Daniel Bernoulli soutient que tout mouvement de la corde est une somme de ces modes. Pour une corde tirée à la hauteur h au point a, puis lâchée sans vitesse, la forme de départ est un triangle ; ses coefficients s'obtiennent par la méthode que Fourier généralisera :
Se lit« y de x et t égale la somme, pour n de un à l'infini, de b n fois sinus de n pi x sur L, fois cosinus de deux pi n f un t ; b n égale deux h L carré, le tout sur n carré pi carré a fois L moins a, multiplié par sinus de n pi a sur L »Σ se dit « somme » : on additionne les modes n = 1, 2, 3… b n (« b indice n ») est l'amplitude du mode n. f un est la fréquence fondamentale. Dans « a fois L moins a », les deux facteurs sont au dénominateur : a et (L-a) sont les deux longueurs de part et d'autre du point pincé.
Ce qu’elle dit
Une corde pincée vibre sur tous ses modes à la fois, chacun à sa propre fréquence n f1. L'amplitude de chaque mode décroît comme 1/n^2 et dépend du point pincé par le facteur sin(nπ a/L) : un mode dont un nœud tombe au point pincé n'est pas excité du tout. Corde idéale, souple, sans pertes, extrémités fixes, lâchée au repos.
Les symboles. Survolez la formule ou un symbole.
- y déplacement transversal de la corde mètre (m)
- x position le long de la corde mètre (m) de 0 à L
- t temps écoulé depuis le lâcher seconde (s)
- n numéro du mode sans unité 1, 2, 3…
- bn amplitude de déplacement du mode n mètre (m) 1,53 mm pour le premier mode dans l'exemple
- L longueur vibrante de la corde mètre (m) 0,65 m dans l'exemple
- f1 fréquence fondamentale de la corde hertz (Hz) 329,63 Hz pour le mi aigu de guitare
- h hauteur à laquelle la corde est tirée avant d'être lâchée mètre (m) 2 mm dans l'exemple
- a distance du point pincé à l'extrémité la plus proche mètre (m) L/4 dans l'exemple
Exemple chiffré (calcul pour ce dossier). Avec a = L/4 et h = 2 mm, le premier coefficient vaut b1 = 2h × 16/(3π^2) × sin(π/4) ≈ 0,764 h ≈ 1,53 mm. Les suivants se déduisent du rapport bn/b1 = sin(nπ/4)/[n^2 sin(π/4)] :
| Mode n | Rapport bn/b1 | Niveau relatif du déplacement |
|---|---|---|
| 1 | 1 | 0 dB |
| 2 | 0,354 | −9,0 dB |
| 3 | 0,111 | −19,1 dB |
| 4 | 0 | absent (nœud au point pincé) |
| 5 | −0,040 | −28,0 dB, phase inversée |
| 6 | −0,039 | −28,1 dB, phase inversée |
Le quatrième et le huitième modes manquent, parce que leur nœud tombe au quart de la corde (le même raisonnement, pour un pincement au cinquième, est donné dans la clé sur la fabrication d'un son). Ce tableau décrit le déplacement de la corde. La force que la corde exerce sur le chevalet est proportionnelle à la pente à l'extrémité, donc à n bn : elle ne décroît que comme 1/n, et le spectre qui atteint la table d'harmonie est plus riche en aigus que le tableau ne le laisse croire. Pour voir ces modes se superposer, et l'impulsion de d'Alembert se réfléchir aux extrémités, l'atelier S04 calcule la même corde idéale.
Limite du modèle. La série suppose une corde sans raideur : l'angle vif du triangle y persiste indéfiniment, porté par des modes de rang très élevé. Une corde réelle a une raideur de flexion qui décale ses partiels aigus vers le haut et des pertes qui les éteignent plus vite, comme le détaille la clé sur la dispersion.
Appuis
- Penn State (D. Russell) — Plucked string, Fourier coefficients — coefficients d'une corde pincée en fonction du point de pincement, modes absents aux nœuds.
- MIT OpenCourseWare 8.03SC — Physics III: Vibrations and Waves — équation de la corde tendue à partir du bilan des forces, modes normaux, développement en série de Fourier.
- UNSW Physclips — Strings, standing waves and harmonics — célérité √τ/µ, modes de la corde fixée aux deux bouts, partiels légèrement au-dessus des harmoniques à cause de la raideur.
Histoire & sources La querelle des cordes vibrantes, puis le prix des plaques ≈ 4 min
Le chapitre aligne Taylor, d'Alembert, Bernoulli, Euler et Lagrange comme des bâtisseurs d'une même théorie. Ils se sont en réalité opposés sur une question précise : une corde pincée, dont la forme de départ a un angle, peut-elle être décrite par une somme de sinusoïdes ?
Taylor, 1713. Dans « De motu nervi tensi », publié dans les Philosophical Transactions de la Royal Society, Brook Taylor traite la corde qui vibre avec une petite amplitude. Il raisonne à partir de l'isochronisme du pendule : la forme de la corde détermine la longueur d'un pendule isochrone, dont il tire la fréquence de la vibration fondamentale à partir de la longueur, de la tension et du poids de la corde. Son étude porte sur ce seul mode fondamental.
D'Alembert, 1747. Dans ses « Recherches sur la courbe que forme une corde tenduë mise en vibration », lues à l'Académie de Berlin en 1747 et imprimées en 1749 dans le volume de l'Académie pour l'année 1747, Jean le Rond d'Alembert écrit pour la première fois l'équation aux dérivées partielles de la corde et sa solution générale : la somme de deux formes quelconques qui se déplacent en sens opposés. Mais il exige que la forme initiale soit donnée par une seule expression analytique : une corde pincée, faite de deux segments droits qui se rejoignent en angle, échappe selon lui à la théorie.
Euler, 1748. Leonhard Euler reprend le problème dès 1748, en latin dans les Nova Acta Eruditorum (1749), puis en français dans les mémoires de Berlin (« Sur la vibration des cordes », volume de 1748 imprimé en 1750). Il admet des formes initiales quelconques, même tracées à main levée, sans équation. D'Alembert conteste ces fonctions qu'aucune formule unique ne décrit.
Daniel Bernoulli, 1753. Dans deux mémoires de l'Académie de Berlin pour l'année 1753, imprimés en 1755, Daniel Bernoulli soutient un argument de physicien : toute vibration d'une corde est un mélange de vibrations simples, dont Taylor avait étudié la première, sur les formes sin(π x/L), sin(2π x/L), et ainsi de suite, qui coexistent sans se gêner. Euler répond dans le même volume : ces sommes ne seraient que des solutions particulières, incapables de représenter une forme arbitraire. Selon l'historien Alain Herreman, l'énoncé « toute fonction est une série trigonométrique » vient surtout de ses adversaires, qui le formulent pour le réfuter.
Lagrange, 1759. À Turin, Joseph-Louis Lagrange remplace la corde par un chapelet de n masses, résout le système, puis fait tendre n vers l'infini : il retrouve la solution d'Euler, sans trancher la question des séries.
Fourier et les séries trigonométriques. Le 21 décembre 1807, Joseph Fourier présente à l'Institut un mémoire sur la propagation de la chaleur dans les solides, où il développe systématiquement des fonctions en séries trigonométriques. La commission est formée de Lagrange, Laplace, Monge et Lacroix ; Lagrange et Laplace contestent précisément ces séries, et le mémoire n'est pas publié. Mis au concours pour 1811, le sujet vaut à Fourier le prix début 1812, avec une réserve sur la rigueur de son analyse. Son livre, la Théorie analytique de la chaleur, paraît en 1822. Pour la corde pincée, on sait aujourd'hui que la série de sinus d'une forme continue faite de segments droits converge vers cette forme en tout point ; la preuve rigoureuse de cette convergence ne vient pas de Fourier lui-même (voir le calcul de la corde pincée).
Les plaques : un problème ouvert par l'expérience. Chladni publie ses figures dans les Entdeckungen über die Theorie des Klanges (Leipzig, 1787), puis dans Die Akustik (1802). En février 1809, amené par Laplace, Lacépède et Berthollet, il les montre à Napoléon aux Tuileries. Le lendemain, il reçoit 6 000 francs pour publier son ouvrage en français : le Traité d'acoustique paraît en novembre 1809. Napoléon fait aussi mettre au concours la théorie des figures (prix de 3 000 francs). Sophie Germain est la seule candidate en 1811 (pas de prix), obtient une mention honorable en 1813, et remporte le prix avec son troisième mémoire, décerné en janvier 1816 ; elle en publie une version, les Recherches sur la théorie des surfaces élastiques, en 1821. Gustav Kirchhoff établit en 1850 les conditions au bord qui lui manquaient, et résout la plaque circulaire.
Appuis
- A. Herreman, « L'inauguration des séries trigonométriques dans la Théorie analytique de la chaleur de Fourier et dans la controverse des cordes vibrantes » (2012), arXiv:1211.0794 — positions de d'Alembert, Euler et Bernoulli, références d'origine, rôle de Fourier.
- R. Wheeler, W. P. Crummett, « The vibrating string controversy », Am. J. Phys. 55 (1), 33–37 (1987), doi:10.1119/1.15311 — synthèse de la controverse, de d'Alembert à Fourier.
- Histoire de l'Académie royale des sciences et belles-lettres de Berlin, année 1747, imprimé en 1749 (archive.org) — mémoire de d'Alembert sur la corde vibrante ; Euler, « Sur la vibration des cordes », E140 (Euler Archive).
- MacTutor — Joseph Fourier et MacTutor — Sophie Germain — mémoire du 21 décembre 1807, commission, prix de 1811–1812, livre de 1822 ; concours des surfaces élastiques (1811, 1813, 1815).
- H.-J. Stöckmann, « Chladni meets Napoleon », Eur. Phys. J. Special Topics 145, 15–23 (2007), doi:10.1140/epjst/e2007-00144-5 — soirée des Tuileries en février 1809, 6 000 francs, prix de 3 000 francs, Sophie Germain en 1816, Kirchhoff en 1850.
- Ernst Florens Friedrich Chladni (1756–1827), « père de l’acoustique moderne » : Entdeckungen über die Theorie des Klanges (1787), puis Die Akustik (1802). Sable sur plaques frottées à l’archet : figures de Chladni, lignes nodales. En tournée de démonstrations, il passe par Paris en 1808 devant Napoléon et l’Institut ; le concours ouvert dans la foulée sur la théorie des plaques couronnera Sophie Germain (1816). C’est la première visualisation de masse des modes de plaques.
- August Kundt (1866) : tube de Kundt, poudre de lycopode aux nœuds, mesure de λ et donc de c dans gaz et barres.
- Heinrich Rubens (1905, avec Otto Krigar-Menzel) : tube de Rubens, héritier de Kundt : un profil de flammes rend visible l’effet d’une onde stationnaire, avec une réponse qui dépend aussi du débit et de la combustion.
Clé de physique Cordes, membranes, plaques, solides : des forces de rappel différentes ≈ 12 min
Clé de physique Dispersion : quand les fréquences ne voyagent pas à la même vitesse ≈ 8 min
Renvoi. Une plaque de Chladni vibre en flexion : c’est sa rigidité, pas une tension, qui la ramène à l’équilibre, et ses modes ne suivent pas la série harmonique d’une corde. La comparaison des systèmes vibrants (corde, membrane, plaque, colonne d’air) est réunie dans Comment fabrique-t-on un son ?.
En profondeur Ce que dessinent le sable et la poudre : plaques de Chladni, tube de Kundt ≈ 5 min
Les figures de Chladni et le tube de Kundt rendent une vibration visible par des grains qui se déplacent. Savoir pourquoi un grain s'arrête à tel endroit évite de lire dans une figure plus qu'elle ne contient.
Pourquoi le sable quitte les zones qui vibrent. Un grain posé sur une plaque reste collé à elle tant que l'accélération de la plaque vers le bas ne dépasse pas celle de la pesanteur. Pour une vibration sinusoïdale d'amplitude w à la fréquence f, l'accélération maximale vaut (2π f)^2 w. À 500 Hz, elle atteint g dès que w = 9,81/(2π × 500)^2 ≈ 1,0 micromètre. Au-delà, le grain décolle, retombe un peu plus loin, rebondit au hasard. Il ne s'immobilise que là où l'amplitude reste sous ce seuil, c'est-à-dire dans une bande étroite autour des lignes nodales. La largeur des lignes de sable dépend donc de l'intensité de la vibration : plus on frotte fort, plus la bande calme se resserre et plus le dessin est net.
Pourquoi la poudre fine fait l'inverse. Chladni avait déjà remarqué que les fines rognures des crins de l'archet ne suivaient pas le sable : elles se rassemblaient aux endroits les plus agités de la plaque. Oersted obtenait le même résultat avec la poudre de lycopode. Savart, en 1827, y voyait un mode de vibration secondaire. Faraday, en 1831, montre que la cause est l'air : une plaque qui vibre met en mouvement la couche d'air qui la touche, en courants qui vont des lignes nodales vers les ventres, montent, puis reviennent vers les nœuds. Une poudre assez légère est emportée par ces courants et s'accumule aux ventres. Sa preuve est une expérience de vide : sous la cloche d'une pompe, le lycopode cesse de se rassembler au centre de la membrane vibrante et rejoint les parties immobiles, comme du sable. Ce mouvement moyen de l'air, créé par une vibration qui va et vient, porte aujourd'hui le nom d'écoulement acoustique (voir force de radiation et écoulement moyen). Selon la poudre, une figure montre donc les nœuds ou les ventres.
Ce que la figure dit de la fréquence. Une plaque vibre en flexion : sa fréquence propre croît comme le carré du nombre d'onde, alors que celle d'une corde lui est proportionnelle (voir dispersion). Chladni avait observé sur des plaques circulaires qu'un cercle nodal compte à peu près pour deux diamètres nodaux. Rayleigh a montré que la fréquence croît comme le carré de m + 2n aux hautes fréquences ; Rossing (1982) ajuste librement le coefficient de n et l'exposant, et retrouve 2 et 2 pour les plaques planes, d'autres valeurs pour les cymbales et les cloches. La fréquence d'un mode à m diamètres nodaux et n cercles nodaux suit donc à peu près f ≈ C (m + 2n)^p, avec p voisin de 2 pour une plaque plane. Une figure qui compte deux fois plus de lignes correspond donc, grossièrement, à une fréquence quatre fois plus haute. La constante C dépend de l'épaisseur, du diamètre, du matériau et de la fixation. La loi ordonne les figures d'une même plaque ; elle ne permet pas de lire une fréquence sur une plaque inconnue (voir solides, cordes, membranes et plaques).
Le tube de Kundt : une mesure de rapport. Dans le montage de 1866, une barre serrée en son milieu est frottée dans le sens de sa longueur. Elle vibre sur son premier mode longitudinal : sa longueur L vaut une demi-longueur d'onde dans le matériau. Son extrémité pousse la colonne d'air d'un tube où repose une poudre légère. À la bonne fréquence, l'air forme une onde stationnaire et la poudre se rassemble aux nœuds de déplacement, là où l'air ne bouge pas. Deux tas voisins sont séparés d'une demi-longueur d'onde dans l'air, d. La fréquence est la même dans la barre et dans l'air, donc le rapport des célérités vaut L/d. Exemple calculé pour ce dossier : une barre de laiton de 1 m, dont la célérité en barre mince vaut environ √E/ρ = √100 × 10^9 / 8 500 ≈ 3 430 m/s, vibre à 3 430/2 ≈ 1 715 Hz ; dans l'air à 20 °C, la demi-longueur d'onde vaut 343/(2 × 1 715) ≈ 10 cm. Dix tas par mètre de tube, et un rapport de célérités de 10. La méthode n'exige de connaître ni la fréquence, ni la célérité de l'air avec précision : elle compare deux longueurs.
Les limites. Les grains chargent la plaque et déplacent un peu ses fréquences ; les bords idéalisés des calculs ne correspondent jamais exactement à une plaque tenue par une pince. L'atelier S06 montre des modes calculés, pas des photographies de sable.
Appuis
- M. Faraday, « On a peculiar class of acoustical figures… », Phil. Trans. R. Soc. Lond. 121, 299–340 (1831), texte intégral (archive.org) — observations de Chladni et d'Oersted, mémoire de Savart (août 1827), courants d'air des nœuds vers les ventres, expérience sous la cloche vide ; doi:10.1098/rstl.1831.0018.
- T. D. Rossing, « Chladni's law for vibrating plates », Am. J. Phys. 50 (3), 271–274 (1982), doi:10.1119/1.12866 — f ≈ C(m+2n)^p, p ≈ 2 pour une plaque plane circulaire ; ajustement libre du coefficient de n et de l'exposant, autres valeurs pour les cymbales et les cloches ; forme de Rayleigh aux hautes fréquences.
- A. Kundt, « Ueber eine neue Art akustischer Staubfiguren… », Annalen der Physik 203 (4), 497–523 (1866), doi:10.1002/andp.18662030402 — figures de poussière dans un tube et mesure de la célérité dans les solides et les gaz.
- H.-J. Stöckmann, « Chladni meets Napoleon », Eur. Phys. J. Special Topics 145, 15–23 (2007), doi:10.1140/epjst/e2007-00144-5 — histoire des figures nodales, de Chladni à Kirchhoff (1850) pour la plaque circulaire.
Atelier S06 · Chladni ★★★ · son · plein écran · MIDI
Chladni
Rien ne tourne avant ce clic : ni son, ni calcul.
Comment l'utiliserVerser le sable, monter la fréquence lentement ou cliquer « mode suivant ». Changer de forme de plaque à fréquence fixe.
Ce que ça montreLes modes propres d’une plaque d’acier en flexion (pas d’une membrane tendue), avec des bords idéalisés, le sable qui migre vers les lignes nodales, la réponse de la plaque au point d’excitation et la liste des (m, n) rencontrés ; la longueur d’onde de flexion comparée à celle du son dans l’air.
Sens de lectureObserver que le sable s’immobilise là où la plaque ne bouge pas. Puis garder la fréquence et changer la plaque : la figure change, car elle dépend de la forme, du matériau et des appuis. Les lignes montrent la vibration de la plaque, pas des rayons sonores ; c’est la réponse à la « cymatique créatrice ».
Au clavier MIDI Une touche fixe la fréquence d'excitation de la plaque et la fait entendre tant qu'elle est tenue : le sable ne dessine une figure nette que si la note tombe près d'un mode propre. La vélocité règle le niveau, le pitch bend accorde d'un demi-ton au plus, la molette attire la fréquence vers le mode propre le plus proche.
Analyse du timbre
- Joseph Fourier (1807 / publication 1822) : tout signal périodique = somme de sinus. L’outil de tout spectrogramme moderne.
- Georg Simon Ohm (1843, « loi acoustique d’Ohm ») : l’oreille analyse un son complexe en composantes sinusoïdales.
- Hermann von Helmholtz (1821–1894), Die Lehre von den Tonempfindungen (1863) : résonateurs de Helmholtz, théorie de l’audition par résonance de fibres de la membrane basilaire (modèle ensuite corrigé par Békésy, Nobel 1961), timbre = spectre d’harmoniques.
Clé de physique Pourquoi reconnaître un instrument demande plus qu’une liste d’harmoniques ≈ 10 min
Atelier S28 · Timbre additif ★★★ · son · MIDI
Timbre additif
Rien ne tourne avant ce clic : ni son, ni calcul.
Comment l'utiliserChoisir un préset, écouter, puis modifier un harmonique à la fois. Cliquer « fondamentale manquante » pour couper le premier harmonique.
Ce que ça montreSpectre, forme d’onde et enveloppe ; quand f₀ est coupée, le signal n’a plus aucune énergie à f₀, sa période reste 1/f₀ et le partiel le plus grave présent est affiché ; les cloches inharmoniques. Chaque son est normalisé sur sa crête ; en coupant f₀, les autres partiels gardent leur niveau.
Sens de lectureMême f₀, timbres différents : la note ne bouge pas, la couleur oui. Puis couper f₀ : la hauteur peut rester associée à la fondamentale absente, selon les composantes restantes et les conditions d’écoute. Le spectre physique n’a rien à f₀ ; rien n’est recréé dans l’air.
Au clavier MIDI Branché, un clavier MIDI joue le timbre que vous avez composé : chaque touche fait sonner le spectre courant (barres, inharmonicité, fondamentale manquante) avec l'enveloppe réglée, à sa propre hauteur, en polyphonie jusqu'à huit notes. Modifier une barre du spectre pendant qu'une touche est tenue change le timbre en direct, et la fondamentale f₀ affichée suit la dernière touche. Le pitch bend accorde toutes les notes (± 2 demi-tons), la vélocité règle le niveau ; les touches hors de 55 à 880 Hz sont ramenées par octaves.
Doppler
Christian Doppler, 1842 : décalage de fréquence si source ou observateur se meuvent. Formulé d’abord pour la lumière des étoiles ; appliqué au son par Buys Ballot (1845) avec des musiciens sur un train. Mécanisme complet, signes, double trajet médical, compensation des rhinolophes : chapitre Doppler.
Lord Rayleigh
John William Strutt, 3e baron Rayleigh (1842–1919), Nobel de physique 1904 (pour l’argon, pas l’acoustique). The Theory of Sound (1877–1878) : somme mathématique fondatrice de l’acoustique moderne. Ondes de Rayleigh (surface d’un solide), unité d’impédance acoustique « rayl ».
Médecine naissante du son
René Laennec, 1816 : stéthoscope. Le corps devient un paysage sonore diagnostique (souffles, râles, bruits du cœur).
Bilan
Mesurer pour vérifier
- Une expérience compare en gardant certaines conditions constantes.
- Compter des cycles permet de passer du rapport entre notes à une fréquence absolue.
- Les figures d’une corde ou d’une plaque rendent visibles des façons de vibrer.
Question
Comment tester l’effet de la tension d’une corde ?
Voir la réponse
Faire varier la tension en gardant notamment longueur et masse par unité de longueur comparables, puis mesurer la fréquence. Changer tout à la fois empêcherait d’attribuer le résultat à une seule cause.
Pour reprendre le fil
Nous savons compter une vibration ; demandons ce qui se passe quand plusieurs notes se rencontrent.
Acte III · Vibration, perception, culture
Le son comme musique
Deux notes peuvent se renforcer puis s’atténuer périodiquement lorsqu’on les superpose. Avec des sons complexes, leurs composantes interagissent aussi. Cela aide à expliquer une texture lisse ou rugueuse ; le sentiment musical dépend également de l’apprentissage et du contexte.
Une fréquence n’est pas encore une note. Faisons entendre deux sons, puis trois. L’oreille va y trouver des battements, une couleur, parfois une racine ; les cultures en feront des systèmes différents.
Acte III · chapitre 11
Le son comme musique — histoire d’un compromis
La musique n’est pas l’application décorative de l’acoustique. Pendant deux millénaires, elle est l’acoustique. Il faut tenir les deux sans les fusionner : un accord n’est pas une loi de la nature, c’est une convention qui s’appuie sur une loi.
De la série harmonique à la gamme
Une corde, une colonne d’air, une voix produisent f, 2f, 3f, 4f, 5f, 6fldots L’octave 2f « est la même note ». La quinte 3f ramenée dans l’octave (3/2) sonne fusionnelle. La tierce 5/4 aussi, un peu moins. Helmholtz expliquera plus tard : moins de battements entre partiels coïncidents = moins de rugosité.
| Intervalle | Rapport juste | 2^k/12 | Écart |
|---|---|---|---|
| Octave | 2/1 = 2,000 | 2,000 | 0 cent |
| Quinte | 3/2 = 1,500 | 1,4983 | ≈ −2 cents |
| Quarte | 4/3 ≈ 1,333 | 1,3348 | ≈ +2 cents |
| Tierce majeure | 5/4 = 1,250 | 1,2599 | ≈ +14 cents |
| Tierce mineure | 6/5 = 1,200 | 1,1892 | ≈ −16 cents |
| Ton majeur | 9/8 = 1,125 | 1,1225 | ≈ −4 cents |
| Demi-ton diatonique | 16/15 ≈ 1,067 | 1,0595 | ≈ −12 cents |
L'analyse mathématique Cents, commas et quinte du loup : l'arithmétique des accordages 3 formules · ≈ 6 min
Le tableau compare des rapports justes et des rapports tempérés, et chiffre leur écart en cents. Ce bloc refait ces calculs, puis montre d'où viennent les deux « restes » qui empêchent tout accordage à douze notes d'être juste partout : le comma pythagoricien et le comma syntonique.
Pourquoi un logarithme. Deux intervalles joués l'un après l'autre multiplient leurs rapports : une quinte 3/2 suivie d'une quarte 4/3 donne 2, l'octave. L'oreille, elle, les perçoit comme des pas qui s'ajoutent. Le logarithme transforme le produit en somme ; le facteur 1 200 fixe l'octave à 1 200 cents et le demi-ton tempéré à 100.
Se lit« I égale mille deux cents fois log base deux de f deux sur f un, égale mille deux cents sur log dix de deux, fois log dix de f deux sur f un »log₂ se dit « log base deux » : le nombre de doublements qu'il faut pour passer de f₁ à f₂. La seconde écriture sert à calculer avec une touche « log » décimale : log₁₀ 2 ≈ 0,30103.
Ce qu’elle dit
La taille d'un intervalle ne dépend que du rapport des deux fréquences, pas de leur registre : 440 → 550 Hz et 220 → 275 Hz font la même tierce. Les cents s'additionnent quand les rapports se multiplient, ce qui permet de comparer des accordages par simples soustractions. Un rapport inférieur à 1 donne un nombre négatif : l'intervalle descend.
Les symboles. Survolez la formule ou un symbole.
- I taille de l'intervalle cent (1/1 200 d'octave) 386,31 cents pour la tierce juste 5/4
- f2 fréquence de la note d'arrivée hertz (Hz)
- f1 fréquence de la note de départ hertz (Hz)
- log2 logarithme en base deux sans unité log₂ 2 = 1 : une octave
- log10 logarithme décimal sans unité log₁₀ 2 ≈ 0,30103
Exemple chiffré. Tierce juste 5/4 : log₁₀ 1,25 ≈ 0,09691 ; 0,09691 / 0,30103 ≈ 0,32193 ; × 1 200 ≈ 386,31 cents. La tierce tempérée vaut 400 cents : elle est trop large de 13,69 cents. Quinte juste 3/2 : 701,96 cents ; quarte juste 4/3 : 498,04 cents ; leur somme fait exactement 1 200 cents, comme le produit des rapports fait exactement 2.
Deux restes qui ne tombent jamais juste. Aucune puissance de 3/2 n'est une puissance de 2 : un nombre impair ne devient jamais pair. Empiler des quintes justes ne ramène donc jamais sur une octave exacte. De même, quatre quintes ne donnent jamais la tierce 5/4, puisque 5 n'apparaît dans aucune puissance de 3 et de 2.
Se lit« kappa s égale trois demis puissance quatre, sur deux au carré fois cinq quarts, égale quatre-vingt-un sur quatre-vingts ; kappa p égale trois demis puissance douze, sur deux puissance sept, égale cinq cent trente et un mille quatre cent quarante et un sur cinq cent vingt-quatre mille deux cent quatre-vingt-huit »κ est la lettre grecque « kappa », choisie ici pour « comma » ; l'indice s dit « syntonique », l'indice p « pythagoricien ». Les deux sont des rapports, sans unité : on les convertit en cents avec la formule précédente.
Ce qu’elle dit
Quatre quintes justes ramenées de deux octaves dépassent la tierce juste de 81/80, soit 21,51 cents. Douze quintes justes dépassent sept octaves de 23,46 cents. Tout accordage à douze notes doit répartir ces restes quelque part : sur une seule quinte, sur quelques-unes, ou sur toutes.
Les symboles. Survolez la formule ou un symbole.
- kappas comma syntonique : écart entre la tierce obtenue par quatre quintes et la tierce juste sans unité (rapport) 81/80 ≈ 1,0125, soit 21,51 cents
- kappap comma pythagoricien : écart entre douze quintes justes et sept octaves sans unité (rapport) ≈ 1,01364, soit 23,46 cents
Le mésotonique au quart de comma. Pour rendre la tierce juste, on rétrécit chacune des quatre quintes d'un quart de comma syntonique. Le calcul se ferme exactement : (3/2)⁴ × 80/81 = 81/16 × 80/81 = 5, donc quatre de ces quintes font 5, c'est-à-dire la tierce 5/4 deux octaves plus haut.
Se lit« q égale trois demis fois quatre-vingts sur quatre-vingt-un, puissance un quart, égale cinq puissance un quart, environ un virgule quatre neuf cinq trois cinq »La puissance un quart se lit aussi « racine quatrième » : q multiplié quatre fois par lui-même donne 5.
Ce qu’elle dit
La quinte mésotonique est un peu plus étroite que la quinte juste, de 5,38 cents, pour que quatre quintes successives tombent exactement sur une tierce majeure juste. Onze quintes de ce type laissent la douzième combler seule le reste pour fermer le cercle : c'est la quinte du loup. Le rapport suppose des sons harmoniques et un clavier à douze touches par octave.
Les symboles. Survolez la formule ou un symbole.
- q rapport de fréquences de la quinte mésotonique sans unité ≈ 1,49535, soit 696,58 cents
La quinte du loup. Onze quintes de 696,58 cents font 7 662,36 cents. Pour retomber sur sept octaves (8 400 cents), la douzième quinte doit mesurer 8 400 − 7 662,36 ≈ 737,64 cents, soit 35,7 cents de plus qu'une quinte juste. Avec une note grave à 200 Hz, la note aiguë est à 200 × 2^(737,64/1 200) ≈ 306,2 Hz ; le troisième partiel du grave (600 Hz) et le deuxième de l'aigu (612,5 Hz) battent environ 12,5 fois par seconde. C'est la zone de rugosité du tableau du chapitre battements, et non plus un pouls qu'on compte.
La dérive d'un chœur qui chante juste. Un enchaînement do – la – ré – sol – do, chanté avec des intervalles justes, monte d'une sixte majeure (5/3), descend d'une quinte (2/3), monte d'une quarte (4/3), redescend d'une quinte (2/3). Produit : 5/3 × 2/3 × 4/3 × 2/3 = 80/81. Le do d'arrivée est plus bas que celui de départ d'un comma syntonique, 21,5 cents. Répété quatre fois, l'enchaînement fait baisser le chœur de près d'un demi-ton tempéré si personne ne corrige. « Chanter juste » n'est donc pas suivre une gamme fixe : c'est ajuster chaque accord, et accepter de déplacer légèrement une note commune d'un accord à l'autre.
L'atelier S29 permet de vérifier chaque nombre : écarts en cents par système, cercle qui ne se ferme pas, quinte du loup surlignée.
Appuis
- Cent (music), Wikipédia) — définition du cent par Ellis (1885) ; seuil de discrimination de hauteur de l'ordre de 5 à 6 cents.
- Syntonic comma, Wikipédia — rapport 81/80 ≈ 21,51 cents ; dérive de comma dans les enchaînements chantés juste.
- Quarter-comma meantone, Wikipédia — construction du mésotonique au quart de comma ; écart résiduel 128/125 qui produit l'intervalle du loup.
- Calculs : logarithmes et produits de rapports menés pour ce dossier, à partir des rapports du tableau du chapitre.
Conséquence : le piano « menteur » (tempéré) rend toutes les tonalités jouables. Le quatuor à cordes, la voix, le qanun, le sarangi peuvent viser le juste. Ni l’un ni l’autre n’est plus vrai : ils répondent à des contraintes différentes (modulation vs fusion).
Systèmes dans le monde — ne pas occidentalo-centrer
- Pythagoricien : pile de quintes 3/2. Comma pythagoricien : (3/2)^12 / 2^7 ≈ 1,0136 (~23,5 cents). Le cercle ne se ferme pas. C’est un fait mathématique, pas un défaut moral.
- Juste / zarlinien (Zarlino, 1558) : codifie la tierce 5/4. Belles triades, mauvaises modulations.
- Mésotonique, puis tempéraments inégaux baroques (Werckmeister, Kirnberger) : chaque tonalité a un « goût ».
- Tempérament égal 12-TET : standard des instruments à clavier fixes et de l’industrie depuis le XIXe.
- Maqâm, raga, gamelan : échelles qui ne se réduisent pas à 12. Pélog et slendro (Java) ; 22 shruti théoriques ; quarts de ton arabes (approximatifs). L’oreille n’est pas câblée pour le piano : elle est câblée pour les bandes critiques et l’apprentissage culturel.
- Chine des lü : cycle de quintes et tuyaux-étalons, lien calendaire.
Histoire & sources Deux mille ans pour répartir un comma ≈ 4 min
La liste des systèmes ci-dessus se lit comme un catalogue. Elle a aussi une histoire, qui n'est pas une marche vers la « bonne » solution : chaque époque a choisi quels intervalles garder purs et où loger les commas, selon la musique qu'elle jouait.
Des nombres, pas des marteaux. Les rapports 2/1, 3/2 et 4/3 sont attribués à l'école pythagoricienne, qui les mesurait sur des longueurs de corde. Le récit de Pythagore entendant des marteaux de forgeron dont les poids seraient dans ces rapports n'apparaît que des siècles plus tard, chez Nicomaque de Gérase (Ier ou IIe siècle), puis chez Boèce (VIe siècle). Il est physiquement faux : la hauteur d'un marteau n'est pas proportionnelle à son poids. Mersenne, dans l'Harmonie universelle (1636), formule la loi correcte pour les cordes : la fréquence varie comme la racine carrée de la tension, pas comme la tension. Vincenzo Galilei l'avait déjà entrevue vers 1589.
Ptolémée et la tierce 5/4. Dans ses Harmoniques (IIe siècle), Ptolémée décrit un diatonique « syntonique » fait de trois pas : 9/8, 10/9 et 16/15. Il contient des tierces majeures 5/4 et mineures 6/5, plus douces que la tierce pythagoricienne 81/64 (407,8 cents). L'écart entre les deux tierces, 81/80, porte d'ailleurs aussi le nom de comma de Didyme, un autre théoricien grec.
La Renaissance adoucit les tierces. Quand la polyphonie fait des tierces des consonances, il faut les rendre plus pures que dans l'accord pythagoricien. Pietro Aron publie en 1523 un manuel d'accord de clavier qui décrit peut-être ce qu'on appellera le mésotonique au quart de comma. Gioseffo Zarlino, dans Le istitutioni harmoniche (Venise, 1558), déclare le diatonique de Ptolémée seul accord raisonnablement chantable, et décrit pour les claviers un mésotonique au deux septièmes de comma ; en 1571, il expose le quart de comma. Francisco de Salinas, en 1577, dit pratiquer ce dernier depuis les années 1530. Le prix est connu : de belles tierces dans les tonalités proches, une quinte du loup dans les lointaines.
Le tempérament égal, calculé des deux côtés du monde. Diviser l'octave en douze pas égaux demande la racine douzième de 2, un nombre irrationnel. Le prince Zhu Zaiyu, à la cour des Ming, en donne le calcul numérique précis dès 1584 (Lüxue xinshuo, « Nouvelle explication de la théorie des hauteurs »), puis le reprend dans son Compendium complet de la musique et des hauteurs (Yuelü quanshu, 1595–1606), et l'applique aux longueurs de cordes et de tuyaux. En Europe, Simon Stevin le décrit dans un manuscrit, Van de Spiegheling der Singconst, resté inédit jusqu'en 1884 ; Mersenne publie des longueurs de cordes égales dans l'Harmonie universelle. Le calcul existe donc dès la fin du XVIe siècle ; son adoption générale prendra plus de deux siècles.
Les tempéraments « bien tempérés ». Entre le mésotonique et l'égal, les XVIIe et XVIIIe siècles essaient des solutions inégales qui permettent de jouer dans toutes les tonalités, chacune gardant une couleur propre. Andreas Werckmeister en publie plusieurs dans Musicalische Temperatur (1691), en répartissant le comma pythagoricien sur quelques quintes seulement. Le premier livre du Clavier bien tempéré de Bach est compilé en 1722 ; « bien tempéré » n'y veut pas nécessairement dire « égal ». Quel accord Bach employait reste débattu : Bradley Lehman a proposé en 2005 de lire une boucle calligraphiée de la page de titre comme un schéma d'accord, hypothèse très discutée.
Le XIXe siècle et l'usine. En Angleterre, le tempérament égal n'entre dans les ateliers du facteur Broadwood qu'autour de 1846. Le dictionnaire de Grove (article « Temperament » de James Lecky, dans l'édition transcrite de 1900) note qu'aucun orgue anglais accordé en tempérament égal ne figurait à la Grande Exposition de Londres, en 1851, et que les premiers furent livrés en 1854. Le piano, instrument industriel qui doit jouer tout le répertoire, a beaucoup pesé dans l'adoption du compromis égal : c'est une lecture d'historiens plutôt qu'un fait établi par une source précise.
Mesurer pour comparer. En 1885, Alexander J. Ellis présente devant la Society of Arts de Londres « On the musical scales of various nations », où il introduit le cent. L'unité est faite pour comparer des gammes de cultures différentes sans les ramener aux touches du piano : c'est l'outil qui permet, aujourd'hui encore, de décrire un pélog, un maqâm ou un accord de piano étiré avec la même règle.
Appuis
- Temperament, A Dictionary of Music and Musicians (Grove, 1900), Wikisource — tempérament égal chez Broadwood vers 1846 ; aucun orgue anglais tempéré égal en 1851 ; premiers orgues en 1854.
- Zhu Zaiyu, Wikipédia — calcul de 1584 dans le Lüxue xinshuo, repris dans le Yuelü quanshu (1595–1606) ; le « Compendium » n'est pas l'ouvrage de 1584.
- Vincenzo Galilei, Wikipédia — expériences sur la tension des cordes vers 1589, avant Mersenne.
- Equal temperament, Wikipédia — Zhu Zaiyu (1580, 1584), manuscrit de Stevin publié en 1884, longueurs de cordes publiées par Mersenne.
- Quarter-comma meantone, Wikipédia — Aron (1523), Zarlino (1571), Salinas (1577).
- Pythagorean hammers, Wikipédia — sources du récit (Nicomaque, Boèce) et raisons physiques de sa fausseté.
- The Well-Tempered Clavier, Wikipédia — compilation du premier livre en 1722 ; débat sur l'accord voulu, proposition de Lehman (2005).
Atelier S29 · Tempéraments ★★★ · son · plein écran · MIDI
Tempéraments
Rien ne tourne avant ce clic : ni son, ni calcul.
Comment l'utiliserJouer le même accord dans chaque système ; ouvrir le cycle des quintes en pythagoricien et empiler douze quintes ; chercher la quinte du loup en mésotonique.
Ce que ça montreLa table des fréquences et des écarts en cents, le cercle qui ne se ferme pas (comma), la quinte du loup surlignée, les battements de chaque accord, pour un son harmonique idéal dont le spectre, le registre et le niveau sont annoncés.
Sens de lectureRegarder d’abord le cercle : le douzième maillon ne retombe pas sur le premier. Puis écouter la tierce juste (calme) et la tierce tempérée (qui bat). Les rapports et les battements se calculent ; préférer l’un ou l’autre est une appréciation qui dépend du timbre, du registre et de l’habitude. Le piano est un compromis, pas une loi.
Au clavier MIDI Chaque touche du clavier MIDI joue sa note dans le système d'accordage choisi (pythagoricien, juste, mésotonique, Werckmeister III ou égal), et non en tempérament égal : les touches tenues forment l'accord analysé, avec l'écart de chaque intervalle au rapport juste et son battement. Changez de système avec l'accord tenu : les notes glissent vers leur nouvelle hauteur et les battements changent. La vélocité règle le niveau ; relâcher une touche coupe sa note.
Instruments = machines à conditions aux limites
- Cordes frottées : Helmholtz déjà — l’archet impose un régime de stick-slip, spectre en dents de scie lissé.
- Cordes pincées / frappées : piano = marteau + étouffoirs + table d’harmonie + inharmonicité des cordes graves (raideur) qui force l’octaviation des accordeurs.
- Vents : anche (non-linéaire) vs sifflet. Cuivres : modes de pavillon, notes pédales.
- Percussions : modes de plaques et de membranes (Chladni appliqué). Une membrane idéale uniforme a des modes inharmoniques ; changer sa tension multiplie toutes ses fréquences propres par le même facteur (f ∝ √τ, avec τ la tension de la membrane en N/m) et laisse leurs rapports inchangés : la tension règle la hauteur, pas l’harmonicité. Si une timbale fait entendre une note nette, c’est surtout parce que la charge de l’air (au-dessus de la membrane et dans le fût) abaisse inégalement ses modes : les modes (1,1), (2,1), (3,1), (4,1) se rapprochent des rapports 2 : 3 : 4 : 5 dans la tessiture usuelle (Christian, Rossing et al., 1984). La raideur de la peau, la cavité et le rayonnement comptent aussi.
- Voix : source glottique + filtre vocalique (théorie source-filtre, Fant). Formants = identité de voyelle, indépendante de f0 dans une large mesure.
Clé de physique Comment fabrique-t-on un son ? ≈ 16 min
Clé de physique Entretenir une vibration : une réserve d’énergie, une valve, une rétroaction ≈ 12 min
Renvoi. Corde, membrane, plaque et barre n'obéissent pas à la même physique : tension ou rigidité, une ou deux dimensions, modes harmoniques ou non. Les différences sont détaillées dans Solides, cordes, membranes et plaques.
En profondeur Des instruments qui ne jouent pas des harmoniques exacts 1 formule · ≈ 5 min
Les rapports justes du chapitre (3/2, 5/4, 6/5) supposent des sons harmoniques : des partiels exactement à f, 2f, 3f… C'est vrai pour une corde idéale, parfaitement souple, et presque vrai pour une voix ou un tuyau d'orgue. Beaucoup d'instruments réels s'en écartent un peu, et cet écart change la manière de les accorder.
La corde raide. Une corde de piano est un fil d'acier de l'ordre du millimètre de diamètre. Quand elle se courbe, sa rigidité en flexion ajoute une force de rappel à celle de la tension. Cette force croît avec la courbure, donc davantage pour les modes élevés, qui se courbent plus. Les ondes courtes vont un peu plus vite que les longues (voir dispersion) : chaque partiel monte au-dessus de n fois le fondamental, d'autant plus que son rang est élevé.
Se lit« f n égale n f zéro racine de un plus B n carré ; B égale pi cube E d puissance quatre, sur soixante-quatre T L carré »f₀ n'est pas le fondamental entendu : c'est celui qu'aurait la même corde sans raideur. Le fondamental réel vaut f₀ √(1 + B), à peine plus haut. E est le module d'Young de l'acier, à ne pas confondre avec une énergie.
Ce qu’elle dit
Les partiels d'une corde raide sont étirés vers l'aigu, d'un écart qui croît comme le carré du rang tant que B n² reste petit. B augmente très vite avec le diamètre (puissance quatre) et diminue avec la tension et le carré de la longueur : une corde courte et épaisse est plus inharmonique qu'une corde longue et fine. Le modèle suppose une corde pleine, homogène, aux extrémités parfaitement fixes ; les cordes filées des graves et la souplesse du chevalet demandent des corrections.
Les symboles. Survolez la formule ou un symbole.
- fn fréquence du partiel de rang n hertz (Hz)
- n rang du partiel sans unité 1, 2, 3…
- f0 fondamental qu'aurait la corde sans raideur hertz (Hz)
- B coefficient d'inharmonicité sans unité de l'ordre de 10⁻³ pour une corde de piano
- E module d'Young du matériau pascal (Pa) ≈ 2,0 × 10¹¹ Pa pour l'acier
- d diamètre de la corde mètre (m) 1,0 mm dans l'exemple
- T tension de la corde newton (N) ≈ 764 N dans l'exemple
- L longueur vibrante mètre (m) 0,40 m dans l'exemple
Exemple chiffré (valeurs choisies pour l'exemple). Corde d'acier de 1,0 mm de diamètre et 0,40 m de longueur, accordée à 440 Hz. Masse linéique : 7 850 kg/m³ × π × (0,5 × 10⁻³ m)² ≈ 6,17 × 10⁻³ kg/m. Tension nécessaire, d'après la loi de Mersenne : 6,17 × 10⁻³ × (2 × 0,40 × 440)² ≈ 764 N. Coefficient : π³ × 2,0 × 10¹¹ × (10⁻³)⁴ / (64 × 764 × 0,16) ≈ 7,9 × 10⁻⁴. Écart de chaque partiel à n fois le fondamental réel : +2,1 cents pour le deuxième, +10,2 cents pour le quatrième, +42 cents pour le huitième.
Conséquence pour l'accordeur. Si la note une octave plus haut est réglée à exactement 880 Hz, le deuxième partiel de la corde grave, vers 881,0 Hz, bat avec elle environ une fois par seconde. L'accordeur, qui règle l'octave en supprimant ce battement, l'élargit donc légèrement. Répété sur tout le clavier, cet élargissement donne l'accord « étiré » que décrit la courbe de Railsback (1938) : graves plus bas et aigus plus hauts que le tempérament égal théorique, de quelques dizaines de cents au total d'une extrémité à l'autre selon l'instrument. L'atelier S32 fait entendre l'octave mathématique qui bat et l'octave étirée qui ne bat plus.
Deux ou trois cordes pour une note. Dans le médium et l'aigu, chaque note de piano frappe deux ou trois cordes accordées à l'unisson, couplées par le chevalet. Elles démarrent en phase et cèdent vite leur énergie à la table : c'est le son immédiat, qui décroît d'environ 8 dB par seconde dans les mesures de Weinreich (1977). Quand elles se déphasent, elles tirent en sens opposés sur le chevalet et ne lui cèdent plus qu'une petite part d'énergie : c'est l'arrière-son, qui décroît plus de quatre fois plus lentement. Un unisson parfaitement réglé n'existe pas en pratique, et un désaccord de moins d'un demi-cent entre les cordes modifie déjà la forme de cette décroissance.
Les vents. Un tuyau cylindrique ouvert aux deux bouts, comme la flûte, a des résonances proches de la série harmonique complète ; en soufflant plus fort, on passe à l'octave. La clarinette, cylindrique et fermée côté anche, favorise dans son grave les harmoniques impairs ; sa clé de registre la fait passer à la douzième (rapport 3), pas à l'octave.
Les cloches. Une cloche d'église accordée est conçue pour que ses cinq premiers partiels (bourdon, fondamental, tierce, quinte, nominal) forment des intervalles simples : le bourdon deux octaves sous le nominal, le fondamental une octave sous lui, puis une tierce mineure et une quinte au-dessus du fondamental. Ce spectre contient donc lui-même une tierce mineure. Un accord majeur joué sur des cloches superpose cette tierce mineure interne à la tierce majeure écrite : les creux de rugosité ne sont plus ceux d'un timbre harmonique (voir le chapitre accords).
Appuis
- X. Gràcia, T. Sanz-Perela, « The wave equation for stiff strings and piano tuning », arXiv:1603.05516 — équation de la corde raide, f_n = n f₀ √(1 + B n²), B = π³ E R⁴ / (4 τ L²) pour un rayon R, valeurs typiques de l'ordre de 10⁻³.
- J. O. Smith, « Stiff Piano Strings », Physical Audio Signal Processing (CCRMA) — inharmonicité et étirement mesuré de l'accord de plusieurs pianos (quelques dizaines de cents d'une extrémité à l'autre).
- G. Weinreich, « The coupled motion of piano strings » (KTH) — son immédiat (≈ 8 dB/s) et arrière-son (moins d'un quart de ce taux) ; article d'origine : « Coupled piano strings », J. Acoust. Soc. Am. 62, 1474–1484 (1977), DOI 10.1121/1.381677.
- J. Wolfe, « Open vs closed pipes (flutes vs clarinets) », UNSW — harmoniques impairs dominants dans le grave de la clarinette, second registre à la douzième.
- B. Hibbert, « Basic principles of bell tuning » — les cinq partiels d'une cloche accordée et leurs intervalles (tierce mineure au-dessus du fondamental).
Atelier S57 · Fabriquer un son ★★★ · son · plein écran · MIDI
Fabriquer un son
Rien ne tourne avant ce clic : ni son, ni calcul.
Comment l'utiliserChoisir ce qui vibre, lancer le geste proposé, puis changer un seul réglage et relancer. Lire les trois cadres : énergie, vibration, rayonnement. Suivre la frise : elle montre quand l’énergie arrive et comment elle décroît. Comparer deux situations dans le panneau A/B, puis tenter les défis.
Ce que ça montreDix sources calculées pas à pas : corde pincée, frappée ou frottée, table d’harmonie, peau tendue, lame, cloche, tuyau à jet ou à anche, bouteille de Helmholtz, voix, haut-parleur, souffle, bulle. Pour chacune : le mouvement de ce qui vibre, la pression reçue à 1 m, le spectre et l’énergie stockée.
Sens de lectureTrois questions pour toute source : d’où vient l’énergie, qu’est-ce qui oscille, comment l’air est mis en mouvement. Un geste bref laisse une décroissance libre. Un apport entretenu compense les pertes, et parfois s’organise lui-même : archet, jet, anche. La table ne crée pas d’énergie, elle transmet mieux celle de la corde.
Au clavier MIDI Le clavier joue l'instrument : chaque touche règle le paramètre qui commande la hauteur de la scène affichée (longueur et tension de la corde, tension de la peau, longueur de la lame, tuyau, bouteille, voix, sinus du haut-parleur, souffle, bulle), ramené par octaves dans la plage du curseur, puis le modèle est recalculé et joué, et les curseurs suivent la dernière touche. Plusieurs touches sonnent ensemble ; la vélocité règle la force de l'excitation (pincement, frappe, souffle, tension de commande), jamais plus fort qu'au réglage de départ. Un pincement ou une frappe résonne jusqu'au bout, un souffle, un archet ou un signal s'arrête au relâchement ; le pitch bend décale d'au plus deux demi-tons les notes qui sonnent.
XXe siècle musical où l’acoustique redevient explicite
- Schoenberg / atonalité / dodécaphonisme : égalité politique des 12, plus de centre tonal.
- Varèse : « le son organisé ». Varèse parle déjà comme un acousticien.
- Schaeffer, 1948 : musique concrète, objet sonore, écoute réduite.
- Stockhausen, IRCAM, Chowning (FM, 1967–73) : le spectre se compose comme un accord.
- Risset : illusions (glissando qui monte toujours), timbres qui trompent Fourier naïf.
- Spectralisme (Grisey, Murail) : orchestrer une note comme on orchestre une analyse.
Acte III · chapitre 12
Battements musicaux — analyse
Deux sons proches ne s’additionnent pas comme deux lampes. Ils tissent une enveloppe lente. C’est l’outil de l’accordeur, le grain du chœur, la rugosité de Helmholtz, et — si on sépare les oreilles — un tout autre objet (battement binaural).
1. Battement acoustique du premier ordre
Deux pressions sinusoïdales de même amplitude A, fréquences fa et fb voisines :
L'analyse mathématique Somme de deux sinusoïdes · Moyenne, modulation, battement 2 formules · ≈ 2 min
Se lit« p de t égale A cosinus de deux pi f a t plus A cosinus de deux pi f b t, égale deux A cosinus de deux pi f mod t fois cosinus de deux pi f moy t »C'est une identité trigonométrique, pas une approximation : la somme de deux notes voisines est une note moyenne dont l'amplitude oscille lentement. « mod » et « moy » se lisent « modulation » et « moyenne ».
Ce qu’elle dit
La même somme peut se lire de deux façons : deux oscillations proches, ou une oscillation rapide dont l’amplitude varie lentement. L’égalité ne crée pas un nouveau mécanisme ; elle rend visible l’enveloppe que l’on va compter.
Les symboles. Survolez la formule ou un symbole.
- p pression acoustique résultante pascal (Pa)
- t temps seconde (s)
- A amplitude commune des deux sons pascal (Pa) l'enveloppe monte jusqu'à 2A
- fa fréquence du premier son hertz (Hz) ex. 440 Hz
- fb fréquence du second son, voisine de la première hertz (Hz) ex. 442 Hz
- fmod fréquence du facteur de modulation (signé) qui enveloppe la note hertz (Hz) moitié de la fréquence des battements : 1 Hz pour 440 et 442 Hz
- fmoy fréquence moyenne : la hauteur entendue hertz (Hz) 440 et 442 Hz : 441 Hz
Se lit« f moyenne égale f a plus f b sur deux ; f mod égale valeur absolue de f a moins f b, le tout sur deux ; f battement égale valeur absolue de f a moins f b »« Le tout sur deux » : c'est la valeur absolue entière qui est divisée. L'oreille entend deux maxima d'enveloppe par période de modulation, d'où fbatt = 2 fmod.
Ce qu’elle dit
La moyenne situe l’oscillation rapide. La différence donne le nombre de gonflements d’amplitude par seconde. Le facteur de modulation signé a une fréquence moitié moindre, car ses parties positives et négatives donnent toutes deux un maximum d’amplitude en valeur absolue.
Les symboles. Survolez la formule ou un symbole.
- fmoy fréquence moyenne : la hauteur entendue hertz (Hz) 440 et 442 Hz : 441 Hz
- fa fréquence du premier son hertz (Hz) ex. 440 Hz
- fb fréquence du second son, voisine de la première hertz (Hz) ex. 442 Hz
- fmod fréquence du facteur de modulation (signé) qui enveloppe la note hertz (Hz) moitié de la fréquence des battements : 1 Hz pour 440 et 442 Hz
- fbatt fréquence des battements : nombre de gonflements du volume par seconde hertz (Hz) 440 et 442 Hz : 2 battements par seconde
On entend une hauteur à fmoy dont l’amplitude gonfle et se vide fbatt fois par seconde. 440 Hz + 442 Hz → la à ~441 Hz qui « ouf-ouf » deux fois par seconde. Au-delà d’environ 15–30 battements/s selon le registre, l’oreille cesse de compter des pouls et entend une rugosité.
Ce tracé est un calcul, pas une mesure enregistrée. Pour le vérifier, comparer la somme de deux générateurs à l’oscilloscope ; ne pas confondre la vitesse d’une animation et la fréquence du signal.
Atelier S14 · Battements ★★★ · son · casque · MIDI
Battements
Rien ne tourne avant ce clic : ni son, ni calcul.
Casque recommandé pour le mode « casque séparé ».
Comment l'utiliserChoisir 440 et 441 Hz, écouter, compter les pouls ; laisser le compteur automatique les compter aussi. Passer à 448 Hz, puis aux présets quinte et tierce. En casque, séparer les oreilles pour le binaural, puis repasser en mono.
Ce que ça montreForme d’onde, modulation signée cos(πΔf t) et son enveloppe |cos(πΔf t)|, qui culmine |f_a − f_b| fois par seconde ; le spectre de la somme, qui ne montre que f_a et f_b et aucune raie à la différence ; la zone pouls / rugosité / deux sons (Plomp & Levelt) ; en 2ᵉ ordre, les partiels qui se ratent (3f_g contre 2f_a) ; en binaural, aucune enveloppe dans l’air.
Sens de lectureCompter à 1 Hz puis comparer à 8 Hz : la frontière entre pulsation et rugosité dépend de l’auditeur. Ouvrir le spectre : le battement est une enveloppe, pas une nouvelle fréquence. Pour le binaural, couper un seul canal supprime l’interaction entre oreilles ; mélanger les deux canaux produit au contraire un battement acoustique, visible sur leur somme. Ce ne sont pas les mêmes mécanismes.
Au clavier MIDI La première touche enfoncée fixe le son A et le fait entendre ; une deuxième touche, tenue en même temps, fixe le son B. On entend alors leurs battements : la3 et si♭3 battent environ vingt-six fois par seconde. Le pitch bend désaccorde B d'un demi-ton au plus, pour ralentir les battements jusqu'à l'unisson ; tout relâcher coupe le son. Les notes sont ramenées par octaves entre 200 et 880 Hz.
2. Seuil : pouls / rugosité / deux sons
| fbatt | Percept typique (sons purs, milieu de registre) | Usage musical |
|---|---|---|
| ~0,2–2 Hz | pouls lent, « wah » d’accord | accorder unisson, chœur, 12-cordes |
| ~3–8 Hz | tremolo / vibrato d’amplitude | orgue voix céleste, chorus analogique |
| ~10–20 Hz | rugosité, « scie » | cluster volontaire, quinte loup |
| gtrsim bande critique | deux hauteurs séparées | intervalle entendu comme intervalle |
Plomp & Levelt (1965) : le maximum de dissonance sensorielle tombe vers 25 % de la bande critique, pas à un rapport « laid » universel. Un ton mineur à 80 Hz rugueux ; le même à 800 Hz beaucoup moins.
En profondeur Où naissent les battements qu'on entend : filtres auditifs, non-linéarités, deux oreilles 1 formule · ≈ 5 min
Le battement du premier ordre existe dans l'air : un micro placé devant deux diapasons enregistre une enveloppe qui gonfle et se vide. Mais ce que l'auditeur perçoit — un pouls, une rugosité ou deux notes distinctes — dépend de la manière dont l'oreille interne découpe le son. Et certains battements entendus n'ont aucune enveloppe dans l'air.
Un banc de filtres qui se chevauchent. La cochlée se comporte, en première approximation, comme une série de filtres passe-bande qui se recouvrent, chacun centré sur une fréquence différente. Deux sons purs assez proches tombent dans le même filtre : sa sortie contient leur somme, donc l'enveloppe qui bat, et les fibres nerveuses suivent cette fluctuation. Deux sons assez éloignés excitent des filtres différents : chaque sortie est une sinusoïde d'amplitude constante, sans battement, et l'on entend deux hauteurs. La largeur de ces filtres fixe donc la frontière entre « un son qui bat » et « deux sons ».
Se lit« E R B de F égale vingt-quatre virgule sept, fois quatre virgule trente-sept F plus un »ERB se lit lettre par lettre, de l'anglais equivalent rectangular bandwidth. Attention aux unités mêlées : F s'écrit en kilohertz, le résultat sort en hertz.
Ce qu’elle dit
La largeur d'un filtre auditif croît avec sa fréquence centrale : environ 37 Hz vers 110 Hz, 72 Hz vers 440 Hz, 215 Hz vers 1 760 Hz. Deux sons séparés de bien moins d'une largeur interagissent dans le même filtre ; bien au-delà, ils sont résolus séparément. Relation ajustée sur des mesures de masquage chez des auditeurs normo-entendants, à niveau modéré, entre 100 Hz et 10 kHz environ.
Les symboles. Survolez la formule ou un symbole.
- ERB largeur de bande rectangulaire équivalente d'un filtre auditif hertz (Hz) ≈ 72 Hz à 440 Hz
- F fréquence centrale du filtre kilohertz (kHz) 0,44 pour un la à 440 Hz
Même intervalle, deux registres. Une tierce mineure la1–do2 (110 → 130,8 Hz) sépare ses deux fondamentaux de 20,8 Hz, bien moins que la largeur d'un filtre à cette hauteur (37 Hz) : ils interagissent, le son gratte. La même tierce trois octaves plus haut, la4–do5 (880 → 1 046,5 Hz), les sépare de 166,5 Hz, plus que la largeur vers 880 Hz (120 Hz) : les deux notes sont résolues. C'est le calcul qui justifie l'expérience du chapitre accords, où la même tierce change de rugosité avec le registre.
Deux définitions de la bande critique. Plomp et Levelt raisonnaient avec la bande critique de Zwicker, voisine de 100 Hz sous 500 Hz. L'ERB, mesurée plus tard par d'autres méthodes, est environ deux à trois fois plus étroite sous 300 Hz (encore 1,6 fois vers 440 Hz). Le « quart de bande critique » où tombe la dissonance maximale ne se transpose donc pas d'une définition à l'autre sans recalcul : vers 262 Hz, un quart de la bande de Zwicker fait environ 26 Hz, un quart de l'ERB environ 13 Hz. Le modèle de Sethares, calé sur les données d'origine, place son maximum vers 22,5 Hz à cette hauteur (voir le calcul).
Battements sans partiels communs. Le chapitre explique la quinte désaccordée par ses partiels qui se ratent. Mais une octave ou une quinte légèrement désaccordées entre deux sons purs, sans aucun partiel commun, font aussi entendre des battements lents : ce sont les « battements de consonances désaccordées » étudiés par Plomp (1967). Deux explications sont discutées : une non-linéarité de l'oreille, qui fabrique des harmoniques du son grave, ou une comparaison des instants de décharge des fibres nerveuses d'un filtre à l'autre. Les expériences où chaque son arrive à une oreille différente montrent que ces battements persistent, ce qui plaide pour une part d'origine nerveuse.
Sons que l'oreille ajoute. La cochlée n'est pas parfaitement linéaire. Deux sons forts f₁ et f₂ y produisent des sons de combinaison, dont le plus net est souvent 2f₁ − f₂, sous le plus grave des deux ; c'est le « troisième son » décrit au XVIIIe siècle. Ces composantes internes peuvent à leur tour battre avec un son réel ; il faut s'en souvenir avant d'attribuer un battement au seul signal.
Deux oreilles, aucune enveloppe. Dans le battement binaural, chaque oreille reçoit une sinusoïde pure, d'amplitude constante. Des neurones du complexe olivaire supérieur, dans le tronc cérébral, sont sensibles à la différence de phase entre les deux oreilles — le mécanisme qui sert d'ordinaire à localiser les sons. Cette différence tourne à la cadence Δf, et l'auditeur perçoit une pulsation. L'effet n'est net que pour des sons porteurs graves, sous environ 1 000 Hz, là où les fibres suivent encore la phase de l'onde. Un micro placé dans l'air, ou le mélange des deux canaux, ne montre rien de ce battement tant que les deux sons restent séparés.
Appuis
- Equivalent rectangular bandwidth, Wikipédia — formule de Glasberg et Moore (1990), domaine 100 Hz – 10 kHz ; article d'origine : Hearing Research 47, 103–138, DOI 10.1016/0378-5955(90)90170-T90170-T).
- M. P. Feeney, « Dichotic beats of mistuned consonances », J. Acoust. Soc. Am. 102, 2333–2342 (1997), PubMed — battements de consonances désaccordées entre sinusoïdes, persistance en présentation dichotique ; article fondateur : R. Plomp, J. Acoust. Soc. Am. 42, 462–474 (1967), DOI 10.1121/1.1910602.
- L. Chaieb et al., « Auditory beat stimulation and its effects on cognition and mood states », Frontiers in Psychiatry 6, 70 (2015) — battements binauraux : complexe olivaire supérieur, porteuses sous 1 000 Hz (Oster, 1973).
- Combination tone, Wikipédia — sons de combinaison, part de la non-linéarité de l'oreille interne.
- E. Zwicker, E. Terhardt, « Analytical expressions for critical-band rate and critical bandwidth as a function of frequency », J. Acoust. Soc. Am. 68, 1523–1525 (1980) — expression analytique de la bande critique « classique », voisine de 100 Hz dans le grave (calculée quinze ans après Plomp et Levelt).
- E. Zwicker, G. Flottorp, S. S. Stevens, « Critical band width in loudness summation », J. Acoust. Soc. Am. 29, 548–557 (1957) — la courbe de bande critique qu'ont réellement employée Plomp et Levelt.
3. Battements du second ordre — consonances désaccordées
Deux notes qui « devraient » fusionner par leurs harmoniques. Quinte juste 3/2 : le 3e partiel du grave coïncide avec le 2e de l’aigu. Si la quinte est large d’un comma :
L'analyse mathématique Battement du second ordre 1 formule · ≈ 1 min
Se lit« trois f grave différent de deux f aigu, donc f battement deux égale valeur absolue de trois f g moins deux f a »≠ se dit « différent de », ⇒ se dit « donc » (ou « implique »). L'exposant (2) entre parenthèses est une étiquette, « du second ordre », pas un carré.
Ce qu’elle dit
Pour une quinte, comparer le troisième partiel de la note grave au deuxième de la note aiguë. S’ils coïncident, leur battement disparaît dans ce modèle ; s’ils sont séparés de 1 Hz, ils battent une fois par seconde. Le calcul porte sur ces partiels, pas sur l’écart des fondamentales.
Les symboles. Survolez la formule ou un symbole.
- fgrave fréquence fondamentale de la note grave hertz (Hz) ex. 440 Hz
- faigu fréquence fondamentale de la note aiguë hertz (Hz) ex. 659,3 Hz (quinte tempérée)
- fbatt^(2) fréquence des battements du second ordre, entre partiels hertz (Hz) quinte tempérée sur 440 Hz : ≈ 1,5 Hz
- fg fréquence de la note grave (notation abrégée de fgrave) hertz (Hz) 3fg : son troisième partiel
- fa fréquence de la note aiguë (notation abrégée de faigu) hertz (Hz) ici « a » pour aigu ; 2fa : son deuxième partiel
On n’entend plus le pouls des fondamentaux (trop éloignés) : on entend le pouls des partiels qui se ratent. C’est ainsi qu’un organiste sait qu’une quinte « hurle », et qu’un accordeur de piano pose le tempérament en comptant des battements ciblés (la tierce majeure tempérée à ~440 Hz bat beaucoup plus vite que la quinte).
L'analyse mathématique Battements inégaux, battements comptés : ce que mesure l'accordeur 2 formules · ≈ 6 min
La formule du chapitre suppose deux sinusoïdes de même amplitude : l'enveloppe descend alors jusqu'à zéro. Dans un instrument réel, les deux partiels qui se ratent n'ont presque jamais la même force. Ce bloc calcule l'enveloppe dans ce cas général, puis relie la cadence des battements à l'écart en cents, ce qui explique comment un accordeur règle un tempérament à l'oreille.
Enveloppe de deux composantes inégales. On représente chaque composante par un vecteur tournant, de longueur égale à son amplitude. Les deux vecteurs tournent presque à la même vitesse ; leur angle relatif augmente de 2π Δf par seconde. La longueur de leur somme se calcule par la loi des cosinus, comme le troisième côté d'un triangle.
Se lit« A enveloppe de t égale racine de A un carré plus A deux carré plus deux A un A deux cosinus de deux pi delta f t »Δf se dit « delta f » : l'écart entre les deux fréquences, en valeur absolue. Le cosinus porte sur l'angle relatif des deux composantes, qui tourne lentement ; l'oscillation rapide, à la fréquence audible, n'apparaît pas dans cette formule.
Ce qu’elle dit
L'amplitude de la somme oscille entre la somme des deux amplitudes (composantes en phase) et leur différence (composantes en opposition), Δf fois par seconde. Plus les deux amplitudes sont inégales, moins le creux est profond, mais le battement ne disparaît pas. La relation est exacte pour deux sinusoïdes d'amplitudes constantes ; avec des partiels qui s'éteignent à des vitesses différentes, la profondeur du battement change au cours de la note.
Les symboles. Survolez la formule ou un symbole.
- Aenv amplitude instantanée de la somme (enveloppe) pascal (Pa) pour une pression
- t temps seconde (s)
- A1 amplitude de la composante la plus forte pascal (Pa) 1 dans les exemples
- A2 amplitude de la composante la plus faible pascal (Pa) 0,5 ou 0,1 dans les exemples
- Δ f écart des deux fréquences, en valeur absolue hertz (Hz) cadence des maxima de l'enveloppe
Exemples chiffrés. Avec des amplitudes 1 et 0,5, l'enveloppe va de 1,5 à 0,5 : un rapport 3, soit 20 log₁₀ 3 ≈ 9,5 dB entre crête et creux. Avec 1 et 0,1, elle va de 1,1 à 0,9 : un rapport de 1,22, soit 1,7 dB, encore audible sur un son tenu. Un autre effet se lit sur la même construction : le vecteur somme reste proche du plus long des deux. La hauteur entendue tend donc à se situer près de la composante la plus forte, et non exactement à la moyenne des deux fréquences, qui ne vaut que pour des amplitudes égales (la fréquence moyenne de la phase de la somme est exactement celle de la composante la plus forte ; le lien avec la hauteur perçue est une extension plausible, non mesurée ici).
Des cents aux battements. Dans un intervalle tempéré, ce sont deux partiels voisins qui battent : le troisième du grave et le deuxième de l'aigu pour une quinte, le cinquième du grave et le quatrième de l'aigu pour une tierce majeure. S'ils sont séparés de δ cents autour d'une fréquence F, leur écart en hertz vaut :
Se lit« f battement égale F fois deux puissance delta sur mille deux cents, moins un ; environ égale logarithme népérien de deux sur mille deux cents, fois F delta »δ se dit « delta minuscule » : ici un écart en cents, pas une fréquence. ln 2 se dit « logarithme népérien de deux », environ 0,693 ; le quotient ln 2 / 1 200 vaut environ 0,000 578 par cent.
Ce qu’elle dit
À écart en cents fixé, la cadence des battements est proportionnelle à la fréquence des partiels qui se rencontrent : le même intervalle tempéré bat deux fois plus vite une octave plus haut. L'approximation linéaire vaut pour des écarts de quelques dizaines de cents au plus. Le calcul suppose des partiels harmoniques ; l'inharmonicité d'une corde raide les déplace et modifie les cadences.
Les symboles. Survolez la formule ou un symbole.
- fbatt cadence des battements entre les deux partiels hertz (Hz)
- F fréquence autour de laquelle les deux partiels se rencontrent hertz (Hz) ≈ 660 Hz pour la quinte la2–mi3
- δ écart entre les deux partiels cent 1,96 cent pour une quinte tempérée, 13,69 pour une tierce majeure
- ln logarithme népérien sans unité ln 2 ≈ 0,693
Exemples chiffrés (notation française, la3 = 440 Hz).
| Intervalle tempéré | Partiels qui se rencontrent | Calcul direct | Formule approchée |
|---|---|---|---|
| Quinte la1–mi2 (110 → 164,81 Hz) | 3 × 110 = 330 ; 2 × 164,81 = 329,63 | 0,37 Hz | 0,37 Hz |
| Quinte la2–mi3 (220 → 329,63 Hz) | 660 ; 659,26 | 0,75 Hz | 0,75 Hz |
| Quinte la3–mi4 (440 → 659,26 Hz) | 1 320 ; 1 318,51 | 1,49 Hz | 1,49 Hz |
| Tierce fa1–la1 (87,31 → 110 Hz) | 436,54 ; 440 | 3,46 Hz | 3,48 Hz |
| Tierce fa2–la2 (174,61 → 220 Hz) | 873,07 ; 880 | 6,93 Hz | 6,96 Hz |
| Tierce do3–mi3 (261,63 → 329,63 Hz) | 1 308,13 ; 1 318,51 | 10,38 Hz | 10,42 Hz |
Le tableau montre les deux régularités qu'exploite l'accordage à l'oreille. D'une octave à l'autre, la cadence double. À l'intérieur d'une octave, deux tierces majeures tempérées voisines battent dans le rapport 2^(1/12) ≈ 1,059 : une suite de tierces dont les battements accélèrent régulièrement signale un tempérament bien réparti, une irrégularité signale une note à reprendre.
Pourquoi compter plutôt qu'écouter la hauteur. Compter N battements en T secondes donne l'écart N/T hertz. Une erreur d'un battement sur dix secondes fait 0,1 Hz ; autour de 660 Hz, cela représente 0,1 / 660 × 1 200 / ln 2 ≈ 0,26 cent. Le seuil de discrimination de hauteur est de quelques cents, de l'ordre de 1 à 6 selon l'auditeur, le son et le niveau : le comptage est de 5 à 20 fois plus fin que la comparaison directe de deux hauteurs. Il a une limite symétrique : distinguer un écart de 0,25 Hz demande d'écouter au moins quatre secondes, et la note doit tenir assez longtemps pour cela.
Appuis
- Cent (music), Wikipédia) — différence de hauteur discernable d'environ 5 à 6 cents, très variable selon l'individu, la fréquence, le niveau et le timbre.
- W. Wier, W. Jesteadt, D. M. Green, « Frequency discrimination as a function of frequency and sensation level », J. Acoust. Soc. Am. 61, 178–184 (1977), PubMed — seuils de discrimination de fréquence pour des sons purs, fins aux niveaux modérés. DOI 10.1121/1.381251.
- Loi des cosinus appliquée à la somme de deux vecteurs tournants, et fréquences du tempérament égal (440 Hz multipliés par 2 puissance k/12) : calculs menés pour ce dossier ; les valeurs de la quinte la2–mi3 et des tierces fa2–la2 et fa3–la3 recoupent les ordres de grandeur d'accordeur du chapitre.
- Syntonic comma, Wikipédia — écarts en cents des intervalles justes et tempérés utilisés ici.
L'analyse mathématique Ordres de grandeur d’accordeur (la3 = 440 Hz, notation française) texte du dossier · ≈ 1 min
- Unisson désaccordé de 1 cent ≈ 440×(2^1/1200-1)≈ 0,25 Hz — « f zéro fois deux puissance un sur mille deux cents, moins un ».
- Quinte tempérée au-dessus de 440 Hz : 440× 2^7/12≈ 659,3 Hz au lieu de 660. Battement du second ordre lvert 3×440-2×659,3rvert≈ 1,5 Hz.
- Tierce majeure tempérée : 440× 2^4/12≈ 554,4 au lieu de 550. Battement lvert 5×440-4×554,4rvert≈ 17,5 Hz — déjà de la rugosité, plus un pouls qu’on compte ; c’est pourquoi les accordeurs posent le tempérament sur les tierces du médium (fa3–la3 : ~14 Hz ; fa2–la2 : ~7 Hz), pas sur celles de l’aigu.
Atelier S22 · Accordeur (détection de hauteur) ★★★ · micro · MIDI
Accordeur (détection de hauteur)
Rien ne tourne avant ce clic : ni son, ni calcul.
Le micro n'est demandé que si vous cliquez sur « Utiliser le micro » ; le son est analysé sur votre appareil, rien n'est envoyé ni enregistré.
Comment l'utiliserChanter ou jouer une note tenue, lire la note et l’écart en cents ; changer d’algorithme sur le même son ; changer la référence. Avec le générateur, affaiblir puis retirer la fondamentale, ajouter du bruit, raccourcir la durée analysée, et lire la dispersion.
Ce que ça montref₀ estimée, l’aiguille en cents, l’historique et la dispersion sur une seconde ; le pic de la FFT, qui désigne la composante la plus forte et saute d’une octave quand la fondamentale est faible ou absente, alors que YIN et l’autocorrélation retrouvent la période. Avec beaucoup de bruit, YIN fait des erreurs d’octave ; une trame courte perd les graves.
Sens de lectureLire la fréquence mesurée et les cents relativement au diapason choisi, au cent près : l’affichage ne promet pas plus que la dispersion mesurée. Passer la référence à 432 Hz conserve le signal entrant mais change son écart à la cible et peut changer la note affichée ; cela ne retend pas l’instrument.
Au clavier MIDI Une touche joue le son de référence du générateur (timbre, bruit et vibrato réglés dans l'atelier) à la note du clavier, dans le tempérament égal ancré sur le diapason choisi : l'accordeur la nomme et l'aiguille se pose à 0 cent. Le pitch bend désaccorde la note d'un demi-ton au plus et fait bouger l'aiguille ; les notes sont ramenées par octaves entre 55 et 1 200 Hz, et le micro est coupé.
4. Ce qui n’est pas un battement acoustique
- Battement binaural (Oster 1973, littérature ensuite très inégale) : fa à gauche, fb à droite, casque. Aucune enveloppe physique dans l’air. Le tronc cérébral fabrique une pulsation. Ne pas le vendre comme « onde cérébrale miracle ». Citer le fait, citer les revendications marketing comme revendications.
- Vibrato : modulation de f (et souvent d’amplitude) produite par le musicien, pas par l’interférence de deux sources stables.
- Chorus / désaccord d’unisson d’un chœur ou d’un 12-cordes : nuage de battements du premier ordre. C’est le « grain ».
- Quinte du loup des tempéraments anciens : un intervalle où les partiels se ratent tellement que le battement devient une plaie. Le tempérament égal dilue le loup sur toutes les quintes.
Clé de physique Moduler, battre, mélanger — cinq transformations à ne pas confondre ≈ 10 min
5. Observations / manips
- Deux applications générateur, 440 et 441, enceinte unique : compter 1 pouls/s.
- Même chose à 440 et 448 : 8 Hz, frontière pouls / rugosité selon les auditeurs.
- Tierce juste 5/4 contre tierce tempérée sur un « ouh » tenu : la juste fusionne, la tempérée gratte.
- Deux flûtes ou deux cordes à l’unisson, puis l’une à peine haute : l’expérience devient un laboratoire d’accordeur.
- Casque : 200 Hz G / 207 Hz D — décrire le binaural sans promettre un état modifié.
Cohérence du fil : Mersenne donne f. Fourier donne les partiels. Helmholtz convertit leurs coïncidences en plaisir / douleur. L’accordeur compte. Le tempérament égal est un traité de paix entre ces pouls.
Histoire & sources Compter les battements, de Sauveur au diapason de Stuttgart ≈ 4 min
Les facteurs d'orgues et les musiciens entendaient battre les unissons faux bien avant que la physique s'y intéresse. L'histoire savante des battements commence quand on s'aperçoit qu'on peut les compter, et qu'un nombre de battements par seconde donne accès à une grandeur que l'oreille seule ne mesure pas : la fréquence absolue.
Sauveur et le mot « acoustique ». Joseph Sauveur (1653–1716) publie dans les Mémoires de l'Académie royale des sciences de 1701 ses « Principes d'acoustique et de musique, ou système général des intervalles des sons ». Il y distingue la musique, qui étudie le son « en tant qu'il est agréable », d'une science plus générale du son, qu'il nomme acoustique. Avec ses élèves, il détermine des nombres de vibrations en comparant les battements de tuyaux d'orgue, et propose de rapporter toutes les hauteurs à un « son fixe » de cent vibrations par seconde.
Le principe de la méthode (valeurs choisies pour l'exemple). Deux tuyaux accordés dans un rapport connu, par exemple 16/15, ont des fréquences f et 16f/15. Leur écart vaut f/15, et c'est la cadence de leur battement. Si l'on compte 6 battements par seconde, alors f = 15 × 6 = 90 vibrations par seconde. Il suffit d'un rapport sûr et d'une horloge : la méthode transforme une hauteur, qu'on ne sait pas mesurer directement, en un comptage.
Le troisième son. Au XVIIIe siècle, plusieurs auteurs décrivent un son grave qui apparaît quand deux notes aiguës sont tenues ensemble. Giuseppe Tartini affirme l'avoir entendu dès 1714 et le décrit en 1754 dans son Trattato di musica, sous le nom de terzo suono. Georg Andreas Sorge (Vorgemach der musicalischen Composition, 1745–1747) et Jean-Baptiste Romieu (présenté en 1751, imprimé en 1752) l'avaient publié avant lui. Ce n'est pas un battement mais un son de combinaison ; les deux phénomènes ont été rapprochés, et il a fallu apprendre à distinguer une enveloppe qui fluctue d'une composante nouvelle.
Scheibler et le diapason. Dans les années 1830 (son ouvrage Der physikalische und musikalische Tonmesser paraît en 1834), Johann Heinrich Scheibler construit un « tonomètre » de 56 diapasons, fabriqués avec précision et accordés à de faibles intervalles les uns des autres. En comptant les battements entre diapasons voisins, il établit la fréquence de chacun, puis celle de n'importe quelle note placée entre deux diapasons de la série. Il s'en sert pour régler des pianos en tempérament égal avec une exactitude inédite, et pour montrer que le la moyen des pianos de concert viennois est à 440 vibrations par seconde. En 1834, un congrès de physiciens réuni à Stuttgart approuve sa proposition d'un la à 440 vibrations par seconde : c'est le « diapason de Stuttgart », à 440 Hz. Le diapason, perfectionné ensuite par le facteur parisien Rudolph Koenig, devient l'étalon des laboratoires d'acoustique.
Helmholtz : le battement devient une théorie. Dans Die Lehre von den Tonempfindungen (1863), Hermann von Helmholtz consacre un chapitre aux battements des sons simples. Il y note que la rugosité la plus pénétrante naît, même dans l'aigu, de battements de 30 à 40 par seconde, et que l'intervalle si–do qu'il étudie, avec 33 battements par seconde, est très âpre. Il en fait la base d'une théorie de la consonance, prolongée au XXe siècle par Plomp et Levelt (voir le chapitre accords).
Le battement dans la tête. Heinrich Wilhelm Dove décrit en 1839 les battements binauraux : une pulsation entendue quand chaque oreille reçoit un son différent. Gerald Oster les étudie en détail dans Scientific American en 1973. La vogue commerciale des « ondes cérébrales » est venue ensuite ; elle ne découle pas de ces travaux, qui décrivent une perception, pas un effet thérapeutique. Quant aux effets de la stimulation par battements sur l'attention ou l'humeur, les revues de synthèse rapportent des résultats mitigés : la question reste ouverte.
Aujourd'hui. Les accordeurs électroniques affichent un écart en cents, mais l'accord des pianos à l'oreille repose encore en grande partie sur le comptage de battements ciblés, quintes lentes et tierces rapides. Trois siècles après Sauveur, compter reste plus fin qu'écouter.
Appuis
- Joseph Sauveur (1653-1716), musicologie.org — mémoire de 1701, distinction musique / acoustique, battements de tuyaux d'orgue, son fixe de cent vibrations par seconde.
- « Historical notes: a brief chronicle of the tuning fork », Whipple Museum, Université de Cambridge — tonomètre de 56 diapasons de Scheibler, le la moyen des pianos viennois à 440 Hz, diapason de Stuttgart (1834), rôle de Koenig.
- Scheibler, A Dictionary of Music and Musicians (Grove), Wikisource — en 1834, un congrès de physiciens à Stuttgart approuve le la à 440 ; 440 = moyenne des pianos de Vienne.
- Combination tone, Wikipédia — Tartini (1714, publication 1754) ; antériorité de Sorge et Romieu discutée par les sources spécialisées.
- Harmonique, Encyclopédie (1re éd.), Wikisource — priorité d'invention reconnue à Romieu vis-à-vis de Tartini ; mémoire présenté à Montpellier en 1751, imprimé en 1752.
- H. von Helmholtz, On the Sensations of Tone, chapitre VIII « On the beats of simple tones » — rugosité maximale pour 30 à 40 battements par seconde ; intervalle à 33 battements par seconde.
- G. Oster, « Auditory Beats in the Brain », Scientific American 229 (4), 94–102 (1973) — étude des battements binauraux ; première description attribuée à Dove (1839), d'après Chaieb et al., Frontiers in Psychiatry (2015).
Pause
avant de passer de deux sons à un accord
Nous avons distingué la hauteur des notes et la pulsation de leur somme. Avec 440 et 442 Hz, le nombre 2 désigne-t-il une note ou des gonflements par seconde ? La cadence des battements. Garder cette distinction quand davantage de partiels vont se rencontrer.
Acte III · chapitre 13
Des intervalles aux accords — harmonie, rugosité, temps
Le chapitre musique donne les intervalles ; le chapitre battements donne ce qui frotte entre deux notes. Un accord, c’est trois notes ou plus, donc trois spectres superposés — et une question qui revient toujours : pourquoi le mineur est-il « triste » ? La réponse honnête tient en trois étages : physique (rugosité), auditif (fondamentale virtuelle), culturel (apprentissage). Aucun des trois ne suffit seul.
Triades — les rapports
| Accord | Rapports justes | Cents (juste) | Cents (12-TET) | Ce que l’oreille en fait |
|---|---|---|---|---|
| Majeur (do–mi–sol) | 4 : 5 : 6 | 0 · 386 · 702 | 0 · 400 · 700 | les partiels des trois notes s’alignent sur une seule série harmonique (fondamentale commune à fbasse/4) |
| Mineur (do–mi♭–sol) | 10 : 12 : 15 | 0 · 316 · 702 | 0 · 300 · 700 | même quinte, mais fondamentale mathématique commune à un dixième de la basse, mais partiels communs plus élevés que pour 4 : 5 : 6 |
| Diminué (deux tierces mineures justes) | 25 : 30 : 36 | 0 · 316 · 631 | 0 · 300 · 600 | deux rapports 6/5 successifs ; la quinte diminuée n’est pas la quinte juste 3/2 |
| Variante septimale | 5 : 6 : 7 | 0 · 316 · 583 | pas d’équivalent exact en 12-TET | seconde tierce 7/6 ≈ 267 cents ; ne pas la confondre avec 25 : 30 : 36 |
| Augmenté | 16 : 20 : 25 | 0 · 386 · 773 | 0 · 400 · 800 | deux tierces majeures ; en 12-TET, symétrique donc sans « racine » |
| Septième de dominante | 4 : 5 : 6 : 7 | 0 · 386 · 702 · 969 | 0 · 400 · 700 · 1000 | la septième « juste » 7/4 est 31 cents sous la tempérée : celle des quatuors barbershop |
Le nombre à retenir : la triade majeure 4 : 5 : 6 correspond à trois harmoniques consécutifs de rang faible. La mineure 10 : 12 : 15 appartient elle aussi à une série harmonique, mais à des rangs plus élevés et non consécutifs. La fondamentale mathématique commune ne se confond pas avec la racine musicale perçue : le timbre, les doublures et le contexte interviennent. Cette structure aide à comprendre la fusion du majeur et que Rameau (1722) en fait la base de son Traité de l’harmonie — sans connaître encore Sauveur, qu’il lira ensuite et dont les harmoniques lui serviront de confirmation (Génération harmonique, 1737).
Étage 1 — la rugosité (Helmholtz → Plomp & Levelt → Sethares)
Chaque note apporte ses partiels. Chaque couple de partiels voisins (dans la même bande critique) produit un battement rapide, donc une rugosité. La rugosité d’un accord est la somme de celles de tous ses couples. Plomp & Levelt (1965) mesurent la courbe pour deux sons purs ; Sethares (1993 ; Tuning, Timbre, Spectrum, Scale, 1998, 2e éd. 2005) la paramètre et l’applique à des timbres entiers :
L'analyse mathématique Courbe de dissonance de Plomp & Levelt (forme de Sethares) 1 formule · ≈ 2 min
Se lit« d de f un, f deux égale exponentielle de moins trois virgule cinq s fois valeur absolue de f deux moins f un, moins exponentielle de moins cinq virgule soixante-quinze s fois valeur absolue de f deux moins f un ; s égale zéro virgule vingt-quatre sur zéro virgule zéro vingt et un f min plus dix-neuf »Le e se dit « exponentielle de » quand il porte un exposant. s ajuste la courbe au registre : quand la note la plus grave fmin monte, s diminue, la courbe s'étale sur une plus grande largeur en hertz et son maximum se déplace vers un écart plus grand (environ 19 Hz d'écart à fmin = 100 Hz, 37 Hz à 1 000 Hz). En intervalle relatif, c'est l'inverse : ce maximum passe d'environ 19 % à moins de 4 % de fmin, d'où la rugosité des intervalles serrés dans le grave.
Ce qu’elle dit
Cette courbe est un modèle de rugosité pour deux composantes voisines, pas une formule de la beauté musicale. d dépend de leur séparation et du registre ; les coefficients ajustent la forme de la courbe. Pour suivre le récit, observer où elle monte et redescend suffit ; le calcul sert à reproduire la comparaison.
Les symboles. Survolez la formule ou un symbole.
- d dissonance sensorielle (rugosité) du couple de partiels, dans ce modèle sans unité nulle à l'unisson, maximum ≈ 0,18 dans cette écriture
- f1 fréquence du premier partiel hertz (Hz)
- f2 fréquence du second partiel hertz (Hz)
- e base des exponentielles sans unité ≈ 2,718
- s facteur d'échelle qui ajuste la courbe au registre par hertz (Hz⁻¹) ≈ 0,011 Hz⁻¹ à fmin = 100 Hz ; diminue quand le registre monte
- fmin fréquence la plus grave des deux hertz (Hz) maximum de rugosité vers 19 Hz d'écart à 100 Hz, 37 Hz à 1 000 Hz
Deux résultats qui se démontrent à l’oreille :
- Les creux de dissonance tombent sur 3/2, 4/3, 5/4… seulement pour un timbre harmonique. Avec un timbre inharmonique (cloche, gong, partiels étirés), les creux se déplacent — et une « gamme » adaptée à ce timbre devient consonante là où le piano serait faux. C’est la thèse de Sethares, et le gamelan l’a fait avant lui (pélog / slendro avec des lames métalliques inharmoniques).
- Le registre compte autant que le rapport. À intervalle identique, le recouvrement des partiels dans les filtres auditifs dépend du registre, du timbre et de l’intensité. Les orchestrateurs ouvrent souvent les accords graves pour éviter une texture confuse. Il n’existe pas ici de seuil universel du type « aucune tierce sous 100 Hz » : comparer la même disposition à plusieurs octaves et avec plusieurs instruments. Les anciens chiffres attribués à Adler ou Piston sans page précise sont consignés dans le registre documentaire, sans servir de règle de plateau.
L'analyse mathématique Faire le calcul : maximum de rugosité et rugosité d'un accord 2 formules · ≈ 6 min
Le chapitre donne la courbe de Plomp et Levelt sous la forme de Sethares : une différence de deux exponentielles, pour deux sons purs. Ce bloc en tire deux résultats : où tombe le maximum de rugosité, et comment on passe de deux sons purs à un accord de sons complexes.
Où la courbe culmine. Pour deux sons purs séparés de x hertz, la rugosité modélisée e^-3,5 s x - e^-5,75 s x est nulle à l'unisson, monte, puis redescend. Son maximum est là où la dérivée s'annule : 3,5 e^-3,5 s x = 5,75 e^-5,75 s x, soit e^2,25 s x = 5,75/3,5. En prenant le logarithme :
Se lit« delta f étoile égale logarithme népérien de cinq virgule soixante-quinze sur trois virgule cinq, sur cinq virgule soixante-quinze moins trois virgule cinq, fois s ; environ zéro virgule deux deux zéro six sur s »Δf* se dit « delta f étoile » : l'étoile marque la valeur particulière où la courbe est maximale. ln se dit « logarithme népérien ». Le coefficient s dépend de la plus grave des deux fréquences : s = 0,24 / (0,021 × la plus grave des deux fréquences, en hertz, + 19).
Ce qu’elle dit
L'écart en hertz qui rend deux sons purs les plus rugueux croît lentement avec le registre : environ 20 Hz vers 131 Hz, 22,5 Hz vers 262 Hz, 27,6 Hz vers 523 Hz. Exprimé en rapport de fréquences, il rétrécit au contraire vers l'aigu : 20 Hz à 131 Hz, c'est plus d'un ton (environ 250 cents) ; 27,6 Hz à 523 Hz, moins d'un demi-ton. Le résultat hérite des hypothèses du modèle : sons purs, niveau modéré, coefficients ajustés sur les jugements de Plomp et Levelt.
Les symboles. Survolez la formule ou un symbole.
- Δ f^* écart de fréquence où la rugosité modélisée est maximale hertz (Hz) ≈ 22,5 Hz vers 262 Hz
- ln logarithme népérien sans unité ln(5,75/3,5) ≈ 0,4964
- s coefficient d'échelle du modèle, fonction du registre seconde (s), l'inverse d'une fréquence ≈ 0,0098 s vers 262 Hz
Calcul pas à pas vers 262 Hz. 0,021 × 261,6 + 19 ≈ 24,49 ; s = 0,24 / 24,49 ≈ 0,00980 s ; Δf* ≈ 0,2206 / 0,00980 ≈ 22,5 Hz. La valeur de la courbe en ce point est e^-0,772 - e^-1,269 ≈ 0,462 - 0,281 ≈ 0,181 : c'est le plafond de rugosité d'une paire de sons purs d'amplitude unité dans ce modèle. Les chiffres 20 Hz à 131 Hz et 27,6 Hz à 523 Hz affichés par l'atelier S30 sortent du même calcul.
Des sons purs à l'accord. Un son d'instrument a des partiels ; un accord de trois notes en superpose trois séries. Le modèle suppose que la rugosité totale est la somme des rugosités de toutes les paires de partiels, chaque paire étant pondérée par la plus faible de ses deux amplitudes.
Se lit« D égale somme sur i inférieur à j de minimum de a i, a j, fois d de f i, f j »La somme porte sur toutes les paires de partiels, chacune comptée une fois (i plus petit que j), y compris deux partiels d'une même note. min se lit « minimum » : la plus petite des deux amplitudes.
Ce qu’elle dit
Chaque paire de partiels voisins apporte sa part de rugosité, d'autant plus grande que le plus faible des deux est fort. Les paires très éloignées n'apportent presque rien, puisque la courbe d retombe vers zéro au-delà de quelques dizaines de hertz. Le modèle suppose que les contributions s'additionnent sans interaction : il ignore le masquage, la phase et l'effet du niveau sonore global.
Les symboles. Survolez la formule ou un symbole.
- D rugosité totale modélisée de l'ensemble sans unité (indice relatif)
- i numéro du premier partiel de la paire sans unité
- j numéro du second partiel de la paire sans unité toujours plus grand que i
- ai amplitude du partiel i sans unité (amplitude relative) 0,88 puissance (k − 1) pour le k-ième harmonique d'une note dans l'exemple
- aj amplitude du partiel j sans unité (amplitude relative)
- d rugosité d'une paire de sons purs, courbe de Plomp et Levelt sans unité au plus ≈ 0,18
- fi fréquence du partiel i hertz (Hz)
- fj fréquence du partiel j hertz (Hz)
- min plus petite des deux valeurs sans unité
Exemple chiffré (calcul pour ce dossier). Chaque note reçoit six harmoniques d'amplitudes 1 ; 0,88 ; 0,77… (0,88 puissance k − 1, le timbre de l'atelier S30, tronqué à six partiels). On additionne les 153 paires de dix-huit partiels. Notation française, do3 = 261,63 Hz.
| Accord | Fondamentale do3 | Fondamentale do2 |
|---|---|---|
| Majeur juste 4 : 5 : 6 | 0,758 | 1,602 |
| Majeur tempéré | 0,889 | 1,709 |
| Mineur juste 10 : 12 : 15 | 0,778 | 1,630 |
| Mineur tempéré | 0,917 | 1,748 |
| Une note seule | 0,009 | 0,056 |
Trois lectures, toutes propres à ce modèle et à ce timbre. D'abord, tempérer l'accord le rend plus rugueux : +17 % pour le majeur autour de do3, parce que des partiels qui coïncidaient se séparent de quelques hertz. Ensuite, le mineur juste n'est que 3 % plus rugueux que le majeur juste : la rugosité seule ne rend pas compte de la différence de caractère entre les deux, ce que le chapitre attribue à d'autres étages. Enfin, le même accord une octave plus bas est environ deux fois plus rugueux (de 1,9 à 2,1 fois selon l'accord) : dans le grave, davantage de paires tombent dans la zone où la courbe est haute.
Ce que changent les réglages. Le programme publié par Sethares emploie 3,51 ; 0,0207 et 18,96, et multiplie la courbe par un facteur constant 5 ; le chapitre arrondit à 3,5 ; 0,021 et 19 et omet ce facteur, qui multiplie toutes les valeurs sans changer leurs rapports. Refait avec les coefficients non arrondis, le calcul du tableau baisse d'environ 2 %, et la courbe de rugosité d'une paire de ces notes garde ses creux principaux aux mêmes rapports : 6/5, 5/4, 4/3, 3/2 et 5/3 (avec les coefficients non arrondis apparaît en plus un creux très peu marqué vers 7/4). Changer le nombre de partiels, leurs amplitudes ou la pondération change les valeurs de D, qui ne sont comparables qu'à timbre et réglages identiques.
Appuis
- W. A. Sethares, « Relating Tuning and Timbre » — rugosité d'un son complexe obtenue en additionnant celles de toutes les paires de partiels ; courbe de Plomp et Levelt mise sous forme de somme d'exponentielles.
- W. A. Sethares, programmes de calcul de la dissonance — paramètres 0,24 ; 0,0207 ; 18,96 ; 3,51 ; 5,75, pondération par le minimum des amplitudes.
- W. A. Sethares, « Local consonance and the relationship between timbre and scale », J. Acoust. Soc. Am. 94, 1218–1228 (1993) — article d'origine du modèle.
- R. Plomp, W. J. M. Levelt, « Tonal consonance and critical bandwidth », J. Acoust. Soc. Am. 38, 548–560 (1965) — mesures de consonance de paires de sons purs sur lesquelles le modèle est ajusté.
Atelier S30 · Accords et rugosité ★★★ · son · plein écran · MIDI
Accords et rugosité
Rien ne tourne avant ce clic : ni son, ni calcul.
Comment l'utiliserJouer une triade majeure puis mineure, lire le score de rugosité ; changer le timbre pour une cloche ; ouvrir la courbe de dissonance et déplacer la seconde note.
Ce que ça montreLe modèle de Sethares, somme des rugosités entre partiels pondérées par min(aᵢ, aⱼ), avec des partiels d’amplitude 0,88ᵏ⁻¹ ; la courbe de rugosité avec ses creux sur 3/2, 4/3, 5/4 pour un timbre harmonique ; l’écart de rugosité maximale d’une paire de sinus, qui s’élargit en hertz quand la note grave monte (20 Hz à 131 Hz, 27,6 Hz à 523 Hz) ; la racine perçue selon un modèle (Terhardt).
Sens de lectureLes minima du modèle correspondent à une faible rugosité pour le spectre choisi ; c’est un modèle partiel de la sensation, pas un jugement universel de qualité musicale. Comparer majeur et mineur selon le timbre et la disposition, puis distinguer rugosité, fondamentale virtuelle et contexte culturel.
Au clavier MIDI Tenez trois touches : l'atelier reconnaît la triade (majeure, mineure, diminuée ou augmentée) et son renversement, l'analyse (rugosité, fondamentale commune, racine) et la joue, juste ou tempérée selon le réglage. L'accord est transposé sur le do du registre choisi, car les calculs sont faits sur do. Avec deux touches, l'atelier passe en dyade : l'écart est celui des touches, et le pitch bend (un demi-ton) fait glisser la seconde note sur la courbe de rugosité.
Étage 2 — la fondamentale virtuelle (Terhardt)
L’oreille cherche une fondamentale commune aux partiels qu’elle reçoit (chapitre psychoacoustique : fondamentale manquante). Terhardt (1974) puis Parncutt (1989) étendent l’idée aux accords : un accord a une « racine » perçue là où le plus de partiels s’alignent. Pour 4 : 5 : 6, la réponse est nette (la fondamentale mathématique à fbasse/4, deux octaves sous la basse). Pour 10 : 12 : 15, elle est ambiguë : les modèles peuvent attribuer des poids différents à plusieurs candidats. Selon le timbre et la disposition, la rugosité du mineur peut être proche de celle du majeur ; ni cette mesure ni une fondamentale virtuelle ne suffisent à expliquer son caractère émotionnel.
Étage 3 — la culture
Le lien majeur = gai / mineur = triste est fort en Occident depuis le XVIIe, faible ailleurs. Fritz et al. (Current Biology 2009) : des Mafa du Cameroun, jamais exposés à la musique occidentale, reconnaissent au-dessus du hasard les émotions de morceaux occidentaux, mais bien moins nettement que des auditeurs occidentaux — un noyau perceptif (tempo, registre, rugosité) plus une couche apprise. Huron (2008) rappelle que la tierce mineure est aussi celle de la parole triste (intervalles plus petits, registre plus bas, tempo lent). Sur le plateau : « le mineur est triste » se dit avec « pour nous », jamais « par nature ».
Histoire & sources Pourquoi certains accords « sonnent bien » : les réponses successives 1 formule · ≈ 5 min
La question du chapitre — pourquoi un accord paraît consonant — a reçu plusieurs réponses, chacune juste pour la question qu'elle posait vraiment. Les suivre dans l'ordre aide à ne pas les confondre : nombres, physique, fusion perceptive, bande critique, apprentissage.
Les nombres simples. Pour la tradition pythagoricienne, les consonances sont les rapports de petits entiers : 2/1, 3/2, 4/3. L'explication est arithmétique, et elle a une force réelle : pour des sons harmoniques, un rapport simple fait coïncider de nombreux partiels. Elle laisse de côté le timbre : entre deux sons purs, qui n'ont pas de partiels, aucune coïncidence ne peut jouer.
Euler et le degré d'agrément. En 1739, dans le Tentamen novae theoriae musicae, Leonhard Euler propose de chiffrer la simplicité d'un intervalle ou d'un accord à partir des facteurs premiers de ses rapports. Sous sa forme courante :
Se lit« gamma de N égale un plus somme sur k de e k fois p k moins un ; N égale produit sur k de p k puissance e k »Γ est la lettre grecque « gamma » majuscule. ∏ se dit « produit sur k » : on multiplie les facteurs, comme Σ les additionne. N est le plus petit commun multiple des termes du rapport : 6 pour la quinte 2 : 3, 60 pour l'accord 4 : 5 : 6.
Ce qu’elle dit
Plus le degré est petit, plus l'intervalle ou l'accord est jugé simple, donc agréable, selon Euler. Chaque facteur premier compte d'autant plus qu'il est grand : un facteur 5 pèse quatre fois plus qu'un facteur 2. C'est une mesure de simplicité arithmétique, qui ne tient compte ni du timbre, ni du registre, ni de l'accord réellement joué.
Les symboles. Survolez la formule ou un symbole.
- Gamma degré d'agrément (gradus suavitatis) sans unité 2 pour l'octave, 4 pour la quinte
- N plus petit commun multiple des termes du rapport sans unité 60 pour 4 : 5 : 6 et pour 10 : 12 : 15
- k numéro du facteur premier sans unité
- ek exposant du k-ième facteur premier dans N sans unité
- pk k-ième facteur premier de N sans unité 2, 3 ou 5 chez Euler
Exemple chiffré. Octave, N = 2 : Γ = 1 + 1 = 2. Quinte, N = 6 = 2 × 3 : Γ = 1 + 1 + 2 = 4. Quarte, N = 12 = 2² × 3 : Γ = 5. Tierce majeure, N = 20 = 2² × 5 : Γ = 1 + 2 + 4 = 7. Tierce mineure, N = 30 : Γ = 8. Pour les accords, le majeur 4 : 5 : 6 et le mineur 10 : 12 : 15 ont tous deux N = 60 = 2² × 3 × 5, donc le même degré, 9. La mesure d'Euler ne sépare pas le majeur du mineur.
Rameau et le corps sonore. En 1722, le Traité de l'harmonie de Jean-Philippe Rameau fonde l'harmonie sur une basse fondamentale ; dans la Génération harmonique (1737), il s'appuie sur les harmoniques du « corps sonore » que Sauveur avait décrits. Le majeur y trouve une justification directe ; le mineur, qui n'apparaît pas aussi simplement dans la série, demande une explication à part.
Helmholtz et les battements. En 1863, Die Lehre von den Tonempfindungen de Hermann von Helmholtz, traduit en anglais par Alexander Ellis en 1875, déplace la question vers la physiologie. La dissonance est une sensation : celle des battements rapides entre partiels voisins. Un intervalle est consonant quand ses partiels coïncident ou sont assez éloignés pour ne pas battre. La théorie explique ainsi pourquoi la consonance dépend du timbre.
Stumpf et la fusion. Carl Stumpf, dans sa Tonpsychologie (1883 et 1890), cherche une autre base : le degré auquel deux sons simultanés « fusionnent » en une seule impression. La consonance devient une propriété de la perception, et non plus du seul signal ; on peut rapprocher cette fusion de ce que l'on appelle aujourd'hui l'harmonicité.
Plomp et Levelt, 1965. En faisant juger des paires de sons purs, Reinier Plomp et Willem Levelt montrent que, pour des sinusoïdes, la consonance dépend de l'écart rapporté à la bande critique, pas d'un rapport simple : au-delà d'environ une bande critique d'écart, une paire de sons purs est de nouveau jugée consonante, quel que soit son rapport exact. Les rapports simples ne comptent que pour des sons complexes, par l'intermédiaire de leurs partiels. Terhardt (1974) distingue ensuite la consonance sensorielle, liée à la rugosité, de l'harmonie, liée à la fondamentale virtuelle ; Sethares (1993) paramètre la courbe et en tire des gammes adaptées aux timbres inharmoniques.
L'enquête expérimentale. Au XXIe siècle, les expériences comparent directement ces explications. McDermott, Lehr et Oxenham (2010) trouvent que la préférence pour la consonance suit la préférence pour l'harmonicité, pas l'aversion pour la rugosité. McDermott et ses collègues (2016) montrent que les Tsimane' d'Amazonie, peu exposés à la musique occidentale, n'ont pas de préférence pour les accords consonants. Chaque théorie semble donc avoir identifié un ingrédient réel, et aucune ne paraît suffire seule : c'est un jugement de synthèse de ce dossier, non un résultat de ces expériences.
Appuis
- Leonhard Euler, section « Music », Wikipédia — Tentamen novae theoriae musicae (1739) ; gradus suavitatis tiré des facteurs premiers 2, 3 et 5.
- On the Sensations of Tone, Wikipédia — Die Lehre von den Tonempfindungen (1863), traduction d'Ellis (1875, 2e éd. 1885).
- Carl Stumpf, Wikipédia — Tonpsychologie (1883, 1890), fusion tonale et consonance.
- R. Plomp, W. J. M. Levelt, « Tonal consonance and critical bandwidth », J. Acoust. Soc. Am. 38, 548–560 (1965) ; E. Terhardt, « Pitch, consonance, and harmony », J. Acoust. Soc. Am. 55, 1061–1069 (1974).
- J. H. McDermott et al., « Indifference to dissonance in native Amazonians reveals cultural variation in music perception », Nature 535, 547–550 (2016) — absence de préférence pour la consonance chez les Tsimane'.
Renversements, doublures, voicing
Même trois notes, ordre différent : do–mi–sol (état fondamental), mi–sol–do (1er renversement), sol–do–mi (2e). Les rapports changent (5 : 6 : 8, puis 3 : 4 : 5), la racine perçue reste do (Terhardt) mais la rugosité change avec l’espacement : plus l’accord est serré dans le grave, plus il gratte. Un arrangeur qui « ouvre » un accord fait de la bande critique sans le savoir.
Rythme et temps — quand le pouls devient une note
Le battement de deux notes proches (chapitre précédent) et le rythme sont une même grandeur à deux échelles :
- Sous ~10–15 Hz : on compte des pouls (battements, tremolo, rythme).
- De ~15 à ~300 Hz : rugosité (maximale vers 70 Hz), qui coexiste avec ce qui suit.
- À partir de ~30 Hz : une hauteur mélodique se dégage. Un rythme accéléré devient un son grave — Stockhausen (Kontakte, 1960) et Risset l’ont composé ; un quatre-cylindres à quatre temps à 1 200 tr/min fait 40 explosions/s, donc une périodicité proche du mi grave à 41,2 Hz, accompagnée d’harmoniques et de bruit mécanique.
Perception du tempo : la zone de pulsation préférée se situe autour de 85–120 battements par minute (Fraisse 1982 : 500–700 ms, ~2 Hz), avec des limites de ~30 à ~300 bpm au-delà desquelles on regroupe ou on subdivise. Ordre temporel : deux sons séparés de moins de ~2 ms fusionnent en un seul ; il faut ~20 ms pour dire lequel est venu en premier (Hirsh 1959). C’est la fenêtre qu’exploitent l’effet de précédence (chapitre psychoacoustique) et le délai des écrans de stade (chapitre société).
En profondeur Rugosité, harmonicité, périodicité : trois mécanismes à ne pas confondre ≈ 4 min
Des trois étages du chapitre, ce bloc précise les deux premiers, rugosité et fondamentale virtuelle : ce qu'ils mesurent dans l'oreille, à quelle échelle de temps, et ce que pèse chacun dans la préférence pour les accords consonants.
La rugosité : une fluctuation rapide dans un filtre. Quand deux composantes tombent dans le même filtre auditif, la sortie de ce filtre fluctue à la cadence de leur écart (voir les filtres auditifs). Lente, cette fluctuation s'entend comme un pouls ; la psychoacoustique mesure alors une « force de fluctuation », maximale pour une modulation d'environ 4 Hz. Plus rapide, elle devient une rugosité, mesurée en aspers : 1 asper est la rugosité d'un son pur de 1 kHz à 60 dB, modulé en amplitude à 100 % à 70 Hz, cadence voisine du maximum pour cette porteuse. Le « maximum vers 70 Hz » du chapitre vaut donc pour une porteuse de 1 kHz modulée en amplitude.
Pourquoi le maximum est plus bas pour deux notes graves. Pour deux sons purs voisins, le maximum de rugosité tombe vers 20 Hz d'écart autour de 131 Hz (voir le calcul), bien en dessous de 70 Hz. La fluctuation ne peut pas être plus rapide que ne le permet la largeur du filtre : un écart de 70 Hz, dans le grave, sépare déjà les deux sons dans des filtres différents, et la fluctuation disparaît. La cadence la plus rugueuse dépend donc du registre. Helmholtz la situait vers 30 à 40 battements par seconde, y compris dans l'aigu ; les mesures ultérieures montrent qu'elle varie avec la fréquence des sons.
L'harmonicité : des partiels qui s'alignent sur une série. Le système auditif regroupe les partiels qui s'ajustent sur une même série harmonique et leur attribue une hauteur unique, même si la fondamentale manque. Un accord juste 4 : 5 : 6 fournit trois séries qui s'emboîtent dans une seule, de fondamentale f_basse / 4 ; un accord 10 : 12 : 15 s'emboîte aussi, mais dans une série de fondamentale f_basse / 10, où ses partiels occupent des rangs élevés. Cette propriété est distincte de la rugosité : un son peut être harmonique et rugueux, ou lisse et inharmonique.
Une limite de durée pour la périodicité. Un accord juste est périodique : sa forme d'onde se répète exactement à la période de sa fondamentale commune. Pour un accord de do3 (261,63 Hz), le majeur juste se répète toutes les 1 / 65,41 Hz ≈ 15,3 ms ; le mineur juste toutes les 1 / 26,16 Hz ≈ 38,2 ms. Or la hauteur mélodique s'arrête vers 30 Hz : sous cette cadence, on ne reconnaît plus une mélodie dont une note bouge d'un demi-ton. Le modèle d'autocorrélation qui reproduit ces mesures limite l'analyse aux intervalles de temps inférieurs à environ 33 ms. La période commune du majeur tombe dans cette fenêtre, celle du mineur en sort : on peut y lire une raison chiffrée, parmi d'autres, pour laquelle la « racine » du mineur est moins nette. Ce rapprochement est une hypothèse de ce dossier : Pressnitzer et ses collègues étudient des mélodies de notes, non des accords, et leur fenêtre de 33 ms est un paramètre de pondération du modèle, pas un seuil dur. En tempérament égal, aucun des deux n'est exactement périodique.
Du pouls à la hauteur. Pour des sons riches en énergie sous 800 Hz, la hauteur apparaît vers 30 répétitions par seconde. Si l'on ne garde que les composantes au-dessus de 3,2 kHz, il faut jusqu'à environ 270 répétitions par seconde pour qu'une mélodie soit reconnue. La frontière entre rythme et hauteur dépend donc du spectre des événements répétés.
Laquelle compte pour la préférence ? McDermott, Lehr et Oxenham (2010) ont mesuré chez plus de 250 auditeurs la préférence pour des accords, et séparément l'aversion pour les battements et la préférence pour les spectres harmoniques. Les deux existent, mais seule la seconde prédit, d'un individu à l'autre, la préférence pour les accords consonants ; elle augmente avec les années de pratique instrumentale. Chez les Tsimane' d'Amazonie bolivienne, peu exposés à la musique occidentale, McDermott et ses collègues (2016) trouvent une aversion pour la rugosité semblable à celle des Occidentaux, mais aucune préférence entre accords consonants et dissonants. Selon ces deux études, la rugosité est désagréable dans tous les groupes testés, tandis que le goût pour la consonance varie avec l'exposition musicale. Que ces mécanismes ne suffisent pas à prédire à eux seuls une émotion est une conclusion prudente de ce dossier, non un résultat testé par ces études.
Appuis
- « Roughness and fluctuation strength », documentation Ansys Sound (d'après Zwicker et Fastl) — définitions de l'asper (1 kHz, 60 dB, modulation 100 % à 70 Hz) et du vacil (4 Hz).
- D. Pressnitzer, R. D. Patterson, K. Krumbholz, « The lower limit of melodic pitch », J. Acoust. Soc. Am. 109, 2074–2084 (2001), PubMed — limite vers 30 Hz avec de l'énergie sous 800 Hz, jusqu'à 270 Hz au-dessus de 3,2 kHz ; fenêtre d'environ 33 ms. DOI 10.1121/1.1359797.
- J. H. McDermott, A. J. Lehr, A. J. Oxenham, « Individual differences reveal the basis of consonance », Current Biology 20, 1035–1041 (2010) — la préférence pour l'harmonicité, pas l'aversion pour les battements, prédit la préférence pour la consonance.
- J. H. McDermott, A. F. Schultz, E. A. Undurraga, R. A. Godoy, « Indifference to dissonance in native Amazonians reveals cultural variation in music perception », Nature 535, 547–550 (2016) — aversion pour la rugosité mais pas de préférence de consonance chez les Tsimane'.
Manips
- Triade majeure juste (4 : 5 : 6) puis tempérée : la juste est un seul son épais ; la tempérée bat (tierce à ~14 cents).
- Même accord joué avec un timbre de cloche (partiels inharmoniques) : la « consonance » s’effondre, puis revient si l’on déplace la tierce. Sethares en trente secondes.
- Tierce mineure à 110 Hz puis à 880 Hz : même rapport, deux rugosités.
- Un clic répété à 4, 8, 16, 32 Hz : rythme → rugosité → note. Dire à quel moment ça bascule.
- Demander « majeur ou mineur ? » sur des accords hors tonalité, puis sur les mêmes dans un contexte : la réponse change avec le contexte, pas avec la physique.
Un accord, c’est trois spectres qui négocient. La physique dit ce qui frotte ; l’oreille dit où est la racine ; la culture dit si c’est triste.
Provoxys
Bilan
Séparer vibration, perception et culture
- Deux fréquences proches superposées peuvent produire des battements.
- La rugosité dépend des composantes des sons et de leur registre, pas seulement du nom de l’accord.
- La racine musicale et l’émotion ne se déduisent pas d’un seul rapport de fréquences.
Question
Le même accord doit-il produire la même impression avec une flûte et une cloche ?
Voir la réponse
Pas nécessairement : le contenu en partiels change. Le contexte et l’apprentissage comptent aussi. Décrire une différence est utile ; ne pas en percevoir une n’invalide pas la personne.
Pour reprendre le fil
Le signal explique une partie du résultat. L’oreille et le cerveau apportent la suite.
Acte IV · L'oreille traite le signal
L’oreille fabrique le monde sonore
Le signal physique et l’expérience de l’auditeur ne sont pas identiques. L’oreille filtre, le cerveau organise, l’attention sélectionne. Une illusion auditive révèle ce traitement ; une réponse différente entre deux personnes n’est pas une faute.
Le microphone nous dira ce qui arrive à l’oreille. Il ne nous dira pas, à lui seul, ce que l’oreille entend. La hauteur, le volume, la direction et même certains sons absents sont construits par un système vivant.
Acte IV · chapitre 14
Psychoacoustique musicale — ce que l’oreille fabrique
L’onde arrive. Le percept n’est pas l’onde. Cette section est le pont obligatoire entre Helmholtz et le mixage contemporain.
Schéma · De la pression au percept
- Pressionune variation autour de la pression de l'air
- Oreille externe et moyennepavillon, conduit, tympan, osselets
- Cochléeune onde sur la membrane basilaire, chaque fréquence à sa place
- Bandes critiquesdes filtres qui se chevauchent
- Perceptshauteur · sonie · timbre · direction
Quatre mots à ne plus confondre : fréquence (Hz), hauteur (note, mel ; Bark et ERB servent surtout aux filtres auditifs), intensité (W/m²), sonie (sone).
Hauteur
- Son pur : hauteur ≈ fréquence, mais le mel n’est pas linéaire (Stevens, Volkmann, Newman 1937).
- Fondamentale manquante (Seebeck, Schouten, Licklider) : un complexe 200+400+600+800 Hz sans 200 Hz est quand même entendu « à 200 ». Une hauteur correspondant à la périodicité commune peut subsister ; le PGCD des fréquences est une image utile pour cet exemple harmonique, pas un algorithme universel du cerveau. Expérience live : utiliser un son synthétique riche en harmoniques et supprimer sa fondamentale ; supprimer un sinus pur ne laisserait que le silence.
- Ton de Shepard (1964) : octave qui monte toujours. Illusion de hauteur circulaire, analogue visuel de l’escalier de Penrose. Jean-Claude Risset en fait un glissando continu.
- Paradoxe du triton (Deutsch) : deux tons Shepard à un triton — certains entendent monter, d’autres descendre. Effet de langue / registre vocal statistique, pas de magie.
Sonie et masquage
- Courbes isosoniques Fletcher–Munson 1933, révisées Robinson–Dadson (1956), puis ISO 226 (2003, réédition 2023). Un 40 Hz à 70 dB SPL n’a pas la sonie d’un 1 kHz à 70 dB.
- Masquage fréquentiel : un son fort cache ses voisins dans la même bande critique (Bark, Zwicker ; ERB, Moore). C’est le principe du MP3 / AAC : on jette ce que l’oreille ne signalerait pas.
- Masquage temporel : pré-masquage court, post-masquage plus long.
Histoire & sources Mettre une sensation en nombres — de Fechner aux courbes ISO 226 ≈ 4 min
Le chapitre cite les courbes isosoniques et leurs révisions successives. Derrière ces dates, il y a une question de méthode qui a occupé la psychologie expérimentale pendant un siècle : comment mesurer une grandeur qui n'existe que pour celui qui l'éprouve ? Les réponses successives n'ont pas toutes tenu, et la référence actuelle résulte d'une correction.
Fechner et le logarithme (1860). Dans Elemente der Psychophysik, Gustav Theodor Fechner part d'une observation d'Ernst Heinrich Weber : la plus petite différence perceptible entre deux stimulus est à peu près proportionnelle au stimulus lui-même. En additionnant ces petites différences, Fechner obtient une sensation qui croît comme le logarithme du stimulus. C'est la première tentative de loi quantitative reliant le physique au perçu. Elle a durablement associé l'échelle logarithmique à la perception ; le décibel, pourtant, n'est qu'une manière d'écrire un rapport physique, pas une mesure de la sensation.
Comparer à une référence (1933). Aux laboratoires Bell, Harvey Fletcher et Wilden Munson ne demandent pas à l'auditeur de chiffrer sa sensation. Ils lui demandent seulement de juger si un son pur est plus fort ou moins fort qu'un son de référence à 1 kHz, et ajustent jusqu'à l'égalité. Le niveau d'isosonie d'un son est alors le niveau du son de 1 kHz jugé aussi fort ; on l'exprimera en phones. Ce procédé d'appariement évite de faire confiance aux nombres qu'un auditeur donnerait spontanément. Les courbes qui en sortent, publiées en 1933 dans le Journal of the Acoustical Society of America, montrent que la sensibilité chute fortement dans le grave, surtout à faible niveau.
Demander des rapports (1936). Stanley Smith Stevens veut davantage : une échelle où « deux fois plus fort » a un sens. Il propose en 1936 le sone, défini de sorte qu'un son de 1 kHz à 40 dB corresponde à 1 sone, et obtient des auditeurs des jugements de moitié ou de double. Il applique la même démarche à la hauteur avec John Volkmann et Edwin Newman : l'échelle des mels, en 1937. Vingt ans plus tard, avec la méthode d'estimation de grandeur, Stevens conclut que la sensation suit une loi de puissance du stimulus, et non un logarithme : pour la sonie, un exposant voisin de 0,3 en intensité (de 0,25 à 0,33 selon les travaux, plus élevé dans les graves). La relation entre phones et sones est calculée dans l'analyse mathématique du chapitre sur l'oreille.
Le champ libre (1956). Les mesures de Fletcher et Munson étaient faites au casque, puis ramenées au champ libre par calcul, ce qui pose le problème de l'étalonnage de la pression au tympan. D. W. Robinson et R. S. Dadson, au National Physical Laboratory britannique, refont les mesures en champ libre, avec l'auditeur face à un haut-parleur dans une salle anéchoïque. Leurs courbes deviennent la base de la première norme internationale, la recommandation ISO R 226 de 1961.
La correction (2003). À partir des années 1980, des mesures réalisées dans plusieurs laboratoires, notamment au Japon, en Allemagne et au Danemark, s'écartent nettement des courbes de Robinson et Dadson sous environ 1 kHz, surtout sous 500 Hz, où les écarts atteignent souvent environ 14 dB. Un projet international, coordonné par Yôiti Suzuki, rassemble ces données et aboutit à la norme ISO 226:2003, qui remplace les anciennes courbes. Une nouvelle édition, ISO 226:2023, a suivi ; elle diffère de celle de 2003 de 0,6 dB au plus. Les courbes restent des moyennes d'auditeurs jeunes (18 à 25 ans), otologiquement normaux, en écoute binaurale, en champ libre et incidence frontale.
Une conséquence durable. La pondération A des sonomètres a été construite à partir de l'allure d'une courbe isosonique ancienne à faible niveau. Elle est pourtant appliquée aujourd'hui à tous les niveaux, y compris très élevés, dans les réglementations sur le bruit. C'est une convention commode, pas une mesure de la sonie : à fort niveau, elle sous-estime le poids des basses fréquences, d'où l'usage de la pondération C pour les crêtes et les graves.
Appuis
- Fletcher H., Munson W. A. (1933), « Loudness, its definition, measurement and calculation », J. Acoust. Soc. Am. 5, 82–108 — méthode d'appariement et premières courbes isosoniques, doi:10.1121/1.1915637.
- Stevens S. S. (1936), « A scale for the measurement of a psychological magnitude: loudness », Psychological Review 43, 405–416 — définition du sone, doi:10.1037/h0058773.
- Robinson D. W., Dadson R. S. (1956), « A re-determination of the equal-loudness relations for pure tones », British Journal of Applied Physics 7, 166–181 — mesures en champ libre, doi:10.1088/0508-3443/7/5/302.
- Suzuki Y., Takeshima H. (2004), « Equal-loudness-level contours for pure tones », J. Acoust. Soc. Am. 116, 918–933 — données à l'origine d'ISO 226:2003 et écarts avec les courbes antérieures, doi:10.1121/1.1763601.
- Stevens S. S. (1955), « The measurement of loudness », J. Acoust. Soc. Am. 27, 815–829, doi:10.1121/1.1908048 — loi de puissance de la sonie, exposant voisin de 0,3.
- Suzuki Y., Takeshima H., Kurakata K. (2024), « Revision of ISO 226 from 2003 to 2023 edition », Acoust. Sci. & Tech. 45(1), doi:10.1250/ast.e23.66 — édition 2023, écarts de 0,6 dB au plus avec 2003.
Atelier S36 · Courbes isosoniques ★★★ · son · MIDI
Courbes isosoniques
Rien ne tourne avant ce clic : ni son, ni calcul.
Comment l'utiliserÀ faible niveau et sans chercher à compenser un grave inaudible par une forte augmentation de volume, comparer quelques fréquences à une référence à 1 kHz. Garder un plafond de gain et une commande d’arrêt.
Ce que ça montreDes égalisations subjectives en gain numérique relatif ; courbes ISO 226 montrées comme référence indépendante. Trois grandeurs restent distinctes : pression (dB SPL), niveau numérique (dBFS, affiché pour la référence) et sonie (phones). Sans étalonnage de la chaîne et du casque, l’écoute dans le navigateur ne réalise pas des courbes isosoniques mesurées : on ne mesure ni des phones ni une courbe personnelle absolue.
Sens de lectureUne différence de sensation combine l’audition et la réponse du casque. Lire le repère ISO pour comprendre le principe, pas pour diagnostiquer ni déduire une pression sonore réelle de la position d’un curseur.
Au clavier MIDI La touche fixe la fréquence du son test, ramenée par octaves entre 63 et 12 500 Hz, et lance l'alternance avec la référence de 1 kHz ; le pitch bend l'affine d'un demi-ton au plus. La molette de modulation règle le niveau du son test, que vous notez ensuite quand il vous paraît aussi fort que la référence. La vélocité n'agit pas : ici le niveau est la mesure, non une nuance de jeu.
Consonance, dissonance, rugosité
Helmholtz : deux partiels proches mais non fusionnés → battements rapides → rugosité. Plomp & Levelt (1965) : courbe de dissonance sensorielle en fonction de l’écart en bande critique, pas seulement du rapport rationnel. Conséquence : un intervalle « juste » peut être rugueux dans un registre très grave (partiels serrés) et lisse à l’aigu. Les organistes le savent depuis des siècles sans le nommer.
Espace, temps, parole
- Effet de précédence / Haas (~1949) : deux sources identiques, délai 1–30 ms → une seule source du côté du premier front. Base de la stéréo et des réflexions utiles en salle.
- Cocktail party (Cherry 1953) : on suit une voix dans le brouhaha. Binaural + attention + prédiction linguistique.
- McGurk (1976) : une lèvre « ga » + un son « ba » → percept « da ». L’oreille n’est pas seule.
- ITD / ILD : différences interaurales de temps et de niveau. Duplex theory de Lord Rayleigh, encore.
Où est le son ? — localisation spatiale (ITD, ILD, HRTF)
Deux oreilles, une tête entre les deux : le cerveau compare. Lord Rayleigh (1907, « duplex theory ») pose les deux indices ; tout l’audio spatial en descend.
- ITD (différence de temps interaurale) : l’onde arrive plus tôt à l’oreille la plus proche. Modèle de Woodworth (1938) pour une tête sphérique de rayon r et une source à l’azimut θ : Δ t ≈ r/c(θ+sinθ), soit au maximum ~0,65 ms pour r = 8,75 cm. L’oreille détecte ~10 µs de différence. Utile sous ~1,5 kHz : au-dessus, λ/2 devient plus petit que la tête et la phase est ambiguë.
- ILD (différence de niveau) : la tête fait de l’ombre aux aigus (diffraction, chapitre phénomènes) — jusqu’à 15–20 dB à 8 kHz, presque rien à 200 Hz. Un caisson filtré très bas se localise souvent difficilement, mais son placement modifie fortement les modes de la pièce ; les harmoniques, la distorsion ou un raccord trop haut peuvent aussi trahir sa position.
- Indices spectraux / HRTF : le pavillon, la tête et les épaules filtrent le son selon sa direction (fonction de transfert liée à la tête, head-related transfer function ; mesures Wightman & Kistler 1989, bases KEMAR/MIT 1994). Ce sont eux qui donnent le haut / bas et l’avant / arrière, là où ITD et ILD sont muets (le cône de confusion : toutes les positions à même ITD). Les mouvements de tête lèvent l’ambiguïté — d’où le suivi de tête des casques récents.
- Distance : niveau, rapport son direct / réverbéré, aigus mangés par l’air. Sans réverbération, certains indices de distance manquent ; une source extérieure en chambre anéchoïque n’est pas pour autant nécessairement entendue « dans la tête », sensation fréquente avec certains rendus au casque.
L'analyse mathématique Différence de temps entre les oreilles (ITD) 1 formule · ≈ 1 min
Se lit« delta t environ égal à r sur c, fois thêta plus sinus thêta »Δ majuscule se dit « delta » : une différence, ici entre les deux oreilles. θ se dit « thêta » et s'exprime en radians ; r est le rayon de la tête (environ 8,75 cm).
Ce qu’elle dit
Le son atteint l’oreille proche avant l’autre. r représente le rayon de la tête dans un modèle sphérique, θ la direction en radians, c la célérité et Δt le retard. Agrandir le trajet à parcourir augmente le retard ; le chiffre ne décrit pas à lui seul toute la localisation.
Les symboles. Survolez la formule ou un symbole.
- Δ t différence de temps d'arrivée entre les deux oreilles seconde (s) au plus ≈ 0,66 ms, source sur le côté
- r rayon de la tête, modèle sphérique mètre (m) ≈ 8,75 cm
- c célérité du son dans l'air mètre par seconde (m/s) ≈ 343 m/s à 20 °C
- θ direction de la source (azimut), comptée depuis l'avant radian (rad) 0 : droit devant ; π/2 : sur le côté
Applications à nommer justement : enregistrement binaural à tête artificielle (Neumann KU 100 ; l’ASMR en vit), rendu par HRTF dans les casques (« audio spatial »), Ambisonics (Gerzon, années 1970), Dolby Atmos (2012, objets sonores). Et le « 8D audio » des plateformes : un panoramique automatisé plus de la réverbération, qui promène la source autour de la tête en exploitant ITD et ILD — aucune « huitième dimension », c’est du Rayleigh 1907 avec un curseur. Blauert, Spatial Hearing, reste la somme.
L'analyse mathématique Le retard entre les oreilles, sa limite de phase, et la largeur des filtres auditifs 3 formules · ≈ 8 min
Le chapitre donne le modèle de Woodworth, Δ t ≈ (r/c)(θ+sinθ), et deux chiffres : environ 0,65 ms au maximum, et un indice de phase utile sous 1,5 kHz environ. On retrouve la formule par la géométrie, on en tire le plus petit angle discernable, on sépare deux limites souvent confondues, puis on calcule la largeur des filtres auditifs, qui fixe l'échelle du masquage.
D'où vient la formule. On modélise la tête par une sphère rigide de rayon r, les oreilles par deux points diamétralement opposés, et la source par une onde plane : elle est assez loin pour que les fronts d'onde soient plats à l'échelle de la tête. La source est dans le plan horizontal, à l'azimut θ compté depuis l'avant, entre 0 et π/2. Le front d'onde atteint l'oreille proche. Pour atteindre l'autre, il doit d'abord parcourir la distance rsinθ jusqu'au point où il devient tangent à la sphère, puis contourner la tête le long d'un arc de rayon r et d'angle θ.
Se lit« delta d égale r sinus thêta plus r thêta »Δd se dit « delta d » : une différence de longueur, pas une petite variation. θ (« thêta ») s'exprime ici en radians : dans le terme r thêta, c'est la longueur d'un arc.
Ce qu’elle dit
Le son qui gagne l'oreille éloignée parcourt d'abord un segment droit dans l'air, puis un arc qui épouse la surface de la tête. Les deux termes croissent avec l'azimut, et le supplément est maximal quand la source est en face d'une oreille. Diviser par la célérité donne le retard du chapitre. Le modèle suppose une tête sphérique, des oreilles diamétralement opposées et un son qui rampe le long de la surface, ce qui décrit bien les fréquences élevées.
Les symboles. Survolez la formule ou un symbole.
- Δ d supplément de trajet entre l'oreille proche et l'oreille éloignée mètre (m) ≈ 22,5 cm au maximum pour r = 8,75 cm
- r rayon de la sphère qui représente la tête mètre (m) 8,75 cm dans le modèle usuel
- θ azimut de la source, compté depuis l'avant radian (rad) π/2 quand la source fait face à une oreille
- sin fonction sinus sans unité
Calcul pas à pas. Avec r = 0,0875 m et c = 343 m/s, r/c vaut 255 µs. Pour une source en face de l'oreille, θ = π/2 ≈ 1,571 rad et sinθ = 1 : Δ t ≈ 255 × 2,571 ≈ 656 µs. À 30° (0,524 rad), 0,524 + 0,500 = 1,024 et Δ t ≈ 261 µs.
Le seuil d'angle. Près de l'avant, sinθ ≈ θ et Δ t ≈ 2rθ/c. Les meilleurs seuils mesurés sont d'environ 10 µs, en moyenne sur dix auditeurs (9 µs pour un bruit, 11 µs pour un son pur de 1 kHz). Avec 10 µs, le plus petit angle discernable vaut θ ≈ 10 µs × 343/(2 × 0,0875) ≈ 0,020 rad, soit environ 1,1°. C'est l'ordre de grandeur de l'angle minimal audible mesuré devant l'auditeur pour un son pur grave, environ 1°. Sur le côté, la même variation d'angle change beaucoup moins le retard : la dérivée de θ + sinθ vaut 1 + cosθ, soit 2 devant et 1 sur le côté. La localisation latérale est moins précise.
Ce que le modèle ne dit pas. Aux basses fréquences, le son ne « rampe » pas le long de la tête : il la contourne en diffraction. Pour une sphère rigide, le retard de phase devient alors plus grand, proche de 3(r/c)sinθ : une fois et demie la valeur de Woodworth devant l'auditeur, environ 765 µs au lieu de 656 sur le côté. Le modèle de Woodworth est la limite des hautes fréquences ; il s'appliquerait en principe aussi aux fronts d'onde et aux transitoires. Une vraie tête, enfin, n'est pas sphérique.
Se lit« delta phi égale deux pi f delta t »Δφ se dit « delta phi » : un écart de phase, en radians. f est la fréquence du son pur, Δt le retard entre les oreilles.
Ce qu’elle dit
Un même retard produit un déphasage d'autant plus grand que la fréquence est élevée. Dès que ce déphasage dépasse un demi-tour, on ne sait plus quelle oreille est en avance ; à un tour complet, la situation est identique à un retard nul. Cela vaut pour un son pur entretenu, qui n'a pas de début repérable.
Les symboles. Survolez la formule ou un symbole.
- Δvarphi déphasage entre les pressions aux deux oreilles radian (rad) π au seuil d'ambiguïté
- f fréquence du son pur hertz (Hz)
- Δ t retard entre les deux oreilles seconde (s) ≈ 656 µs au maximum dans le modèle de Woodworth
Deux limites distinctes. Pour une source latérale, Δvarphi atteint π, un demi-tour, quand f = 1/(2Δ t) = 1/(2 × 656 µs) ≈ 760 Hz : au-dessus, un retard à droite ne se distingue plus d'une avance à gauche. Δvarphi atteint 2π, un tour complet, vers 1,5 kHz, ce qui correspond à la règle du chapitre. Cette ambiguïté dépend de l'angle : à 30°, le demi-tour n'est atteint que vers 1,9 kHz. La seconde limite est physiologique : les fibres du nerf auditif cessent de suivre fidèlement la phase d'un son pur, et les mesures chez l'humain situent la perte de sensibilité à l'écart de phase vers 1,4 kHz. Au-dessus, un retard reste utilisable sur l'enveloppe d'un son complexe, pas sur sa structure fine.
La largeur des filtres auditifs. Le masquage se calcule avec une largeur de bande par fréquence. L'échelle ERB (bande rectangulaire équivalente) de Glasberg et Moore en donne une forme simple, ajustée sur des mesures de masquage par bruit à encoche chez des auditeurs jeunes à niveau modéré, pour des fréquences centrales de 0,1 à 10 kHz.
Se lit« B ERB égale vingt-quatre virgule sept, fois quatre virgule trente-sept F plus un »B ERB se lit lettre à lettre, « B E R B ». Formule à unités imposées : F en kilohertz, le résultat en hertz. L'écrire avec F en hertz donnerait une largeur mille fois trop grande.
Ce qu’elle dit
La largeur du filtre auditif croît avec la fréquence centrale : presque constante dans le grave, elle devient à peu près proportionnelle à la fréquence dans l'aigu, autour de 11 à 13 % au-delà de 1 kHz. Un son est surtout masqué par ce qui tombe dans cette bande. C'est une moyenne ajustée sur des auditeurs normo-entendants à niveau modéré ; les filtres s'élargissent à fort niveau et avec une perte auditive.
Les symboles. Survolez la formule ou un symbole.
- BERB largeur de la bande rectangulaire équivalente au filtre auditif hertz (Hz) ≈ 133 Hz à 1 kHz
- F fréquence centrale du filtre kilohertz (kHz) en kHz, et non en Hz
Exemples. À 100 Hz, F = 0,1 et BERB = 24,7 × 1,437 ≈ 35 Hz. À 1 kHz, 24,7 × 5,37 ≈ 133 Hz. À 4 kHz, 24,7 × 18,48 ≈ 456 Hz. Un sinus faible à 1 kHz est donc surtout masqué par l'énergie comprise dans une bande d'environ 130 Hz autour de lui ; le masquage déborde de cette bande, surtout vers l'aigu et à fort niveau.
Compter les bandes. En intégrant, Glasberg et Moore donnent le nombre d'ERB sous une fréquence : 21,4log10(4,37F + 1). Il vaut environ 15,6 à 1 kHz et environ 35 à 10 kHz, limite de la plage sur laquelle la formule a été ajustée ; en la prolongeant jusqu'à 20 kHz, on obtient environ 42. L'audition se découpe ainsi en une quarantaine de bandes de cette largeur, recouvrantes, ce dernier chiffre reposant sur une extrapolation. L'échelle Bark de Zwicker en compte 24, avec des bandes critiques plus larges dans le grave, environ 100 Hz sous 500 Hz. Les deux échelles viennent de méthodes de mesure différentes ; ce ne sont pas deux valeurs d'un même objet physique.
Appuis
- Kuhn G. F. (1977), « Model for the interaural time differences in the azimuthal plane », J. Acoust. Soc. Am. 62, 157–167, doi:10.1121/1.381498 — ITD d'une sphère rigide ; environ 3(a/c) sin θ aux basses fréquences, l'expression de Woodworth aux hautes fréquences.
- Klumpp R. G., Eady H. R. (1956), « Some measurements of interaural time difference thresholds », J. Acoust. Soc. Am. 28, 859–860, doi:10.1121/1.1908493 — seuils de 9 µs (bruit) et 11 µs (son pur de 1 kHz).
- Mills A. W. (1958), « On the minimum audible angle », J. Acoust. Soc. Am. 30, 237–246, doi:10.1121/1.1909553 — environ 1° devant l'auditeur pour les sons purs entre 250 et 1 000 Hz.
- Brughera A., Dunai L., Hartmann W. M. (2013), « Human interaural time difference thresholds for sine tones: The high-frequency limit », J. Acoust. Soc. Am. 133, 2839–2855, doi:10.1121/1.4795778 — seuils minimaux entre 700 et 1 000 Hz, ITD d'un son pur non mesurable juste au-dessus de 1 400 Hz.
- Glasberg B. R., Moore B. C. J. (1990), « Derivation of auditory filter shapes from notched-noise data », Hearing Research 47, 103–138, doi:10.1016/0378-5955(90)90170-T90170-T) — formule de l'ERB et du nombre d'ERB.
En profondeur Comparer deux oreilles — où se fait le calcul, et ce qui reste ambigu ≈ 5 min
Le chapitre dit que le cerveau compare les deux oreilles. On décrit ici où se fait cette comparaison, ce qui est établi, ce qui reste débattu, et pourquoi une tête réelle ne se réduit pas aux deux indices de la théorie duplex.
Un premier calcul très tôt. Les signaux des deux cochlées se rencontrent pour la première fois dans le tronc cérébral, dans le complexe olivaire supérieur, après un seul relais dans les noyaux cochléaires. Deux petits noyaux s'y partagent le travail. L'olive supérieure médiane reçoit une excitation des deux côtés ; ses neurones déchargent le plus quand les deux entrées arrivent en même temps : ils sont sensibles à la différence de temps, surtout pour les basses fréquences. L'olive supérieure latérale reçoit une excitation de l'oreille du même côté et une inhibition venue de l'oreille opposée, relayée par le noyau médian du corps trapézoïde : son activité dépend de la différence de niveau, surtout utile dans l'aigu. La théorie duplex a donc un correspondant anatomique, avec une séparation qui n'est pas stricte.
Le modèle de Jeffress, et sa discussion. En 1948, Lloyd Jeffress propose un schéma : des fibres de longueurs différentes retardent chaque signal, et une rangée de détecteurs de coïncidence transforme chaque retard en une position. Ce schéma a été confirmé dans le tronc cérébral de la chouette effraie. Chez les mammifères, la question reste ouverte. Des enregistrements dans le mésencéphale du cobaye ont montré que beaucoup de neurones répondent au maximum pour des retards situés hors de la plage que la tête peut produire ; la direction serait alors codée par la pente de leur réponse et par la comparaison des deux côtés du cerveau, plutôt que par une carte de retards. Une inhibition précise, dont le rôle a été mis en évidence chez la gerbille, contribue à régler ces neurones. Les deux lectures ne s'excluent pas entièrement, et le débat n'est pas clos.
Une précision de quelques microsecondes. Le seuil de retard détectable, environ 9 µs pour un bruit dans les meilleures conditions, est très inférieur à la durée d'un potentiel d'action, de l'ordre de la milliseconde. Cette précision repose sur la synchronisation des décharges avec la phase du son, sur des synapses très rapides et sur la mise en commun de nombreuses fibres. Elle se dégrade au-dessus de 1 kHz environ, quand les fibres suivent de moins en moins la phase.
Le temps dans l'aigu. Au-dessus de cette limite, le système auditif compare encore des instants : les débuts de son, les transitoires, les fluctuations d'enveloppe d'un son complexe. Un son complexe centré vers 4 kHz et modulé en amplitude se latéralise par le retard de son enveloppe ; un son pur continu de même fréquence, beaucoup moins. C'est ce que rappelle la note de l'atelier S39.
Le cône de confusion. Pour une tête sphérique, toutes les directions situées sur un cône d'axe interaural donnent le même retard et, en première approximation, la même différence de niveau. Devant et derrière, en haut et en bas, peuvent se confondre. Trois informations lèvent l'ambiguïté. Le pavillon, le torse et la tête filtrent le son différemment selon sa direction : ces indices spectraux se situent surtout dans l'aigu, parce que le pavillon mesure quelques centimètres, et demandent un son à large bande. Les mouvements de tête changent les indices dans un sens qui dépend de la position avant ou arrière : Hans Wallach l'a proposé en 1939 et l'a éprouvé en 1940 avec des expériences d'illusion sur un fauteuil tournant, et des mesures publiées en 1999 ont montré que les confusions avant-arrière disparaissent presque quand l'auditeur peut bouger la tête. La vue oriente aussi le jugement.
Pourquoi le casque trompe. Une fonction de transfert de tête mesurée sur une autre personne ou sur un mannequin ne reproduit pas les indices spectraux de l'auditeur. Les inversions avant-arrière et l'impression d'un son placé dans la tête augmentent alors. Le suivi de tête et la personnalisation des filtres réduisent ces erreurs sans les supprimer.
Précédence : une priorité, pas un effacement. Quand un son direct est suivi d'un reflet de quelques millisecondes, la direction perçue suit le premier front. Le reflet n'est pas éliminé : il modifie encore le timbre, la sonie et l'impression d'espace.
Appuis
- Jeffress L. A. (1948), « A place theory of sound localization », Journal of Comparative and Physiological Psychology 41, 35–39, doi:10.1037/h0061495 — lignes à retard et détecteurs de coïncidence.
- Carr C. E., Konishi M. (1990), « A circuit for detection of interaural time differences in the brain stem of the barn owl », Journal of Neuroscience 10, 3227–3246, doi:10.1523/JNEUROSCI.10-10-03227.1990 — lignes à retard chez la chouette effraie.
- McAlpine D., Jiang D., Palmer A. R. (2001), « A neural code for low-frequency sound localization in mammals », Nature Neuroscience 4, 396–401, doi:10.1038/86049 — meilleurs retards hors de la plage physiologique chez le cobaye, codage par deux canaux ; rôle d'une inhibition précise dans l'olive supérieure médiane de la gerbille : Brand A. et coll. (2002), Nature 417, 543–547, doi:10.1038/417543a.
- Wallach H. (1939), « On sound localization », J. Acoust. Soc. Am. 10, 270–274, doi:10.1121/1.1915985 — énoncé de l'hypothèse des mouvements de tête.
- Wallach H. (1940), « The role of head movements and vestibular and visual cues in sound localization », Journal of Experimental Psychology 27, 339–368, doi:10.1037/h0054629 — mouvements de tête et ambiguïté avant-arrière ; confirmation par Wightman F. L., Kistler D. J. (1999), J. Acoust. Soc. Am. 105, 2841–2853, doi:10.1121/1.426899.
- Henning G. B. (1974), « Detectability of interaural delay in high-frequency complex waveforms », J. Acoust. Soc. Am. 55, 84–90, doi:10.1121/1.1928135 — retard interaural détectable sur l'enveloppe de sons complexes aigus.
Expériences musicales de psychoacoustique à ouvrir
Battements d’accordeur — deux applis à 440 et 443. Compter. Vérifier |f1-f2|. Fondamentale absente — générateur d’harmoniques, couper f0, demander la note à un musicien. Shepard — jouer la boucle. Interdire l’explication avant le troisième cycle. Tierce tempérée vs juste — 400 cents contre 386. Sur un « ouh » tenu, la juste fusionne. Masquage — sinus faible puis bruit à bande étroite centré dessus. Le sinus disparaît. Haas — deux enceintes à distance égale, même extrait de parole, droite retardée de 10 ms : la localisation tend vers la gauche, qui arrive la première. Inverser le retard pour inverser la tendance. Le seuil de séparation en deux événements dépend du signal, du niveau et de l’auditeur ; commencer les essais avec des clics à quelques millisecondes. Étude sur fusion et dominance de localisation. ITD au casque — même clic aux deux oreilles, puis 0,3 ms de retard à droite : la source saute à gauche. Puis le même retard sur un 3 kHz pur : plus rien de net. Rayleigh en une minute. « 8D » — prendre une voix mono, la promener au panoramique avec un peu de réverbération : on reconnaît le « 8D » : ce n’est rien de plus.
Acte IV · chapitre 15
Entendre — de Helmholtz à la neuroacoustique
- Oreille externe (pavillon, conduit) → tympan → osselets (marteau, enclume, étrier : le plus petit os du corps) → fenêtre ovale → cochlée en limaçon, organe de Corti, cellules ciliées.
- Georg von Békésy : onde progressive sur la membrane basilaire, tonotopie (base = aigus, apex = graves). Nobel 1961.
- Cellules ciliées externes : amplificateur actif cochléaire, découvert plus tard (Kemp, otoémissions, 1978) — l’oreille n’est pas un micro passif, elle émet aussi.
- Harvey Fletcher & Wilden Munson (1933) : courbes isosoniques. Un 30 Hz doit être beaucoup plus intense qu’un 3 kHz pour paraître aussi fort. Cela explique les filtres « loudness » des chaînes hi-fi ; la loudness war relève aussi des pratiques de production et de la recherche d’un niveau moyen élevé.
- S. S. Stevens : sone (1936), unité de sonie perçue.
- Eberhard Zwicker : échelles Bark, bandes critiques.
- Implants cochléaires (travaux de House, Simmons, Chouard, Clark… premiers essais 1961–1978, commercialisation à partir des années 1980, FDA 1984–85) : le son redevient électricité dans le nerf.
Clé de physique L'oreille moyenne transforme, la cochlée amplifie ≈ 12 min
Histoire & sources De la harpe de Helmholtz à l'oreille qui émet — un siècle pour trouver l'amplificateur ≈ 4 min
Le chapitre cite Helmholtz, Békésy et Kemp en une ligne chacun. Leur succession raconte une erreur instructive : pendant près d'un siècle, les mesures ont été faites sur des oreilles mortes, et l'on a conclu à un organe passif. Le mécanisme actif que Kemp a révélé en 1978 avait été prédit trente ans plus tôt, puis écarté faute de preuve.
L'anatomie d'abord. En 1851, l'anatomiste italien Alfonso Corti décrit au microscope l'épithélium sensoriel posé sur la membrane basilaire, qui porte depuis son nom : l'organe de Corti, avec ses rangées de cellules ciliées.
Helmholtz et la résonance (1863). Dans Die Lehre von den Tonempfindungen (Théorie physiologique de la musique), Hermann von Helmholtz propose que l'oreille interne contienne une série de résonateurs accordés, à la manière des cordes d'une harpe : d'abord les arcs de Corti, puis, à partir de l'édition de 1870 et des mesures de Victor Hensen, les fibres de la membrane basilaire. Chaque région vibrerait pour une fréquence et exciterait les fibres nerveuses qui lui sont attachées. L'idée d'une analyse par position — une fréquence, un lieu — est juste et reste le fondement de la tonotopie. Le mécanisme proposé, des résonateurs indépendants, ne l'est pas.
Békésy et l'onde progressive. À partir de la fin des années 1920, Georg von Békésy observe au microscope, sur des cochlées prélevées après décès chez l'humain et l'animal, le mouvement de la membrane basilaire. Il ne voit pas des résonateurs isolés, mais une onde qui progresse de la base vers l'apex, grandit, culmine à un endroit qui dépend de la fréquence, puis s'éteint. Ce travail lui vaut le prix Nobel de physiologie ou médecine en 1961, « pour ses découvertes sur le mécanisme physique de la stimulation dans la cochlée ». Ses mesures montrent cependant un accord large : le pic d'excitation s'étend sur une grande portion de la membrane, bien plus que ne le laisse supposer la finesse de l'audition. L'écart est alors attribué à un affinement dans le système nerveux.
Gold, 1948 : une prédiction trop tôt. Thomas Gold, jeune physicien à Cambridge, calcule que les frottements visqueux dans les liquides cochléaires amortiraient trop fortement une membrane passive pour qu'elle soit sélective. Il en conclut que la cochlée doit réinjecter de l'énergie, comme un amplificateur à réaction, et qu'un tel système pourrait émettre du son. Ses tentatives pour le détecter échouent avec les moyens de l'époque, et l'idée reste en marge. Cette prédiction est souvent rapportée à l'article compagnon, cosigné avec R. J. Pumphrey.
Les mesures sur le vivant. En 1971, William Rhode mesure le mouvement de la membrane basilaire chez le singe écureuil vivant, par effet Mössbauer : la réponse est plus sélective que celle de Békésy, et non linéaire — elle ne croît pas proportionnellement au niveau. Elle se dégrade quand l'animal meurt. La différence entre l'oreille morte et l'oreille vivante devient un fait expérimental.
Kemp, 1978 : l'oreille qui répond. David Kemp, à Londres, place un petit microphone dans le conduit auditif, envoie un clic, et enregistre, quelques millisecondes plus tard, un son qui revient de l'oreille. Ce retard est trop long pour un simple reflet sur le tympan ; l'émission disparaît quand l'oreille est lésée. C'est la trace de l'amplificateur prédit par Gold. On découvre ensuite des émissions spontanées dans une partie des oreilles normales.
Le moteur. En 1985, William Brownell et ses collègues montrent que des cellules ciliées externes isolées changent de longueur quand on les stimule électriquement : c'est l'électromotilité. En 2000, l'équipe de Peter Dallos identifie la protéine responsable, la prestine.
De la découverte au dépistage. Parce qu'une oreille dont la cochlée fonctionne produit des otoémissions, leur enregistrement est devenu un test rapide, sans participation active du nouveau-né. En France, le dépistage de la surdité permanente néonatale est organisé à l'échelle nationale par un arrêté du 23 avril 2012, avec le consentement des parents ; les techniques, otoémissions ou potentiels évoqués auditifs automatisés, ont été fixées par un arrêté du 3 novembre 2014.
Ce que cette histoire enseigne. L'objet mesuré avait changé de nature par la mesure même : un organe mort n'a plus d'amplificateur. La conclusion « la cochlée est passive » n'était pas une erreur de calcul, mais une limite de la préparation expérimentale.
Appuis
- Nobel Prize — Georg von Békésy, Facts — prix 1961, motivation officielle.
- Gold T. (1948), « Hearing. II. The physical basis of the action of the cochlea », Proceedings of the Royal Society of London B 135, 492–498, doi:10.1098/rspb.1948.0025 — processus régénératif, prédiction d'émissions.
- Gold T., Pumphrey R. J. (1948), « Hearing. I. The cochlea as a frequency analyser », Proceedings of the Royal Society of London B 135, 462–491, doi:10.1098/rspb.1948.0024 — article compagnon.
- Ruben R. J. (2020), « The developing concept of tonotopic organization of the inner ear », JARO 21, 1–20, doi:10.1007/s10162-019-00741-3 — résonateurs de Helmholtz : arcs de Corti (1re édition), membrane basilaire (3e).
- Arrêtés du 23 avril 2012 et du 3 novembre 2014 — dépistage néonatal de la surdité permanente.
- Rhode W. S. (1971), « Observations of the vibration of the basilar membrane in squirrel monkeys using the Mössbauer technique », J. Acoust. Soc. Am. 49, 1218–1231 — réponse non linéaire et sélective chez l'animal vivant.
- Kemp D. T. (1978), « Stimulated acoustic emissions from within the human auditory system », J. Acoust. Soc. Am. 64, 1386–1391 — découverte des otoémissions provoquées.
- Zheng J. et coll. (2000), « Prestin is the motor protein of cochlear outer hair cells », Nature 405, 149–155 — identification de la prestine.
Pathologies à citer sans les banaliser : presbyacousie, traumatisme sonore (seuils réglementaires 80–85 dB(A) sur 8 h selon les codes du travail), acouphènes, hyperacousie. Le bruit n’est pas un confort, c’est un facteur de risque cardiovasculaire documenté par l’OMS.
En profondeur Ce que le bruit abîme, et ce que la règle d'égale énergie ne voit pas ≈ 5 min
Le chapitre nomme le traumatisme sonore et donne la règle de dose. On décrit ici ce qui se passe dans la cochlée lors d'une exposition excessive, pourquoi un audiogramme normal ne prouve pas une oreille intacte, et quand le modèle d'égale énergie décrit mal le risque. Ce bloc explique un mécanisme ; il ne remplace ni un avis médical ni une évaluation d'exposition.
Deux issues d'une même exposition. Après un son intense, le seuil d'audition remonte. S'il redescend en quelques heures ou quelques jours, on parle de déplacement temporaire du seuil ; s'il ne redescend pas, de déplacement permanent. Les cellules ciliées externes, qui assurent l'amplification active décrite dans la clé sur l'oreille moyenne et la cochlée, sont en général les plus vulnérables ; les cellules ciliées internes et les fibres nerveuses peuvent aussi être atteintes. Chez les mammifères, les cellules ciliées détruites ne se régénèrent pas : la perte qui en résulte est définitive.
Une encoche dans l'aigu. La perte due au bruit apparaît d'abord, sur l'audiogramme, sous la forme d'une encoche entre 3 et 6 kHz, souvent la plus marquée vers 4 kHz, avec une remontée à 8 kHz. Cette région porte des indices importants de la parole, notamment des consonnes. Plusieurs explications de cette localisation ont été proposées, dont la résonance du conduit auditif vers 3 kHz, qui renforce ces fréquences au tympan. La remontée à 8 kHz distingue en général cette perte de la presbyacousie, qui s'aggrave régulièrement vers l'aigu ; les deux s'additionnent souvent.
Un seuil revenu n'est pas une oreille intacte. En 2009, Sharon Kujawa et Charles Liberman ont exposé des souris à un bruit qui ne provoquait qu'un déplacement temporaire du seuil. Deux semaines plus tard, les seuils étaient revenus à la normale, mais jusqu'à environ la moitié des synapses entre cellules ciliées internes et fibres du nerf auditif avaient disparu, dans la région des aigus de la cochlée. Cette « synaptopathie » ne se voit pas sur un audiogramme classique, qui mesure la détection de sons purs faibles. Chez l'humain, l'existence d'une perte de ce type, parfois appelée « perte auditive cachée », et ses conséquences pour la compréhension dans le bruit restent débattues : les études donnent des résultats contradictoires (voir la revue de Bramhall et coll., 2019), et les mesures directes ne sont possibles qu'après décès. On peut dire que le modèle animal justifie la prudence ; on ne peut pas dire que le phénomène est établi chez l'humain avec la même ampleur.
Le réflexe stapédien protège peu. Un son fort déclenche la contraction du muscle de l'étrier, qui raidit la chaîne des osselets et réduit la transmission, surtout dans le grave. Ce réflexe apparaît au-delà d'environ 70 à 100 dB SPL, avec une latence de 25 à 150 ms (la plus courte à fort niveau), et il se fatigue en quelques minutes d'exposition. Il atténue d'environ 10 dB dans les graves, peu dans les aigus où se situe l'encoche, et il n'a pas le temps d'agir sur une détonation ou un claquement isolé.
Les limites de l'égale énergie. La règle des 3 dB suppose que seule compte l'énergie. Plusieurs situations s'en écartent :
- les bruits impulsionnels : tir, marteau, choc métallique. À énergie égale, un bruit riche en impulsions semble plus dangereux qu'un bruit continu ; certaines études proposent de corriger le niveau par un indice statistique d'impulsivité, le kurtosis, qui reste une piste de recherche et n'entre pas dans la réglementation. D'où, en partie, les valeurs de crête séparées, en dB(C), du Code du travail, qui bornent les pics indépendamment de l'énergie moyenne ;
- l'intermittence : des pauses calmes permettent une récupération partielle, que la moyenne énergétique ne représente pas ;
- la sensibilité individuelle : à exposition égale, les pertes varient beaucoup d'une personne à l'autre ;
- les co-expositions : certains solvants industriels et certains médicaments sont ototoxiques et peuvent aggraver l'effet du bruit.
Acouphènes et hyperacousie. Un acouphène est la perception d'un son sans source extérieure. Il accompagne souvent une atteinte auditive, mais peut exister avec un audiogramme normal. L'hyperacousie est une intolérance à des sons d'intensité ordinaire. Ni l'un ni l'autre ne se mesure directement avec un sonomètre : ce sont des perceptions, décrites et évaluées par des questionnaires et des tests cliniques.
Ce qu'on peut en retenir. Les seuils réglementaires encadrent un risque moyen dans une population. Ils ne garantissent pas l'absence d'effet pour une personne et ne disent rien de l'état des synapses. La prévention consiste à réduire le niveau à la source, à limiter la durée, et à porter des protecteurs adaptés quand le reste ne suffit pas. Le Code du travail fixe des valeurs d'exposition de 80 et 85 dB(A) et de 135 et 137 dB(C) en crête, et des limites de 87 dB(A) et de 140 dB(C) qui s'apprécient protecteurs compris (l'atténuation des protecteurs relève de l'article R4431-3).
Appuis
- Kujawa S. G., Liberman M. C. (2009), « Adding insult to injury: cochlear nerve degeneration after “temporary” noise-induced hearing loss », Journal of Neuroscience 29, 14077–14085, doi:10.1523/JNEUROSCI.2845-09.2009 — perte allant jusqu'à environ la moitié des synapses dans la zone des aigus malgré un retour des seuils, chez la souris (bruit de 8 à 16 kHz, 100 dB SPL, 2 h).
- Bramhall N. F. et coll. (2019), Hearing Research, doi:10.1016/j.heares.2019.02.016 — revue des études de la synaptopathie chez l'humain, résultats contradictoires.
- Hamernik R. P. et coll. (2003), J. Acoust. Soc. Am., doi:10.1121/1.1582446 ; Davis R. R. et coll. (2009), Ear and Hearing, doi:10.1097/AUD.0b013e3181b527a8 — kurtosis et bruits impulsionnels.
- Coles R. R. A., Lutman M. E., Buffin J. T. (2000), Clin. Otolaryngol. 25, 264–273, doi:10.1046/j.1365-2273.2000.00368.x — encoche audiométrique du traumatisme sonore.
- Code du travail, article R4431-1 — crête en pondération C ; article R4431-3 — protecteurs.
- NIOSH (1998), Criteria for a Recommended Standard: Occupational Noise Exposure — perte auditive induite par le bruit, encoche audiométrique, bruits impulsionnels.
Sécurité auditive — la dose, pas le mur
Le risque dépend du niveau et de la durée d’exposition. Dans le cadre du travail en France, l’article R4431-2 du Code du travail fixe des valeurs d’action à 80 et 85 dB(A) sur huit heures et une valeur limite à 87 dB(A), ainsi que des valeurs de crête à 135, 137 et 140 dB(C). Ce sont des seuils réglementaires professionnels, pas une promesse d’innocuité. Dans le modèle de dose ci-dessous, chaque hausse de 3 dB divise par deux le temps correspondant à une même dose. Pour l’écoute personnelle, l’OMS donne un autre repère : 80 dB(A) pendant 40 heures par semaine pour un adulte.
L'analyse mathématique Durée d'exposition admissible et dose 1 formule · ≈ 1 min
Se lit« T admissible égale huit heures fois deux puissance quatre-vingt-cinq moins L A, le tout sur trois ; D égale cent pour cent fois la somme sur i de C i sur T i »« Le tout sur trois » porte sur tout l'exposant : chaque +3 dB divise la durée par deux. Ci est le temps passé au niveau i, Ti le temps admissible à ce niveau ; D au-delà de 100 % signifie une dose dépassée.
Ce qu’elle dit
On additionne des fractions de dose : une exposition qui utilise la moitié du temps de référence apporte 50 % de cette dose. Dans ce modèle, +3 dB divise le temps de référence par deux. Le mot « admissible » dans la notation n’est pas une garantie individuelle d’absence de risque.
Les symboles. Survolez la formule ou un symbole.
- Tadm durée d'exposition qui donne la dose de référence au niveau LA heure (h) 91 dB(A) : 2 h ; 100 dB(A) : 15 min ; pas une garantie d'innocuité
- LA niveau d'exposition sonore pondéré A décibel A (dB(A)) 85 dB(A) : 8 h
- D dose de bruit reçue, en pourcentage de la dose de référence pourcent (%) au-delà de 100 % : dose dépassée
- Ci temps passé au niveau numéro i heure (h)
- Ti durée admissible à ce même niveau heure (h)
- sumi somme sur toutes les périodes d'exposition, numérotées i sans unité
| Niveau dB(A) | Durée pour la même dose dans le modèle 85 dB(A) / 8 h |
|---|---|
| 85 | 8 h |
| 91 | 2 h |
| 94 | 1 h |
| 100 | 15 min |
| 103 | 7,5 min |
| 110 | environ 1,5 min |
L'analyse mathématique Dose et sonie — deux lectures d'un même décibel 2 formules · ≈ 6 min
Le chapitre donne la règle des 3 dB sous forme de durées admissibles et de fractions de dose. On la retrouve ici à partir d'un seul principe, l'égale énergie, on l'applique à une journée de travail, puis on la compare à l'échelle de la sensation. Les deux échelles partent du même niveau en décibels, mais n'évoluent pas au même rythme : c'est la raison pour laquelle l'oreille est un mauvais juge de sa propre exposition.
Le principe d'égale énergie. Le modèle réglementaire suppose que le risque dépend de l'énergie acoustique reçue, pondérée A, quelle que soit sa répartition dans la journée. On ramène donc toute exposition à un niveau constant qui, pendant 8 heures, apporterait la même énergie.
Se lit« L E X huit heures égale L A eq T e plus dix log base dix de T e sur T zéro ; D égale cent pour cent fois dix puissance L E X huit heures moins quatre-vingt-cinq, le tout sur dix »L EX,8h se lit « L E X huit heures ». L Aeq,Te se lit « L A eq T e » : niveau équivalent pondéré A mesuré pendant la durée d'exposition T e ; T zéro vaut 8 heures. log₁₀ se dit « log base dix ». Dans la seconde formule, « le tout sur dix » porte sur la différence entière, pas sur 85 seul.
Ce qu’elle dit
La première relation ramène une exposition de durée quelconque à la journée de 8 heures qui contiendrait la même énergie : deux fois moins de temps compte pour 3 dB de moins. La seconde exprime cette exposition en pourcentage de la dose de référence, 85 dB(A) pendant 8 heures. Chaque hausse de 10 dB multiplie la dose par 10. Le modèle ignore la répartition des pauses et la nature impulsionnelle du bruit.
Les symboles. Survolez la formule ou un symbole.
- LEX,8h niveau d'exposition quotidienne ramené à une journée de 8 heures décibel pondéré A (dB(A)) valeur d'action supérieure : 85 dB(A)
- LAeq,Te niveau de pression acoustique continu équivalent pondéré A pendant la durée d'exposition décibel pondéré A (dB(A))
- Te durée d'exposition effective dans la journée heure (h)
- T0 durée de référence heure (h) 8 h
- log10 logarithme décimal sans unité
- D dose de bruit rapportée à la référence 85 dB(A) sur 8 h pour cent (%) 100 % à 85 dB(A) sur 8 h
D'où sort le « 3 dB ». Diviser la durée par deux fait varier le second terme de 10log10(1/2) ≈ -3,01 dB. La table du chapitre arrondit cette valeur à 3 : la formule Tadm = 8 h × 2^(85-LA)/3 en est l'écriture en durées. On passe d'une forme à l'autre par 10^x/10 = 2^x/(10log102) = 2^x/3,01. L'écart entre 3 et 3,01 change la dose d'environ 0,2 % par palier de 3 dB ; il s'accumule, jusqu'à environ 1 % à 100 dB(A).
Une journée type. Six heures à 80 dB(A) dans un atelier, une heure à 94 dB(A) près d'une meuleuse, une heure à 70 dB(A) en pause. On additionne les énergies relatives, sum Ci 10^Li/10 avec Ci en heures :
| Poste | Durée | 10^L/10 | Contribution (durée × 10^L/10) | Part de la dose |
|---|---|---|---|---|
| 80 dB(A) | 6 h | 1,00 × 10⁸ | 6,0 × 10⁸ | ≈ 19 % |
| 94 dB(A) | 1 h | 2,51 × 10⁹ | 2,51 × 10⁹ | ≈ 80 % |
| 70 dB(A) | 1 h | 1,00 × 10⁷ | 1,0 × 10⁷ | ≈ 0,3 % |
| Total | 8 h | 3,12 × 10⁹ |
Le niveau équivalent sur la journée vaut 10log10(3,12×10^9/8) ≈ 85,9 dB(A). La dose vaut 100 % × 10^0,09 ≈ 123 %. L'heure à 94 dB(A) pèse à elle seule environ quatre fois plus que les six heures à 80 dB(A). Dans ce modèle, réduire cette heure de moitié fait plus que supprimer les six heures d'atelier.
Un autre choix de convention. La règle des 3 dB n'est pas la seule. La réglementation fédérale américaine du travail (OSHA) applique une limite de 90 dB(A) sur 8 heures et un taux d'échange de 5 dB : 100 dB(A) y sont admis 2 heures, contre 15 minutes dans le modèle 85 dB(A) / 3 dB. L'institut américain de santé au travail (NIOSH) recommande, lui, 85 dB(A) et 3 dB. Le choix d'un taux d'échange est une décision de santé publique appuyée sur des données épidémiologiques, pas une loi physique.
La sensation suit une autre échelle. Pour un son de 1 kHz, la sonie en sones se déduit du niveau d'isosonie en phones.
Se lit« N égale deux puissance L N moins quarante, le tout sur dix »N est la sonie, en sones. L N (« L N ») est le niveau d'isosonie, en phones : pour un son de 1 kHz, il est égal à son niveau en dB SPL.
Ce qu’elle dit
Une hausse de 10 phones double la sonie perçue en moyenne, alors qu'elle multiplie l'intensité par dix. La sensation croît donc à peu près comme l'intensité à la puissance 0,3. La relation est une moyenne sur des auditeurs normo-entendants, valable au-dessus d'environ 40 phones ; plus bas, la sonie décroît plus vite.
Les symboles. Survolez la formule ou un symbole.
- N sonie perçue sone 1 sone pour un son de 1 kHz à 40 dB SPL
- LN niveau d'isosonie phone égal au niveau en dB SPL pour un son de 1 kHz
Comparer les deux échelles. De 85 à 95 dB(A), la dose par heure est multipliée par 10 ; la sonie est seulement multipliée par 2^10/10 = 2 (avec un exposant de 0,3 ; la fourchette des travaux va de 0,25 à 0,33). De 85 à 88 dB(A), la dose double, la sonie augmente de 2^0,3 ≈ 1,23, soit 23 %, un accroissement audible en comparaison directe (le seuil différentiel d'intensité est de l'ordre de 0,5 à 1 dB) mais modeste au regard du doublement de la dose. L'oreille sous-estime ainsi ce qu'elle reçoit : la sensation croît bien moins vite que l'énergie. C'est pourquoi les repères sont exprimés en durée et en niveau mesuré, pas en impression de volume. Le calcul de la sonie d'un son complexe demande par ailleurs un modèle par bandes critiques ; la formule ci-dessus ne s'applique qu'au son pur de référence.
Appuis
- Code du travail, article R4431-1 — définition du niveau d'exposition quotidienne au bruit, rapporté à une journée de 8 heures (la formule de calcul relève de la norme ISO 9612 et de la brochure INRS ED 6035).
- NIOSH (1998), Criteria for a Recommended Standard: Occupational Noise Exposure, publication 98-126 — limite recommandée de 85 dB(A) sur 8 h, taux d'échange de 3 dB, comparaison avec la règle des 5 dB.
- OSHA, 29 CFR 1910.95 — limite de 90 dB(A), taux d'échange de 5 dB, 2 heures à 100 dB(A).
- Stevens S. S. (1957), « On the psychophysical law », Psychological Review 64, 153–181, doi:10.1037/h0046162 — loi de puissance de la sonie, exposant voisin de 0,3 en intensité.
- Stevens S. S. (1955), « The measurement of loudness », J. Acoust. Soc. Am. 27, 815–829, doi:10.1121/1.1908048 — exposant de 0,3 pour un ton de 1 kHz ; fourchette de 0,25 à 0,33 selon les travaux.
- Jesteadt W., Wier C. C., Green D. M. (1977), J. Acoust. Soc. Am. 61, 169–177, doi:10.1121/1.381278 — seuil différentiel d'intensité, de l'ordre de 0,5 à 1 dB.
- Concerts et festivals (France, décret 2017-1244) : 102 dB(A) sur 15 minutes glissantes, 118 dB(C) pour les graves ; bouchons à disposition, zones de repos. Les bouchons « musicien » filtrés (−15 à −20 dB, réponse plate) gardent la musique intelligible ; les bouchons mousse (SNR 25–35 dB) coupent surtout les aigus.
- Casque : le pourcentage affiché par un téléphone ne mesure pas la pression sonore à l’oreille. Baisser le niveau, limiter la durée et utiliser, si besoin, la réduction de bruit pour ne pas monter le volume dans un lieu bruyant. Un micro de navigateur non étalonné ne donne pas de diagnostic d’exposition.
- Signaux d’alerte : acouphène, sensation d’oreille « cotonneuse » ou baisse d’audition après un son intense justifient d’arrêter l’exposition et de demander conseil. Une perte brutale de l’audition nécessite un avis médical urgent ; ne pas attendre un délai arbitraire.
- Environnement (OMS, Environmental Noise Guidelines 2018) : trafic routier au-delà de 53 dB Lden et 45 dB Lnight la nuit = effets sanitaires documentés (sommeil, cardiovasculaire). Le 53 dB est fixé sur la gêne forte (10 % de la population), le 45 dB de nuit sur le sommeil ; le risque cardiaque, documenté, monte d’environ 8 % par tranche de 10 dB au-delà.
- Pour les ateliers de ce dossier : jamais de sinus pur fort au casque ; battements, Shepard et tests de limite d’audition à niveau modéré ; le bouton « Couper le son » de la barre du haut arrête tout.
Le corps n’est pas qu’un récepteur. Chapitre suivant : il est aussi une source, une salle, un émetteur d’échos.
Atelier S43 · L’oreille de bout en bout, puis la cochlée ★★ · son · MIDI
L’oreille de bout en bout, puis la cochlée
Rien ne tourne avant ce clic : ni son, ni calcul.
Comment l'utiliserSurvoler chaque organe de la coupe pour lire son rôle et son gain, puis cliquer « dérouler la cochlée » ; envoyer un sinus, regarder où l’onde culmine sur la membrane basilaire ; monter la fréquence ; couper l’amplificateur actif.
Ce que ça montreLa chaîne complète pavillon → tympan → osselets → cochlée → nerf. L’oreille moyenne transforme la relation entre pression et débit de vibration et facilite le transfert vers la cochlée : dans le modèle idéal (surfaces tympan / platine et levier), la pression est multipliée par ≈ 22 et le débit de vibration divisé d’autant, sans création de puissance ; mesuré, ce gain est plus faible et dépend de la fréquence. Puis l’onde progressive de Békésy, la tonotopie base → apex, la sélectivité avec et sans cellules ciliées externes (Kemp 1978), amplification active distincte de la transformation passive.
Sens de lectureLire la coupe de gauche à droite comme un trajet, en nommant la grandeur de chaque gain (pression, déplacement). Puis, sur la cochlée déroulée, voir le maximum se déplacer vers la base quand f monte : la cochlée sépare dans l’espace certaines contributions fréquentielles, ce qui évoque une analyse spectrale ; elle reste un système vivant, actif, dépendant du niveau et du temps, pas une FFT. Sans l’ampli actif, le pic s’aplatit : l’oreille n’est pas un micro passif.
Au clavier MIDI Une touche envoie ce sinus dans la cochlée déroulée : l'atelier passe à l'écran de la cochlée et le maximum de l'onde se déplace, en millimètres depuis la base, selon la carte de Greenwood. La fréquence est ramenée par octaves dans la plage du curseur ; la vélocité règle le niveau simulé du modèle (20 à 90 dB SPL) sans rendre le son plus fort, et le pitch bend affine la fréquence. Relâcher la touche coupe le son.
Pause
de l’oreille à la voix
Jusqu’ici, nous suivions ce qui est reçu et perçu. Nous allons maintenant suivre ce qui est produit. Peut-on garder la même note et changer de voyelle ? Pour répondre, on suit séparément la source glottique et le filtre du conduit vocal.
Acte IV · chapitre 16
Bioacoustique humaine — le corps comme instrument et milieu
La bioacoustique n’est pas réservée aux chauves-souris. L’humain produit, filtre, entend, et parfois écholocalise. Fil : source-filtre (Fant) pour la voix, Laennec pour les bruits internes, Kemp pour l’oreille qui émet, clickers aveugles pour un sonar pauvre mais réel.
Voix — deux étages, pas un tuyau magique
Source : larynx. Les plis vocaux oscillent sous l’effet du flux d’air pulmonaire et des forces élastiques des tissus : mécanisme myoélastique et aérodynamique, sans frottement d’un archet. Explication du NIDCD. f0 homme adulte typique ~90–155 Hz, femme ~165–255 Hz, enfant plus haut — distributions, pas des murs. Registres : modal, fry, falsetto. Pression sous-glottique, tension, masse adduite.
Filtre : conduit pharyngo-bucco-nasal. Résonances = formants F1, F2, F3… Un [a] et un [i] chantés sur la même note ont le même f0 et des F1/F2 différents. Théorie source-filtre de Gunnar Fant. Les chanteurs d’opéra ajoutent un « formant du chanteur » ~2,5–3 kHz pour passer l’orchestre — pile la sensibilité max de l’oreille (Fletcher–Munson).
L'analyse mathématique Un tube d'environ 17 cm et une corde de 16 mm — ordres de grandeur de la voix 2 formules · ≈ 6 min
Le chapitre sépare la source, les plis vocaux, et le filtre, le conduit vocal. Deux modèles très simples donnent les ordres de grandeur de chacun : un tube fermé-ouvert pour les formants, une corde tendue pour la fréquence fondamentale. On les calcule, puis on dit où ils cessent de valoir.
Le conduit vocal comme tube. Pour une voyelle neutre, la voyelle centrale que l'on entend dans « le » prononcé sans appui, le conduit vocal a une section à peu près constante. On le modélise par un tube droit de longueur L, fermé du côté de la glotte, où les plis vocaux presque clos imposent une vitesse d'air nulle en moyenne, et ouvert aux lèvres, où la pression acoustique est presque nulle. Les résonances sont celles d'un tuyau fermé à un bout, vues au chapitre de mathématiques : un quart de longueur d'onde, puis trois quarts, cinq quarts.
Se lit« F n égale deux n moins un, fois c, le tout sur quatre L »F n se lit « F n » : le formant de rang n, en hertz. « Le tout sur quatre L » : c'est tout le produit (2n − 1) c qui est divisé par 4 L. Ici c est la célérité dans l'air chaud et humide du conduit, pas celle de l'air de la pièce.
Ce qu’elle dit
Les résonances d'un tube fermé à un bout et ouvert à l'autre ne contiennent que les multiples impairs d'une fréquence de base, celle pour laquelle la longueur du tube vaut un quart de longueur d'onde. Plus le conduit est long, plus tous les formants sont bas, dans la même proportion. Le modèle suppose une section constante, des parois rigides et une onde plane ; il ne vaut que pour une voyelle proche de la voyelle neutre.
Les symboles. Survolez la formule ou un symbole.
- Fn fréquence du formant de rang n hertz (Hz) ≈ 500, 1 500, 2 500 Hz pour L = 17,5 cm
- n rang du formant sans unité 1, 2, 3…
- c célérité du son dans l'air du conduit vocal mètre par seconde (m/s) ≈ 350 m/s vers 35 °C, air humide
- L longueur du conduit vocal, de la glotte aux lèvres mètre (m) 15,5 à 17 cm chez l'homme adulte (IRM), 14 à 15 cm chez la femme ; 17,5 cm dans le calcul
Calcul. Dans l'air à 35 °C, c ≈ 331,3 + 0,606 × 35 ≈ 352 m/s ; on retient 350 m/s. Avec L = 0,175 m, valeur de modèle un peu supérieure aux longueurs mesurées par IRM chez l'homme (15,5 à 17 cm), c/4L = 350/0,70 = 500 Hz : F1 ≈ 500 Hz, F2 ≈ 1 500 Hz, F3 ≈ 2 500 Hz. Ce sont les valeurs classiques de la voyelle neutre d'un homme adulte. Avec L = 14,5 cm, longueur typique d'un conduit féminin (14 à 15 cm), 350/0,58 ≈ 603 Hz : tous les formants montent d'environ 20 %. C'est l'une des raisons pour lesquelles une même voyelle n'a pas les mêmes formants chez un homme, une femme et un enfant, et pour lesquelles la voyelle se reconnaît au rapport entre formants plus qu'à leurs valeurs absolues.
Limites du tube. Le rayonnement aux lèvres allonge un peu la longueur acoustique, comme la correction d'extrémité d'un tuyau ; le calcul l'ignore. Les autres voyelles demandent un tube à section variable : pour [i], la langue rétrécit l'avant du conduit, F1 descend vers 300 Hz et F2 monte au-delà de 2 kHz ; pour [a], le rétrécissement est à l'arrière, F1 monte vers 700 Hz et F2 se rapproche de F1. L'hypothèse d'onde plane tient tant que la longueur d'onde reste grande devant le diamètre du conduit, quelques centimètres : jusqu'à environ 4 kHz, parfois moins pour une grande cavité avant, ce qui couvre les premiers formants.
Les plis vocaux comme corde. Le modèle le plus simple de la source traite la partie vibrante du pli vocal, sa longueur membraneuse, comme une corde tendue de longueur Lv, fixée aux deux bouts.
Se lit« f zéro égale un sur deux L v, fois racine de sigma sur rhô »f₀ se dit « f zéro ». σ (« sigma ») est une contrainte, c'est-à-dire une force par unité de surface, en pascals ; ce n'est pas un écart type. ρ (« rhô ») est la masse volumique du tissu.
Ce qu’elle dit
La fréquence fondamentale augmente avec la contrainte de traction du tissu et diminue avec sa longueur vibrante et sa masse volumique. La racine carrée fait qu'il faut quadrupler la contrainte pour doubler la fréquence. Le modèle ignore l'épaisseur des plis, leur contact à chaque cycle et le rôle de la pression d'air ; il donne un ordre de grandeur, pas une prédiction.
Les symboles. Survolez la formule ou un symbole.
- f0 fréquence fondamentale de la vibration des plis vocaux hertz (Hz) ≈ 90 à 155 Hz chez l'homme adulte
- Lv longueur vibrante du pli vocal mètre (m) longueur membraneuse vibrante, ≈ 1,6 cm chez l'homme et ≈ 1,0 cm chez la femme (le pli entier mesure 17 à 25 mm chez l'homme, 12,5 à 17,5 mm chez la femme)
- σ contrainte de traction dans le tissu vibrant pascal (Pa) ≈ 9 à 27 kPa en voix parlée
- ρ masse volumique du tissu kilogramme par mètre cube (kg/m³) ≈ 1 040 kg/m³
Calcul. On retourne la formule pour estimer la contrainte : σ = ρ (2Lvf0)^2. Pour un homme, Lv = 0,016 m et f0 = 120 Hz : 2Lvf0 = 3,84 m/s et σ ≈ 1 040 × 14,7 ≈ 15 kPa. Pour une femme, Lv = 0,010 m et f0 = 210 Hz : 2Lvf0 = 4,2 m/s et σ ≈ 18 kPa. Les contraintes sont voisines : dans ce modèle, l'écart de hauteur entre voix d'hommes et de femmes vient surtout de la longueur des plis, pas d'une tension très différente.
Un paradoxe utile. Pour monter dans l'aigu, le muscle cricothyroïdien allonge les plis. D'après la formule, un pli plus long devrait vibrer plus bas. C'est l'inverse qui se produit, parce que la contrainte augmente beaucoup plus vite que la longueur quand on étire un tissu : le terme √σ l'emporte sur 1/Lv. La corde idéale n'a pas ce comportement ; le tissu vocal, oui.
Appuis
- UNSW Music Acoustics — « Voice acoustics: an introduction » — conduit vocal comme tube, formants de la voyelle neutre, accord des résonances.
- Titze I. R. (1994), Principles of Voice Production, Prentice Hall — modèle de la corde tendue, longueurs et contraintes des plis vocaux.
- Peterson G. E., Barney H. L. (1952), « Control methods used in a study of the vowels », J. Acoust. Soc. Am. 24, 175–184, doi:10.1121/1.1906875 — valeurs moyennes des formants des voyelles chez des locuteurs américains, hommes, femmes et enfants.
- Fitch W. T., Giedd J. (1999), « Morphology and development of the human vocal tract: a study using magnetic resonance imaging », J. Acoust. Soc. Am. 106, doi:10.1121/1.427148 — longueur du conduit vocal mesurée par IRM.
- Titze I. R. (2011), Journal of Speech, Language, and Hearing Research, doi:10.1044/1092-4388(2010/09-0284)) — masse volumique et contraintes du tissu vocal.
- Coleman J., modèles de tubes de la voix, Université d'Oxford — longueur et résonances du conduit.
Renvoi. La voix est une source entretenue : le souffle fournit l’énergie, les plis vocaux la transforment en impulsions, le conduit filtre et la bouche rayonne. Elle a sa place dans le tableau des façons de produire un son, Comment fabrique-t-on un son ?, avec les sons non voisés qui ne demandent aucune vibration périodique.
En profondeur Pourquoi les plis vocaux entretiennent leur vibration, et où la séparation source-filtre cède ≈ 4 min
Le chapitre décrit la voix comme une source entretenue, les plis vocaux, suivie d'un filtre, le conduit vocal. Restent deux questions : comment un souffle continu produit-il une oscillation régulière, et quand la source et le filtre cessent-ils d'être indépendants ?
Une oscillation auto-entretenue. La théorie myoélastique-aérodynamique, formulée par Janwillem van den Berg dans les années 1950, décrit la phonation comme une interaction entre l'élasticité des tissus et le flux d'air venu des poumons. Il n'y a pas de commande nerveuse à chaque cycle : le système nerveux règle la position, la tension et la pression ; l'oscillation s'entretient seule.
Pourquoi « Bernoulli » ne suffit pas. Une explication courante dit : l'air accélère dans la glotte étroite, sa pression baisse, les plis sont aspirés l'un vers l'autre, puis la pression sous la glotte les rouvre. Cette dépression existe, mais elle ne peut pas, seule, entretenir l'oscillation. Si la force de l'air ne dépendait que de la position des plis, elle ferait sur un cycle complet un travail nul : autant d'énergie reçue à l'ouverture que rendue à la fermeture. Pour compenser les pertes du tissu, il faut que l'air pousse davantage quand les plis s'ouvrent que quand ils se ferment. Cette asymétrie vient de l'onde muqueuse : la couche superficielle des plis ondule du bas vers le haut, le bord inférieur s'ouvre avant le bord supérieur. À l'ouverture, la glotte a une forme convergente et la pression y reste élevée ; à la fermeture, elle devient divergente et la pression y chute. Le bilan d'un cycle est positif : l'air cède de l'énergie au tissu.
Un seuil de pression. L'oscillation ne démarre qu'au-dessus d'une pression sous la glotte minimale, d'environ 0,3 à 0,4 kPa (les mesures vont de 0,2 à 0,5 kPa), soit environ 3 à 4 cm d'eau. Ce seuil augmente quand les plis sont plus raides ou plus écartés, ce qui explique en partie la difficulté à émettre une voix très douce dans l'aigu.
Le spectre de la source. Le débit d'air à travers la glotte forme des impulsions régulières, avec une fermeture plus brusque que l'ouverture. C'est cette fermeture rapide qui produit des harmoniques élevés. Le niveau des harmoniques décroît avec leur rang : c'est la pente spectrale de la source, avant tout filtrage par les formants. Elle varie selon le mode de phonation ; une fermeture plus brusque la rend moins raide et renforce les harmoniques élevés.
Registres. En voix de poitrine, les plis sont épais et se ferment complètement à chaque cycle. En voix de fausset, seule une fine partie des bords vibre et la fermeture est souvent incomplète : le spectre est plus pauvre en harmoniques. En voix craquée (fry), la fréquence est très basse et les impulsions sont irrégulières. Dans le chuchotement, les plis ne vibrent pas : un bruit turbulent au niveau de la glotte excite le conduit vocal. Les formants restent présents, ce qui rend les voyelles reconnaissables, mais il n'y a plus de fréquence fondamentale.
Où la séparation cède. Le modèle source-filtre suppose que le conduit vocal ne réagit pas sur la source. Trois situations s'en écartent :
- Voix aiguë. Quand f0 approche ou dépasse le premier formant de la voyelle, ce qui arrive pour une soprano dans le haut de sa tessiture, aucun harmonique ne tombe plus dans la zone de F1. Les sopranos ajustent alors leur conduit, notamment en ouvrant davantage la bouche, pour placer F1 près de f0 et gagner en puissance. La voyelle devient moins reconnaissable : la difficulté à comprendre les paroles dans l'aigu a une cause physique.
- Couplage non linéaire. Le conduit vocal exerce sur la glotte une pression qui dépend de ses résonances. Selon la position d'un harmonique par rapport à un formant, ce retour aide ou gêne l'oscillation ; il peut provoquer des sauts de registre ou des instabilités quand un harmonique croise un formant.
- Nasalisation. Quand le voile du palais s'abaisse, la cavité nasale se couple au conduit et introduit des antirésonances, des creux dans le spectre, que le tube simple ne décrit pas.
Le formant du chanteur. Chez les chanteurs lyriques formés, surtout les hommes, un larynx abaissé et un conduit étroit juste au-dessus des plis vocaux, débouchant sur un pharynx plus large, rapprochent F3, F4 et F5 vers 2,5 à 3 kHz. Cette bosse d'énergie se situe dans une région où le spectre moyen d'un orchestre décroît, ce qui permet à la voix d'être entendue sans amplification.
Appuis
- van den Berg J. (1958), « Myoelastic-aerodynamic theory of voice production », Journal of Speech and Hearing Research 1, 227–244 — formulation de la théorie, doi:10.1044/jshr.0103.227.
- Titze I. R. (1988), « The physics of small-amplitude oscillation of the vocal folds », J. Acoust. Soc. Am. 83, 1536–1552 — théorie de l'onde muqueuse et du transfert d'énergie, doi:10.1121/1.395910.
- Titze I. R. (1992), J. Acoust. Soc. Am., doi:10.1121/1.402928 ; Perrine B. L. et coll. (2020), J. Acoust. Soc. Am., doi:10.1121/10.0000854 — mesures de la pression seuil de phonation.
- Joliveau E., Smith J., Wolfe J. (2004), « Tuning of vocal tract resonance by sopranos », Nature 427, 116 — accord de F1 sur f₀ dans l'aigu, doi:10.1038/427116a.
- Sundberg J. (1974), « Articulatory interpretation of the “singing formant” », J. Acoust. Soc. Am. 55, 838–844 — regroupement des formants supérieurs chez les chanteurs, doi:10.1121/1.1914609.
Atelier S41 · Source-filtre : la voix ★★★ · son · plein écran · MIDI
Source-filtre : la voix
Rien ne tourne avant ce clic : ni son, ni calcul.
Comment l'utiliserChoisir une voyelle, faire varier f₀ sans toucher au conduit ; puis garder f₀ et changer de voyelle ; activer le formant du chanteur sur un accompagnement d’orchestre. Passer la voix de « Naturelle » à « Brute (machine) » : une source parfaitement périodique sonne comme une machine.
Ce que ça montreUne source glottique (des raies harmoniques, multiples de f₀), des résonances du conduit (F1, F2, F3 : ses modes, qui forment l’enveloppe), la carte F1/F2 des voyelles, la voyelle rayonnée = source × filtre. La raie la plus proche de F1 est affichée : un formant n’est pas une harmonique.
Sens de lectureDans ce modèle, le point de la carte F1/F2 ne bouge pas quand f₀ change et bouge quand la voyelle change : deux étages réglables indépendamment. Dans une voix réelle, source et conduit se couplent, surtout dans l’aigu chanté : la séparation est une approximation. Le formant du chanteur est une bosse vers 3 kHz qui passe au-dessus de l’orchestre.
Au clavier MIDI La touche fixe la hauteur f₀ de la source glottique, ramenée par octaves entre 70 et 400 Hz, et fait chanter la voix ; le filtre garde la voyelle choisie sur la carte F1/F2, si bien qu'on entend la même note sur des voyelles différentes. La vélocité règle l'intensité, le pitch bend affine f₀ d'un ton au plus, et relâcher la dernière touche coupe la voix.
Atelier S42 · Vos propres voyelles ★★★ · micro · plein écran · MIDI
Vos propres voyelles
Rien ne tourne avant ce clic : ni son, ni calcul.
Le micro n'est demandé que si vous cliquez sur « Utiliser le micro » ; le son est analysé sur votre appareil, rien n'est envoyé ni enregistré.
Comment l'utiliserTenir un [a] dans le micro, regarder le point apparaître sur la carte des voyelles, puis passer à [i] et [u]. Sans micro, écouter la voix synthétique, naturelle ou brute, et comparer le point estimé au viseur doré.
Ce que ça montreLes formants F1, F2 estimés par LPC en temps réel, f₀, le spectre (raies harmoniques) sous son enveloppe LPC, le spectrogramme avec les formants surlignés. Avec la voix synthétique, la vraie valeur est affichée à côté de l’estimation.
Sens de lectureDistinguer les raies (harmoniques de f₀) de l’enveloppe qui porte les formants. À voyelle et articulation approximativement fixes, f₀ peut varier sans déplacement comparable des formants. Une bosse du spectre n’est pas automatiquement une mesure fiable de formant : registre (voix aiguë, harmoniques espacées), micro et traitements, bruit et durée de la fenêtre d’analyse (≈ 45 ms) limitent l’estimation. Aucune interprétation clinique.
Au clavier MIDI Une touche fait chanter à l'atelier la voyelle courante à la hauteur jouée, ramenée par octaves entre 80 et 400 Hz, la plage du curseur de f₀ : on voit le point se placer sur la carte des voyelles et les formants suivre. La molette de modulation fait glisser d'une voyelle à l'autre le long de la carte (i, e, ɛ, a, ɔ, o, u, y), le pitch bend affine f₀ d'un ou deux demi-tons et la vélocité règle le niveau ; relâcher la touche coupe la voix.
Parole, cri, chant, chuchotis
- Voyelles : quasi-périodiques. Consonnes : transitoires, bruits ([s] riche en aigu, 4–10 kHz), occlusives.
- Intelligibilité : bande 300–3400 Hz téléphone historique. STI déjà cité au chapitre salles.
- Prosodie : f0, durée, intensité. Le « motherese » monte f0 et élargit les excursions — fait reproductible, pas une légende.
- Cri de nouveau-né : f0 haut, signature individuelle utilisée en clinique (analyse de douleur, neurodéveloppement) avec prudence statistique.
Otoémissions — l’oreille haut-parleur
David Kemp, 1978 : l’oreille émet de l’énergie. Otoémissions provoquées (TEOAE, DPOAE) = test de dépistage néonatal de masse. Preuve que les cellules ciliées externes sont un ampli actif. Dire « l’oreille est un micro » est faux depuis 1978.
Écholocation humaine
Certaines personnes aveugles (et des voyants entraînés) cliquent langue ou canne et lisent l’écho : taille d’une pièce, ouverture d’un couloir, présence d’un véhicule. Travaux de Thaler, Kish, et avant eux des récits cliniques. Résolution très inférieure au Myotis : clics surtout audibles, λ trop grande pour une mite. C’est un sonar réel, pas une métaphore. Ne pas en faire un super-pouvoir.
Bruits du corps — Laennec continué
- Cœur : B1 B2, souffles. Phonocardiographie. Aujourd’hui souvent remplacé ou complété par l’écho-Doppler (voir le chapitre Doppler).
- Poumon : vésiculaire, sibilants, crépitants. Spectre utile plutôt grave-médium.
- Tube digestif, articulation, pas, mastication : sources réelles, rarement « diagnostiques » hors contexte.
- Conduction osseuse : le crâne court-circuite le pavillon. Diapason de Weber / Rinne = exo clinique du chapitre oreille.
Le corps comme milieu d’ultra
Convention c≈1540 m s^-1 dans les tissus mous. Graisse un peu plus lente, muscle un peu plus vite, os beaucoup plus vite, air des poumons beaucoup plus lent et très réfléchissant. L’image échographique représente des échos traités, dont l’amplitude dépend notamment des variations d’impédance, de la diffusion, de l’atténuation et des réglages ; ce n’est pas une carte directe de toutes les impédances. Le fœtus du chapitre Langevin est ici le même corps, vu de l’intérieur par d=cΔ t/2.
Voix chantée et santé
Nodules, forçage, VRP (voice range profile), analyse de jitter / shimmer : outils de phoniatrie. Ce dossier n’est pas une consultation : on peut seulement lire F1 et F2 sur le spectrogramme d’une voyelle tenue.
Histoire & sources Des tuyaux de Kratzenstein aux clics des écholocateurs — comprendre le corps sonore ≈ 5 min
Le chapitre s'appuie sur trois idées : la voix est une source filtrée, le corps produit des sons qu'on peut écouter, l'humain peut se repérer à l'écho. Chacune a mis longtemps à s'imposer, et chacune a été d'abord mal interprétée.
Fabriquer des voyelles. En 1779, l'Académie impériale des sciences de Saint-Pétersbourg met au concours une question : quelle est la nature des voyelles, et peut-on construire des instruments qui les imitent ? Christian Gottlieb Kratzenstein remporte le prix en 1780 avec cinq tuyaux de formes différentes, à anche libre sauf pour le « i », qui produisent cinq voyelles ; son Tentamen est publié en 1781. En 1791, Wolfgang von Kempelen publie, dans Mechanismus der menschlichen Sprache nebst der Beschreibung seiner sprechenden Maschine, la description d'une machine parlante à soufflet, anche et résonateur de cuir déformable à la main. Ces dispositifs posent déjà la séparation entre une source, l'anche, et une cavité qui donne la couleur.
La longueur d'un tube. Dans un mémoire lu en 1828–1829 et publié en 1830, l'Anglais Robert Willis montre qu'une anche suivie d'un tube de longueur variable produit une suite de voyelles selon la longueur du tube, indépendamment de la hauteur de l'anche. Helmholtz, dans un article de 1859 puis dans son livre de 1863, attribue la couleur des voyelles à des résonances de la bouche à fréquence à peu près fixe, et les reproduit avec des diapasons et des résonateurs. Entre 1889 et 1894, le physiologiste Ludimar Hermann photographie les sillons de disques de phonographe pour obtenir les courbes des voyelles ; c'est dans ses travaux de 1894 que le mot « formant », qui désigne ces régions renforcées, lui est le plus souvent attribué.
Voir la glotte. En 1854, le chanteur et professeur Manuel García observe ses propres plis vocaux en vibration à l'aide d'un petit miroir de dentiste placé au fond de la gorge et de la lumière du soleil renvoyée par un second miroir. Il présente ses observations à la Royal Society l'année suivante. La laryngoscopie devient un outil clinique en quelques années.
Le calcul du conduit. En 1941–1942, à Tokyo, Tsutomu Chiba et Masato Kajiyama, dans The Vowel: Its Nature and Structure, mesurent la forme du conduit vocal par radiographie et en calculent les résonances : les formants deviennent des propriétés calculables d'un tube de forme connue. Gunnar Fant, à Stockholm, formalise en 1960 la théorie source-filtre dans Acoustic Theory of Speech Production, qui reste la base de l'analyse et de la synthèse de la parole.
Écouter le corps. En 1816, René Laennec, médecin à l'hôpital Necker, roule un cahier de papier pour écouter le cœur d'une patiente sans poser l'oreille contre sa poitrine. Il en tire un cylindre de bois, le stéthoscope, et publie en 1819 De l'auscultation médiate, où il décrit les bruits de la respiration et du cœur et les rapproche des lésions observées à l'autopsie. C'est l'une des premières méthodes de diagnostic fondées sur l'analyse systématique de sons.
L'écho pris pour un toucher. En 1749, dans la Lettre sur les aveugles, Diderot rapporte qu'un aveugle de Puiseaux juge « le voisinage des corps, à l'action de l'air sur son visage ». Pendant près de deux siècles, cette capacité à percevoir les obstacles est appelée « vision faciale » et attribuée à une sensibilité de la peau. En 1944, à l'université Cornell, Michael Supa, Milton Cotzin et Karl Dallenbach font marcher des participants aveugles et des participants aux yeux bandés vers un obstacle. Le visage couvert, ils réussissent encore ; quand l'audition est bloquée, la détection des obstacles s'effondre. La « vision faciale » était auditive : c'est une écholocation.
Mesurer l'écholocation humaine. Des travaux plus récents quantifient cette capacité. En 2011, Lore Thaler et ses collègues montrent, par imagerie cérébrale, que chez deux écholocateurs aveugles experts, l'un aveugle précoce et l'autre tardif, les échos de leurs propres clics activent des régions du cortex habituellement associées à la vision. D'autres études mesurent chez des experts une résolution angulaire de l'ordre de 1,2° (Teng, Puri et Whitney, 2012). Ces résultats portent sur de petits groupes, avec une forte variabilité individuelle : ils établissent une compétence réelle et entraînable, pas une faculté générale.
Le fil commun. Dans ces trois histoires, l'explication initiale — un tuyau « magique », un organe passif, un toucher du visage — a été corrigée par une expérience qui isolait une variable : la longueur du tube, la source de lumière dans la gorge, l'oreille bouchée.
Appuis
- Supa M., Cotzin M., Dallenbach K. M. (1944), « “Facial vision”: the perception of obstacles by the blind », American Journal of Psychology 57, 133–183 — la détection des obstacles s'effondre quand l'audition est bloquée, doi:10.2307/1416946.
- Diderot, Lettre sur les aveugles à l'usage de ceux qui voient (1749), Wikisource — l'aveugle de Puiseaux et « l'action de l'air sur son visage ».
- García M. (1855), « Observations on the human voice », Proceedings of the Royal Society of London 7, 399–410 — premières observations laryngoscopiques de la glotte en phonation, doi:10.1098/rspl.1854.0094 (observations de 1854, communiquées en 1855).
- Thaler L., Arnott S. R., Goodale M. A. (2011), « Neural correlates of natural human echolocation in early and late blind echolocation experts », PLoS ONE 6, e20162 — activation de régions visuelles par les échos, doi:10.1371/journal.pone.0020162 ; Teng S., Puri A., Whitney D. (2012), Experimental Brain Research, doi:10.1007/s00221-011-2951-1.
- Hermann L. (1890), « Phonophotographische Untersuchungen », Pflüger's Archiv für die gesammte Physiologie 47, 347–391, doi:10.1007/bf01789821 — analyse photographique des voyelles ; « Phonophotographische Untersuchungen VI », Pflüger's Archiv 58, 264–279 (1894), doi:10.1007/bf01662480 ; Helmholtz H. (1859), « Ueber die Klangfarbe der Vocale », Annalen der Physik 184, 280–290, doi:10.1002/andp.18591841004.
- Chiba T., Kajiyama M. (1941–1942), The Vowel: Its Nature and Structure, Tokyo — exemplaire numérisé.
- Willis R. (1830), Transactions of the Cambridge Philosophical Society 3, 231–268 — exemplaire numérisé.
- Kempelen W. von (1791), Mechanismus der menschlichen Sprache nebst der Beschreibung seiner sprechenden Maschine, Vienne — exemplaire numérisé.
La chauve-souris utilise l’écho ; l’humain en a fait un instrument d’imagerie. Dans les deux cas, il faut une source, un milieu et un récepteur.
Provoxys
Bilan
L’oreille traite le signal
- Hauteur et sonie sont des perceptions ; fréquence et niveau sont des grandeurs physiques.
- Le traitement auditif peut masquer une composante ou faire percevoir une hauteur dont la fondamentale a été retirée.
- La voix combine une source vibrante et des cavités qui filtrent ; le risque auditif engage niveau et durée.
Question
Voir une composante sur un spectre prouve-t-il qu’on l’entend séparément ?
Voir la réponse
Non. D’autres composantes peuvent la masquer et la perception dépend du contexte. Le graphique décrit le signal ; la réponse de l’auditeur décrit une expérience distincte.
Pour reprendre le fil
Une machine peut enregistrer un signal sans enregistrer directement l’expérience vécue.
Acte V · Capter, garder, reconstruire
La trace et la machine
Enregistrer consiste à conserver une représentation du signal. Le numérique relève des valeurs à intervalles réguliers, les code, puis reconstruit une variation. Le nombre de mesures, leur précision et les traitements appliqués ont des rôles différents.
Jusqu’ici, la vibration disparaissait en passant. Voici le moment où l’on apprend à la garder : d’abord une trace matérielle, ensuite une tension électrique, puis une suite de nombres.
Acte V · chapitre 17
Capturer le son — XIXe–XXe
- Édouard-Léon Scott de Martinville, phonautographe (1857) : trace le son, ne le rejoue pas. En 2008, le Lawrence Berkeley National Lab reconstitue « Au clair de la lune » (1860) — plus ancienne voix humaine rejouée.
- Charles Cros, paléophone (dépôt 1877) : principe d’enregistrement-lecture, non construit à temps.
- Thomas Edison, phonographe à cylindre (1877, brevet 1878) : première machine grand public qui enregistre et restitue.
- Alexander Graham Bell, téléphone (brevet 1876, après une jungle de priorités : Meucci, Gray…). La voix devient signal électrique.
- Émile Berliner, gramophone à disque (1887).
- Microphones : Siemens (brevet de principe dynamiques, 1874), carbone (Hughes, 1878), puis ruban, condensateur (Wente, Western Electric, 1916), électret, MEMS.
- Radio : Hertz (ondes EM, 1887–88) n’est pas du son ; Marconi, Fessenden (première diffusion vocale souvent datée 1906) : le son voyage désormais sans fil en modulant une onde électromagnétique. Distinguer nettement onde sonore et onde radio.
- Bande magnétique (Pfleumer 1928, AEG Magnetophon), vinyle, compact disc (Sony/Philips, commercialisé 1982), MP3 (Fraunhofer, années 1990), streaming.
Histoire & sources De la suie au sillon et à la bande : priorités, erreurs et redécouvertes ≈ 5 min
La frise du chapitre aligne des noms et des dates. Les documents d'origine montrent des buts inattendus, des priorités disputées, une reconstitution corrigée et des procédés inventés plusieurs fois.
Scott ne voulait pas rejouer le son. Le brevet n° 31 470 d'Édouard-Léon Scott de Martinville, déposé le 25 mars 1857, porte sur un « procédé au moyen duquel on peut écrire et dessiner par le son ». Son projet est une sténographie naturelle : lire la parole sur le papier, comme on lit un texte. Un pavillon concentre le son sur une membrane, dont le stylet trace une ligne ondulée dans du noir de fumée sur un papier qui défile. Aucune lecture n'est prévue : le phonautographe est un instrument d'observation.
Une reconstitution corrigée. En 2008, le collectif First Sounds retrouve des phonautogrammes déposés par Scott à l'Académie des sciences ; le Lawrence Berkeley National Laboratory en tire un son avec un « stylet virtuel » qui suit optiquement les lignes de suie comme un sillon. Le plus célèbre, du 9 avril 1860, est un fragment chanté d'« Au clair de la lune ». Pour fixer la vitesse de lecture, l'équipe s'appuie sur la trace d'un diapason enregistrée en parallèle ; elle suppose d'abord un diapason à 500 Hz, ce qui fait entendre une voix de femme ou d'adolescent. Au début de 2009, un autre phonautogramme, dans lequel Scott se désigne lui-même comme le locuteur, montre que ce diapason vibrait à 250 Hz. Rejoué deux fois plus lentement, le chant d'« Au clair de la lune » devient une voix d'homme, très probablement celle de Scott. La correction est venue d'un indice interne aux documents, pas de l'écoute : la première vitesse avait, elle aussi, « semblé juste ».
Concevoir n'est pas construire. En avril 1877, le poète Charles Cros confie à l'Académie des sciences un pli cacheté qui décrit un procédé d'enregistrement et de reproduction par un sillon gravé, qu'il appellera paléophone ; le pli est ouvert à sa demande en décembre 1877 (le 3 décembre selon les Comptes rendus, le 8 selon d'autres sources). À la même époque, Thomas Edison fait fonctionner un phonographe à cylindre recouvert d'étain, qui enregistre la voix humaine début décembre 1877 ; son brevet américain n° 200 521 est délivré le 19 février 1878. La priorité de l'idée revient à Cros, celle de la machine qui marche à Edison.
Le disque, puis l'électricité. Le brevet américain n° 372 786 d'Emile Berliner, délivré le 8 novembre 1887, décrit un enregistrement latéral, où le stylet se déplace parallèlement à la surface, copiable en série par gravure métallique. La forme à disque plat du gramophone est détaillée dans le brevet américain n° 382 790, du 15 mai 1888 ; les sources divergent, certaines attribuant déjà le disque aux brevets de 1887. Jusqu'au milieu des années 1920, l'enregistrement reste acoustique : le pavillon fait vibrer directement le graveur. Joseph Maxfield et Henry Harrison, de Western Electric, le remplacent par un microphone, un amplificateur et un graveur électromécanique, adoptés par Victor et Columbia en 1925 ; la bande utile passe, d'environ 100–4 000 Hz à environ 60–6 000 Hz selon les mesures de l'époque (des chiffres plus anciens citent 250–2 500 puis 50–6 000 Hz).
La stéréo écrite avant d'être vendue. Le brevet britannique n° 394 325 d'Alan Blumlein, chez EMI, déposé le 14 décembre 1931, décrit deux micros séparés par un écran figurant la tête, un circuit somme et différence qui change les différences de phase entre micros en différences d'intensité entre haut-parleurs, et deux voies gravées dans un même sillon, à 45°.
La bande, ou tout inventer deux fois. L'enregistrement magnétique, formulé par Oberlin Smith en 1878, est réalisé par Valdemar Poulsen avec son télégraphone à fil, primé à l'Exposition universelle de 1900. Fritz Pfleumer dépose en 1928 un brevet de support en papier recouvert de poudre de fer ; ce brevet est annulé en 1936, un Américain, O'Neill, ayant déposé l'idée de base cinq semaines plus tôt. AEG et BASF en tirent le Magnetophon, présenté au salon de la radio de Berlin en août 1935. Au printemps 1940, Walter Weber, de la radio allemande, découvre par accident qu'une haute fréquence superposée au signal réduit fortement bruit et distorsion. Le procédé avait déjà été breveté aux États-Unis et, en 1938, au Japon ; Marvin Camras le retrouve encore aux États-Unis fin 1941. Weber et son chef, Hans Joachim von Braunmühl, sont toutefois les premiers à en tirer des machines d'usage courant.
Une date de brevet n'est donc ni une date d'invention ni une date d'usage, et une reconstitution numérique repose sur des hypothèses — ici, une vitesse — qui se vérifient sur le document lui-même.
Appuis
- Brevet n° 31 470 de Scott de Martinville (25 mars 1857), INPI, via Google Arts & Culture et « Chronique d'une invention : le phonautographe… », Documents pour l'histoire des techniques — titre du brevet, projet de « sténographie naturelle », certificat d'addition de 1859.
- First Sounds — « Édouard-Léon Scott de Martinville's phonautograms » et « The phonautograms of Édouard-Léon Scott de Martinville » — dépôts à l'Académie des sciences, lecture par le « stylet virtuel » du LBNL ; vitesse supposée en 2008 (diapason à 500 Hz, voix de femme ou d'adolescent), corrigée au début de 2009 (250 Hz) après l'écoute d'un phonautogramme où Scott se désigne comme le locuteur.
- Encyclopædia Universalis — « Paléophone de Charles Cros et premier enregistrement de la voix humaine par Edison » — pli de Cros d'avril 1877 (ouverture en séance : 3 décembre selon les Comptes rendus d'après les sites secondaires, 8 selon Universalis), premier enregistrement de la voix par Edison en décembre 1877 ; Google Patents — US 200,521 (Edison, 19 février 1878), US 372,786 (Berliner, 8 novembre 1887), US 382,790 (Berliner, 15 mai 1888) et GB 394,325 (Blumlein, déposé le 14 décembre 1931) — textes et dates des brevets.
- ETHW — Electrical Recording et J. P. Maxfield et H. C. Harrison, Bell System Technical Journal 5 (1926), 493–523 — enregistrement électrique de Western Electric, premiers utilisateurs Victor et Columbia ; Mix — « 1925 Western Electric/Bell Labs Electrical Recording » — adoption en 1925, bandes passantes comparées ; Mainspring Press — « The beginning of electrical recording, part 2 » — accord Victor–Western Electric de mars 1925, bandes d'environ 100–4 000 Hz (acoustique) et 60–6 000 Hz (électrique) ; l'article de 1926 parle de 60 à 6 000 cycles.
- F. K. Engel, « Walter Weber's technical innovation at the Reichs-Rundfunk-Gesellschaft » (2006) et Computer History Museum — le Magnetophon (1935) — Oberlin Smith, Poulsen, brevet Pfleumer et son annulation, présentation d'août 1935, découverte de 1940 et brevets antérieurs.
Transduction — comment un micro et un haut-parleur font le travail
Toute la chaîne de 1877 à aujourd’hui repose sur deux conversions : pression → grandeur électrique, puis l’inverse. Les principes, datés :
- Électrodynamique (Faraday 1831 ; Siemens 1874 ; haut-parleur à bobine mobile de Rice & Kellogg, 1925) : une bobine solidaire de la membrane bouge dans l’entrefer d’un aimant. Micro : la vitesse v de la membrane induit une tension e = Bℓ v. Haut-parleur : un courant I subit la force F = B I ℓ. Même objet, sens inverse — une enceinte est un micro médiocre, un micro dynamique un haut-parleur minuscule (c’est le principe de l’interphone).
- Capacitif (Wente, Western Electric, 1916) : membrane métallisée face à une électrode fixe, capacité C = ε S/d qui varie avec d ; avec une polarisation fournie par le circuit du microphone (l’alimentation fantôme de 48 V alimente ce circuit ; elle ne fixe pas à elle seule la tension de la capsule), la charge presque constante donne Δ V ∝ Δ d. Sensible, fidèle, fragile. L’électret (Sessler & West, 1962) garde la charge dans le matériau : plus besoin d’une polarisation externe de la capsule, mais une électronique d’adaptation peut encore demander une alimentation ; d’où les micros de téléphone des années 1970–2000. Le MEMS (Knowles, 2003) grave le même condensateur dans le silicium : quelques millimètres, des milliards d’exemplaires, deux ou trois par smartphone.
- Piézoélectrique (Curie 1880) : micros de contact, hydrophones, échographes — chapitre Langevin. Carbone (Hughes 1878) : la résistance d’une poudre varie avec la pression ; le téléphone jusqu’aux années 1980.
- Ruban (Schottky & Gerlach 1924 ; RCA PB-31 en 1931, puis 44A) : un ruban d’aluminium dans un champ magnétique, sensible à la vitesse de l’air, bidirectionnel.
Renvoi. Un haut-parleur est une source de son parmi d’autres : l’énergie est électrique, ce qui vibre est la membrane, et le rayonnement dépend de sa taille comparée à la longueur d’onde (Comment fabrique-t-on un son ?, Comment un objet vibrant rayonne).
L'analyse mathématique Transduction électrodynamique 1 formule · ≈ 1 min
Se lit« e égale B l v ; F égale B I l »Le ℓ cursif se dit « l » : la longueur de fil plongée dans le champ. B est l'induction magnétique dans l'entrefer, v la vitesse de la membrane, I le courant. La première formule donne la tension induite (micro), la seconde la force de Laplace (haut-parleur).
Ce qu’elle dit
Dans un micro dynamique, un mouvement de bobine produit une tension ; dans un haut-parleur, un courant produit une force. B est le champ magnétique, ℓ la longueur de fil concernée, v la vitesse et I le courant. Les deux relations décrivent les deux sens de la conversion.
Les symboles. Survolez la formule ou un symbole.
- e tension induite aux bornes de la bobine (force électromotrice) — pas la charge de l'électron volt (V) sens micro : le mouvement produit une tension
- B induction magnétique dans l'entrefer de l'aimant tesla (T)
- ℓ longueur de fil de la bobine plongée dans le champ mètre (m)
- v vitesse de la membrane et de la bobine mètre par seconde (m/s)
- F force de Laplace exercée sur la bobine newton (N) sens haut-parleur : le courant produit une force
- I courant dans la bobine ampère (A)
L'analyse mathématique Sensibilité d'un micro électrostatique : du nanomètre au millivolt 3 formules · ≈ 8 min
Le chapitre décrit le micro électrostatique en une phrase : une membrane face à une électrode fixe forme un condensateur, et à charge constante la tension suit l'écartement. Ce bloc met des nombres sur cette phrase. Il enchaîne trois étapes : de la pression au déplacement de la membrane, du déplacement à la tension, puis la condition électrique qui garde la charge constante. Le modèle est volontairement réduit : membrane circulaire tendue, sans masse, électrodes planes et parallèles, air derrière la membrane négligé.
Étape 1 — la membrane cède sous la pression. Une membrane de rayon a, tendue avec une tension de membrane T (une force par unité de longueur de bord), se creuse sous une pression uniforme p. À l'équilibre, la tension équilibre la pression en chaque point : T nabla^2xi = -p. En symétrie circulaire, avec la membrane fixée au bord, la solution est une calotte parabolique, xi(r) = p (a^2 - r^2)/(4T). Le condensateur ne voit pas la flèche au centre mais l'écartement moyen sur la surface ; en moyennant la parabole sur le disque, on obtient :
Se lit« xi moyen égale p a carré, sur huit T »ξ se dit « xi » ; les chevrons ⟨ ⟩ se lisent « moyen » : l'écart moyenné sur toute la surface de la membrane. Le T est ici une tension de membrane, en newtons par mètre, pas une température ni une durée. a² se dit « a carré ».
Ce qu’elle dit
Le déplacement moyen de la membrane est proportionnel à la pression : doubler la pression double le déplacement. Il croît comme le carré du rayon et diminue quand on tend davantage la membrane. Valable tant que la fréquence reste nettement sous la première résonance de la membrane et que le déplacement reste petit devant l'écartement des électrodes.
Les symboles. Survolez la formule ou un symbole.
- langle xi rangle déplacement de la membrane moyenné sur sa surface mètre (m) ≈ 5 nm pour 1 Pa dans l'exemple
- p pression acoustique sur la membrane pascal (Pa) 1 Pa efficace = 94 dB SPL
- a rayon de la membrane mètre (m) 4,5 mm dans l'exemple
- T tension de la membrane : force par unité de longueur de bord newton par mètre (N/m) ≈ 500 N/m dans l'exemple
Étape 2 — de l'écartement à la tension. La capacité d'un condensateur plan vaut C = ε0 S/d. Si la charge Q = CV ne change pas, la tension est proportionnelle à l'écartement : V = Qd/(ε0 S). Une variation d'écartement langlexirangle produit donc une variation de tension V0 langlexirangle/d, où V0 est la tension de polarisation. En divisant par la pression :
Se lit« M égale V zéro a carré, sur huit T d »V₀ se dit « V zéro » : la tension de polarisation de la capsule. d est l'écartement au repos entre la membrane et l'électrode fixe. Le produit 8 T d se lit « huit T d » : les trois facteurs sont au dénominateur.
Ce qu’elle dit
La tension produite par pascal augmente avec la polarisation et avec la surface de la membrane ; elle diminue quand la membrane est plus tendue ou plus éloignée de l'électrode. Pour une capsule donnée, la sortie suit le déplacement de la membrane, pas sa vitesse. Hypothèses : charge constante, électrodes planes, raideur de l'air enfermé derrière la membrane négligée.
Les symboles. Survolez la formule ou un symbole.
- M sensibilité en circuit ouvert : tension produite par pascal volt par pascal (V/Pa) 50 mV/Pa dans l'exemple
- V0 tension de polarisation de la capsule volt (V) 200 V dans l'exemple
- a rayon de la membrane mètre (m) 4,5 mm dans l'exemple
- T tension de la membrane newton par mètre (N/m) ≈ 500 N/m dans l'exemple
- d écartement au repos entre membrane et électrode fixe mètre (m) 20 µm dans l'exemple
Exemple chiffré (valeurs choisies pour l'exemple). Membrane de rayon 4,5 mm, écartement 20 µm, polarisation 200 V. Quelle tension de membrane donne 50 mV/Pa, la sensibilité du micro de mesure cité dans la clé sur les microphones ? En isolant T : 200 × (4,5×10^-3)^2 / (8 × 20×10^-6 × 0,05) ≈ 506 N/m. Avec ces valeurs, 1 Pa (94 dB SPL) creuse la membrane de 1 × (4,5×10^-3)^2/(8×506) ≈ 5,0 nm en moyenne, et 200 × 5,0×10^-9/(20×10^-6) ≈ 50 mV : le calcul se referme. La capsule de l'exemple est fictive : le Type 4189 lui-même est un microphone pré-polarisé, sans tension de polarisation externe, si bien que ni les 200 V ni les 506 N/m ne décrivent sa capsule. Ce sont des valeurs de modèle, choisies pour retrouver 50 mV/Pa.
Deux ordres de grandeur en découlent. Au seuil d'audition, 20 µPa, le déplacement moyen tombe à 5 × 20×10^-6 = 10^-4 nm, un dixième de picomètre, bien moins que la taille d'un atome : la membrane ne « voit » pas des atomes, elle moyenne sur des milliards d'entre eux. À 140 dB SPL (200 Pa), le déplacement atteint 1 µm, soit 5 % de l'écartement : la relation n'est plus tout à fait linéaire, ce qui fixe le haut de la plage utile.
Étape 3 — garder la charge constante. La capsule forme avec la résistance d'entrée du préamplificateur un filtre passe-haut : au-dessous de sa coupure, la charge a le temps de s'écouler et l'hypothèse de l'étape 2 tombe.
Se lit« f c égale un sur deux pi R C zéro ; C zéro égale epsilon zéro pi a carré sur d »C₀ se dit « C zéro » : la capacité au repos. ε₀ se dit « epsilon zéro » : la permittivité du vide, quasi identique à celle de l'air. R est la résistance qui relie la capsule au circuit ; f c se dit « f c », la fréquence de coupure.
Ce qu’elle dit
Plus la capacité de la capsule est petite, plus la résistance qui la relie au circuit doit être grande pour que les graves restent transmis. La capacité croît avec la surface des électrodes et décroît avec leur écartement. Modèle d'un filtre du premier ordre : au-dessous de la coupure, la réponse baisse de 6 dB par octave.
Les symboles. Survolez la formule ou un symbole.
- fc fréquence de coupure basse de la capsule et de sa charge hertz (Hz)
- R résistance de charge vue par la capsule ohm (Ω) de l'ordre du gigaohm pour une coupure de quelques hertz
- C0 capacité de la capsule au repos farad (F) ≈ 28 pF dans le modèle plan de l'exemple
- ε0 permittivité du vide farad par mètre (F/m) 8,85 × 10⁻¹² F/m
- a rayon de la membrane mètre (m) 4,5 mm dans l'exemple
- d écartement au repos des électrodes mètre (m) 20 µm dans l'exemple
Avec les mêmes valeurs, C0 = 8,85×10^-12 × π × (4,5×10^-3)^2 / (20×10^-6) ≈ 28 pF. Pour descendre à 20 Hz, il faut R ≥ 1/(2π × 20 × 28×10^-12) ≈ 280 MΩ ; pour une coupure à 2 Hz, près de 3 GΩ. Le calcul explique deux choix de construction : la résistance d'entrée du préamplificateur se compte en centaines de mégohms ou en gigaohms, et ce préamplificateur est placé contre la capsule, car un câble de quelques mètres ajouterait une capacité parasite comparable ou supérieure à celle de la capsule et diviserait le signal.
Pourquoi un micro dynamique suit une autre logique. Le micro électrodynamique du chapitre délivre e = Bℓ v : une tension proportionnelle à la vitesse de la membrane. Pour une membrane gouvernée par sa raideur, comme ici, le déplacement suit la pression mais la vitesse, v = 2π f xi pour une sinusoïde, croît avec la fréquence : la réponse monterait de 6 dB par octave. Un micro dynamique doit donc être amorti autour de sa résonance, pour que la vitesse, et non le déplacement, suive la pression. Le micro électrostatique travaille au contraire sous sa résonance, en régime de raideur : c'est l'origine de sa réponse plate et de sa finesse dans l'aigu.
Limites du modèle. La couche d'air enfermée entre membrane et électrode ajoute une raideur et un amortissement ; l'électrode fixe est percée pour les régler. Les capsules réelles se conçoivent avec ces termes, qui changent les valeurs sans changer la structure du calcul.
Appuis
- E. C. Wente, « A condenser transmitter as a uniformly sensitive instrument for the absolute measurement of sound intensity », Physical Review 10, 39–63 (1917) — l'article fondateur du micro électrostatique de mesure, conçu pour une sensibilité uniforme en fréquence.
- G. M. Sessler et J. E. West, « Self-biased condenser microphone with high capacitance », J. Acoust. Soc. Am. 34, 1787–1788 (1962) — le micro à électret, qui garde la charge dans un diélectrique au lieu d'une polarisation externe.
- Brüel & Kjær — Measurement microphones — principe du micro de mesure électrostatique (variations de capacité converties en tension) ; écartement membrane–électrode d'environ 20 µm, valeur reprise dans l'exemple.
- Déplacement de la membrane, sensibilité, capacité et coupure : calculés pour ce dossier à partir de l'équation de la membrane tendue et du condensateur plan.
Ce que le matériel permet réellement. Pour une petite source rayonnant dans l’air libre, maintenir la pression sonore à distance quand la fréquence baisse demande un déplacement de membrane croissant approximativement comme 1/f^2. Les petits haut-parleurs perdent généralement de l’efficacité dans le grave ; les écouteurs constituent un couplage différent avec l’oreille et peuvent reproduire des basses profondes selon leur étanchéité. Les limites exactes se mesurent sur le matériel utilisé. Dans l’aigu, membrane, électronique, fréquence d’échantillonnage et codec limitent ensemble la bande transmise. Un flux à 48 kHz ne peut représenter sans ambiguïté les fréquences au-delà de 24 kHz et sa bande utile peut être plus étroite. Règle de ce dossier : les infrasons et ultrasons étudiés sont montrés ou transposés avec un facteur annoncé ; leur inaudibilité ne prouve ni absence de signal ni absence d’énergie. Le micro du téléphone donne des niveaux relatifs sans étalonnage. Un haut-parleur électrodynamique ordinaire à rayonnement direct a un rendement acoustique de l’ordre de 1 %, variable selon le modèle et la bande.
Clé de physique Vibrer ne suffit pas : comment un objet rayonne du son ≈ 11 min
Clé de physique Directivité : la taille de la source comparée à la longueur d’onde ≈ 7 min
Clé de physique Ce que mesure un microphone : une chaîne, pas un nombre ≈ 12 min
Pendant 300 000 ans, un son mourait en naissant. Depuis 1877, on peut le ressusciter.
Provoxys
Renvoi. Chaque maillon de la chaîne ci-dessous, du micro au haut-parleur, transforme le signal ; tant qu'il reste linéaire, sa réponse impulsionnelle le décrit entièrement. Voir Réponse impulsionnelle, fonction de transfert et causalité.
Schéma · La trace
- Pressionune vibration qui meurt en naissant
- Tracesuie, sillon, champ magnétique ou suite de bits
- Copiepresser, dupliquer, transmettre
- Droit et mémoirequi possède la copie, qui garde l'archive
En profondeur Graver, aimanter : ce que chaque support fait au signal ≈ 4 min
Le schéma du chapitre relie la pression à un sillon, à un champ magnétique ou à des bits. Chaque support impose ses contraintes au signal, et les techniques analogiques sont largement des parades à ces contraintes : géométrie du sillon, non-linéarité de la bande, régularité de la vitesse.
Le sillon : trop large dans le grave, trop fin dans l'aigu. Une cellule de lecture magnétique est un transducteur électrodynamique : comme le micro dynamique, elle délivre une tension proportionnelle à la vitesse de la pointe, pas à son déplacement. Pour une vitesse donnée, l'amplitude du déplacement varie comme l'inverse de la fréquence. Entre 20 Hz et 20 kHz, le rapport est de 1 000, soit 60 dB. Gravé tel quel, un grave fort ferait onduler le sillon jusqu'à empiéter sur ses voisins ; un aigu faible serait une ondulation plus petite que les aspérités du vinyle.
La parade est une égalisation : on grave le grave atténué et l'aigu renforcé, puis la lecture applique la courbe inverse. Après des décennies de courbes propres à chaque éditeur, la courbe RIAA, approuvée en 1954, fixe trois constantes de temps : 3 180 µs, 318 µs et 75 µs, soit des fréquences charnières d'environ 50 Hz, 500 Hz et 2 122 Hz. Calculée à partir de ces constantes, la correction de lecture relève le niveau de 19,3 dB à 20 Hz et l'abaisse de 19,6 dB à 20 kHz, par rapport à 1 kHz. Le gain dans l'aigu a un second effet : le bruit de surface, ajouté après la gravure, passe lui aussi par l'atténuation de lecture et se trouve réduit d'autant.
Deux voies dans un seul sillon. Un disque stéréo porte deux signaux dans le même sillon, gravés sur ses deux flancs inclinés à 45° par rapport à la surface. Un mouvement purement latéral de la pointe correspond à la somme des deux voies, un mouvement purement vertical à leur différence.
La bande : une aimantation qui ne répond pas en ligne droite. La tête d'enregistrement aimante les particules d'oxyde qui défilent. L'aimantation qui reste sur la bande, une fois sortie du champ, n'est pas proportionnelle au champ appliqué : autour de zéro, la courbe s'aplatit. Un petit signal est donc déformé, et un courant continu ajouté pour se placer ailleurs sur la courbe augmente le bruit. La prémagnétisation à haute fréquence superpose au signal un champ alternatif bien au-dessus de la bande audible ; il fait parcourir aux particules de nombreux cycles d'hystérésis pendant leur passage devant la tête, et l'aimantation qui subsiste devient à peu près proportionnelle au signal. D'après le récit de son découvreur, Walter Weber, le premier essai de 1940 a réduit le bruit d'environ 10 dB et la distorsion harmonique de 10 % à 3 %.
Sur la bande, une fréquence devient une longueur. À la vitesse v, une fréquence f s'inscrit avec la longueur d'onde λ = v/f : 77 µm pour 10 kHz à 77 cm/s, la vitesse des magnétophones de studio allemands vers 1940. La tête de lecture moyenne l'aimantation sur la largeur de son entrefer ; quand la longueur d'onde enregistrée se rapproche de cette largeur, les zones de sens opposés se compensent et le signal chute. Ralentir la bande allonge la durée d'enregistrement, mais raccourcit les longueurs d'onde et exige des têtes plus fines.
La vitesse : tout écart devient une hauteur. Sur un disque comme sur une bande, la fréquence restituée est proportionnelle à la vitesse de défilement. Un écart constant de 1 % transpose tout de 1 200 × log2 1,01 ≈ 17 cents, presque un cinquième de demi-ton. Un écart qui fluctue produit un vibrato parasite : on parle de pleurage pour les fluctuations lentes, de scintillement pour les rapides.
Copier ajoute du bruit. Chaque copie analogique ajoute son propre bruit de support. Si chaque génération ajoute un bruit indépendant de même puissance, N copies successives l'additionnent en puissance : le plancher monte de 10log10 N dB, soit 3 dB dès la deuxième génération et 10 dB à la dixième. Une copie numérique exacte ne subit pas cette accumulation, puisqu'elle reproduit les mêmes nombres ; les pertes réapparaissent dès qu'on recode avec pertes ou qu'on repasse par une conversion analogique.
Appuis
- Microgroove — « What is the RIAA curve? » — approbation de la courbe RIAA le 29 janvier 1954 ; constantes de temps 3 180, 318 et 75 µs et fréquences charnières 50,05, 500,5 et 2 122 Hz ; raisons de l'atténuation du grave et du renforcement de l'aigu.
- F. K. Engel, « Walter Weber's technical innovation at the Reichs-Rundfunk-Gesellschaft » (2006) — découverte de la prémagnétisation HF au printemps 1940 ; récit de Weber : bruit réduit d'environ 10 dB, distorsion de 10 % à 3 % ; magnétophon R 22 à 77 cm/s.
- A. D. Blumlein, brevet GB 394,325 (déposé le 14 décembre 1931) — deux voies gravées dans un même sillon, sur des flancs à 45°, ou sous forme latérale et verticale après combinaison somme et différence.
- Rapport des amplitudes à vitesse constante, réponse de lecture RIAA à 20 Hz et 20 kHz, longueur d'onde sur la bande, écart en cents et bruit des copies successives : calculés pour ce dossier.
Acte V · chapitre 18
Le son devient nombre — de Nyquist au MP3, et après (1928–2026)
1877 grave la trace dans la cire. Le XXe siècle la compte : une onde devient une suite de nombres, et l’oreille devient le critère de ce qu’on garde. Ce chapitre est le socle de tout spectrogramme, de tout accordeur, de tout enregistrement. Il faut le dire une fois sans le survoler : quatre idées, quatre dates, quatre formules.
1. Échantillonner — Nyquist 1928, Shannon 1949
On ne mesure la pression que fs fois par seconde. Nyquist (1928, Certain Topics in Telegraph Transmission Theory) montre qu’un signal de bande B se transmet avec 2B valeurs par seconde ; Whittaker (1915), Kotelnikov (1933) et Shannon (1949, Communication in the Presence of Noise) établissent la réciproque : si le signal ne contient rien au-dessus de fmax, les échantillons pris à fs > 2 fmax le déterminent exactement — pas approximativement : on le reconstruit par interpolation en sinus cardinal.
L'analyse mathématique Théorème d'échantillonnage 1 formule · ≈ 1 min
Se lit« f s supérieur à deux f max ; x de t égale somme sur n de x de n fois sinus cardinal de f s t moins n »fs se dit « f s » : la fréquence d'échantillonnage. x[n] entre crochets est le n-ième échantillon. « sinc » se dit « sinus cardinal » : la fonction sin(π u)/(π u) qui reconstruit la courbe entre les points.
Ce qu’elle dit
On prélève des valeurs assez souvent pour distinguer les variations les plus rapides du signal. Le théorème suppose une bande limitée et une reconstruction idéale. Le sinus cardinal, noté sinc, est la fonction utilisée pour reconstruire cette courbe ; relier simplement les points par des segments n’est pas le théorème.
Les symboles. Survolez la formule ou un symbole.
- fs fréquence d'échantillonnage : nombre de mesures par seconde hertz (Hz) 44 100 Hz pour le CD, 48 000 Hz en vidéo et en direct
- fmax plus haute fréquence contenue dans le signal hertz (Hz) ≈ 20 kHz pour l'audition humaine
- x(t) signal continu reconstruit unité du signal (ex. pascal, volt)
- x[n] échantillon numéro n : valeur mesurée à l'instant n/fs unité du signal
- n numéro de l'échantillon sans unité entier
- t temps seconde (s)
- sinc sinus cardinal : sin(π u)/(π u), la fonction qui reconstruit la courbe entre les points sans unité vaut 1 en 0 et s'annule sur tous les autres entiers
Le théorème suppose un signal limité en bande et une reconstruction idéale. D’où 44 100 Hz pour le CD (1980 : compatible avec les magnétoscopes U-matic qui servaient de stockage, et > 2 × 20 kHz), 48 000 Hz courants en vidéo et en direct, 96 ou 192 kHz employés dans certains traitements de studio. Une fréquence d’échantillonnage élevée n’étend pas, à elle seule, l’audition humaine.
Histoire & sources Un théorème à plusieurs pères, un brevet trop tôt, un nombre venu de la vidéo ≈ 5 min
Le chapitre date le numérique par quatre repères : 1928, 1949, 1965, 1993. Chacun cache une histoire plus longue, où les idées précèdent de loin les machines qui les rendent utiles.
Le théorème d'échantillonnage n'a pas un seul auteur. En 1915, le mathématicien Edmund Whittaker étudie dans les Proceedings of the Royal Society of Edinburgh une fonction d'interpolation qu'il nomme fonction cardinale, et qui passe par une suite de valeurs équidistantes : le sinus cardinal d'aujourd'hui. En 1928, Harry Nyquist, aux laboratoires Bell, pose une autre question : combien d'impulsions indépendantes un canal télégraphique de bande B peut-il transmettre par seconde ? Sa réponse, 2B, concerne la cadence de signalisation, pas la reconstruction d'un son. En 1933, Vladimir Kotelnikov énonce le théorème en Union soviétique, où il porte son nom. En 1949, Claude Shannon le formule et le démontre dans « Communication in the Presence of Noise ». Il écrit lui-même que le résultat est « common knowledge in the communication art », cite les travaux de J. M. Whittaker, fils d'Edmund, et appelle « intervalle de Nyquist » la durée 1/(2B) entre deux échantillons. Le nom de Nyquist est donc resté attaché à une idée qu'il n'avait pas énoncée sous cette forme.
Un brevet trente ans trop tôt. La modulation par impulsions codées — échantillonner, arrondir, transmettre des nombres binaires — est brevetée en France en 1938 par Alec Reeves, ingénieur britannique d'ITT à Paris ; son brevet américain, déposé en 1939, est délivré en 1942. Reeves y voit un moyen de transmettre la parole presque sans bruit de fond : un récepteur n'a qu'à distinguer des 0 et des 1. Pendant la guerre, les laboratoires Bell s'en servent dans SIGSALY, un système de téléphonie chiffrée : numériser la voix permet de la chiffrer. Faute de composants assez petits, le procédé reste difficile à généraliser ; il ne devient économique qu'avec les semi-conducteurs, une vingtaine d'années après l'invention du transistor.
Pourquoi 44 100 Hz. À la fin des années 1970, les premiers enregistreurs numériques utilisent des magnétoscopes : un adaptateur PCM code les échantillons dans le signal vidéo. La cadence d'échantillonnage découle alors de la géométrie de l'image. Avec trois échantillons par ligne et par voie, les 294 lignes utiles d'une trame PAL, 50 trames par seconde, donnent 3 × 294 × 50 = 44 100 échantillons par seconde ; les 245 lignes utiles d'une trame NTSC noir et blanc, 60 trames par seconde, donnent 3 × 245 × 60 = 44 100 aussi. C'est la plus haute cadence commune aux deux systèmes avec trois échantillons par ligne. Elle laisse, au-dessus de 20 kHz, une marge de 2,05 kHz pour le filtre anti-repliement, étroite mais suffisante. En NTSC couleur, à 59,94 trames par seconde, la même construction donne environ 44 056 Hz.
Une FFT redécouverte. En 1965, James Cooley, d'IBM, et John Tukey, de Princeton, publient dans Mathematics of Computation un algorithme qui ramène le coût d'une transformée de Fourier discrète de N^2 à environ Nlog2 N opérations. D'après le récit de Richard Garwin, rapporté par Cooley, Tukey en aurait eu l'idée lors d'une réunion du comité scientifique du président Kennedy, où l'on discutait de la détection des essais nucléaires soviétiques par des sismomètres. En 1984, Heideman, Johnson et Burrus montrent que Gauss avait utilisé une méthode équivalente vers 1805 pour interpoler l'orbite d'astéroïdes, dans des notes publiées seulement après sa mort. Cooley lui-même a raconté cette « redécouverte » en 1987.
Le MP3, de la thèse au nom de fichier. Karlheinz Brandenburg soutient en 1989, à l'université d'Erlangen-Nuremberg, une thèse sur le codage audio fondé sur la perception ; l'institut Fraunhofer IIS développe ensuite la couche III de MPEG-1, normalisée en 1993 sous la référence ISO/IEC 11172-3. Pour mettre au point l'algorithme, Brandenburg utilise un enregistrement a cappella, presque monophonique et riche en fréquences, un cas difficile pour un codeur. L'extension « .mp3 » est choisie par Fraunhofer le 14 juillet 1995.
Dans chacun de ces cas, la date retenue par l'usage n'est pas celle de l'idée : c'est celle où un texte l'a rendue citable, ou celle où une machine l'a rendue praticable.
Appuis
- C. E. Shannon, « Communication in the Presence of Noise », Proc. IRE 37(1), 10–21 (1949) — énoncé et démonstration ; « common knowledge in the communication art » ; références à J. M. Whittaker (1935), Nyquist, Gabor ; « intervalle de Nyquist ». Avec H. Nyquist, « Certain topics in telegraph transmission theory », Trans. AIEE 47(2), 617–644 (1928) et E. T. Whittaker, Proc. R. Soc. Edinburgh 35, 181–194 (1915).
- H. D. Lüke, « The origins of the sampling theorem », IEEE Commun. Mag. 37(4), 106–108 (1999) et ETHW — Vladimir A. Kotelnikov — Kotelnikov 1933.
- Wikipédia — Nyquist–Shannon sampling theorem — Kotelnikov 1933 ; ce que Nyquist a montré en 1928 (2B éléments par seconde).
- ETHW — Pulse Code Modulation et brevet US 2,272,070 (Reeves) — brevet français de 1938, brevet américain déposé en 1939 et délivré en 1942 ; SIGSALY ; attente des semi-conducteurs.
- Wikipédia — 44,100 Hz, d'après J. Watkinson, The Art of Digital Audio (1989) — adaptateurs PCM, lignes utiles PAL et NTSC, 44 056 Hz en NTSC couleur.
- J. W. Cooley et J. W. Tukey, Math. Comp. 19(90), 297–301 (1965) ; M. T. Heideman, D. H. Johnson et C. S. Burrus, « Gauss and the history of the fast Fourier transform », IEEE ASSP Magazine 1(4), 14–21 (1984) ; J. W. Cooley, « The re-discovery of the fast Fourier transform algorithm », Mikrochimica Acta 93, 33–45 (1987) ; ETHW — entretien oral avec James W. Cooley pour la réunion du comité scientifique, récit de Richard Garwin rapporté par Cooley ; Wikipédia — MP3 pour la thèse de 1989, la norme de 1993 et le nom du 14 juillet 1995.
2. Le repliement (aliasing) — ce que le filtre anti-repliement empêche
Une composante au-dessus de fs/2 ne disparaît pas : elle se replie et réapparaît à une fausse fréquence. Un 30 kHz échantillonné à 44,1 kHz devient un 14,1 kHz parfaitement audible et parfaitement faux. C’est la roue de carrosse qui tourne à l’envers au cinéma (24 images/s), transposée au son. D’où le filtre passe-bas avant le convertisseur, et le suréchantillonnage des convertisseurs modernes qui rend ce filtre doux.
L'analyse mathématique Fréquence repliée (aliasing) 1 formule · ≈ 1 min
Se lit« f alias égale valeur absolue de f moins k f s »k est un nombre entier choisi pour que le résultat tombe sous fs/2 : une fréquence trop haute réapparaît « repliée » dans la bande audible.
Ce qu’elle dit
Des fréquences différentes peuvent donner la même suite de mesures trop espacées. La formule retrouve la fréquence apparente dans la bande représentable. Exemple : 30 kHz moins 44,1 kHz donne −14,1 kHz ; sa valeur absolue est 14,1 kHz.
Les symboles. Survolez la formule ou un symbole.
- falias fréquence apparente après échantillonnage hertz (Hz) 30 kHz échantillonné à 44,1 kHz : 14,1 kHz
- f fréquence réelle de la composante hertz (Hz)
- k nombre entier choisi pour ramener le résultat sous fs/2 sans unité
- fs fréquence d'échantillonnage hertz (Hz) 44,1 kHz pour le CD
Atelier S19 · Échantillonnage et Nyquist ★★★ · son · MIDI
Échantillonnage et Nyquist
Rien ne tourne avant ce clic : ni son, ni calcul.
Comment l'utiliserLancer un glissando montant, couper le filtre anti-repliement et écouter ; puis baisser le nombre de bits, avec et sans dither.
Ce que ça montreLes points d’échantillonnage sur la sinusoïde, la reconstruction en sinus cardinal (qui redonne le signal s’il est limité sous f_s/2, et un autre sinus sinon), le repliement (30 kHz → 14,1 kHz à 44,1 kHz), le filtre anti-repliement et son atténuation, le bruit de quantification (6,02 n + 1,76 dB pour un sinus à pleine échelle). Une grille de points n’est pas la forme du son reproduit.
Sens de lectureÉcouter le glissando « redescendre » quand il dépasse f_s/2 : ce son n’existait pas dans le signal. Puis à 4 bits, entendre la distorsion devenir un souffle quand on ajoute le dither.
Au clavier MIDI Une touche fixe la fréquence f du sinus échantillonné, mesurée par rapport à la fréquence de Nyquist : la3 tombe exactement sur f_s/2 et chaque demi-ton la multiplie par 2^(1/12). En montant au-dessus de la3, on franchit Nyquist : la fréquence apparente se met à redescendre, à l'oreille comme sur la courbe, puis remonte après f_s. Le pitch bend ajoute un demi-ton au plus ; la vélocité règle le niveau du signal.
3. Quantifier — combien de bits, et pourquoi le dither
Chaque échantillon est arrondi sur n bits : 2^n niveaux. L’erreur d’arrondi est un bruit, dont le rapport signal / bruit vaut, pour une sinusoïde à pleine échelle :
L'analyse mathématique Rapport signal sur bruit de quantification 1 formule · ≈ 1 min
Se lit« S N R environ égal à six virgule zéro deux n plus un virgule soixante-seize décibels »SNR (signal-to-noise ratio) se lit « rapport signal sur bruit » ; n est le nombre de bits. Seize bits donnent environ 98 dB ; vingt-quatre bits environ 146 dB en théorie, autour de 120 dB en pratique, parce que l'électronique plafonne avant.
Ce qu’elle dit
Le nombre de bits règle la finesse des valeurs arrondies, pas le nombre de mesures par seconde. Dans le modèle indiqué, un bit supplémentaire améliore le rapport signal sur bruit d’environ 6 dB. SNR signifie ce rapport ; le matériel réel ajoute ses propres limites.
Les symboles. Survolez la formule ou un symbole.
- SNR rapport signal sur bruit de quantification, pour une sinusoïde à pleine échelle décibel (dB) 16 bits : ≈ 98 dB ; 24 bits : ≈ 146 dB en théorie, ~120 dB en pratique
- n nombre de bits par échantillon sans unité 2^n niveaux possibles ; chaque bit ajoute ≈ 6 dB
L'analyse mathématique Gagner des bits avec des échantillons : suréchantillonnage et mise en forme du bruit 2 formules · ≈ 6 min
La formule du chapitre, 6,02 n + 1,76 dB, compte tout le bruit de quantification ; sa démonstration figure dans la clé sur la conversion. Elle suppose une erreur d'arrondi de puissance q^2/12, répartie uniformément en fréquence de 0 à fs/2. Or l'oreille n'écoute qu'une bande B, environ 20 kHz. Si l'on échantillonne beaucoup plus vite que nécessaire, une partie du bruit tombe hors de cette bande, et un filtre numérique peut l'éliminer. De nombreux convertisseurs audio reposent sur ce principe.
Suréchantillonner étale le bruit. La puissance totale du bruit ne dépend que du pas q. Répartie sur une bande fs/2, elle a une densité constante ; la part qui tombe dans la bande utile vaut (q^2/12)× 2B/fs. Le rapport fs/(2B) s'appelle le taux de suréchantillonnage. Le rapport signal sur bruit dans la bande gagne donc :
Se lit« SNR B environ égale six virgule zéro deux n plus un virgule soixante-seize plus dix log base dix de OSR ; OSR égale f s sur deux B »SNR B se dit « SNR dans la bande B » : le rapport signal sur bruit compté seulement dans la bande utile, en décibels. OSR se dit « O S R », de l'anglais oversampling ratio : le taux de suréchantillonnage. log₁₀ se dit « log base dix ».
Ce qu’elle dit
Chaque doublement de la cadence d'échantillonnage, à bande utile fixée, retire la moitié du bruit de quantification de la bande utile et ajoute 3 dB, soit un demi-bit. Le gain vient de ce que le bruit est chassé hors de la bande, pas supprimé. Hypothèses : erreur de quantification blanche et indépendante du signal, filtrage parfait hors de la bande utile.
Les symboles. Survolez la formule ou un symbole.
- SNRB rapport signal sur bruit de quantification dans la bande utile décibel (dB)
- n nombre de bits du quantificateur sans unité
- log10 logarithme décimal sans unité
- OSR taux de suréchantillonnage : cadence réelle rapportée à la cadence minimale 2B sans unité 64 dans l'exemple
- fs fréquence d'échantillonnage hertz (Hz) 2,8224 MHz pour le DSD
- B largeur de la bande utile, de 0 à B hertz (Hz) ≈ 20 kHz pour l'audio
Exemple chiffré. Avec un taux de 64, le gain vaut 10log1064 ≈ 18 dB, soit trois bits. C'est utile, mais lent : pour qu'un quantificateur à 1 bit (7,8 dB selon la formule) atteigne les 98 dB d'un CD 16 bits par ce seul moyen, il faudrait gagner 90,3 dB, donc OSR ≈ 10^9,03 ≈ 1,1×10^9 : une cadence de l'ordre de 4×10^13 Hz pour une bande de 20 kHz. Il faut donc un autre levier.
Mettre le bruit en forme. L'idée, décrite dans un brevet déposé par C. Chapin Cutler en 1954 (délivré le 8 mars 1960), consiste à mesurer l'erreur d'arrondi commise sur chaque échantillon et à la retrancher du suivant. Au premier ordre, la sortie vaut y[n] = x[n] + e[n] - e[n-1] : le signal passe intact, mais l'erreur e apparaît sous forme de différence entre deux échantillons successifs. Une différence de deux valeurs voisines est petite pour les variations lentes et grande pour les variations rapides : la densité du bruit est multipliée par 4sin^2(π f/fs), presque nulle aux basses fréquences et maximale vers fs/2. Aux basses fréquences, ce facteur vaut à peu près (2π f/fs)^2 ; en l'intégrant de 0 à B, la puissance de bruit dans la bande devient (q^2/12) π^2/(3 OSR^3). En répétant l'opération L fois, dans une boucle d'ordre L :
Se lit« SNR B environ égale six virgule zéro deux n plus un virgule soixante-seize, moins dix log base dix de pi puissance deux L sur deux L plus un, plus vingt L plus dix, fois log base dix de OSR »L est l'ordre de la boucle : le nombre de fois où l'erreur est différenciée. π puissance deux L se dit « pi puissance deux L ». Le dernier terme est un produit : « vingt L plus dix », fois le logarithme du taux.
Ce qu’elle dit
Chaque ordre supplémentaire repousse davantage le bruit vers les hautes fréquences : un doublement du taux rapporte 9 dB au premier ordre, 15 dB au deuxième, 21 dB au troisième, au lieu de 3 dB sans mise en forme. Le terme en π est une pénalité fixe, qui grandit avec l'ordre. Hypothèses : quantificateur modélisé par un bruit blanc additif, boucle stable, signal dans la bande utile ; pour L = 0, on retrouve la formule précédente.
Les symboles. Survolez la formule ou un symbole.
- SNRB rapport signal sur bruit de quantification dans la bande utile décibel (dB)
- n nombre de bits du quantificateur sans unité 1 bit dans l'exemple
- log10 logarithme décimal sans unité
- L ordre de la mise en forme du bruit sans unité de 1 à 3 dans l'exemple
- OSR taux de suréchantillonnage sans unité 64 dans l'exemple
Exemple chiffré (calcul pour ce dossier). Quantificateur à 1 bit, taux 64 : sans mise en forme, 25,8 dB ; au premier ordre, 7,78 - 5,17 + 30×1,806 ≈ 56,8 dB ; au deuxième, 7,78 - 12,9 + 50×1,806 ≈ 85,2 dB ; au troisième, environ 112,8 dB.
| ordre L | pénalité | gain par doublement du taux | SNR pour 1 bit, taux 64 |
|---|---|---|---|
| 0 | 0 dB | 3 dB | 25,8 dB |
| 1 | 5,17 dB | 9 dB | 56,8 dB |
| 2 | 12,9 dB | 15 dB | 85,2 dB |
| 3 | 21,4 dB | 21 dB | 112,8 dB |
Ce que le calcul ne dit pas. Le Direct Stream Digital du Super Audio CD code un seul bit à 2,8224 MHz, soit 64 fois 44,1 kHz, et repousse son bruit vers l'ultrason par une mise en forme. Aux ordres élevés, la formule idéale promet plus que ce qu'on obtient, car un quantificateur à 1 bit n'est pas un bruit blanc additif et une boucle d'ordre élevé devient instable si le signal approche la pleine échelle ; on limite donc l'amplitude d'entrée. Autre prix : le bruit n'a pas disparu, il est concentré au-dessus de la bande utile. Un filtre de décimation doit l'éliminer avant de ramener la cadence à 44,1 ou 48 kHz, faute de quoi un appareil enverrait cette énergie ultrasonore aux amplificateurs. Enfin, ce bilan ne compte que la quantification : le bruit analogique des composants, souvent plus élevé, n'en dépend pas (voir le bruit comme densité spectrale).
Appuis
- H. Inose, Y. Yasuda et J. Murakami, « A telemetering system by code modulation — Δ-Σ modulation », IRE Trans. Space Electronics and Telemetry SET-8(3), 204–209 (1962) — l'article fondateur de la modulation delta-sigma.
- C. C. Cutler, brevet US 2,927,962, « Transmission systems employing quantization » (déposé le 26 avril 1954, délivré le 8 mars 1960) — réinjection de l'erreur de quantification, principe de la mise en forme du bruit.
- Wikipédia — Delta-sigma modulation — un demi-bit par doublement du taux sans mise en forme, L + ½ bit avec une boucle d'ordre L.
- Wikipédia — Direct Stream Digital — un bit à 2,8224 MHz, soit 64 × 44,1 kHz, mise en forme du bruit vers l'ultrason.
- Intégrales du bruit dans la bande, pénalités et valeurs du tableau : calculées pour ce dossier.
À bas niveau, l’arrondi n’est plus un bruit mais une distorsion corrélée au signal, audible et laide : on ajoute volontairement un bruit minuscule (dither) avant d’arrondir, qui linéarise la conversion. Ajouter du bruit pour entendre mieux : contre-intuitif, exact, et pratiqué à chaque export de master. La modulation par impulsions codées (PCM) est brevetée par Alec Reeves en 1938 ; premiers enregistrements commerciaux numériques : Denon, janvier 1971, enregistreur DN-023R en 1972 ; CD : 1982 (chapitre précédent).
Clé de physique Le bruit en physique : une densité spectrale, pas une liste de raies ≈ 11 min
4. Analyser — la transformée de Fourier discrète et la FFT (1965)
Lire les représentations avant de lire le calcul. Une forme d’onde montre une grandeur du signal au cours du temps. Un spectre répartit ses composantes selon la fréquence sur un intervalle choisi. Un spectrogramme suit cette répartition au cours du temps : lire les axes et l’échelle de couleur avant de commenter un motif. « Plus clair » ne signifie « plus intense » que si la légende le dit. FFT signifie transformée de Fourier rapide ; STFT désigne l’analyse de Fourier répétée sur de petites fenêtres temporelles.
Fourier (chapitre XVIIIe–XIXe) sur des nombres : pour N échantillons,
L'analyse mathématique Transformée de Fourier discrète 1 formule · ≈ 1 min
Se lit« X k égale somme pour n allant de zéro à N moins un de x n fois exponentielle de moins deux i pi k n sur N ; delta f égale f s sur N »Le i est l'unité imaginaire (i^2 = -1) : l'exponentielle complexe mesure à la fois l'amplitude et la phase de la fréquence numéro k. N est le nombre d'échantillons de la fenêtre ; Δ f, « delta f », la finesse en fréquence.
Ce qu’elle dit
On compare le fragment enregistré à des oscillations candidates pour savoir lesquelles y contribuent. Xk désigne la composante calculée ; N est le nombre d’échantillons et i l’unité imaginaire, qui permet de coder aussi la phase. Δf donne l’espacement des cases du spectre ; la séparation réelle de deux raies dépend aussi de la fenêtre et du signal.
Les symboles. Survolez la formule ou un symbole.
- Xk composante complexe du spectre à la fréquence numéro k : amplitude et phase unité du signal
- n numéro de l'échantillon dans la fenêtre sans unité de 0 à N-1
- N nombre d'échantillons de la fenêtre analysée sans unité ex. 4 096
- xn échantillon numéro n du signal unité du signal
- e base des exponentielles sans unité ≈ 2,718
- i unité imaginaire sans unité i^2 = -1 ; code la phase
- k numéro de la case de fréquence sans unité la case k correspond à k fs/N
- Δ f espacement entre deux cases du spectre hertz (Hz) 48 kHz et N = 4 096 : ≈ 11,7 Hz
- fs fréquence d'échantillonnage hertz (Hz)
Calcul naïf : N^2 opérations. Cooley & Tukey (1965) redécouvrent un algorithme que Gauss avait noté en 1805 sans le publier : Nlog2 N. Pour N = 4 096, c’est 340 fois moins — la différence entre un spectrogramme en direct et une nuit de calcul. Tout analyseur, tout accordeur, tout codec, la moitié de la physique numérique passent par là.
Le prix à payer est une incertitude : un bloc de durée Δ t = N/fs ne résout pas mieux que Δ f = 1/Δ t. Gabor (1946) l’écrit comme Heisenberg : Δ t Δ f gtrsim 1 (avec des écarts-types, la borne exacte est 1/4π). Une fenêtre longue voit les hauteurs fines et brouille les attaques ; une fenêtre courte voit les attaques et étale les hauteurs. Le spectrogramme (Potter, Kopp & Green, Visible Speech, Bell Labs 1947 ; sonagraphe Kay 1951) est ce compromis rendu visible — et son apparence dépend du réglage, ce qu’il faut dire avant d’en projeter un.
Clé de physique Des nombres à la membrane, et ce que la FFT ne peut pas inventer ≈ 12 min
Atelier S18 · Le spectrogramme ★★★ · micro · son · plein écran · MIDI
Le spectrogramme
Rien ne tourne avant ce clic : ni son, ni calcul.
Le micro n'est demandé que si vous cliquez sur « Utiliser le micro » ; le son est analysé sur votre appareil, rien n'est envoyé ni enregistré.
Comment l'utiliserAutoriser le micro, parler ou siffler, ou choisir un enregistrement réel, puis lire le spectrogramme qui défile. Changer la taille de fenêtre en gardant le même son ; survoler pour lire fréquence, temps et niveau.
Ce que ça montreUne FFT maison (fenêtre, recouvrement et ajout de zéros au choix), un spectrogramme (temps horizontal, fréquence verticale, couleur = niveau par case en dB relatifs à la pleine échelle), le spectre instantané et la forme d’onde ; le compromis temps / fréquence rendu visible.
Sens de lectureSiffler : une ligne fine. Claquer des doigts, ou choisir « Impulsions » : une barre verticale. Puis agrandir la fenêtre : la ligne s’affine, la barre s’étale. C’est Gabor (Δt·Δf ≳ 1) en une manipulation. Avec « Deux tons proches » (25 Hz d’écart) : une seule bosse avec N = 2 048, deux raies nettes avec N = 8 192. L’ajout de zéros resserre les cases sans séparer les deux tons : il densifie l’affichage, il n’allonge pas la durée observée. Avec les enregistrements réels, la voix du chien et celles du bébé dessinent des raies empilées, une fondamentale et ses harmoniques, qui montent et descendent ensemble ; l’extracteur de miel, une nappe large bande, sans raie nette.
Au clavier MIDI Chaque touche tenue joue une voix (fondamentale et harmoniques) que le spectrogramme analyse en direct, à la fréquence du navigateur : une touche trace une raie et ses harmoniques, plusieurs touches tracent un accord. Le pitch bend désaccorde les voix tenues de deux demi-tons au plus, la molette règle le nombre d'harmoniques des notes suivantes. Quatre secondes après le relâchement, le générateur revient.
Pause — trois réglages que l’on ne doit plus confondre
Cadence des mesures, précision des valeurs, durée de la fenêtre d’analyse. Pour mieux séparer deux fréquences proches sur le spectre, quel réglage change-t-on ? La durée observée, avec les limites de fenêtre expliquées ci-dessus. Nous allons ensuite utiliser cette analyse pour représenter et coder les sons.
5. Modéliser la voix — vocodeur (1939) et LPC (1971)
Dudley (Bell Labs, 1939) : le vocoder analyse la voix en bandes et la resynthétise — la première voix de machine, celle de Kraftwerk plus tard. Atal & Hanauer (1971), Itakura : la prédiction linéaire (LPC) estime directement le filtre du conduit vocal (les formants du chapitre bioacoustique humaine) à partir du signal. C’est la source-filtre de Fant faite algorithme : le GSM (1991) et de nombreux codecs de parole transmettent des paramètres de modèle et une description de l’excitation ; tous les codecs ne reposent pas sur cette architecture.
6. Jeter ce que l’oreille ignorera — MP3 (1993), AAC (1997), Opus (2012)
Le masquage de Zwicker (chapitre psychoacoustique) devient un budget : on découpe le signal en bandes (transformée MDCT), on calcule pour chaque instant le seuil sous lequel un partiel est masqué par ses voisins, et on ne dépense des bits que pour ce qui dépasse le seuil. Fraunhofer (Brandenburg et al.), norme MPEG-1 couche III en 1993 — testée sur « Tom’s Diner » de Suzanne Vega, une voix nue étant le pire cas. Débit divisé par dix à douze avec une transparence presque totale. AAC (1997) affine ; Opus (RFC 6716, 2012, Xiph/Mozilla avec Skype) unifie parole et musique à faible latence : il est notamment utilisé pour la communication audio sur le Web. Le codec réel de ce live dépendra de la chaîne de diffusion retenue et de ses réglages ; il faut l’identifier avant de lui attribuer une limite précise. La différence entre original et signal décodé s’écoute après alignement temporel et de gain. Ce résidu n’est pas nécessairement inaudible isolément : il faut comparer les versions complètes à niveau égal.
En profondeur Dans un codeur MP3 : bancs de filtres, pré-écho et budget de bits ≈ 4 min
Le chapitre résume le codage perceptif en une idée : ne dépenser des bits que pour ce qui dépasse le seuil de masquage. Ce bloc ouvre la machine, en prenant l'exemple de la couche III de MPEG-1, le MP3. Une remarque d'abord : la norme fixe le décodeur et le format du flux, pas le codeur. Deux codeurs conformes peuvent donc produire, au même débit, des fichiers de qualité très différente.
Le budget. Un CD stéréo transporte 44 100 × 16 × 2 = 1 411 200 bit/s. À 128 kbit/s, le MP3 en garde environ un onzième. Une trame MP3 couvre 1 152 échantillons par voie, soit 26,1 ms à 44,1 kHz ; à 128 kbit/s, elle dispose de 128 000 × 1 152 / 44 100 ≈ 3 344 bits, environ 418 octets. Ces bits doivent décrire 2 304 coefficients de fréquence (576 par granule, deux granules, deux voies) : un peu moins d'un bit et demi par coefficient en moyenne, en-têtes compris. La plupart des coefficients reçoivent donc zéro bit ou presque ; seuls quelques-uns sont décrits finement.
Un banc de filtres hybride. Le signal passe d'abord dans un banc de 32 sous-bandes, hérité des couches I et II. Chaque sous-bande est ensuite découpée en 18 raies par une transformée en cosinus discrète modifiée (MDCT), soit 576 raies. À 44,1 kHz, chacune couvre environ 22 050/576 ≈ 38 Hz, sur un bloc de 576 nouveaux échantillons, 13 ms. Cette finesse sert les sons tenus : un partiel isolé occupe peu de raies, et le bruit de quantification peut suivre de près la courbe de masquage.
Le pré-écho : Gabor à nouveau. Le décodeur reconstruit chaque bloc en additionnant des fonctions qui durent toute la fenêtre de synthèse. L'erreur de quantification d'une raie est donc étalée sur toute la fenêtre. Si une attaque brutale — des castagnettes, un claquement — survient au milieu du bloc, le codeur dépense des bits pour elle, mais le bruit qui l'accompagne se répand aussi avant elle, dans une portion qui était silencieuse. Si ce bruit anticipé dépasse la brève durée pendant laquelle l'oreille masque ce qui précède un son fort, on l'entend : c'est le pré-écho. La parade est la commutation de fenêtres : devant une attaque, le codeur découpe le granule en trois blocs courts de 192 échantillons, environ 4,4 ms chacun, au prix d'une résolution grossière, 22 050/192 ≈ 115 Hz. C'est le compromis temps–fréquence du spectrogramme, réglé instant par instant.
Le modèle perceptif et les deux boucles. Un modèle psychoacoustique estime, pour chaque partition de codage, grossièrement une bande critique, le bruit tolérable. La quantification suit une loi de puissance, qui arrondit plus grossièrement les grandes valeurs. Une boucle interne règle le pas global jusqu'à ce que le résultat tienne dans le budget ; une boucle externe augmente la précision des bandes où le bruit dépasse le seuil autorisé, puis relance la première. Les valeurs quantifiées sont enfin codées par Huffman, avec des tables où les petites valeurs, les plus fréquentes, ont les codes les plus courts.
Emprunter des bits. Certains passages demandent peu, d'autres beaucoup. Le réservoir de bits permet à une trame d'utiliser des bits laissés libres par les précédentes, tout en gardant un débit moyen constant. Une attaque précédée de silence peut ainsi recevoir plus que sa part.
La stéréo. Deux voies très semblables se codent mieux sous forme de somme et de différence : la différence, faible, coûte peu. À bas débit, la stéréo d'intensité ne transmet, pour certaines bandes, qu'un seul signal et la répartition de son niveau entre les voies ; elle économise des bits, mais peut déplacer l'image sonore, des instruments semblant bouger.
Ce que cela ne garantit pas. Si le bruit reste sous le seuil dans chaque partition, le résultat devrait être indiscernable de l'original ; c'est l'hypothèse de conception, que seules des écoutes comparatives vérifient. Quand les bits manquent, le codeur supprime des raies, le plus souvent dans l'aigu ; une bande qui varie d'une trame à l'autre est plus gênante qu'une coupure fixe. L'AAC reprend la même architecture avec une MDCT pure de 1 024 raies, une stéréo et un codage entropique plus souples.
Appuis
- K. Brandenburg, « MP3 and AAC explained », AES 17th International Conference (1999) — banc hybride polyphase + MDCT, 18 raies par sous-bande, commutation de fenêtres, deux boucles imbriquées, quantification en loi de puissance, Huffman, réservoir de bits, stéréo M/S et d'intensité, pré-écho et perte de bande ; 1 024 raies en AAC contre 576.
- D. Pan, « A tutorial on MPEG/audio compression », IEEE MultiMedia 2(2), 60–74 (1995) — présentation d'ensemble des trois couches MPEG-1 et du modèle psychoacoustique.
- Wikipédia — MP3 — trame de 1 152 échantillons en deux granules de 576 ; blocs courts de 192 échantillons devant une attaque.
- Débit du CD, bits par trame, bits par coefficient, résolutions et durées des blocs : calculés pour ce dossier.
7. Depuis 1990 — streaming, normalisation et synthèse
| Repère | Fait | Physique / chapitre |
|---|---|---|
| 1996 | Premières aides auditives entièrement numériques (Widex Senso, Oticon DigiFocus). | filtrage par bandes, compression (oreille) |
| 1997 | Auto-Tune (Andy Hildebrand, Antares) : détection de hauteur par autocorrélation, venue de la prospection sismique pétrolière ; Cher, « Believe », 1998, premier usage assumé comme effet. | même algorithme que le sonar et l’infrason : trouver une période dans un signal |
| 1990s–2000s | Loudness war : compression de plus en plus dure des masters pour paraître plus fort à niveau crête égal. | sonie ≠ niveau crête (Fletcher–Munson) |
| 2006 / 2010 | ITU-R BS.1770 (mesure de sonie, LUFS) ; EBU R128 (−23 LUFS en diffusion). Divers services normalisent ensuite la lecture, avec des cibles et des options variables (−14 LUFS est un exemple, pas une règle universelle) : à sonie comparable, pousser le master ne procure plus le même avantage de niveau ; cela ne signifie pas que la loudness war a disparu. | psychoacoustique devenue norme |
| 2003 → | Micros MEMS (Knowles) ; 2012 : Dolby Atmos (objets sonores) ; casques à HRTF et suivi de tête. | transduction ; localisation |
| 2016 → | Synthèse neuronale (WaveNet 2016), séparation de sources (Demucs 2019–21), codecs neuronaux (SoundStream 2021, EnCodec 2022), clonage vocal à partir de quelques secondes (2023 →). | modèles statistiques du signal ; voir chapitre intox pour les usages malveillants |
Manips numériques
- Glissando montant de 1 à 30 kHz échantillonné à 44,1 kHz, filtre anti-repliement coupé : au-delà de 22,05 kHz, on l’entend redescendre.
- Même extrait à 16, 8, 4 bits sans dither, puis 4 bits avec dither : la distorsion devient un souffle, et le souffle est préférable.
- Un clic puis une note tenue, spectrogramme à fenêtre 256 puis 8 192 : le clic s’étale en temps, la note s’affine en fréquence. Dire Gabor.
- Écouter le résidu MP3 : soustraire le signal décodé à l’original après compensation de la latence et du gain. Le résidu peut contenir des éléments reconnaissables ; l’hypothèse de masquage concerne leur présence dans le signal complet, pas leur écoute isolée.
1877 grave la trace. 1928 la compte. 1965 la calcule. 1993 la trie selon ce que l’oreille ignorera. Et depuis 2023, une machine peut la fabriquer avec votre voix.
Provoxys
Atelier S34 · Le studio (mini-DAW) ★★ · micro · son · plein écran · MIDI
Le studio (mini-DAW)
Rien ne tourne avant ce clic : ni son, ni calcul.
Le micro n'est demandé que si vous cliquez sur « Utiliser le micro » ; le son est analysé sur votre appareil, rien n'est envoyé ni enregistré.
Comment l'utiliserChoisir une démo dans le menu Projet, ou ajouter une piste avec « + Piste ». Double-cliquer un clip pour l’éditer : piano roll, ou pas à pas pour la batterie. Jouer au clavier virtuel, au clavier d’ordinateur ou en MIDI ; le bouton ● enregistre après un décompte. L’échantillonneur (onglet Instrument) rejoue aussi des enregistrements réels, un chien, deux voix de bébé, un extracteur de miel, à toutes les hauteurs. Régler l’instrument, les effets et la table de mixage, puis exporter en WAV. La démo « One drop » rejoue le rythme du reggae et l’écho du dub (fiche Bob Marley). Tout reste dans le navigateur.
Ce que ça montreTout le dossier réuni dans l’outil qui a remplacé le studio de Schaeffer : instruments de synthèse, séquenceur, effets, console, avec une chaîne du signal qui se suit d’un bout à l’autre (instrument → effets → volume et panoramique → master → sortie). Gain, égalisation (gain selon la fréquence), saturation (non linéaire, crée des harmoniques) et dynamique (gain selon le niveau) y sont quatre actions distinctes. Au bout de la chaîne, le LUFS-mètre rend visible la guerre du volume ; les dBFS sont relatifs à la pleine échelle numérique et ne garantissent aucun niveau de pression à l’oreille.
Sens de lectureRegarder le master : le crête-mètre et le LUFS-mètre ne disent pas la même chose. Charger « Mur de son » : la crête reste sous le plafond, la sonie monte vers −9 LUFS, l’écart entre les deux fond. Activer la normalisation à −14 LUFS : le master écrasé est baissé d’autant. Il ne gagne plus rien, il reste seulement plus plat.
Au clavier MIDI Branchez un clavier MIDI (bouton « MIDI » du clavier du studio, ou barre « Clavier MIDI ») : les touches jouent l'instrument de la piste armée ou, à défaut, de la piste choisie, avec la vélocité de la touche pour niveau, et la pédale de maintien retient les notes comme au clavier virtuel. Pendant un enregistrement, les notes jouées s'inscrivent dans le clip comme celles du clavier d'ordinateur, puis s'affichent dans le piano roll. Le pitch bend et la molette ne sont pas utilisés : les voix de l'instrument ne changent pas de hauteur une fois lancées.
Bilan
Quatre opérations différentes
- Échantillonner règle la cadence des mesures ; quantifier règle la précision des valeurs.
- Analyser un spectre cherche les composantes du signal et dépend de la fenêtre d’observation.
- Coder avec pertes cherche à économiser de l’information en tenant compte de ce que l’auditeur pourrait percevoir.
Question
Passer de 16 à 24 bits corrige-t-il un échantillonnage trop lent ?
Voir la réponse
Non : la précision des valeurs et la cadence des mesures sont deux paramètres différents. Une mesure très précise prise trop rarement peut encore confondre des fréquences.
Pour reprendre le fil
La machine sait conserver le son ; elle peut aussi utiliser son retour pour mesurer.
Acte VI · L'écho comme règle
Voir avec le son
Envoyer une impulsion et attendre l’écho donne une distance : le temps mesuré comprend le trajet aller et le retour. Un mouvement peut aussi décaler la fréquence reçue. Le sonar et l’échographe exploitent ces deux informations dans des milieux différents.
On peut écouter pour reconnaître. On peut aussi écouter pour mesurer une distance : on envoie une impulsion, on attend son retour et l’écho devient une règle.
Acte VI · chapitre 19
Voir avec le son — chauves-souris, icebergs, sous-marins, fœtus
| Date | Acteur | Fait |
|---|---|---|
| 1793–1794 | Lazzaro Spallanzani ; Louis Jurine | Spallanzani observe le vol sans vision ; Jurine montre le rôle de l’audition en bouchant les oreilles ; Spallanzani confirme. Le mécanisme ultrasonore n’est établi qu’au XXe siècle. |
| 1826 | Jean-Daniel Colladon & Sturm | Vitesse du son dans l’eau, lac Léman. |
| 1876 | Francis Galton | Sifflet de Galton, ultrasons pour chiens / tests d’audition animale. |
| 1880–1881 | Jacques & Pierre Curie ; Lippmann | Piézoélectricité directe et inverse : le transducteur moderne devient possible. |
| 1912–1914 | Reginald Fessenden | Après le Titanic, sonar / echo-sounder pour icebergs (~2 miles). |
| 1915–1917 | Paul Langevin & Constantin Chilowsky | Émetteur capacitif à ultrasons (1915) ; puis quartz piézoélectrique en émission et réception (Langevin seul, 1917), détection de sous-marins (WWI) : le premier transducteur à quartz, base de toute la technique ultérieure. |
| 1929+ | Sokolov et autres | Contrôle non destructif des métaux. |
| 1942 | Karl Dussik | Premiers essais d’imagerie crânienne par ultrasons (« hyperphonographie ») — pionnier médical, images encore rudimentaires. |
| 1950s–1970s | Howry, Wild, Donald, etc. | Échographie obstétricale et diagnostique moderne. |
L’écho-Doppler relie Doppler 1842 et Langevin 1917 : voir le sang bouger. L’acoustique sous-marine structure la guerre froide (SOSUS, thermoclines, canal SOFAR découvert dans les années 1940 : le son peut voyager des milliers de kilomètres dans l’océan à une profondeur donnée).
L'analyse mathématique Le canal SOFAR en chiffres : un profil de célérité, un angle limite, des arrivées dans le désordre 2 formules · ≈ 7 min
Le chapitre mentionne le canal SOFAR, où le son parcourt des milliers de kilomètres dans l'océan ; la clé sur les guides océaniques en décrit le principe. Ce bloc en fait le calcul : d'où vient le minimum de célérité, quels rayons il piège, et pourquoi, à l'arrivée, les trajets les plus longs arrivent en premier.
La célérité dans l'eau de mer. Elle dépend de la température T, de la salinité S et de la profondeur D. Parmi les formules empiriques, celle de Mackenzie (1981) couvre les conditions océaniques courantes :
Se lit« c égale mille quatre cent quarante-huit virgule quatre-vingt-seize, plus quatre virgule cinq cent quatre-vingt-onze T, moins cinq virgule trois cent quatre fois dix puissance moins deux T carré, plus deux virgule trois cent soixante-quatorze fois dix puissance moins quatre T cube ; plus un virgule trois cent quarante fois S moins trente-cinq, plus un virgule six cent trente fois dix puissance moins deux D, plus un virgule six cent soixante-quinze fois dix puissance moins sept D carré ; moins un virgule zéro vingt-cinq fois dix puissance moins deux T fois S moins trente-cinq, moins sept virgule cent trente-neuf fois dix puissance moins treize T D cube »T est ici la température en degrés Celsius, S la salinité en parties pour mille, D la profondeur en mètres ; le résultat c sort en mètres par seconde. Les coefficients portent les unités qui rendent chaque terme homogène à une vitesse : la formule s'emploie avec ces unités, et avec aucune autre.
Ce qu’elle dit
Le son va plus vite dans une eau plus chaude, plus salée et plus profonde. Près de la surface, le terme en température domine : de 3 à 4,6 m/s de plus par degré, selon la température (4,6 près de 0 °C, environ 2,8 à 20 °C). En profondeur, où la température ne change presque plus, c'est le terme de pression qui l'emporte : environ 1,6 cm/s de plus par mètre, 16 m/s par kilomètre. Formule ajustée sur des mesures, valable de 2 à 30 °C, de 25 à 40 pour mille et de 0 à 8 000 m.
Les symboles. Survolez la formule ou un symbole.
- c célérité du son dans l'eau de mer mètre par seconde (m/s) ≈ 1 480 à 1 530 m/s dans l'exemple
- T température de l'eau degré Celsius (°C) de 20 °C en surface à 2 °C au fond dans l'exemple
- S salinité partie pour mille (‰) 35 ‰ dans l'exemple
- D profondeur mètre (m) de 0 à 4 000 m dans l'exemple
Un profil schématique de latitude moyenne (températures choisies pour l'exemple, salinité 35 ‰), calculé avec cette formule :
| profondeur | température | célérité |
|---|---|---|
| 0 m | 20 °C | 1 521,5 m/s |
| 200 m | 15 °C | 1 510,0 m/s |
| 500 m | 8 °C | 1 490,6 m/s |
| 1 000 m | 4 °C | 1 483,0 m/s |
| 2 000 m | 3 °C | 1 495,5 m/s |
| 4 000 m | 2 °C | 1 525,7 m/s |
La célérité baisse de 38 m/s dans le premier kilomètre, parce que l'eau refroidit ; elle remonte ensuite, parce que la pression augmente. Le minimum, ici vers 1 000 m, est l'axe du canal.
Quels rayons restent piégés. Dans un milieu fait de couches horizontales, la loi de Snell–Descartes se conserve de couche en couche. Écrite avec l'angle θ mesuré depuis l'horizontale, elle dit que cosθ / c garde la même valeur tout le long du rayon :
Se lit« cosinus thêta de z sur c de z égale cosinus thêta zéro sur c zéro ; thêta max égale arc cosinus de c axe sur c bord »θ se dit « thêta » : l'angle du rayon avec l'horizontale, pas avec la verticale. θ₀ et c₀ se disent « thêta zéro » et « c zéro » : l'angle et la célérité au point de départ. arccos se dit « arc cosinus » : l'angle dont le cosinus vaut la fraction.
Ce qu’elle dit
Quand un rayon monte vers une eau plus rapide, son cosinus doit croître : il se couche vers l'horizontale, puis redescend. Il fait demi-tour là où la célérité atteint c0/cosθ0. Un rayon parti de l'axe reste donc dans l'eau, sans toucher ni la surface ni le fond, tant que son angle de départ reste sous l'angle limite fixé par la plus petite des célérités aux deux bords. Hypothèses : couches horizontales, profil qui ne change pas le long du trajet, longueur d'onde petite devant l'épaisseur du canal.
Les symboles. Survolez la formule ou un symbole.
- θ angle du rayon avec l'horizontale à la profondeur z radian (rad) ou degré (°)
- z profondeur du point du rayon mètre (m)
- c célérité du son à la profondeur z mètre par seconde (m/s)
- θ0 angle du rayon avec l'horizontale au départ radian (rad) ou degré (°)
- c0 célérité au point de départ du rayon mètre par seconde (m/s) 1 483,0 m/s sur l'axe dans l'exemple
- θmax plus grand angle de départ, depuis l'axe, d'un rayon qui reste guidé radian (rad) ou degré (°) ≈ 12,9° dans l'exemple
- caxe célérité minimale, sur l'axe du canal mètre par seconde (m/s) 1 483,0 m/s dans l'exemple
- cbord la plus petite des célérités à la surface et au fond mètre par seconde (m/s) 1 521,5 m/s, en surface, dans l'exemple
Exemple chiffré. La surface (1 521,5 m/s) est plus lente que le fond (1 525,7 m/s) : c'est elle qui limite. θmax = arccos(1 483,0/1 521,5) ≈ 12,9°. Tout rayon parti de l'axe à moins de 12,9° au-dessus ou au-dessous de l'horizontale oscille autour de l'axe sans jamais se réfléchir ; il échappe aux pertes par diffusion sur la surface agitée et par absorption dans les sédiments.
Des arrivées dans le désordre. En intégrant les rayons dans ce profil, avec une célérité linéaire par morceaux entre les valeurs du tableau (calcul pour ce dossier) :
| angle de départ | longueur d'une oscillation | vitesse horizontale moyenne |
|---|---|---|
| 1° | 7,5 km | 1 483,1 m/s |
| 5° | 37,8 km | 1 484,9 m/s |
| 10° | 49,8 km | 1 487,6 m/s |
| 12,9° | 61,4 km | 1 492,4 m/s |
Le rayon le plus incliné parcourt plus de chemin, mais il passe l'essentiel de son temps loin de l'axe, dans une eau plus rapide : sa vitesse horizontale moyenne est la plus grande. Sur 1 000 km, il arrive en 10^6/1 492,4 ≈ 670,1 s, le rayon presque axial en 10^6/1 483,1 ≈ 674,3 s : environ quatre secondes plus tard. Un signal bref émis sur l'axe arrive donc étalé, et se termine net par l'arrivée axiale, la plus lente.
Pourquoi le son porte si loin. Tant que l'énergie s'étale dans toutes les directions, le niveau baisse de 20 log₁₀ r (voir la dilution sphérique). Une fois confinée dans l'épaisseur du canal, elle ne s'étale plus que sur la distance horizontale : 10 log₁₀ r. Si la transition se faisait vers 5 km, la perte géométrique à 1 000 km serait d'environ 20log105 000 + 10log10200 ≈ 74 + 23 = 97 dB, contre 120 dB en dilution sphérique. Aux basses fréquences, où l'absorption de l'eau de mer est faible, cet écart fait la portée.
Appuis
- K. V. Mackenzie, « Nine-term equation for sound speed in the oceans », J. Acoust. Soc. Am. 70(3), 807–812 (1981) — la formule, ajustée sur des mesures océaniques.
- National Physical Laboratory — Speed of sound in sea water, underlying physics — coefficients de Mackenzie et domaine de validité (2–30 °C, 25–40 ‰, 0–8 000 m).
- M. Ewing et J. L. Worzel, « Long-range sound transmission », GSA Memoir 27 (1948) — mesures fondatrices de la propagation guidée.
- Wikipédia — SOFAR channel — structure des arrivées, qui se termine par l'arrivée proche de l'axe.
- Profil schématique, angle limite, longueurs d'oscillation, vitesses moyennes et pertes géométriques : calculés pour ce dossier.
En profondeur Écouter sans émettre : ce que fait un sonar passif ≈ 4 min
Le chapitre et le portrait de Langevin décrivent le sonar actif : on émet, on attend l'écho, on mesure un temps. La surveillance sous-marine de la guerre froide, que le chapitre évoque avec SOSUS, repose surtout sur l'inverse : le sonar passif, qui n'émet rien et écoute le bruit que la cible produit elle-même. Il ne trahit pas sa présence, mais il perd l'information la plus simple, la distance.
Un trajet simple au lieu d'un aller-retour. Un sonar actif paie deux fois la propagation et ne récupère que la faible fraction renvoyée par la cible (voir la portée d'un sonar). Un sonar passif ne paie qu'un trajet, depuis une source qui rayonne en continu. C'est la même asymétrie que celle du papillon qui entend la chauve-souris avant d'être détecté. En contrepartie, le niveau de départ n'est pas choisi : c'est le bruit rayonné par la cible, que ses concepteurs s'efforcent de réduire.
Ce que rayonne un navire. Plusieurs sources se superposent, et elles ne se ressemblent pas dans un spectre.
- Les machines tournantes — moteurs, pompes, générateurs — produisent des raies à des fréquences fixes, liées à leur vitesse de rotation ou à la fréquence du réseau électrique de bord. Une raie à 50 Hz ou à 60 Hz, et ses harmoniques, renseigne déjà sur l'équipement.
- L'hélice module le bruit au rythme du passage de ses pales. Une hélice à cinq pales qui tourne à 120 tours par minute donne 5 × 120/60 = 10 passages de pale par seconde : l'enveloppe du bruit bat à 10 Hz, ce qui renseigne sur le nombre de pales et la vitesse de rotation.
- La cavitation : quand la pression chute assez derrière les pales, des bulles de vapeur se forment puis s'effondrent, avec un bruit à large bande. Elle apparaît d'autant plus tôt que l'hélice tourne vite, et d'autant plus tard que l'immersion est grande, puisque la pression de l'eau augmente avec la profondeur.
- L'écoulement autour de la coque et le bruit propre de la plateforme qui écoute s'ajoutent à l'ensemble.
Chercher des raies dans le bruit. Une raie stable peut être isolée du bruit de fond par une analyse spectrale fine : plus la durée d'observation est longue, plus la case de fréquence est étroite, et moins elle contient de bruit (voir le bruit comme densité spectrale). Doubler la durée d'intégration divise par deux la largeur de case, donc par deux la puissance de bruit qu'elle contient, pour une raie inchangée : 3 dB de gagnés. C'est le principe des spectrogrammes à basse fréquence, les « LOFARgrammes », sur lesquels des opérateurs reconnaissaient les raies d'un bâtiment comme une signature.
Une direction, pas une distance. Un seul hydrophone n'indique pas d'où vient le son. Une antenne de nombreux hydrophones alignés, combinés avec des retards choisis, renforce les sons qui arrivent d'une direction donnée. Avec N hydrophones dont les bruits sont indépendants, le signal s'additionne en amplitude et le bruit en puissance : le rapport signal sur bruit gagne 10log10 N, soit 18 dB pour 64 capteurs. La finesse angulaire dépend de la longueur de l'antenne comparée à la longueur d'onde : à 100 Hz dans l'eau, λ ≈ 1 500/100 = 15 m ; une antenne de 300 m donne un faisceau large d'environ λ/L = 0,05 rad, près de 3°, et une antenne de 30 m, dix fois plus. Une antenne rectiligne a une ambiguïté propre : elle ne distingue pas un son venu de sa gauche d'un son symétrique venu de sa droite.
La distance se reconstruit autrement : en croisant les directions mesurées par plusieurs antennes éloignées, ou, pour une seule plateforme, en suivant l'évolution de la direction au cours du temps et en la comparant au mouvement de l'écouteur. Cette « analyse du mouvement de la cible » suppose que la cible garde un cap et une vitesse constants pendant la mesure.
Ce que le milieu impose. Les trajets courbés par le profil de célérité (voir le canal SOFAR en chiffres) font arriver un même bruit par plusieurs chemins, et peuvent créer des zones d'ombre où une cible proche n'est pas entendue. Le bruit ambiant — vagues, pluie, trafic maritime, animaux — fixe le plancher, et il varie avec la mer, la saison et la bande de fréquence. Un sonar passif ne mesure donc jamais « la » portée : il mesure si, ici et maintenant, une signature dépasse ce plancher.
Appuis
- Wikipédia — Sonar, section « Passive sonar » — identification par les raies des machines, raies à 50 ou 60 Hz selon le réseau électrique de bord, cavitation et fréquence de passage des pales, antennes remorquées, analyse du mouvement de la cible.
- Wikipédia — SOSUS — analyse LOFAR (Low Frequency Analysis and Recording) et LOFARgrammes pour détecter des sous-marins à des centaines de milles.
- NOAA Ocean Service — How far does sound travel in the ocean? — rôle de la température et de la pression ; canal sonore qui porte le son sur des milliers de milles.
- Fréquence de passage des pales, gain d'antenne, gain d'intégration, longueur d'onde et largeur de faisceau : calculés pour ce dossier.
Histoire & sources Du Titanic à SOSUS : l'écoute sous-marine entre urgence, secret et redécouverte ≈ 5 min
Le portrait de Langevin détaille le cœur de l'histoire du sonar. Ce bloc suit ce qui l'entoure : les tentatives antérieures, les noms, et la longue période où l'acoustique sous-marine progresse sous le secret militaire.
Après le Titanic, l'écho comme idée. Un mois après le naufrage d'avril 1912, le météorologue britannique Lewis Fry Richardson dépose le premier brevet connu de détection d'obstacles par écho sous l'eau. La même année, à Boston, la Submarine Signal Company engage Reginald Fessenden, qui met au point un émetteur électrodynamique puissant. En 1914, il fait la démonstration de sondages de profondeur, de communications en morse sous l'eau et de la détection d'un iceberg à environ deux milles par son écho. Son oscillateur travaille à basse fréquence, entre quelques centaines de hertz et un kilohertz selon les sources ; à 500 Hz, la longueur d'onde dans l'eau vaut 1 500/500 = 3 m. Un émetteur de taille raisonnable ne forme donc pas de faisceau étroit : il détecte, mais situe mal.
Des noms qui racontent une histoire. Pendant la Première Guerre mondiale, les travaux français sont partagés avec les Britanniques, qui obtiennent à la mi-1917, sous la direction de Robert W. Boyle et avec Albert B. Wood, un prototype à cristaux de quartz. Leur appareil s'appelle ASDIC. On lit souvent que le sigle signifie « Allied Submarine Detection Investigation Committee » : cette explication a été fournie en 1939, en réponse à une question de l'Oxford English Dictionary, et aucun comité de ce nom n'a été trouvé dans les archives de l'Amirauté. Le mot vient plus probablement de l'ASD, l'Anti-Submarine Division de l'état-major naval. Le terme américain SONAR, attribué à Frederick V. Hunt, est forgé comme pendant de RADAR.
Les chauves-souris, enfin mesurées. Spallanzani et Jurine avaient montré au XVIIIe siècle que les chauves-souris s'orientent par l'ouïe, sans pouvoir dire comment. À partir de 1938, Donald Griffin, étudiant à Harvard, et Robert Galambos utilisent un détecteur d'ultrasons construit par le physicien George W. Pierce : ils enregistrent des cris au-dessus de la limite de l'audition humaine et montrent que l'animal se perd si sa bouche ou ses oreilles sont fermées. En 1944, Griffin propose le mot echolocation dans un court article de Science qui rapproche les aveugles, les chauves-souris et le radar.
L'océan se révèle stratifié. La précision d'un sonar dépend de la température de l'eau, qui change avec la profondeur. Athelstan Spilhaus, à partir d'essais lancés par Carl-Gustaf Rossby, met au point en 1938, avec le MIT, la Woods Hole Oceanographic Institution et la marine américaine, le bathythermographe : une sonde, lancée depuis un navire, qui enregistre la température en fonction de la profondeur. Pendant la guerre, les sous-marins s'en servent pour chercher les couches de forte variation de température qui les masquent aux sonars de surface.
Le canal profond, découvert deux fois. En 1944, Maurice Ewing et J. Lamar Worzel suspendent un hydrophone sous un voilier de recherche, le Saluda, pendant qu'un autre navire fait exploser des charges de plus en plus loin : les explosions sont reçues jusqu'à environ 900 milles (de l'ordre de 1 500 à 1 700 km selon l'unité, mille terrestre ou nautique). Ils publient la synthèse de ces mesures en 1948. En Union soviétique, Leonid Brekhovskikh découvre le même guide indépendamment dans les années 1940. Une première application est une bombe de détresse : larguée par un aviateur tombé en mer, elle explose sur l'axe du canal, et plusieurs stations côtières en déduisent sa position par les différences de temps d'arrivée.
Écouter un océan entier. En 1949, la marine américaine consulte des scientifiques, réunis dans le Committee for Undersea Warfare, sur la détection des sous-marins à grande distance ; il en sort en 1950 le projet Hartwell. À la suite de ce projet, le contrat du 13 novembre 1950 entre l'Office of Naval Research et les laboratoires Bell confie à ces derniers le projet Jezebel, puis, pour l'installation, le projet Caesar, nom non classifié du réseau. Une première antenne d'essai de six hydrophones est posée en 1951 à Eleuthera, aux Bahamas ; en 1954, trois systèmes complets relient des antennes posées sur le fond à des stations à terre, et le réseau, nommé SOSUS, s'étend ensuite au Pacifique. Il repose sur l'analyse spectrale à basse fréquence décrite dans le bloc sur le sonar passif. Dès octobre 1990, la marine ouvre le réseau du Pacifique Nord à la NOAA, dont les systèmes surveillent en continu le Pacifique Nord-Est depuis le 29 août 1991 pour suivre son activité sismique et volcanique ; la mission du réseau est déclassifiée en 1991. Les mêmes antennes servent aussi à écouter les baleines.
Les dates publiques de cette histoire sont donc souvent celles de la levée du secret, pas celles des découvertes.
Appuis
- Wikipédia — Sonar, section histoire — brevet de Richardson un mois après le Titanic ; démonstration de Fessenden en 1914 (iceberg à environ deux milles) ; prototype britannique à quartz de mi-1917 (Boyle, Wood) ; origine du mot ASDIC et explication de 1939 ; SONAR attribué à Frederick Hunt. Compléments : Wikipédia — Fessenden oscillator (Submarine Signal Company, 1912 ; fréquence d'environ 1 kHz selon cette source, 500 Hz selon la précédente).
- D. R. Griffin, « Echolocation by blind men, bats and radar », Science 100(2609), 589–590 (1944) et Wikipédia — Donald Griffin — travaux avec Galambos à partir de 1938, détecteur de Pierce, mot echolocation en 1944.
- A. F. Spilhaus, « A bathythermograph », Journal of Marine Research 1(2), 95–100 (1938) et Wikipédia — Bathythermograph — l'instrument, le rôle de Rossby, du MIT, de la WHOI et de la marine ; usage par les sous-marins.
- M. Ewing et J. L. Worzel, « Long-range sound transmission », GSA Memoir 27 (1948) et W. H. Munk, Oceanography 21(3), 2008 (Ewing, Worzel, Brekhovskikh) et Wikipédia — SOFAR channel — expérience de 1944 depuis le Saluda, charges jusqu'à 900 milles (l'unité varie selon les sources) ; Brekhovskikh ; bombes SOFAR.
- Wikipédia — SOSUS — Jezebel et Caesar, antenne d'essai d'Eleuthera (1951), trois systèmes en 1954, LOFAR, déclassification de la mission en 1991, accès du programme VENTS de la NOAA ; NOAA PMEL — SOSUS — accès accordé en octobre 1990, surveillance depuis le 29 août 1991 ; Committee for Undersea Warfare (1949), projet Hartwell (1950), contrat ONR–Bell du 13 novembre 1950 (d'après Whitman, Undersea Warfare, 2005).
Acte VI · portrait
Portrait II — Paul Langevin (1872–1946)
Ce que ce retour ajoute. La frise donnait la succession des inventions. Le portrait suit un seul objet, le quartz, dans les deux sens : électricité vers vibration, puis vibration vers électricité. Garder cette chaîne visible avant d’ouvrir les détails de matériaux et de fréquence.
Élève de Pierre Curie, professeur au Collège de France, militant, physicien du réel. Il prend la piézoélectricité de 1880 et en fait, en pleine guerre, une oreille qui voit sous l’eau. Toute l’échographie obstétricale descend de cette décision.
La lignée qu’il referme
- Spallanzani : l’animal entend ce que l’homme n’entend pas.
- Colladon : l’eau porte le son plus vite et plus loin que l’air.
- Curie frères + Lippmann : un cristal rend la contrainte en charge, et l’inverse.
- Fessenden 1914 : on peut déjà écouter un iceberg au son grave.
- Langevin et Constantin Chilowsky, 1915 : émetteur capacitif ; Langevin, 1917 : transducteur piézoélectrique à quartz, haute fréquence et écoute de l’écho. L’« hydrophone » de guerre n’est pas un micro de studio : c’est un transducteur de puissance.
Histoire & sources De la rue Vauquelin à la rade de Toulon : le sonar de Langevin pas à pas, et l'homme autour ≈ 4 min
La lignée du chapitre s'arrête en 1917 sur le transducteur à quartz. Ce bloc suit le chemin réel, tel que Langevin le raconte dans son rapport à la conférence interalliée d'octobre 1918, puis replace l'épisode dans une vie de physicien et de militant.
Un élève de Pierre Curie. Paul Langevin naît à Paris le 23 janvier 1872. Il étudie à l'École municipale de physique et de chimie industrielles (1889–1891), où Pierre Curie l'a pour élève, puis à l'École normale supérieure (1894–1897). En 1898–1899, il travaille à Cambridge, au laboratoire Cavendish de J. J. Thomson. Il soutient en 1902 une thèse sur les gaz ionisés, devient professeur à l'École de physique et chimie en 1905 et titulaire d'une chaire au Collège de France en 1909. Son œuvre dépasse de loin l'acoustique : théorie du magnétisme (1905), équation qui porte son nom pour le mouvement brownien (1908), et, au congrès de philosophie de Bologne en avril 1911, l'exposé où apparaît le voyageur lancé dans un projectile, qui revient vieilli de deux ans sur une Terre vieillie de deux siècles.
Février 1915 : une idée venue d'ailleurs. L'ingénieur russe Constantin Chilowsky soumet au gouvernement français, par l'intermédiaire de Paul Painlevé, un procédé pour détecter les sous-marins par des ondes élastiques de haute fréquence. Il propose une plaque de fer attirée magnétiquement ; il n'indique aucun moyen de réception. Langevin juge le principe bon et le moyen irréaliste. En mars 1915, il propose à la Marine de mener la recherche dans son laboratoire, rue Vauquelin, avec un émetteur électrostatique.
1915–1917 : l'étape du mica. Le premier émetteur est un condensateur dont les armatures sont séparées d'une vingtaine de micromètres, dans le vide, puis par une lame de mica. En juillet 1915, vers 100 kHz, un pendule de torsion mesure la pression de radiation de l'onde : quelques dixièmes de watt par centimètre carré. Les premiers essais de transmission ont lieu dans la Seine, en aval du pont National, avec un microphone à charbon et les amplificateurs à lampes que la télégraphie militaire vient de mettre au point. En avril 1916, la mission Langevin–Colin s'installe à Toulon. Un premier écho, sur une plaque de blindage à environ 200 m, est obtenu entre avril 1916 et janvier 1917. La même année 1916, Langevin et Chilowsky déposent ensemble un brevet sur le principe.
1917–1918 : le quartz. En février 1917, Langevin remplace le microphone par une lame de quartz en réception ; en avril, il l'essaie en émission. Des lames de 15 mm tirées d'un cristal exceptionnel rayonnent jusqu'à une dizaine de watts par centimètre carré : des poissons placés dans le faisceau meurent, et des observateurs ressentent une douleur en plongeant la main. La version utilisable est le sandwich acier–quartz–acier, essayé en février 1918 : signalisation à 8 km et, pour la première fois, échos nets d'un sous-marin. Les essais de Toulon, du 5 juin au 8 juillet 1918, donnent une détection entre 600 et 1 300 m. Les appareils de série ne sont prêts qu'après l'armistice. Le sonar actif n'a donc pas pesé sur l'issue de la guerre sous-marine de 1914–1918 ; son usage viendra ensuite.
Une course à plusieurs. Informés par les Français en juin 1917, les Britanniques, sous la direction de Robert W. Boyle, et les Américains mènent des recherches parallèles, et obtiennent des résultats comparables. La conférence interalliée d'octobre 1918, à Paris, met les trois programmes en commun. Le mot ASDIC désigne la version britannique.
L'homme engagé. Dreyfusard dès l'affaire, Langevin milite ensuite pour la Ligue des droits de l'homme et contre le fascisme dans les années 1930. Arrêté par les Allemands le 30 octobre 1940, il est emprisonné quelques semaines puis placé en résidence surveillée à Troyes. Son gendre, le physicien Jacques Solomon, est fusillé comme otage au Mont-Valérien le 23 mai 1942 ; sa fille Hélène est déportée à Auschwitz. Langevin gagne la Suisse en mai 1944. À la Libération, il préside la commission de réforme de l'enseignement dont le plan, dit Langevin–Wallon, est remis en juin 1947, après sa mort. Il meurt le 19 décembre 1946. Ses cendres entrent au Panthéon le 17 novembre 1948, avec celles de Jean Perrin.
Appuis
- D. Zimmerman (présentation), « Paul Langevin and the Discovery of Active Sonar or Asdic », The Northern Mariner XII, n° 1 (2002), p. 39–52 — rapport de Langevin (31 octobre 1918) : Chilowsky et Painlevé, mica, Seine, Toulon, quartz, sandwich, essais de 1918, efforts britannique et américain.
- IEEE / ETHW — Milestone : Invention of Sonar, 1915–1918 — chronologie du quartz (février et avril 1917), détection jusqu'à 1 300 m, appareils prêts après l'armistice.
- J. Bok et C. Kounelis, « Paul Langevin (1872–1946) », Reflets de la physique n° 1 (2006), ESPCI — biographie : études, Cavendish, thèse, Collège de France, arrestation, Suisse, Panthéon, plan Langevin–Wallon.
- P. Langevin, « L'évolution de l'espace et du temps », Scientia 10, p. 31–54 (1911), texte sur Wikisource — l'exposé de Bologne : le voyageur qui revient vieilli de deux ans sur un globe vieilli de deux cents ans.
- Musée de la Résistance en ligne — Jacques Solomon — mariage avec Hélène Langevin, arrestation, exécution au Mont-Valérien le 23 mai 1942.
Physique du geste
Un quartz entre deux armatures. Tension alternative → le cristal change d’épaisseur au rythme de f (effet inverse). Dans l’eau, ça lance un paquet d’ultrasons. L’écho revient, le même cristal se comporte en micro (effet direct). Distance :
L'analyse mathématique Distance par l'écho 1 formule · ≈ 1 min
Se lit« d égale c eau fois delta t, le tout sur deux »Δ t est le temps entre l'émission et le retour : il compte l'aller et le retour, d'où la division par deux.
Ce qu’elle dit
L’écho parcourt deux fois la distance entre la source et la cible. On multiplie donc la célérité par le temps total, puis on divise par deux. Dans l’eau à 1 500 m/s, 0,002 seconde de trajet total correspond à 3 m parcourus, donc une cible à 1,5 m.
Les symboles. Survolez la formule ou un symbole.
- d distance de la cible mètre (m)
- ceau célérité du son dans l'eau mètre par seconde (m/s) ≈ 1 500 m/s
- Δ t durée entre l'émission et le retour de l'écho (aller et retour) seconde (s) 2 ms dans l'eau : cible à 1,5 m
avec ceau≈ 1500 m s^-1. 2 ms d’aller-retour ≈ 1,5 m. C’est déjà l’algorithme de l’échographe, du sondeur de pêche et du contrôle d’une soudure.
L'analyse mathématique Le « sandwich » de Langevin en trois calculs : quelques nanomètres, une demi-onde, un faisceau 3 formules · ≈ 6 min
Le chapitre décrit la chaîne tension → épaisseur → onde → écho → tension. Ce bloc chiffre le premier maillon avec les dimensions que Langevin donne lui-même dans son rapport d'octobre 1918 : une mosaïque de quartz de 4 mm d'épaisseur et de 20 cm de côté, collée entre deux plaques d'acier de 3 cm chacune, alimentée sous 3 000 à 5 000 volts et rayonnant de 50 à 100 watts dans l'eau.
Premier calcul : ce que donne le quartz seul, sans résonance. Une tension U appliquée entre les faces d'une lame d'épaisseur e y crée un champ E = U/e. Le quartz répond par une déformation relative S = d11E, et la variation d'épaisseur vaut S e. L'épaisseur se simplifie :
Se lit« delta e égale d un un fois U »Δe se dit « delta e » : la variation de l'épaisseur de la lame, en mètres. d₁₁ se dit « d un un » : le coefficient piézoélectrique du quartz ; les deux indices « un » disent que le champ et la déformation sont pris le long du même axe électrique du cristal. U est la tension appliquée entre les faces, en volts.
Ce qu’elle dit
La variation d'épaisseur est proportionnelle à la tension appliquée et ne dépend pas de l'épaisseur : une lame plus mince reçoit un champ plus fort, mais ce champ déforme moins de matière. La relation vaut loin de toute résonance, pour une fréquence très inférieure à celle du mode d'épaisseur, et en régime linéaire.
Les symboles. Survolez la formule ou un symbole.
- Δ e variation de l'épaisseur de la lame mètre (m) ≈ 9 nm sous 4 000 V
- d11 coefficient piézoélectrique du quartz le long de son axe électrique mètre par volt (m/V), ou coulomb par newton (C/N) ≈ 2,3 × 10⁻¹² m/V
- U tension électrique appliquée entre les faces de la lame volt (V) 3 000 à 5 000 V dans l'appareil de 1918
Avec d11 ≈ 2,3×10^-12 m/V et U = 4 000 V : Δ e ≈ 2,3×10^-12×4 000 ≈ 9,2×10^-9 m, soit 9 nanomètres. Sur 4 mm, c'est une déformation relative de 2,3×10^-6.
Comparons à ce que l'eau demande. Cent watts sur un carré de 20 cm de côté (0,04 m²) donnent une intensité I = 100/0,04 = 2 500 W/m². Pour une onde plane, I = tfrac12 ρ c ω^2xi^2. Avec ρ c ≈ 1,5×10^6 rayl et ω = 2π×40 000 ≈ 2,51×10^5 rad/s : xi = √2×2 500/1,5×10^6 / 2,51×10^5 ≈ 0,0577/2,51×10^5 ≈ 2,3×10^-7 m. La face au contact de l'eau doit donc osciller d'environ 0,23 µm, vingt-cinq fois plus que ce que le quartz donne en poussant une seule fois. La pression correspondante, √2ρ c I ≈ √2×1,5×10^6×2 500 ≈ 87 kPa en crête, approche une atmosphère. L'écart se comble par la résonance : à la bonne fréquence, les déformations de chaque cycle s'ajoutent jusqu'à ce que les pertes, surtout l'énergie rayonnée dans l'eau, équilibrent l'apport.
Deuxième calcul : quelle fréquence ?
Se lit« f un égale c sur deux L »f₁ se dit « f un » : la fréquence du mode fondamental d'épaisseur. c est la célérité des ondes longitudinales dans le matériau solide, L l'épaisseur totale du bloc qui vibre. « Deux L » : l'aller-retour dans l'épaisseur.
Ce qu’elle dit
Un bloc vibre le plus facilement quand son épaisseur vaut une demi-longueur d'onde : une onde qui fait l'aller-retour entre les deux faces revient en phase après exactement une période. Plus le bloc est épais, plus sa fréquence propre est basse. Le modèle suppose un bloc homogène à faces libres ; la charge de l'eau sur une face élargit la résonance sans la déplacer beaucoup.
Les symboles. Survolez la formule ou un symbole.
- f1 fréquence du mode fondamental d'épaisseur hertz (Hz) ≈ 40 kHz pour le sandwich de 1918
- c célérité des ondes longitudinales dans le solide mètre par seconde (m/s) ≈ 5 750 m/s dans le quartz selon l'axe électrique ; Langevin prend ≈ 5 000 m/s pour le quartz et l'acier
- L épaisseur totale du bloc qui vibre mètre (m) 3 + 0,4 + 3 = 6,4 cm dans l'appareil de 1918
Le quartz seul imposerait une épaisseur impossible. Sa célérité le long de l'axe électrique se déduit de sa raideur et de sa masse volumique : √87,5×10^9/2 648 ≈ 5 750 m/s. Pour 40 kHz, il faudrait L = 5 750/(2×40 000) ≈ 7,2 cm d'un seul cristal sans défaut, sur 20 cm de côté. Les lames de 15 mm taillées par Langevin dans un cristal exceptionnel résonnaient, d'après ce calcul, vers 5 750/0,030 ≈ 190 kHz.
Le sandwich découple les deux rôles. L'épaisseur, donc la fréquence, est fixée par tout le bloc : avec la valeur de 5 000 m/s qu'il adopte pour l'acier comme pour le quartz, f1 ≈ 5 000/(2×0,064) ≈ 39 kHz, les « 40 000 » de son rapport. Le quartz mince, placé au milieu, se trouve là où, dans un mode demi-onde, le déplacement est nul et la contrainte maximale : c'est l'endroit où la conversion est la plus efficace, et une lame de 4 mm s'excite avec quelques milliers de volts.
Troisième calcul : la largeur du faisceau.
Se lit« sinus thêta un égale lambda sur a »θ₁ se dit « thêta un » : l'angle, mesuré depuis la perpendiculaire à la plaque, où le rayonnement s'annule pour la première fois. λ se dit « lambda » : la longueur d'onde dans l'eau. a est le côté de la plaque carrée.
Ce qu’elle dit
Une plaque qui vibre d'un bloc envoie l'essentiel de l'énergie dans un lobe centré sur sa normale ; ce lobe est d'autant plus étroit que la plaque est grande devant la longueur d'onde. Valable en champ lointain, pour une plaque dont tous les points vibrent en phase et avec la même amplitude, dans le plan parallèle à un côté.
Les symboles. Survolez la formule ou un symbole.
- θ1 angle du premier zéro de rayonnement, compté depuis la normale à la plaque degré (°) ou radian (rad) ≈ 11° pour l'appareil de 1918
- λ longueur d'onde dans l'eau mètre (m) 1 500/40 000 ≈ 3,75 cm à 40 kHz
- a côté de la plaque carrée émettrice mètre (m) 20 cm dans l'appareil de 1918
λ = 1 500/40 000 = 3,75 cm, a = 20 cm : sinθ1 = 0,1875, θ1 ≈ 10,8°. Langevin annonce des minima vers 12° et un faisceau central d'environ 25° d'ouverture : c'est cohérent avec une longueur d'onde arrondie à 4 cm (arcsin 0,2 ≈ 11,5°). La même plaque, en réception, a la même directivité ; c'est ce qui donne le relèvement. Le cas d'un piston circulaire est traité dans la clé sur la directivité.
Dernier ordre de grandeur : une cible à 1 300 m, limite haute des essais de Toulon en 1918, renvoie son écho au bout de 2×1 300/1 500 ≈ 1,7 s.
Appuis
- D. Zimmerman (présentation), « Paul Langevin and the Discovery of Active Sonar or Asdic », The Northern Mariner XII, n° 1 (2002), p. 39–52 — rapport de Langevin d'octobre 1918 : quartz de 4 mm et 20 cm, acier de 3 cm, ≈ 40 kHz, célérités ≈ 5 000 m/s, minima vers 12°, 3 000–5 000 V, 50–100 W, lames de 15 mm.
- IEEE UFFC — The Constants of Alpha Quartz — d₁₁ ≈ 2,30 × 10⁻¹² m/V, raideur c₁₁ ≈ 87,5 GPa, masse volumique ≈ 2,648 g/cm³.
- Radiopaedia — Propagation speed — célérité du son dans l'eau et les tissus, ordre de 1 500 m/s.
En profondeur Un même cristal pour parler et pour écouter : ce que fait le quartz, et ce qu'il ne sait pas faire ≈ 4 min
Le chapitre montre le quartz convertir une tension en vibration, puis l'inverse. Ce bloc explique pourquoi un cristal en est capable, pourquoi le même objet sert dans les deux sens, et ce que la résonance coûte à l'imagerie médicale.
D'où vient l'effet. Le quartz est un cristal sans centre de symétrie, aux liaisons en partie ioniques : c'est la famille que les frères Curie désignaient en 1880 comme « cristaux hémièdres à faces inclinées ». Quand on le comprime le long d'un de ses axes électriques, les ions positifs et négatifs ne se déplacent pas de la même façon ; leurs centres de charge se séparent, et des charges opposées apparaissent sur les deux faces. Dans un cristal centrosymétrique, les déplacements se compensent et rien n'apparaît. Langevin choisit de comprimer la lame le long de l'axe électrique, plutôt que de la tirer perpendiculairement comme dans l'électromètre à quartz de Pierre Curie : la même face qui touche l'eau porte alors directement la charge utile.
Un seul coefficient pour les deux sens. En 1881, Gabriel Lippmann déduit de la thermodynamique que l'effet doit être réversible : si une contrainte produit une charge, un champ doit produire une déformation, avec le même coefficient. C'est ce qui permet au même cristal d'émettre puis d'écouter. Langevin le constate aussi pour la direction : la sensibilité en réception varie avec l'angle selon la même loi que l'émission. Une plaque directive à l'émission l'est autant à l'écoute, ce qui donne à la fois la distance et le relèvement.
Pourquoi le quartz a remplacé le condensateur. Le premier émetteur de Langevin, en 1915, était un condensateur, d'abord à vide puis à lame de mica, dont la face externe poussait sur l'eau. Une attraction électrostatique est proportionnelle au carré de la tension : une tension alternative à la fréquence f produit une force à 2f. Le rapport de 1918 le dit : l'onde émise avait une fréquence double de la fréquence électrique. Pour revenir à f, Langevin ajoute en 1916 une tension continue auxiliaire, plus grande que la tension alternative ; le terme croisé, à la fréquence f, domine alors. Le quartz est linéaire au premier ordre : sa déformation suit la tension, sans doublement, sans vide à entretenir et sans claquage du mica.
L'air derrière, l'eau devant. Dans le sandwich, la face intérieure de l'acier touche de l'air. L'écart d'impédance acier/air est tel que presque toute l'onde qui part vers l'arrière est renvoyée vers l'avant, comme à l'interface air/peau du chapitre suivant. Le rapport insiste : aucune autre substance ne doit s'interposer. L'énergie ne sort que par la face mouillée.
Ce que coûte la résonance. Le quartz ne se déforme que de quelques nanomètres sous quelques milliers de volts (calcul). La résonance multiplie cette réponse, mais un résonateur peu amorti continue de vibrer de nombreuses périodes après la fin de l'excitation. L'impulsion émise s'allonge d'autant, et avec elle la résolution dans l'axe, cτ/2. Pour repérer un sous-marin à un kilomètre, c'est sans importance. Pour distinguer deux parois à un millimètre l'une de l'autre, c'est rédhibitoire.
Les sondes médicales ont donc pris le chemin inverse du sandwich. Derrière l'élément, un bloc amortisseur absorbe l'onde arrière et freine la vibration : l'impulsion ne dure que quelques cycles, et la bande passante s'élargit. Devant, une ou plusieurs couches d'adaptation d'un quart de longueur d'onde réduisent la réflexion entre l'élément et la peau. On perd en sensibilité au pic de résonance ; on gagne une impulsion courte.
Le quartz a cédé la place aux céramiques. Le coefficient de couplage électromécanique k mesure la part d'énergie convertie : k² est la fraction de l'énergie électrique stockée qui devient énergie mécanique. Pour une lame de quartz vibrant en épaisseur, les constantes publiées (coefficient 0,171 C/m², raideur 87,5 GPa, permittivité relative 4,5) donnent k² ≈ 0,171² / (87,5 × 10⁹ × 4,5 × 8,85 × 10⁻¹²) ≈ 0,008, soit k ≈ 0,09. Les titanates-zirconates de plomb (PZT), dont les propriétés piézoélectriques sont décrites en 1954, atteignent kₜ ≈ 0,5 en épaisseur (≈ 0,7 pour un barreau) : un quart à la moitié de l'énergie convertie, contre moins de 1 % pour le quartz. Le quartz garde d'autres qualités : réponse linéaire, sans hystérésis, stable jusqu'à sa transition vers 573 °C. C'est pourquoi il règne encore dans les horloges, alors que les sondes utilisent des céramiques, des composites ou des membranes micro-usinées.
Appuis
- D. Zimmerman (présentation), « Paul Langevin and the Discovery of Active Sonar or Asdic », The Northern Mariner XII, n° 1 (2002) — rapport de Langevin (1918) : condensateur à mica et fréquence double, champ auxiliaire, compression selon l'axe électrique, réciprocité émission/réception, face intérieure au contact de l'air.
- Encyclopedia.com — Pierre Curie — prédiction de l'effet inverse par Lippmann, confirmation par les frères Curie en 1881.
- IEEE UFFC — The Constants of Alpha Quartz — e₁₁, c₁₁, permittivité relative, transition α–β à 573 °C.
- B. Jaffe, R. S. Roth, S. Marzullo, « Piezoelectric Properties of Lead Zirconate-Lead Titanate Solid-Solution Ceramics », J. Appl. Phys. 25, 809–810 (1954) — propriétés piézoélectriques des céramiques PZT ; la solution solide PbZrO₃–PbTiO₃ est étudiée dès 1952 (G. Shirane, A. Takeda, J. Phys. Soc. Jpn 7, 5) ; APC / Piezo.com, propriétés des matériaux — k₃₃ ≈ 0,72 pour un barreau de PZT courant (couplage en épaisseur plus faible, kₜ ≈ 0,5).
- Radiopaedia — Ultrasound transducer — bloc amortisseur (impulsion plus courte, bande plus large) et couches d'adaptation d'un quart d'onde.
Même dessin pour un sous-marin, un iceberg, un foie, un fœtus. Seuls changent f, la puissance et l’éthique.
Clé de physique Un écho, quatre questions : détecter, situer, séparer, chiffrer l’incertitude ≈ 11 min
Clé de physique Portée d’un sonar : suivre l’énergie de l’émission jusqu’au bruit ≈ 13 min
Atelier S16 · Sonar à impulsion ★★★ · son · MIDI
Sonar à impulsion
Rien ne tourne avant ce clic : ni son, ni calcul.
Comment l'utiliserPlacer la cible, émettre, lire Δt et la distance déduite. Rapprocher deux cibles jusqu’à ce que leurs échos fusionnent, puis raccourcir l’impulsion. Affaiblir la seconde cible, monter le bruit, raccourcir la période de répétition, activer l’écho multiple.
Ce que ça montred = cΔt/2 (aller-retour, célérité du milieu), et trois portées distinctes : la résolution axiale cτ/2, la portée non ambiguë cT_rep/2 et la portée détectable, qui dépend de la cible, de la fréquence et du bruit. Une cible faible peut disparaître dans le bruit ; un écho multiple dessine un fantôme à 2d.
Sens de lectureLire Δt sur l’oscillogramme, faire le calcul à voix haute (2 ms dans l’eau : 1,5 m). Puis voir les deux échos se séparer quand l’impulsion raccourcit : c’est le compromis de tout échographe. Enfin, un écho qui revient après l’impulsion suivante se lit trop près : pouvoir séparer, lever l’ambiguïté et détecter sont trois questions différentes.
Au clavier MIDI Chaque touche lance un ping : elle fixe la fréquence émise dans l'échelle du milieu choisi, du do1 au do6 sur une échelle logarithmique (de 5 à 200 kHz dans l'eau, par exemple), et le ping audible, transposé, prend la hauteur de la touche, plus ou moins fort selon la vélocité. Le pitch bend affine la fréquence de deux demi-tons au plus ; la molette éloigne ou rapproche la cible, ce qui décale l'écho. Rien ne reste à relâcher.
Après la guerre
- L’idée passe au contrôle des métaux, puis à la médecine (Dussik 1942 est un pionnier malhabile ; la clinique moderne vient plus tard : Howry, Wild, Ian Donald).
- Doppler médical = Langevin + Buys Ballot sur des globules rouges.
- Langevin est aussi l’homme des thèses, de l’école de physique française, d’un engagement public. Il ne s’agit ni d’en faire une statue lisse, ni de noyer le sonar dans la biographie.
Mersenne compte ce qui vibre. Langevin compte ce qui revient.
Provoxys
Acte VI · chapitre 21
Ultrasons — physique, machines, corps
L’ultra animal relève d’un vivant qui utilise des fréquences au-dessus de 20 kHz. Ici c’est l’humain qui fabrique la même bande : quartz, céramique PZT, tête d’échographe, bac à ultrasons, soudure, contrôle d’aile d’avion. Même d=cΔ t/2 que Langevin. Dans l’air, l’atténuation limite fortement la portée lorsque la fréquence monte.
L'analyse mathématique Production texte du dossier · ≈ 1 min
Sigles utiles. PZT : famille de céramiques piézoélectriques ; PVDF : polymère utilisé notamment pour ses propriétés piézoélectriques ; CMUT : transducteur ultrasonore capacitif microfabriqué. Pour suivre le mécanisme, retenir surtout la conversion tension électrique ↔ mouvement ↔ onde. Les noms des matériaux servent à comparer les réalisations.
- Piézoélectricité (Curie 1880, inverse Lippmann 1881) : quartz historique, aujourd’hui PZT, PVDF, composites. Une tension V(t) à f impose une épaisseur e(t) à f.
- Magnétostriction : nickel, Terfenol-D, encore utile en basse ultra / haute puissance (nettoyage, soudure).
- Capacitif / CMUT : membranes de silicium, imagerie récente.
- Résonance d’épaisseur d’un disque : f ≈ csolide/(2e). Plus le disque est mince, plus f monte.
Impédance et écho — pourquoi le gel
Renvoi. Le sens physique de l'impédance, les coefficients de pression et d'énergie à une frontière et le cas de l'incidence oblique sont posés dès la physique de base, dans Impédance : sens physique, types et transmission.
L'analyse mathématique Impédance acoustique et réflexion 1 formule · ≈ 1 min
Se lit« Z égale rhô c ; R égale Z deux moins Z un, sur Z deux plus Z un »ρ se dit « rhô » (masse volumique). Z s'exprime en rayls. R est le coefficient de réflexion en amplitude : entre l'air et la peau il vaut presque 1, tout repart.
Ce qu’elle dit
L’impédance caractérise ici la relation entre pression et mouvement du milieu. Deux milieux très différents transmettent mal l’onde à leur interface et renvoient une part importante de l’énergie. R décrit l’amplitude réfléchie ; son carré donne la fraction d’intensité dans le cas précisé ci-dessous.
Les symboles. Survolez la formule ou un symbole.
- Z impédance acoustique caractéristique du milieu rayl (Pa·s/m) air ≈ 400 rayl ; eau ou tissu ≈ 1,5 × 10⁶ rayl
- ρ masse volumique du milieu kilogramme par mètre cube (kg/m³) ≈ 1,2 kg/m³ pour l'air, ≈ 1 000 kg/m³ pour l'eau
- c célérité du son dans le milieu mètre par seconde (m/s)
- R coefficient de réflexion en amplitude de pression, à incidence normale sans unité entre −1 et 1 ; R^2 : fraction d'intensité réfléchie ; air/peau : presque 1
- Z1 impédance du milieu d'où vient l'onde rayl (Pa·s/m)
- Z2 impédance du milieu de l'autre côté de la frontière rayl (Pa·s/m)
Zair≈ 400 rayl, Zeau/tissu≈ 1,5×10^6 rayl. Ici R est le coefficient de réflexion en amplitude de pression, à incidence normale ; la fraction d’intensité réfléchie vaut R^2 pour ces milieux non dissipatifs. À l’interface air/peau, elle approche 1 : une couche d’air empêche presque toute transmission utile. Le gel n’est pas un « conducteur magique », c’est un adaptateur d’impédance. Os / poumon / calcul réfléchissent fort ; foie / muscle beaucoup moins. C’est une composante majeure du contraste ; la diffusion, l’atténuation et le traitement des signaux comptent aussi.
Atelier S51 · Échographe ★★★ · visuel · plein écran
Échographe
Rien ne tourne avant ce clic : ni son, ni calcul.
Comment l'utiliserPoser la sonde sur le fantôme sans gel : écran noir ; mettre le gel ; monter la fréquence ; passer en mode A pour lire une seule ligne.
Ce que ça montreUne image B reconstruite depuis une carte d’impédance : ombre acoustique derrière l’os, renforcement derrière le kyste, atténuation 0,5 dB/cm/MHz, R ≈ 1 à l’air. Amplitude d’écho, position estimée (temps de vol × célérité supposée ÷ 2), résolution axiale (≈ cτ/2) et résolution latérale (largeur du faisceau) sont affichées séparément ; des paires de fils de test permettent de les éprouver.
Sens de lectureLire l’image comme des échos traités : un pixel sombre peut correspondre à peu de diffusion, à de l’atténuation ou à une ombre. Le gain et les interfaces interviennent ; les niveaux de gris ne sont ni une photographie ni une carte directe de l’impédance. La profondeur suppose une célérité unique (1 540 m/s par convention) : changer cette hypothèse déplace tous les échos. Comparer le compromis résolution/portée à fréquence croissante, dans l’axe et en travers.
Bandes d’usage (ordres, pas des lois)
| Bande | Usage typique |
|---|---|
| 20–100 kHz | nettoyage, télémétrie air courte, certains soudeurs plastiques, détection animale de labo |
| ~1–5 MHz | abdomen, obstétrique, cœur (compromis portée / résolution) |
| ~7–18 MHz | thyroïde, sein, musculo-squelettique, pédiatrie superficielle |
| dizaines de MHz | œil, peau, recherche, microscopie acoustique |
| lithotritie extra-corporelle | chocs focalisés (pas un « sinus de 3 MHz » naïf) |
| HIFU | chauffage focalisé thérapeutique |
| CND / Soudure / débitmètres | défauts dans le métal, joints, clamp-on |
Résolution axiale ≈ cτ/2 (durée d’impulsion). Monter f affine l’image et tue la portée : l’atténuation des tissus mous ~0,5 dB·cm⁻¹·MHz⁻¹ (ordre de grandeur clinique). D’où les 3 MHz du fœtus et les 12 MHz du tendon.
Clé de physique Former un faisceau : retards, ouverture et résolution latérale ≈ 11 min
L'analyse mathématique Portée et finesse d'une sonde : un budget en décibels, et un nombre de points qui ne dépend pas de la fréquence 2 formules · ≈ 5 min
Le chapitre donne deux règles : la résolution dans l'axe vaut environ cτ/2, et les tissus mous atténuent d'environ 0,5 dB par centimètre et par mégahertz. Ce bloc les combine en un modèle chiffré de la profondeur utile, puis montre que le produit des deux compromis est presque fixé.
Hypothèses. Atténuation proportionnelle à la fréquence (la loi réelle des tissus mous est proche de f^1) ; trajet aller et retour dans le même tissu ; une marge G, en décibels, entre l'écho d'un tissu mou juste sous la sonde et le bruit du récepteur. Cette marge dépend de l'appareil, de la puissance autorisée et du tissu ; on la prend à 60 dB pour l'exemple. Le résultat est un ordre de grandeur, pas une spécification.
La profondeur utile. À la profondeur z, l'écho a parcouru 2z ; il a perdu 2α0 f z décibels. Il reste lisible tant que cette perte ne dépasse pas la marge :
Se lit« z max égale G sur deux alpha zéro f »z max est la plus grande profondeur d'où un écho reste au-dessus du bruit. G est la marge du système, en décibels. α₀ se dit « alpha zéro » : la pente de l'atténuation, en décibels par centimètre et par mégahertz. f est la fréquence centrale de la sonde. Le « deux » compte l'aller et le retour.
Ce qu’elle dit
La profondeur accessible est inversement proportionnelle à la fréquence : doubler la fréquence divise la portée par deux. Elle croît avec la marge de l'appareil et diminue dans un tissu plus absorbant. Le modèle suppose une atténuation proportionnelle à la fréquence et un tissu homogène ; il ignore la diffraction et la focalisation.
Les symboles. Survolez la formule ou un symbole.
- zmax profondeur maximale d'où l'écho reste lisible centimètre (cm) ≈ 20 cm à 3 MHz pour 60 dB
- G marge du système entre l'écho d'un tissu mou proche et le bruit décibel (dB) 60 dB supposés dans l'exemple
- α0 pente de l'atténuation en fonction de la fréquence décibel par centimètre et par mégahertz (dB/(cm·MHz)) ≈ 0,5 dans les tissus mous, jusqu'à ≈ 1 selon le tissu
- f fréquence centrale de la sonde mégahertz (MHz)
| Fréquence | Profondeur utile, pente 0,5 dB/(cm·MHz) | Profondeur utile, pente 1 dB/(cm·MHz) |
|---|---|---|
| 3 MHz | 60 / (2 × 0,5 × 3) = 20 cm | 10 cm |
| 7,5 MHz | 60 / 7,5 = 8 cm | 4 cm |
| 12 MHz | 60 / 12 = 5 cm | 2,5 cm |
L'ordre de grandeur colle aux usages du chapitre : quelques mégahertz pour l'abdomen et le fœtus, une douzaine pour un tendon à quelques centimètres sous la peau.
La finesse dans l'axe. Une impulsion de n cycles dure τ = n/f ; la résolution axiale vaut cτ/2 = nc/(2f). Avec deux cycles et c = 1 540 m/s : 0,51 mm à 3 MHz, 0,13 mm à 12 MHz. Monter en fréquence affine l'image exactement dans la proportion où la portée diminue.
Le nombre de points par ligne. Divisons la portée par la résolution :
Se lit« N égale z max sur c tau sur deux, égale G sur alpha zéro n c »N est un nombre sans unité : combien de cellules de résolution tiennent sur la profondeur utile. τ se dit « tau » : la durée de l'impulsion. n est le nombre de cycles de l'impulsion, c la célérité dans les tissus. La fréquence a disparu du second membre.
Ce qu’elle dit
Le nombre de détails que l'on peut séparer le long d'une ligne ne dépend pas de la fréquence : ce que l'on gagne en finesse, on le perd en profondeur, dans la même proportion. Il ne croît qu'avec la marge de l'appareil, et diminue quand l'impulsion s'allonge ou que le tissu absorbe davantage. Valable sous les hypothèses de la formule précédente.
Les symboles. Survolez la formule ou un symbole.
- N nombre de cellules de résolution sur la profondeur utile sans unité ≈ 390 pour 60 dB, 0,5 dB/(cm·MHz) et deux cycles
- zmax profondeur utile mètre (m)
- c célérité du son dans les tissus mous mètre par seconde (m/s) 1 540 m/s par convention
- τ durée de l'impulsion seconde (s) n cycles : n/f
- G marge du système décibel (dB) 60 dB supposés
- α0 pente de l'atténuation, exprimée par mètre et par hertz décibel par mètre et par hertz (dB/(m·Hz)) 0,5 dB/(cm·MHz) = 5 × 10⁻⁵ dB/(m·Hz)
- n nombre de cycles de l'impulsion sans unité 2 à 3 pour une sonde d'imagerie
Calcul, en unités cohérentes : α0 = 0,5 dB/(cm·MHz) = 5×10^-5 dB/(m·Hz). Donc α0 n c = 5×10^-5×2×1 540 ≈ 0,154 dB, et N = 60/0,154 ≈ 390. Vérification directe : 200 mm / 0,51 mm ≈ 390 à 3 MHz ; 50 mm / 0,13 mm ≈ 390 à 12 MHz.
Le produit α0 c a un sens simple : c'est l'atténuation par longueur d'onde parcourue, 0,5×10^-4×1 540 ≈ 0,077 dB, la même à toute fréquence. Avec une marge de 60 dB, l'aller-retour tient dans 60/(2×0,077) ≈ 390 longueurs d'onde : quelques centaines de longueurs d'onde de profondeur, quelle que soit la sonde.
Ce qui brise l'invariance. Trois leviers seulement : la marge (émettre plus fort dans les limites de sécurité des indices thermique et mécanique, recevoir avec moins de bruit, coder l'impulsion) ; l'impulsion (moins de cycles grâce à l'amortissement de la sonde) ; le tissu. L'imagerie harmonique change aussi le calcul, puisque l'écho utile est à 2f au retour.
La cadence d'image. Un écho venu de 20 cm revient au bout de 2×0,20/1 540 ≈ 260 µs. Une image de 128 lignes, à un tir par ligne, demande au moins 33 ms, soit une trentaine d'images par seconde au plus. Réduire la profondeur affichée accélère l'image : c'est la même contrainte que la portée non ambiguë.
Appuis
- D. M. Brandner et al., « Estimation of Tissue Attenuation from Ultrasonic B-Mode Images », Sensors 21, 2548 (2021) — atténuation des tissus mous de l'ordre de 0,5 à 1 dB/(MHz·cm), exposant de la loi en fréquence proche de 1.
- Radiopaedia — Propagation speed — célérités par tissu et convention de 1 540 m/s des échographes.
- Radiopaedia — Ultrasound transducer — l'amortissement de l'élément raccourcit l'impulsion et améliore la résolution axiale.
- Radiopaedia — Tissue harmonic imaging — harmonique à deux fois la fréquence émise, pénétration plus limitée.
Modes cliniques à nommer juste
- A : amplitude des échos en fonction du temps de vol sur une ligne. Les essais de Dussik en transmission ne doivent pas être confondus avec tous les modes d’imagerie par écho.
- B : coupe, brillance = amplitude. L’image « bébé ».
- M : une ligne suivie dans le temps (valve, paroi).
- Doppler : voir chapitre suivant — continu, pulsé, couleur, puissance.
- Harmonique tissulaire : on émet f, on écoute 2f (non-linéaire).
Histoire & sources Du détecteur de soudures à l'échographe : quarante ans d'essais, une erreur célèbre et un article de 1958 ≈ 4 min
Le chapitre nomme les modes A, B et M et cite Dussik, Howry, Wild et Donald. Ce bloc reconstitue le chemin qui mène du sonar de 1918 à l'échographie clinique. Il passe par l'industrie des métaux, et il comporte une fausse piste instructive.
D'abord les métaux. En 1928, à l'Institut électrotechnique de Leningrad, Sergueï Sokolov propose de chercher les défauts dans les pièces métalliques avec des ultrasons, d'abord par transmission : un émetteur d'un côté, un récepteur de l'autre, et une ombre derrière le défaut. Aux États-Unis, Floyd Firestone, de l'université du Michigan, brevète un « réflectoscope » qui travaille, lui, en écho pulsé comme le sonar ; le brevet américain 2 280 226 est délivré le 21 avril 1942. Le détecteur de défauts devient un instrument d'usine. C'est lui, plus tard, que plusieurs pionniers médicaux emprunteront tel quel.
La fausse piste de la transmission. En 1942, le neurologue autrichien Karl Theo Dussik publie ses premiers essais d'« hyperphonographie » : il fait traverser la tête par un faisceau ultrasonore et cartographie ce qui passe de l'autre côté, espérant y voir les ventricules cérébraux. Il publie d'autres résultats en 1947. Au début des années 1950, une équipe du laboratoire Siemens d'Erlangen, autour de W. Güttner, et des chercheurs du MIT montrent que ces images sont dominées par des artefacts : les réflexions et l'atténuation dans l'os du crâne dessinent des motifs qui ressemblent à des ventricules. L'épisode fixe une règle durable : avant d'interpréter une image, vérifier ce que l'appareil fabrique lui-même (voir les artefacts).
La mesure qui fonde la convention. À la fin des années 1940, George Ludwig, au Naval Medical Research Institute américain, étudie la détection des calculs biliaires par écho. Il mesure la célérité du son dans des tissus mous animaux et trouve une moyenne de 1 540 m/s ; il recommande des fréquences de 1 à 2,5 MHz. Ses travaux sont rendus publics en octobre 1949. Les 1 540 m/s sont devenus la valeur que les échographes utilisent encore pour convertir le temps en profondeur.
Les premières images. À Minneapolis, John Wild et John Reid publient dans Science, en 1952, des mesures d'échos sur des tissus biologiques avec un appareil à 15 MHz, et cherchent à distinguer les tumeurs du sein. À Denver, Douglass Howry et W. Roderic Bliss plongent le sujet dans une cuve d'eau en 1951, puis construisent en 1954 le « somascope », qui fait tourner la sonde autour du corps et superpose les échos de plusieurs directions : c'est le mode B composé. À Lund, en 1953, le cardiologue Inge Edler et le physicien Carl Hellmuth Hertz enregistrent les mouvements du cœur avec un détecteur de défauts Siemens : l'échocardiographie en mode M naît d'un instrument d'usine.
Glasgow, 1955–1958. Le gynécologue Ian Donald, qui avait côtoyé le radar et le sonar pendant la guerre, se rend en 1955 au département de recherche du fabricant de chaudières Babcock & Wilcox, à Renfrew, et teste un détecteur de défauts industriel sur des tumeurs prélevées. Il s'associe ensuite à la société Kelvin & Hughes et à un jeune technicien, Tom Brown. Avec l'obstétricien John MacVicar, ils publient le 7 juin 1958 dans The Lancet « Investigation of abdominal masses by pulsed ultrasound ». L'article montre que des échos permettent de distinguer, dans l'abdomen, un kyste liquide d'une masse solide. Parmi les premiers cas de l'équipe, l'un a marqué : une patiente jugée atteinte d'un cancer inopérable de l'estomac portait en réalité un énorme kyste de l'ovaire, que l'on a pu retirer. En 1961, Donald introduit la mesure du diamètre bipariétal de la tête fœtale ; en 1963, son équipe visualise le sac gestationnel.
Vers le temps réel. Les premiers appareils composaient leur image en déplaçant la sonde à la main ou sur un bras mécanique. En 1965, Siemens met sur le marché le Vidoson (Walter Krause, Richard Soldner), premier échographe B rapide adapté à l'examen de l'abdomen et du bassin. Les sondes à barrettes électroniques, l'imagerie Doppler couleur et l'imagerie harmonique viendront ensuite.
Ce que montre cette histoire. Les mêmes instruments ont servi pour les soudures et pour les fœtus ; les progrès ont souvent consisté à mieux comprendre ce que l'appareil affichait, plutôt qu'à changer la physique de l'écho.
Appuis
- J. Woo, « History of Ultrasound in Obstetrics and Gynecology, Part 1 », ob-ultrasound.net — Sokolov 1928, Firestone (brevet 2 280 226, 1942), Dussik 1942 et 1947, Güttner et le MIT, Ludwig (1 540 m/s, 1–2,5 MHz, 1949), Howry et Bliss (1951, 1954), Wild et Reid (15 MHz), Edler et Hertz (1953), Donald (RAF, radar et sonar ; Renfrew, 1955 ; Kelvin & Hughes et Tom Brown ; le kyste de l'ovaire), Vidoson (1965 ; premier usage obstétrical publié en 1966, description technique en 1967).
- J. Woo, histoire (suite), ob-ultrasound.net — diamètre bipariétal (1961), sac gestationnel (1963).
- J. J. Wild, J. M. Reid, « Application of Echo-Ranging Techniques to the Determination of Structure of Biological Tissues », Science 115, 226–230 (1952) — l'article de Minneapolis.
- I. Donald, J. MacVicar, T. G. Brown, « Investigation of abdominal masses by pulsed ultrasound », The Lancet 271, 1188–1195 (1958)91905-6) — l'article fondateur de l'échographie abdominale et obstétricale.
Sécurité : indices thermique et mécanique (TI, MI), principe ALARA. Ne pas improviser de « séance ultra » hors cadre soignant.
Clé de physique Propager, chauffer, faire vibrer des bulles : trois effets distincts des ultrasons ≈ 11 min
Clé de physique Comment une onde qui va et vient peut pousser : force de radiation et écoulement moyen ≈ 10 min
En profondeur Ce que l'image suppose : cinq hypothèses de l'échographe, et les artefacts qui naissent quand elles tombent ≈ 4 min
Le chapitre rappelle qu'une image B est une reconstruction à partir d'échos. Pour placer chaque écho sur l'écran, l'appareil applique un modèle simple du trajet de l'onde. Chaque hypothèse de ce modèle, quand elle est fausse, produit un artefact reconnaissable.
1. Une seule célérité. L'appareil convertit le temps en profondeur avec 1 540 m/s, moyenne conventionnelle des tissus mous. La graisse est plus lente, environ 1 450 m/s ; le foie, les muscles, un peu plus rapides (1 550 à 1 580 m/s). Exemple : sous 3 cm de graisse, l'aller-retour prend 2 × 0,03 / 1 450 ≈ 41,4 µs ; l'appareil affiche 1 540 × 41,4 × 10⁻⁶ / 2 ≈ 3,19 cm. Tout ce qui se trouve dessous est dessiné environ 1,9 mm trop profond. Une interface droite qui passe sous une plage de graisse paraît cassée : c'est l'artefact de déplacement par la vitesse.
2. Une propagation en ligne droite. L'écho est placé sur l'axe du tir. Or l'onde se réfracte à chaque interface oblique entre deux tissus de célérités différentes, selon la loi de Snell du chapitre de physique. Une structure peut alors apparaître décalée latéralement, voire dédoublée.
3. Un seul aller-retour. L'appareil suppose que chaque écho a été réfléchi une fois. Entre deux réflecteurs forts et parallèles — la sonde et une paroi, deux faces d'une aiguille —, l'onde fait plusieurs allers-retours. Chacun revient plus tard et s'affiche plus profond : une série de lignes équidistantes qui s'affaiblissent, la réverbération. Quand les réflecteurs sont très proches, les lignes se fondent en une traînée triangulaire, la queue de comète. Un réflecteur courbe et très réfléchissant, comme le diaphragme devant le poumon, renvoie l'onde vers une structure puis la ramène : la structure est dessinée une seconde fois, en miroir, de l'autre côté.
4. Une atténuation moyenne, compensée. Pour que le foie ait la même teinte en haut et en bas de l'écran, l'appareil amplifie davantage les échos tardifs : c'est la compensation de gain en profondeur. Elle suppose une atténuation moyenne partout. Derrière un os ou un calcul, qui réfléchit et absorbe presque tout, l'image reste sombre : l'ombre acoustique. Derrière un kyste liquide, qui absorbe peu, les tissus ressortent trop clairs : le renforcement postérieur. Ordre de grandeur, à 5 MHz et pour 3 cm traversés : un tissu à 0,5 dB/(cm·MHz) retire 2 × 0,5 × 5 × 3 = 15 dB à l'aller-retour ; un kyste à environ 0,15 à 0,2 dB/(cm·MHz), ordre de grandeur publié pour des kystes du sein, n'en retire qu'environ 6 ; l'eau pure, encore moins. Les échos situés derrière le kyste arrivent donc environ 9 dB plus forts que ceux du tissu voisin, avec le même gain. Ces deux « défauts » sont des signes diagnostiques utiles.
5. Un faisceau infiniment mince. Le faisceau a une largeur, une épaisseur hors du plan de coupe et des lobes secondaires. Un réflecteur fort situé hors de l'axe renvoie un peu d'énergie par un lobe latéral ; l'appareil le place sur l'axe. Le détail latéral est traité dans la clé sur la formation du faisceau.
La texture n'est pas le tissu. Même quand toutes les hypothèses tiennent, l'image d'un organe homogène est granuleuse. Chaque cellule de résolution contient une multitude de petits diffuseurs dont les échos s'ajoutent avec des phases aléatoires ; leur somme fluctue d'un point à l'autre. Cette tavelure (speckle) est une figure d'interférence : la taille de ses grains est fixée par la cellule de résolution, donc par la sonde et la profondeur, pas par la structure du tissu. Elle gêne la détection de faibles contrastes ; des traitements d'image l'atténuent sans la supprimer.
L'harmonique contre les artefacts. En se propageant, une onde intense se déforme : les compressions vont un peu plus vite que les détentes, et une composante à 2f apparaît (voir la non-linéarité). Cette composante naît le long du trajet et reste faible dans les premiers millimètres, là où naissent les réverbérations de paroi ; elle est plus forte au centre du faisceau que dans les lobes. Écouter seulement 2f réduit donc les réverbérations et les lobes secondaires, et resserre le faisceau. En contrepartie, la résolution axiale se dégrade et la profondeur diminue, puisque l'écho revient à une fréquence double, plus atténuée.
Ce qu'il faut retenir. Une image B répond à la question : « si le modèle était vrai, où seraient les réflecteurs ? ». Les artefacts montrent le modèle au travail.
Appuis
- Radiopaedia — Propagation speed et Speed displacement artifact — célérités (graisse 1 450, foie 1 550, muscle 1 580 m/s), hypothèse de 1 540 m/s, structures dessinées trop profondes sous une couche lente.
- Radiopaedia — Reverberation artifact, Mirror image artifact et Posterior acoustic enhancement — allers-retours multiples et queue de comète ; image en miroir par le diaphragme ; renforcement derrière un liquide par surcompensation du gain en profondeur.
- D. M. Brandner et al., Sensors 21, 2548 (2021) — atténuation de l'ordre de 0,6 à 0,75 dB/(MHz·cm) pour la graisse, le muscle et le sein (exposant 1 à 1,5 selon le tissu) ; kystes bénins du sein vers 0,15 à 0,2, avec un exposant proche de 2 : l'extrapolation linéaire à 5 MHz est une approximation.
- Radiopaedia — Tissue harmonic imaging et Speckle artifact — génération non linéaire de l'harmonique 2f, réduction des réverbérations et lobes secondaires ; tavelure due aux petits diffuseurs.
Acte VI · chapitre 22
Mécanisme Doppler — déplié
1842 : Christian Andreas Doppler, Prague, mémoire sur les étoiles binaires. 1845 : C. H. D. Buys Ballot fait monter des cornistes sur un train de la ligne Utrecht–Maarssen. Le son, contrairement à la lumière du mémoire, a un milieu au repos qu’on peut pointer du doigt. Tout le chapitre tient dans cette asymétrie : source en mouvement ≠ observateur en mouvement.
Histoire & sources D'une erreur sur les étoiles à l'écoute du sang : l'effet Doppler, de 1842 à l'image couleur ≈ 4 min
Le chapitre ouvre sur deux dates, 1842 et 1845. Ce bloc raconte ce qu'elles contenaient réellement, puis suit le principe jusqu'à l'échographe. L'histoire a une particularité : l'effet a été énoncé pour expliquer un phénomène qu'il n'explique pas.
Prague, 1842 : une bonne idée, une mauvaise application. Christian Doppler, né à Salzbourg le 29 novembre 1803, est alors professeur de géométrie pratique et de mathématiques élémentaires à l'École polytechnique de Prague. Le 25 mai 1842, il présente à la Société royale des sciences de Bohême un mémoire intitulé « Sur la lumière colorée des étoiles doubles et de quelques autres astres du ciel ». Son idée est juste : le mouvement d'une source par rapport à l'observateur modifie la fréquence reçue. Son application est fausse : il y voit l'origine des couleurs des étoiles doubles, qui s'approcheraient ou s'éloigneraient de nous. Aux vitesses des étoiles, quelques dizaines de kilomètres par seconde, le décalage est de l'ordre du dix-millième : bien trop faible pour changer une couleur. Doppler annonce pourtant, et c'est la partie qui a résisté, que son principe donnera un jour aux astronomes un moyen de mesurer les mouvements des étoiles. Il meurt à Venise le 17 mars 1853.
Utrecht, 1845 : le son comme banc d'essai. Le physicien néerlandais Christophorus Buys Ballot, futur météorologue, teste le principe avec ce qui se contrôle mieux qu'une étoile : des musiciens jouant une note tenue dans un train, sur la ligne d'Utrecht, et des musiciens au bord de la voie qui jugent la hauteur entendue. Le son est plus aigu quand le train approche, plus grave quand il s'éloigne, conformément au principe. Il publie ses résultats la même année dans les Annalen der Physik, sous un titre qui annonce aussi des « remarques occasionnelles sur la théorie du professeur Doppler ». En Grande-Bretagne, John Scott Russell rapporte en 1848 des observations du même type, faites depuis des trains rapides.
1848 : la lumière, et les raies plutôt que la couleur. Hippolyte Fizeau, en France, applique indépendamment le principe à la lumière en 1848, d'où le nom d'« effet Doppler–Fizeau » souvent employé en français. Une couleur d'ensemble ne bouge pas de façon mesurable ; des repères fins du spectre, les raies, le peuvent. Vingt ans plus tard, en 1868, William Huggins publie dans les Philosophical Transactions une tentative de déterminer, à partir du déplacement des raies, si des étoiles s'approchent ou s'éloignent de la Terre. La prédiction de Doppler commence à se réaliser, par une autre voie que la sienne.
1938 : le terme que Doppler ne pouvait pas voir. La relativité ajoute au décalage un terme du second ordre, dû au ralentissement des horloges en mouvement. Herbert Ives et G. R. Stilwell le mettent en évidence en 1938 sur la lumière d'ions rapides (voir le calcul).
Du ciel au sang. Shigeo Satomura publie en 1957 une méthode qui envoie une onde ultrasonore continue vers le cœur et enregistre, en même temps que l'électrocardiogramme et le phonocardiogramme, le décalage Doppler de l'onde renvoyée par les parois et les valves en mouvement. En 1961, Dean Franklin, William Schlegel et Robert Rushmer décrivent dans Science un débitmètre fondé sur le décalage de l'onde diffusée par le sang, essayé sur des vaisseaux intacts chez le chien. En 1970, Donald Baker publie un Doppler pulsé, qui sélectionne la profondeur d'où vient l'écho. En 1985, C. Kasai et ses collègues décrivent une méthode d'autocorrélation qui estime la vitesse en chaque point d'une coupe, en temps réel : c'est l'origine du Doppler couleur.
Et les chauves-souris. En 1968, Hans-Ulrich Schnitzler étudie les cris des rhinolophes en vol dans différentes situations. Il montre que l'animal abaisse la fréquence qu'il émet quand il se rapproche d'un obstacle, de sorte que l'écho, relevé par le Doppler, revienne dans la bande étroite où son audition est la plus fine. Le principe de 1842 est ici un réglage biologique.
Ce qui reste. Le principe est juste depuis 1842 ; ses usages se sont corrigés au fil du temps : pas de couleurs, mais des raies ; un milieu pour le son et aucun pour la lumière ; un facteur deux pour l'écho ; une horloge qui ralentit pour les grandes vitesses.
Appuis
- MacTutor (université de St Andrews) — Christian Andreas Doppler — dates, mémoire du 25 mai 1842 sur les étoiles doubles, effet trop faible pour les couleurs, prédiction pour l'astronomie.
- C. H. D. Buys Ballot, « Akustische Versuche auf der Niederländischen Eisenbahn, nebst gelegentlichen Bemerkungen zur Theorie des Hrn. Prof. Doppler », Annalen der Physik 142, 321–351 (1845) — l'expérience du train.
- W. Huggins, Philosophical Transactions of the Royal Society of London 158, 529–564 (1868) — première tentative de mesurer des vitesses radiales d'étoiles par le déplacement des raies.
- S. Satomura, « Ultrasonic Doppler Method for the Inspection of Cardiac Functions », J. Acoust. Soc. Am. 29, 1181–1185 (1957) ; D. L. Franklin, W. Schlegel, R. F. Rushmer, « Blood Flow Measured by Doppler Frequency Shift of Back-Scattered Ultrasound », Science 134, 564–565 (1961) ; D. W. Baker, IEEE Trans. Sonics Ultrason. 17, 170–184 (1970) ; C. Kasai et al., IEEE Trans. Sonics Ultrason. 32, 458–464 (1985) — les étapes du Doppler médical.
- H.-U. Schnitzler, Zeitschrift für vergleichende Physiologie 57, 376–408 (1968) — les cris des rhinolophes selon les situations d'orientation.
1. Milieu immobile, observateur qui marche
La longueur d’onde dans l’air ne change pas. L’observateur rencontre plus (ou moins) de fronts par seconde.
L'analyse mathématique Doppler : observateur en mouvement 1 formule · ≈ 1 min
Se lit« f prime égale f fois c plus ou moins v o, sur c »« Plus » quand l'observateur va vers la source, « moins » quand il s'en éloigne. f' se dit « f prime ».
Ce qu’elle dit
La source reste fixe : les fronts gardent leur espacement dans le milieu. L’observateur qui avance vers eux en rencontre davantage par seconde, comme une personne qui marche à la rencontre d’une file de vagues. Le signe + correspond à ce rapprochement.
Les symboles. Survolez la formule ou un symbole.
- f' fréquence reçue par l'observateur hertz (Hz) plus haute à l'approche, plus basse à l'éloignement
- f fréquence émise par la source hertz (Hz)
- c célérité du son dans l'air mètre par seconde (m/s) ≈ 343 m/s dans l'air sec à 20 °C
- vo vitesse de l'observateur, mesurée par rapport à l'air mètre par seconde (m/s) 30 m/s (voiture) : décalage d'environ 9 %
Signe + si l’observateur va vers la source. vo ll c : Δ f / f ≈ ± vo/c. À 30 m/s (voiture) et 343 m/s : ~9 %, soit un demi-ton et demi — pas un comma. Et comme la voiture s’approche puis s’éloigne, la chute totale entendue va de ×1,09 à ×0,91, soit ~19 % : une tierce mineure.
2. Source qui marche, observateur immobile
Ici λ change. La source rattrape ses propres fronts vers l’avant : λ+ = (c-vs)/f. Derrière : λ- = (c+vs)/f. L’observateur au repos entend c/λ.
L'analyse mathématique Doppler : source en mouvement 1 formule · ≈ 1 min
Se lit« f prime égale f fois c sur c moins ou plus v s »∓ se dit « moins ou plus » : « moins » quand la source approche (les fronts se serrent), « plus » quand elle s'éloigne.
Ce qu’elle dit
Cette fois, la source avance entre deux émissions. Elle rapproche les fronts devant elle et les écarte derrière. Au repos dans le milieu, l’observateur reçoit donc une fréquence plus haute à l’avant : on choisit le signe moins au dénominateur.
Les symboles. Survolez la formule ou un symbole.
- f' fréquence reçue par l'observateur hertz (Hz) plus haute à l'approche, plus basse à l'éloignement
- f fréquence émise par la source hertz (Hz)
- c célérité du son dans l'air mètre par seconde (m/s) ≈ 343 m/s dans l'air sec à 20 °C
- vs vitesse de la source, mesurée par rapport à l'air mètre par seconde (m/s) formule idéalisée : elle cesse de valoir quand vs approche c
Moins au dénominateur si la source s’approche. Quand vs → c, cette formule idéalisée devient singulière vers l’avant : son dénominateur tend vers zéro. Cette divergence signale qu’on sort de son domaine de validité, pas qu’un son réel de fréquence infinie serait émis. Les fronts s’accumulent devant la source, les amplitudes cessent d’être petites et la propagation devient non linéaire : le régime transsonique puis supersonique se décrit par des fronts et des chocs, dont le front de Mach. Le bang n’est pas « un Doppler très fort », c’est un régime différent (cône, N-wave).
En profondeur Le Doppler change l'échelle du temps : harmoniques, rythmes, sonar large bande, et une hauteur que l'oreille invente ≈ 4 min
Les formules du chapitre parlent d'une fréquence. Un son réel en contient beaucoup, et il a aussi des rythmes, une enveloppe, un niveau qui change. Ce bloc montre ce que le mouvement fait à tout cela, pour une source et un auditeur à vitesses constantes le long de la ligne qui les joint, dans un air au repos.
Un facteur, pas un décalage. Chaque front émis arrive avec un retard qui varie linéairement dans le temps. Le signal reçu est donc le signal émis, joué plus vite ou plus lentement : sr(t) = s(kappa t - t0), où kappa est le rapport des fréquences reçue et émise donné par les formules du chapitre. Toutes les fréquences sont multipliées par le même facteur ; aucune n'est augmentée d'un même nombre de hertz.
Conséquences, pour la sirène à 440 Hz qui approche à 30 m/s (kappa ≈ 482,2/440 ≈ 1,096) :
- l'intervalle musical est le même pour tous les partiels : 12log2 1,096 ≈ 1,6 demi-ton. Le timbre est transposé, pas déformé ;
- en hertz, le décalage croît avec le rang : environ 42 Hz sur le fondamental, 211 Hz sur le cinquième harmonique à 2 200 Hz ;
- les durées sont divisées par le même facteur. Une sirène qui alterne deux notes toutes les 0,5 s (valeur prise pour l'exemple) paraît alterner toutes les 0,456 s à l'approche et toutes les 0,544 s en éloignement (0,5 × 440/404,6) ;
- sur tout le passage, de 482,2 à 404,6 Hz, le rapport vaut 1,192, soit 12log2 1,192 ≈ 3,0 demi-tons : la tierce mineure du chapitre.
Quand l'approximation du décalage cesse de suffire. En échographie Doppler et en radar, on traite l'écho comme la porteuse décalée de Δ f. C'est légitime quand la compression du temps est négligeable à l'échelle de la finesse temporelle du signal. Pendant une impulsion de durée T, l'échelle du temps glisse de T×2v/c (aller-retour). Le traitement tolère un désalignement de l'ordre de 1/B, où B est la bande du signal. Le modèle « décalage » tient donc si B T (2v/c) ll 1.
| Situation | Rapport 2v sur c | Bande | Durée | Produit des trois |
|---|---|---|---|---|
| Radar, voiture à 30 m/s | 2 × 10⁻⁷ | 10 MHz | 0,1 ms | 2 × 10⁻⁴ |
| Sonar, impulsion courte, cible à 5 m/s | 6,7 × 10⁻³ | 100 Hz | 10 ms | 7 × 10⁻³ |
| Sonar, balayage de fréquence, cible à 5 m/s | 6,7 × 10⁻³ | 10 kHz | 1 s | ≈ 67 |
(Valeurs choisies pour l'exemple ; c = 3×10^8 m/s pour le radar, 1 500 m/s dans l'eau.) Dans le dernier cas, le sonar dit « large bande » doit chercher l'écho parmi des versions comprimées du signal émis, pas seulement décalées. La raison principale est qu'à vitesse égale le rapport v/c est environ deux cent mille fois plus grand dans l'eau que pour une onde électromagnétique ; s'y ajoute le produit B T, bien plus grand pour un balayage d'une seconde.
Le niveau change aussi. Une source qui approche devient plus forte, surtout parce que la distance diminue (−6 dB par doublement de distance pour une source ponctuelle), et parce que beaucoup de sources ne rayonnent pas de la même façon vers l'avant et vers l'arrière. Au passage à 20 m, le niveau est maximal au voisinage du point le plus proche, précisément quand la fréquence reçue descend le plus vite (figure de la clé Doppler).
Ce que l'oreille ajoute. La physique est sans appel : pour une source qui passe à vitesse constante, la fréquence reçue ne fait que baisser, d'une valeur haute à une valeur basse. Pourtant, beaucoup de gens décrivent une sirène qui « monte » en approchant puis « descend ». En 1996, John Neuhoff et Michael McBeath ont montré que ce n'est pas seulement une croyance : des auditeurs perçoivent une hauteur qui monte pendant l'approche, alors qu'aucune fréquence ne monte. L'intensité croissante tire la hauteur perçue vers le haut ; l'effet persiste avec des sons qui n'ont rien de Doppler, dès que leur niveau augmente. Les auteurs l'appellent l'« illusion Doppler ».
Il faut donc séparer trois choses : la fréquence émise (constante), la fréquence reçue (qui baisse, calculée et mesurable au spectrogramme), et la hauteur perçue (qui dépend aussi du niveau). La phrase à interdire du chapitre a un double défaut : elle ne dit pas qui bouge, et elle confond ce que l'on mesure avec ce que l'on entend.
Limites. Tout ce qui précède suppose des vitesses constantes. Une source qui accélère produit un facteur qui varie, donc un glissement de fréquence même en ligne droite. Près de la source, le modèle de l'onde plane et des fronts nets cesse de valoir ; près de c, la propagation devient non linéaire (voir le cône de Mach).
Appuis
- J. G. Neuhoff, M. K. McBeath, « The Doppler illusion: the influence of dynamic intensity change on perceived pitch », J. Exp. Psychol. Hum. Percept. Perform. 22(4), 970–985 (1996) — hauteur perçue qui monte à l'approche sans montée de fréquence ; rôle de l'intensité croissante (résumé PubMed).
- OpenStax College Physics, § 17.4 « Doppler Effect and Sonic Booms » — formules du son et rôle du milieu.
- Penn State, D. Russell — Doppler effect and sonic booms — formule générale source et observateur, vitesses relatives au milieu.
L'analyse mathématique 3. Les deux à la fois + vent texte du dossier · 4 formules · ≈ 14 min
Se lit« f prime égale f fois c plus ou moins v o, sur c moins ou plus v s »Les signes du haut (+ au numérateur, − au dénominateur) valent quand observateur et source se rapprochent. vo et vs sont mesurées par rapport à l'air : avec du vent, soit on retranche le vent des vitesses au sol, soit on garde les vitesses au sol et on remplace c par c + w — jamais les deux à la fois.
Ce qu’elle dit
Les deux effets précédents se combinent : déplacement du récepteur au numérateur, déplacement de la source au dénominateur. Définir d’abord les vitesses par rapport au milieu et le sens du trajet ; les signes ne se choisissent pas indépendamment de cette description.
Les symboles. Survolez la formule ou un symbole.
- f' fréquence reçue par l'observateur hertz (Hz) plus haute à l'approche, plus basse à l'éloignement
- f fréquence émise par la source hertz (Hz)
- c célérité du son dans l'air mètre par seconde (m/s) avec du vent, travailler au sol revient à la remplacer par c + w
- vo vitesse de l'observateur, mesurée par rapport à l'air mètre par seconde (m/s) 30 m/s (voiture) : décalage d'environ 9 %
- vs vitesse de la source, mesurée par rapport à l'air mètre par seconde (m/s) formule idéalisée : elle cesse de valoir quand vs approche c
Avec du vent, choisir un seul référentiel et ne compter le vent qu’une fois. Soit on travaille dans l’air : c reste la célérité, et vo, vs sont les vitesses relatives à l’air, obtenues en retranchant le vecteur vent des vitesses mesurées au sol. Soit on travaille au sol : la célérité effective devient c + w (w : composante du vent dans le sens source → observateur) et vo, vs restent les vitesses au sol, soit f' = f (c + w + vo)/(c + w - vs) quand les deux se rapprochent. Ajouter le vent aux vitesses et à c, c’est le compter deux fois. Contre-exemple décisif : source et observateur fixes au sol dans un vent uniforme et constant ; les deux calculs donnent f' = f. Le vent change le temps de trajet et la longueur d’onde, pas le nombre de fronts reçus par seconde (Physics Van, université de l’Illinois — Doppler et vent). Un vent qui porte le son n’est pas un Doppler de source : c’est un changement de célérité effective. Les confondre, c’est refaire l’erreur inverse de Newton (milieu mal traité).
Animation mentale : chaque cercle naît là où la sirène était. Vers l’avant les cercles s’empilent. C’est tout le mécanisme.
Clé de physique Doppler — une convention de signes, le vent et les échos pulsés ≈ 12 min
Atelier S13 · Doppler — qui bouge ? ★★★ · son · plein écran · MIDI
Doppler — qui bouge ?
Rien ne tourne avant ce clic : ni son, ni calcul.
Comment l'utiliserFaire passer la source devant l’observateur, écouter ; échanger les rôles (observateur mobile) à vitesse égale ; ajouter du vent ; pousser la source vers c.
Ce que ça montreLes fronts circulaires nés là où la source était, f′ calculée avec les bons signes, la courbe f′(t) du passage ; le cône de Mach quand v → c. Le glissement de hauteur est produit par la géométrie (retard = distance/c), pas par un effet de pitch.
Sens de lectureComparer les espacements des fronts devant et derrière la source, puis source mobile et observateur mobile : à 30 m/s, × 1,096 contre × 1,087 à l’approche. Le passage à distance non nulle rend le glissement progressif. Les vitesses Doppler se définissent relativement au milieu ; avec du vent, préciser ce référentiel et les composantes le long du trajet, sans ajouter le vent deux fois. Le préset « tout fixe + vent » le vérifie : un vent uniforme entre deux points fixes change le retard, pas la fréquence. Le double trajet (écho sur le mobile) est affiché à part.
Au clavier MIDI Une touche fixe la fréquence émise par la source (entre 200 et 900 Hz, la note est ramenée par octaves dans cette plage) et lance aussitôt un passage à cette hauteur : la sirène glisse selon la géométrie affichée. Le pitch bend affine la fréquence de deux demi-tons au plus pour le passage suivant ; la molette règle la vitesse de la source (0 à 300 m/s), ou celle de l'observateur quand lui seul se déplace.
4. Ce que Doppler n’est pas
- Le redshift cosmologique n’est pas un Doppler sonore dans l’éther. C’est l’expansion métrique. On peut en parler en analogie, on ne doit pas l’enseigner comme Buys Ballot.
- Le Doppler lumineux a une forme relativiste (transverse inclus). Pour le son dans l’air à 30 m/s, le relativiste est du bruit de fond théorique.
- Un battement musical |fa-fb| n’a besoin d’aucun mouvement. Ne pas appeler « Doppler » un désaccord d’unisson.
L'analyse mathématique Doppler sans milieu : la formule de la lumière, moyenne géométrique des deux formules du son 2 formules · ≈ 6 min
Le chapitre avertit que le Doppler lumineux a « une forme relativiste ». Ce bloc la dérive, la compare aux deux formules du son et chiffre l'écart. La différence de fond est la suivante : le son a un milieu, qui sert de référence ; la lumière n'en a pas, et seule compte la vitesse relative de la source et du récepteur.
Dérivation en deux lignes. Plaçons-nous dans le référentiel du récepteur, et prenons une source qui s'approche à la vitesse v le long de la ligne de visée ; notons β = v/c, où c est ici la vitesse de la lumière. Premier effet, le même que pour le son : la source rattrape ses propres fronts, d'où un facteur 1/(1-β). Second effet, propre à la relativité : l'horloge de la source bat plus lentement, vue du récepteur, d'un facteur √1-β^2 ; elle émet donc moins de fronts par seconde de récepteur. Le produit donne √1-β^2/(1-β), qui se simplifie :
Se lit« f r égale f s fois racine de, un plus bêta, sur un moins bêta »f s est la fréquence émise, mesurée par une horloge qui accompagne la source ; f r la fréquence reçue. β se dit « bêta » : la vitesse relative divisée par la vitesse de la lumière, sans unité, positive quand la source et le récepteur se rapprochent. La racine porte sur toute la fraction.
Ce qu’elle dit
La fréquence reçue monte quand source et récepteur se rapprochent, baisse quand ils s'éloignent, et ne dépend que de leur vitesse relative : il n'y a plus de milieu pour distinguer « la source bouge » de « le récepteur bouge ». Valable dans le vide, pour un mouvement uniforme le long de la ligne de visée ; en éloignement, on change le signe de bêta.
Les symboles. Survolez la formule ou un symbole.
- fr fréquence reçue hertz (Hz)
- fs fréquence émise, dans le référentiel de la source hertz (Hz)
- β vitesse relative de rapprochement divisée par la vitesse de la lumière sans unité 10⁻⁷ pour 30 m/s
On obtient la même formule en se plaçant chez la source : le récepteur va au-devant des fronts, facteur 1+β, et son horloge ralentie compte ces fronts sur une seconde plus longue, facteur 1/√1-β^2. Le résultat est identique, ce qui est l'exigence même de la relativité : aucun des deux n'est privilégié.
Une moyenne géométrique. Pour le son, les deux cas donnent 1+β (récepteur mobile) et 1/(1-β) (source mobile), avec β rapporté à la célérité du son. Or √(1+β)/(1-β) est exactement la racine du produit de ces deux facteurs : la formule de la lumière est leur moyenne géométrique. En développant pour β petit :
| Cas | Facteur | Développement |
|---|---|---|
| Son, récepteur mobile | 1+β | 1+β |
| Lumière | √(1+β)/(1-β) | 1+β+β^2/2+dots |
| Son, source mobile | 1/(1-β) | 1+β+β^2+dots |
Les trois coïncident au premier ordre ; elles diffèrent au second. Exemple avec le son, à 30 m/s dans l'air à 343 m/s (β ≈ 0,0875) et 440 Hz : 478,5 Hz si l'auditeur bouge, 482,2 Hz si la sirène bouge. La moyenne géométrique, 440×√1,0875/0,9125 ≈ 480,3 Hz, tombe entre les deux. Ce n'est pas une valeur « correcte » pour le son : c'est ce que donnerait une onde sans milieu.
Pour la lumière, la même voiture a β = 30/(3×10^8) = 10^-7 : le terme du second ordre vaut 10^-14. Pour le son de la sirène, la seule correction relativiste est le ralentissement de son horloge : environ tfrac12(30/3×10^8)^2 = 5×10^-15 en relatif, soit 2 × 10⁻¹² Hz sur 440 Hz. C'est le « bruit de fond théorique » dont parle le chapitre.
Le Doppler transverse. Quand la source passe au plus près, sa vitesse est perpendiculaire à la ligne de visée. Pour le son, le décalage est nul au premier ordre. Pour la lumière, il reste le ralentissement de l'horloge :
Se lit« f r égale f s sur gamma ; gamma égale un sur racine de un moins bêta deux »γ se dit « gamma » : le facteur de Lorentz, sans unité, toujours supérieur ou égal à un. β deux se lit « bêta au carré ». Ici β est la vitesse de la source divisée par la vitesse de la lumière, quelle que soit sa direction.
Ce qu’elle dit
Même sans composante de vitesse vers le récepteur, une source en mouvement est reçue à une fréquence plus basse, parce que son horloge bat plus lentement. L'effet est du second ordre en bêta : invisible à vitesse ordinaire, mesurable pour des particules rapides. Valable pour une vitesse perpendiculaire à la ligne de visée, mesurée dans le référentiel du récepteur au moment de la réception.
Les symboles. Survolez la formule ou un symbole.
- fr fréquence reçue hertz (Hz)
- fs fréquence émise, dans le référentiel de la source hertz (Hz)
- γ facteur de Lorentz sans unité ≈ 1 + β²/2 pour β petit
- β vitesse de la source divisée par la vitesse de la lumière sans unité
Pour β = 0,005 (1 500 km/s), 1/γ ≈ 1-β^2/2 : un décalage relatif de 1,25×10^-5. Herbert Ives et G. R. Stilwell ont mis en évidence ce terme du second ordre en 1938, en observant vers l'avant et vers l'arrière la lumière d'ions d'hydrogène rapides : la moyenne des deux raies décalées ne tombe pas sur la fréquence au repos. Ils présentaient leur résultat comme la mesure du rythme d'une « horloge atomique en mouvement ».
Et l'écho radar ? Pour une cible lente, le double trajet donne, comme pour le sang, Δ f ≈ 2vf0/c, avec cette fois la vitesse de la lumière. Un radar à 10 GHz face à une voiture à 30 m/s : Δ f = 2×30×10^10/(3×10^8) = 2 000 Hz. La porteuse est deux mille fois plus haute que celle d'un échographe à 5 MHz, la vitesse de l'onde environ deux cent mille fois plus grande : le décalage retombe, lui aussi, dans l'audible.
Le décalage cosmologique n'entre dans aucune de ces formules : il ne vient pas d'une vitesse dans un espace fixe, mais, selon la lecture usuelle, de l'étirement de l'espace pendant le trajet de la lumière (on peut aussi l'interpréter comme une accumulation de décalages Doppler infinitésimaux). C'est pourquoi le chapitre refuse de l'enseigner comme l'expérience de Buys Ballot.
Appuis
- HyperPhysics (Georgia State University) — Relativistic Doppler Effect — formule relativiste en fonction de la vitesse relative ; différence avec le Doppler du son.
- H. E. Ives, G. R. Stilwell, « An Experimental Study of the Rate of a Moving Atomic Clock », J. Opt. Soc. Am. 28, 215 (1938) — la mesure du décalage du second ordre.
- E. F. Bunn, D. W. Hogg, « The kinematic origin of the cosmological redshift », Am. J. Phys. 77, 688–694 (2009) — le décalage cosmologique peut aussi se lire comme une accumulation de décalages Doppler ; lecture usuelle : étirement de l'espace.
- Penn State, D. Russell — Doppler effect and sonic booms — formule du son avec vitesses de la source et de l'observateur ; pour la lumière, seule la vitesse relative compte.
L'analyse mathématique 5. Double trajet — le sang, la pluie, la mite texte du dossier · 1 formule · ≈ 2 min
Échographe : l’onde va vers le globule, le globule renvoie, le cristal réécoute. Deux Doppler. Pour un angle θ entre le faisceau et la vitesse du sang :
Se lit« delta f égale deux v f zéro cosinus thêta, sur c »Le facteur 2 vient de l'aller-retour : la cible reçoit une fréquence décalée, puis la renvoie décalée une seconde fois. θ (« thêta ») est l'angle entre le faisceau et le mouvement : à 90°, cosθ = 0 et le décalage disparaît.
Ce qu’elle dit
La cible mobile rencontre une onde puis la renvoie : le déplacement intervient sur les deux trajets. Le cosinus retient seulement la part de la vitesse alignée avec le faisceau. Si le mouvement est perpendiculaire au faisceau, ce modèle donne un décalage nul.
Les symboles. Survolez la formule ou un symbole.
- Δ f décalage de fréquence entre l'onde émise et l'écho reçu hertz (Hz) en échographie, il tombe dans l'audible
- v vitesse de la cible (sang, gouttes, insecte) mètre par seconde (m/s) sang : quelques dizaines de cm/s
- f0 fréquence émise hertz (Hz) quelques MHz en échographie
- θ angle entre le faisceau et la direction du mouvement radian (rad) ou degré (°) à 90°, cosθ = 0 : aucun décalage
- c célérité de l'onde dans le milieu mètre par seconde (m/s) ≈ 1 540 m/s dans les tissus mous
Le facteur 2 vient de l’aller-retour, dans l’approximation des vitesses faibles devant la célérité. θ=90° : cosθ=0, pas de décalage — d’où les erreurs d’angle en clinique. c ici ≈ 1540 m/s (tissu), f0 quelques MHz, v quelques dizaines de cm/s : Δ f tombe dans l’audible. Le « souffle » du Doppler couleur que le cardiologue entend est cette Δ f envoyée dans un haut-parleur. Même geste que Gurnett, autre onde.
Radar météo : même 2, c= lumière, v= vent radial des hydrométéores. Encore une autre onde (EM). Le mot Doppler voyage ; le milieu change.
Rhinolophe : le trajet comprend lui aussi émission vers la cible et retour de l’écho ; l’animal règle f0 pour que f' reste dans la fovéa ~83 kHz (Schnitzler). C’est un asservissement, pas une formule subie.
6. Observations
- Sirène de passage : monter puis descendre, dissymétrie source (formule 2), pas un « plus ou moins » vague.
- Deux diapasons, un qu’on avance vers l’oreille : faible, mais le signe est le bon.
- Doc cardiologie : le son du Doppler pulsé, dire le 2vcosθ/c.
- Interdire la phrase « le Doppler c’est quand ça va plus vite donc c’est plus aigu » sans dire qui bouge.
Fil : Doppler écrit le ciel. Buys Ballot le fait entendre. Langevin le branche sur le quartz. Le rhinolophe le sertit dans une fovéa. L’échographe le fait écouter au cardiologue.
Bilan
L’écho comme règle
- Le temps de l’écho comprend un aller et un retour : la distance à la cible utilise la moitié du trajet total.
- Le Doppler dépend du mouvement décrit par rapport au milieu et à la direction de propagation.
- Une image échographique est reconstruite à partir d’échos traités ; elle n’est pas une photographie par ultrasons.
Question
Si le retour prend deux fois plus de temps dans le même milieu immobile, que déduit-on ?
Voir la réponse
Pour la même géométrie aller-retour, la cible est deux fois plus loin. Il faut conserver la célérité et distinguer ce temps de la durée propre de l’impulsion.
Pour reprendre le fil
Ces outils de mesure changent les salles, les usages et les arguments que l’on peut vérifier.
Acte VII · Quelle preuve répond à quelle promesse ?
Les autres scènes et les intox
Un même signal peut devenir musique, gêne ou objet de recherche selon le contexte. Pour évaluer une promesse, séparer ce qui est observé de ce qui est affirmé. Une différence audible ne démontre pas, à elle seule, un effet médical ou une histoire de fréquence cosmique.
La même onde change de statut selon le lieu : dans une salle, elle gêne ou sublime une voix ; dans la ville, elle devient une question de santé ; dans une publicité, elle peut devenir un argument trompeur. À chaque fois, demandons ce qui est réellement mesuré.
Acte VII · chapitre 23
Faire taire la pierre — acoustique architecturale
Wallace Clement Sabine (1868–1919), Harvard, 1895. On lui colle le Fogg Art Museum, inaudible. Il mesure au tuyau d’orgue et au chronomètre la durée de réverbération, déménage les coussins du Sanders Theatre une nuit après l’autre, et trouve la relation :
Histoire & sources Des coussins, un tuyau d’orgue et un chronographe : comment Sabine a fondé l’acoustique des salles ≈ 4 min
L’histoire de la formule est racontée par Sabine lui-même, dans l’article « Reverberation » paru en 1900 dans The American Architect et The Engineering Record, repris en 1922 dans ses Collected Papers on Acoustics. Ce texte d’origine permet de corriger quelques simplifications courantes.
Une salle abandonnée. En 1895, la Corporation de l’université Harvard demande au jeune physicien de proposer des remèdes pour la salle de conférences du Fogg Art Museum, un bâtiment qui vient d’être achevé. La salle a été jugée inutilisable et abandonnée. Sabine note un paradoxe : elle est semi-circulaire et copiée sur le Sanders Theatre, la meilleure salle de Cambridge, et c’est pourtant la pire. Mais le Sanders Theatre est en bois, la salle du Fogg en plâtre sur carreaux. Sabine refuse les recettes de forme ou de matériau prises une à une : il décide de mesurer.
La mesure à l’oreille. Il essaie d’abord d’enregistrer la décroissance avec une flamme manométrique, puis en la photographiant. Il abandonne : le son décroît en fluctuant, avec des maxima et des minima, et ces méthodes ne donnent rien d’exploitable. Il revient à l’oreille, aidée d’un chronographe électrique, avec un tuyau d’orgue comme source constante. Il mesure la durée d’audibilité du son résiduel après l’arrêt de la source : 5,62 s dans la salle vide.
Les coussins du Sanders Theatre. Tous les coussins du théâtre voisin sont apportés et stockés dans le hall. Avec 8,2 m de coussins dans la salle, la durée tombe à 5,53 s ; avec 17 m, à 4,94 s. Quand les 436 sièges sont couverts, il reste 2,03 s. Quand tous les coussins d’un théâtre de près de 1 500 places couvrent sièges, allées, estrade et mur du fond, il reste 1,14 s. L’expérience demande « plusieurs nuits de travail ». Le mètre courant de coussin devient une unité de comparaison : un rideau, un tapis, un homme ou une femme valent tant de mètres de coussins.
La fenêtre ouverte comme unité. Sabine traite de la même façon l’énergie transformée en chaleur et l’énergie qui sort de la salle : « les deux seront appelées absorption ». Il choisit la fenêtre ouverte comme unité, plus universelle et plus durable que le coussin ; mais il travaille avec les coussins, car on ne mesure pas fenêtres ouvertes en été, à cause des grillons. C’est l’origine du coefficient α qui compte tout ce qui ne revient pas, transmission comprise (voir absorber, diffuser, isoler). L’unité d’aire d’absorption porte aujourd’hui son nom.
D’où viennent les 60 dB. Sa durée d’audibilité part d’une intensité initiale d’un million de fois l’intensité minimale audible. Un facteur 10^6 en intensité correspond à 60 dB : c’est l’origine du T60. En ajustant T = KV/a sur plusieurs salles, il retient K = 0,164, la moyenne de valeurs comprises entre 0,159 et 0,169 (voir le calcul de la constante). La note de référence est un do à 512 vibrations par seconde, le premier do au-dessus du do central dans le diapason qu’il emploie.
Le Boston Symphony Hall. Presque aussitôt, la construction d’une nouvelle salle de concert à Boston prolonge l’enquête. Sabine calcule, pour la salle pleine, la durée prévue de trois salles : le Gewandhaus de Leipzig, l’ancien Music Hall de Boston et le projet. Il annonce 2,31 s pour la nouvelle salle, qui compte plus de mille places de plus que le Gewandhaus : une valeur comprise entre les deux, plus proche de celle du Gewandhaus. La salle, dessinée par McKim, Mead & White, est inaugurée le 15 octobre 1900. L’orchestre qui l’occupe la présente comme le premier auditorium conçu d’après des principes acoustiques établis scientifiquement, avec une durée visée de 1,9 à 2,1 s.
La suite. Sabine meurt le 10 janvier 1919. En 1930, Carl Eyring montre que sa formule surestime la durée des salles très absorbantes et propose une correction fondée sur la perte à chaque réflexion. En 1965, Manfred Schroeder remplace le chronomètre par l’intégration à rebours de la réponse impulsionnelle, la méthode encore employée aujourd’hui (voir l’atelier S23). La question de départ, elle, n’a pas changé : ce que fait une salle à un son se mesure, avant de se deviner à partir de sa forme.
Appuis
- W. C. Sabine, Collected Papers on Acoustics, Harvard University Press, 1922 (Internet Archive) — « Reverberation » (1900) : demande de la Corporation de Harvard en 1895, salle abandonnée, flamme manométrique puis chronographe, 5,62 s à vide, coussins (8,2 m, 17 m, 436 sièges, 1,14 s), fenêtre ouverte comme unité, K = 0,164, intensité initiale de 10⁶ fois le seuil, prévision de 2,31 s pour le nouveau Music Hall.
- Boston Symphony Orchestra — The History of Symphony Hall — ouverture le 15 octobre 1900, architectes McKim, Mead & White, Sabine consultant, « first auditorium designed in accordance with scientifically derived acoustical principles », durée visée 1,9 à 2,1 s.
- American Physical Society, APS News — « January 10, 1919: Death of Wallace Sabine » — date de décès, contexte de la salle du Fogg.
- C. F. Eyring, « Reverberation time in “dead” rooms », J. Acoust. Soc. Am. 1, 217–241 (1930), doi:10.1121/1.1915175.
- M. R. Schroeder, « New method of measuring reverberation time », J. Acoust. Soc. Am. 37, 409–412 (1965), doi:10.1121/1.1909343.
L'analyse mathématique Formule de Sabine 1 formule · ≈ 1 min
Se lit« T soixante environ égal à zéro virgule cent soixante et un V sur A »T60 se dit « T soixante » : le temps pour que le niveau baisse de 60 dB. V est le volume en mètres cubes, A l'aire d'absorption équivalente en mètres carrés ; le coefficient 0,161 a une unité, des secondes par mètre.
Ce qu’elle dit
Nous retrouvons la relation annoncée dans l’ouverture, maintenant reliée à une salle concrète. Plus le volume est grand, plus la décroissance peut durer ; davantage d’absorption la raccourcit. T60 décrit une baisse de niveau de 60 dB, et se précise par bande de fréquence.
Les symboles. Survolez la formule ou un symbole.
- T60 temps de réverbération : durée pour que le niveau baisse de 60 dB après l'arrêt de la source seconde (s) 0,2 à 0,3 s dans une régie de studio ; se donne par bande de fréquence
- V volume de la salle mètre cube (m³)
- A aire d'absorption équivalente de la salle mètre carré (m² sabine) ajouter du public l'augmente : la salle sèche
T60 : temps pour que le niveau baisse de 60 dB. V volume en m³. A absorption équivalente en m² sabine. L’unité sabine porte son nom. Il est ensuite le conseiller acoustique du Boston Symphony Hall (architectes McKim, Mead & White, ouvert 1900), encore cité parmi les meilleures salles du monde.
Clé de physique Absorber, diffuser, isoler : où va l’énergie qui ne revient pas ≈ 9 min
Suite : Eyring, Norris, Beranek, Barron, Hidaka ; chambres anéchoïques (murs en coins de mousse / laine) et réverbérantes ; simulation numérique (rayons, sources image, FDTD). On peut opposer Épidaure (filtre de pierre au grand air) et une régie ou une cabine de studio (T60 de 0,2 à 0,3 s).
Clé de physique Acoustique des salles : ce que T60 ne dit pas ≈ 10 min
Clé de physique Réponse impulsionnelle, fonction de transfert, causalité ≈ 13 min
En profondeur Quand la statistique ne suffit plus : sources images, rayons et ondes ≈ 4 min
Les formules de Sabine et d’Eyring traitent le son d’une salle comme une grandeur statistique : une énergie répartie partout, qui arrive de toutes les directions. Cette image devient juste quand les réflexions sont nombreuses et mêlées. Elle ne décrit ni le début de la réponse, ni le grave d’une petite pièce : c’est à ces deux cas que servent les simulations citées dans le chapitre.
Les sources images. Une réflexion sur un mur plan se comporte comme si le son venait d’une copie de la source placée derrière le mur, symétrique par rapport à lui. Dans une salle fermée, les images se reflètent à leur tour, et l’espace se remplit d’images de la source, à peu près une par volume V de la salle. Au bout d’un temps t, le son a parcouru ct : toutes les images situées dans une sphère de rayon ct ont déjà donné leur réflexion. Leur nombre vaut environ N ≈ 4π c^3t^3/(3V), et elles arrivent au rythme de 4π c^3 t^2/V par seconde.
Pour une salle de 18 000 m³ et c = 343 m/s, ce calcul donne environ une réflexion dans les 50 premières millisecondes et 9 dans les 100 premières. Une demi-seconde après l’émission, elles arrivent au rythme de 7 000 par seconde ; après une seconde, de 28 000 par seconde. Le début de la réponse est donc fait de quelques réflexions distinctes, dont la direction, le retard et le niveau comptent chacun pour l’oreille (clarté, échos, impression d’espace) ; la fin est une traîne dense, que la statistique décrit bien (voir ce que T60 ne dit pas).
Calculer avec des images ou des rayons. La méthode des sources images, rendue praticable sur ordinateur par J. B. Allen et D. A. Berkley en 1979, est exacte pour une salle rectangulaire aux parois planes, parfaitement rigides, à réflexion spéculaire (avec des parois absorbantes, à coefficient de réflexion inférieur à 1, elle devient une approximation) : elle donne une réponse impulsionnelle qu’on peut ensuite convoluer avec une voix. Son coût croît comme t^3 et, dans une salle de forme quelconque, il faut vérifier pour chaque image que le trajet correspondant existe vraiment. Le lancer de rayons, proposé dès 1968 par A. Krokstad, S. Strøm et S. Sørsdal, suit au contraire un grand nombre de « particules » d’énergie qui rebondissent sur les parois, avec une part de réflexion diffuse, et compte celles qui traversent un petit volume de réception. Il accepte n’importe quelle géométrie, mais son résultat est bruité par le nombre fini de rayons. Les logiciels courants combinent souvent les deux : images pour les premières réflexions, rayons pour la traîne.
Ce que ces méthodes ignorent. Images et rayons sont des modèles géométriques : ils supposent des longueurs d’onde petites devant les surfaces. Ils ne décrivent ni la diffraction au bord d’un balcon ni les interférences qui créent les modes. Sous la fréquence de Schroeder, dans le grave d’un studio ou d’une petite salle, ce sont pourtant elles qui dominent.
Les méthodes d’ondes. On résout alors l’équation d’onde elle-même sur une grille, par différences finies dans le temps (FDTD) ou par éléments finis. Le pas de la grille doit rester une petite fraction de la plus courte longueur d’onde calculée. Si l’on double la fréquence maximale, le pas est divisé par deux dans chaque direction : huit fois plus de cellules, et deux fois plus de pas de temps. Le calcul coûte donc environ 2^4 = 16 fois plus. C’est pourquoi les méthodes d’ondes servent surtout au grave, et les méthodes géométriques au médium et à l’aigu.
Deux salles de référence. La chambre anéchoïque, tapissée de coins absorbants, s’approche du champ libre : presque rien ne revient, ce qui permet de mesurer la directivité ou la puissance d’une source sans l’influence de la pièce. La profondeur des coins fixe la fréquence la plus basse qu’ils absorbent bien. La chambre réverbérante, aux parois dures et non parallèles, s’approche au contraire du champ diffus : on y mesure les coefficients d’absorption en comparant sa décroissance avec et sans échantillon (voir absorber, diffuser, isoler). Les salles réelles se situent entre ces deux limites.
La limite commune. Toute simulation dépend de ses données d’entrée — coefficients d’absorption et de diffusion, mode de pose — et en hérite l’incertitude. Elle reste un modèle, que l’on valide en mesurant des réponses impulsionnelles dans la salle construite, en plusieurs points.
Appuis
- J. B. Allen, D. A. Berkley, « Image method for efficiently simulating small-room acoustics », J. Acoust. Soc. Am. 65, 943–950 (1979), doi:10.1121/1.382599 — réponse impulsionnelle entre deux points d’une petite salle rectangulaire par la méthode des images, puis convolution avec un signal.
- A. Krokstad, S. Strøm, S. Sørsdal, « Calculating the acoustical room response by the use of a ray tracing technique », J. Sound Vib. 8, 118–125 (1968), doi:10.1016/0022-460X(68)90198-390198-3) — premier calcul de réponse de salle par lancer de rayons.
- M. R. Schroeder, « The “Schroeder frequency” revisited », J. Acoust. Soc. Am. 99 (5), 3240–3241 (1996), doi:10.1121/1.414868 — transition entre résonances isolées et modes qui se recouvrent.
- ISO 3382-1:2009 — extrait public (PDF) — la réponse impulsionnelle comme base des mesures de salle ; indicateurs qui en sont tirés.
L'analyse mathématique D’où sort 0,161 : la formule de Sabine retrouvée par un bilan d’énergie 3 formules · ≈ 7 min
Sabine a trouvé sa constante par la mesure : il l’ajustait sur plusieurs salles et retenait une moyenne. La même relation se retrouve par le calcul, à une condition : admettre les hypothèses de la théorie statistique des salles. On suppose que l’énergie sonore est répartie uniformément dans le volume, avec une densité w en joules par mètre cube, et qu’elle voyage dans toutes les directions avec la même probabilité. C’est ce qu’on appelle un champ diffus.
Ce que reçoivent les parois. Un petit morceau de paroi reçoit l’énergie qui arrive de tout le demi-espace situé devant lui. L’énergie qui se propage en faisant un angle θ avec la normale ne s’approche de la paroi qu’à la vitesse ccosθ. En moyennant sur toutes les directions, chacune portant la même part de l’énergie, on obtient un flux de wc/4 watts par mètre carré : le facteur 1/4 vient de l’intégrale de cosθ sur le demi-espace, divisée par l’angle solide total. Chaque surface Si retient la fraction αi de ce qu’elle reçoit ; la salle entière perd donc cAw/4, avec A = sum αi Si.
Se lit« V fois d w sur d t égale W moins c A sur quatre, fois w »w minuscule : densité d’énergie sonore, en joules par mètre cube ; W majuscule : puissance de la source, en watts — les deux lettres ne désignent pas la même grandeur. dw sur dt, où chaque « d » se dit « dé », est la variation de la densité par seconde. A : aire d’absorption équivalente, en mètres carrés.
Ce qu’elle dit
L’énergie contenue dans la salle augmente de ce que fournit la source et diminue de ce que retiennent les parois. Les pertes sont proportionnelles à l’énergie présente : plus la salle est pleine de son, plus elle en perd. Hypothèses : champ diffus, absorption répartie, une seule bande de fréquence à la fois ; l’absorption de l’air est négligée.
Les symboles. Survolez la formule ou un symbole.
- V volume de la salle mètre cube (m³)
- dw variation élémentaire de la densité d’énergie sonore joule par mètre cube (J/m³)
- dt durée élémentaire seconde (s)
- w densité d’énergie sonore, supposée uniforme dans la salle joule par mètre cube (J/m³)
- W puissance acoustique émise par la source watt (W) 0,01 W pour un niveau de puissance de 100 dB
- c célérité du son mètre par seconde (m/s) ≈ 343 m/s dans l’air à 20 °C
- A aire d’absorption équivalente : somme des surfaces pondérées par leur coefficient d’absorption mètre carré (m²)
Après l’arrêt de la source. Avec W = 0, la densité décroît en exponentielle : w(t) = w0 e^-t/τ, avec τ = 4V/(cA). En décibels, le niveau baisse en ligne droite, de 10log10e ≈ 4,343 dB pour chaque durée τ. Pour perdre 60 dB, il faut 60/4,343 = 13,82 fois τ, soit 13,82 × 4V/(cA).
Se lit« T soixante égale vingt-quatre log népérien de dix sur c, fois V sur A »ln se dit « log népérien » (ou « logarithme naturel ») : 24ln 10 = 55,26, qui est 4 × 13,82. T₆₀ se dit « T soixante ». La constante 0,161 n’est donc pas un nombre magique : c’est 55,26 divisé par la célérité du son.
Ce qu’elle dit
La durée de réverbération croît avec le volume, qui allonge le trajet entre deux rencontres avec une paroi, et diminue avec l’absorption. Elle dépend aussi de la célérité du son : plus le son va vite, plus il frappe souvent les parois et plus il s’éteint vite. Mêmes hypothèses que le bilan d’énergie.
Les symboles. Survolez la formule ou un symbole.
- T60 durée de réverbération : temps pour que le niveau baisse de 60 dB seconde (s)
- ln logarithme népérien sans unité ln 10 ≈ 2,303
- c célérité du son dans l’air de la salle mètre par seconde (m/s) 343 m/s à 20 °C
- V volume de la salle mètre cube (m³)
- A aire d’absorption équivalente mètre carré (m²)
À 20 °C, c = 343 m/s et 55,26/343 = 0,161 s/m. À 0 °C (c ≈ 331 m/s), on trouve 0,167 ; à 30 °C (c ≈ 349 m/s), 0,158. La « constante » varie donc d’environ 5 % (entre 0,158 et 0,167, soit ± 2,6 % autour de 0,161) sur la plage des températures d’une salle. La valeur moyenne de Sabine, 0,164, correspondrait à c = 55,26/0,164 = 337 m/s ; l’écart de 2 % avec 0,161 reste de l’ordre de la dispersion de ses propres mesures (ses valeurs par salle vont de 0,159 à 0,169).
En régime établi. Si la source émet en continu, dw/dt = 0 et w = 4W/(cA) : le niveau réverbéré ne dépend que de la puissance de la source et de l’absorption. C’est le terme 4/A de la distance critique. Dans une salle de 18 000 m³ avec A = 1 500 m², on obtient T60 = 0,161 × 18 000/1 500 = 1,93 s, et un niveau réverbéré inférieur de 10log10(4/1 500) = -25,7 dB au niveau de puissance de la source. Doubler A divise T60 par deux et ne retire que 3 dB au niveau réverbéré.
Réflexion par réflexion. Un autre chemin mène au même résultat, et montre sa limite. Dans un champ diffus, la distance moyenne parcourue entre deux réflexions vaut :
Se lit« l barre égale quatre V sur S »ℓ̄ se dit « l barre » : la barre signale une moyenne. S : surface totale des parois, en mètres carrés — la surface, pas l’aire d’absorption A.
Ce qu’elle dit
Entre deux rencontres avec une paroi, le son parcourt en moyenne quatre fois le volume divisé par la surface. Une grande salle compacte a de longs trajets, donc peu de réflexions par seconde ; une pièce basse et allongée en a beaucoup. Valable en moyenne sur un champ diffus, pas pour un rayon particulier.
Les symboles. Survolez la formule ou un symbole.
- barℓ libre parcours moyen : distance moyenne entre deux réflexions successives mètre (m) 4,2 m pour la salle de 320 m³ de l’exemple
- V volume de la salle mètre cube (m³)
- S surface totale des parois, du sol et du plafond mètre carré (m²)
Le son subit donc c/barℓ = cS/(4V) réflexions par seconde, et chacune ne garde que la fraction 1 - barα de l’énergie. Après un temps t, il reste (1-barα)^cSt/4V. En refaisant le calcul des 60 dB, on obtient la formule d’Eyring, T60 = 0,161 V/[-Sln(1-barα)]. Quand barα est petit, -ln(1-barα) ≈ barα et Sbarα = A : on retrouve Sabine.
Pour la salle de répétition nue de l’exemple sur l’absorption (V = 320 m³, S = 304 m², barα = 0,05) : barℓ = 4,21 m, soit environ 81 réflexions par seconde et 276 pendant les 3,39 s que donne Sabine. Or 0,95^276 correspond à une baisse de 61,5 dB, pas de 60 : Sabine surestime un peu la durée. Eyring donne 3,30 s, car -ln 0,95 = 0,0513 au lieu de 0,05. L’écart, de 3 % ici, devient grand quand l’absorption moyenne dépasse 0,2 ou 0,3.
Aucune de ces deux formules ne vaut quand le champ n’est pas diffus : absorption concentrée sur une seule surface, pièce très allongée, grave sous la fréquence de Schroeder. Le calcul donne alors une durée unique là où la salle en a plusieurs (voir ce que T60 ne dit pas).
Appuis
- W. C. Sabine, Collected Papers on Acoustics, Harvard University Press, 1922 (Internet Archive) — article « Reverberation » (1900) : table des constantes par salle (corrigées de 0,159 à 0,169) et « Average value of K = .164 ».
- C. F. Eyring, « Reverberation time in “dead” rooms », J. Acoust. Soc. Am. 1, 217–241 (1930), doi:10.1121/1.1915175 — formule de réverbération fondée sur la perte d’énergie à chaque réflexion, pour les salles absorbantes.
- Reverberation — Wikipedia (en), section « Sabine equation » — la constante 0,1611 s/m vaut 24ln 10/c20 ; formule d’Eyring.
- HyperPhysics (C. R. Nave, Georgia State University) — Modeling reverberation time — la formule de Sabine « works reasonably well » pour les salles moyennes et surestime la durée des salles très absorbantes.
Atelier S23 · Convolution et réverbération (T60 au clap) ★★★ · micro · son · plein écran · MIDI
Convolution et réverbération (T60 au clap)
Rien ne tourne avant ce clic : ni son, ni calcul.
Le micro n'est demandé que si vous cliquez sur « Utiliser le micro » ; le son est analysé sur votre appareil, rien n'est envoyé ni enregistré.
Comment l'utiliserEnregistrer un clap dans la pièce où l’on se trouve, lire le T60 mesuré, puis convoluer sa voix avec cette réponse ou avec une réponse synthétique de cathédrale.
Ce que ça montreLes trois signaux de la convolution : la source sèche x, la réponse impulsionnelle h et la sortie y = x ∗ h. De l’impulsion seule (y = x) à l’écho simple (y = x plus une copie retardée) puis à la réponse d’une pièce ; la courbe de décroissance de Schroeder, le T60 par régression quand la décroissance est exponentielle, la comparaison avec le calcul de Sabine.
Sens de lectureIdentifier x, h et y avant d’écouter. Lire la décroissance par bande ; estimer T20 ou T30 puis extrapoler T60 seulement si la dynamique utile et la linéarité le permettent : un écho simple n’a pas de T60. La durée du fichier h et son niveau normalisé ne sont ni un T60 ni une puissance. Un clap et un micro ordinaire donnent une estimation dépendante de la source, du bruit, du placement et des traitements automatiques.
Au clavier MIDI Branché, un clavier MIDI pince une note dans la réponse impulsionnelle choisie : chaque touche envoie une corde pincée synthétique à travers la même convolution que l'écoute par le bouton, et l'on entend la queue de réverbération se prolonger quand la touche est relâchée (T60 long dans la cathédrale, presque rien en régie). La molette règle le curseur « sec ↔ réverbéré », la vélocité le niveau de la note, le pitch bend sa hauteur (deux demi-tons au plus) ; plusieurs touches jouent en accord dans la même salle.
Atelier S24 · Calculateur de Sabine ★★★ · son · plein écran · MIDI
Calculateur de Sabine
Rien ne tourne avant ce clic : ni son, ni calcul.
Comment l'utiliserEntrer une salle, choisir ses matériaux, lire T60 par bande ; ajouter le public ; comparer aux présets Boston Symphony Hall / studio / cathédrale.
Ce que ça montreA = Σ αᵢSᵢ (m² sabine, par bande d’octave de 125 Hz à 4 kHz) et T60 ≈ 0,161 V/A pour Sabine (V en m³) ; comparaison avec Eyring T60 ≈ 0,161 V/[−S ln(1−α moyen)], absorption de l’air (4 m V, ISO 9613-1) en option, fréquence de Schroeder et premier mode axial, et réponse impulsionnelle synthétique annoncée.
Sens de lectureRegarder T60 par bande avant de regarder la moyenne : une salle « sèche » dans l’aigu peut « boomer » dans le grave. Puis ajouter le public : la salle sèche, comme chez Sabine. Le calcul suppose un champ diffus : il ne prédit ni l’isolation entre pièces ni un mode grave isolé sous la fréquence de Schroeder.
Au clavier MIDI Branché, un clavier MIDI pince une note dans la salle que vous avez réglée (volume, matériaux, public) : la touche fixe la hauteur, la salle fait durer le son selon son T60. La molette règle le nombre de personnes assises, de 0 à 3 000 : en la tournant entre deux notes, on entend et l'on lit la salle devenir plus absorbante et sa réverbération raccourcir. La vélocité règle le niveau, le pitch bend la hauteur (± 2 demi-tons) ; la réponse de la salle est recalculée à la première note qui suit un changement.
Acte VII · chapitre 24
Le son hors du laboratoire — mêmes lois, autres scènes
Cohérence : on ne change pas de physique. On change d’enjeu. Chaque secteur ci-dessous doit pouvoir se raccrocher à une grandeur déjà nommée (réverbération, spectre, masquage, célérité, seuil).
Histoire & sources Du bruit à combattre au paysage sonore : Schafer, l’OMS et la directive européenne ≈ 4 min
Le son de la ville a longtemps été traité comme une nuisance à réduire, mesurée en décibels. Deux histoires se croisent à partir de la fin des années 1960 : celle d’un compositeur qui propose d’écouter l’environnement comme une composition, et celle des institutions de santé et de droit qui finissent par chiffrer le bruit comme un risque.
Le World Soundscape Project. À la fin des années 1960, le compositeur canadien R. Murray Schafer (1933–2021) fonde à l’université Simon Fraser, près de Vancouver, un groupe d’enseignement et de recherche, le World Soundscape Project. Le groupe part de brochures pédagogiques sur la pollution sonore, puis étudie en détail l’environnement de Vancouver (The Vancouver Soundscape, 1973) et de cinq villages européens, en Suède, en Allemagne, en Italie, en France et en Écosse (Five Village Soundscapes, 1975). Schafer en tire son livre de référence, The Tuning of the World (1977) ; Barry Truax publie en 1978 un Handbook for Acoustic Ecology qui en fixe le vocabulaire.
Un vocabulaire de l’écoute. Ce vocabulaire ne classe pas les sons par niveau, mais par la place qu’ils occupent pour ceux qui les entendent. Les sons de fond (keynotes) s’entendent sans y prêter attention ; les signaux (sound signals) occupent le premier plan et portent une information ; les marqueurs sonores (soundmarks) ont une importance culturelle et symbolique pour une communauté — une cloche, une sirène de port. Un paysage « hi-fi » est varié et propre à un lieu ; un paysage « lo-fi » est uniforme, dominé par quelques sources puissantes, et le même partout. La cloche, l’adhan ou le shofar du chapitre sont des marqueurs sonores au sens de Schafer : leur rôle ne se lit pas dans leur spectre.
La norme reprend la distinction. En 2014, la norme ISO 12913-1 définit le paysage sonore (soundscape) comme l’environnement acoustique tel qu’il est perçu, vécu ou compris par des personnes, dans un contexte. Elle le distingue de l’environnement acoustique, le son de toutes les sources tel que le milieu le modifie. C’est, écrit dans une norme, la séparation que le dossier fait partout entre mesure et perception.
L’OMS chiffre un risque. En 1999, l’Organisation mondiale de la santé publie ses Guidelines for Community Noise, issues d’une réunion d’experts tenue à Londres en avril 1999. En 2009, les Night Noise Guidelines for Europe fixent pour la nuit une cible de 40 dB en Lnight à l’extérieur, avec un objectif intermédiaire de 55 dB. En octobre 2018, les Environmental Noise Guidelines for the European Region donnent des recommandations par source : trafic routier 53 dB Lden et 45 dB Lnight ; ferroviaire 54 et 44 dB ; aérien 45 et 40 dB ; éoliennes 45 dB Lden ; loisirs 70 dB en moyenne sur 24 h.
L’Europe harmonise la mesure. La directive 2002/49/CE du 25 juin 2002 impose des indicateurs communs, Lden et Lnight (voir le calcul du Lden), des cartes de bruit stratégiques et des plans d’action. Les premières cartes sont dues au plus tard le 30 juin 2007 pour les agglomérations de plus de 250 000 habitants, les grands aéroports et les axes les plus chargés ; au 30 juin 2012, toutes les agglomérations de plus de 100 000 habitants et tous les grands axes doivent être couverts, puis les cartes sont refaites tous les cinq ans. La directive ne fixe pas elle-même de valeurs limites : elle laisse ce choix aux États. Elle introduit aussi la notion de zone calme, à délimiter et à préserver — un écho administratif au paysage sonore de Schafer. Ses annexes ont été révisées depuis, pour les méthodes de calcul communes (2015) et pour les relations dose-effet (2020).
Ce que montrent les cartes. Selon le rapport de l’Agence européenne pour l’environnement publié en juin 2025, fondé sur la collecte de 2022, environ 92 millions de personnes en Europe sont exposées à un bruit routier supérieur à 55 dB Lden, et, en ajoutant le rail (environ 18 millions) et l’aviation (environ 2,6 millions), plus d’une personne sur cinq pour l’ensemble des transports. L’exposition chronique au bruit des transports contribue à environ 73 000 décès prématurés par an. Le son n’a pas changé de physique ; il a changé de statut : d’un désagrément privé à un déterminant de santé publique, et d’un niveau à un paysage.
Appuis
- Simon Fraser University (B. Truax) — The World Soundscape Project — groupe fondé par R. Murray Schafer à la fin des années 1960 ; The Vancouver Soundscape (1973), Five Village Soundscapes (1975), The Tuning of the World (1977), Handbook for Acoustic Ecology (1978).
- B. Truax — Soundscape Composition as Global Music (SFU) — définitions des keynotes, signals et soundmarks ; paysages hi-fi et lo-fi.
- ISO 12913-1:2014 — extrait public (PDF) — définitions de soundscape et d’acoustic environment (§ 2.1 et 2.2).
- Directive 2002/49/CE (EUR-Lex) — article 3 (agglomération, zone calme, valeur limite fixée par l’État membre), article 7 (échéances 2007 et 2012, révision quinquennale), annexe I.
- OMS Europe — Night Noise Guidelines for Europe (2009) et Environmental noise guidelines for the European Region (2018) ; Guidelines for community noise (1999) ; AEE — Environmental noise in Europe 2025 — 92 millions pour la route, environ 18 millions pour le rail, 2,6 millions pour l’aviation ; « plus d’une personne sur cinq » vaut pour l’ensemble des transports.
Rite, religion, silence organisé
- Cloche d’église : partiels inharmoniques d’un bronze, accord des partiels (prime, tierce, quinte, nommée autrement par les fondeurs). Le bourdon n’est pas un sinus.
- Orgue : tuyaux = les formules ouverts / fermés du chapitre maths. Le tremblant est une modulation.
- Adhan, shofar, conque, om, mantra : la voix comme architecture spirituelle. Ne pas psychologiser : décrire le lieu (cour, dôme, grotte) et le T60.
- John Cage, 4′33″ (1952) : le silence n’existe pas dans une salle habitée. Sabine l’aurait signé.
Langage et voix publique
- Phonétique acoustique : voyelles = formants F1–F2 ; consonnes = transitoires et bruits. Un « s » culmine entre 4 et 8 kHz : le plus aigu des sons de la parole, loin encore de l’ultrason.
- Intelligibilité : STI, STIPA, %ALcons (RASTI, retiré de la norme en 2011) — pont direct avec Sabine et le bruit de fond.
- Rhétorique antique déjà consciente d’Épidaure : la voix projetée n’est pas un cri, c’est un spectre dirigé.
En profondeur Pourquoi une salle réverbérante brouille la parole : l’indice STI 1 formule · ≈ 5 min
Le chapitre cite le STI comme « pont direct avec Sabine et le bruit de fond ». Ce pont a un mécanisme précis. L’indice de transmission de la parole (Speech Transmission Index), mis au point par Tammo Houtgast et Herman Steeneken au laboratoire néerlandais TNO, ne mesure ni un niveau ni une durée de réverbération : il mesure ce qui reste des variations d’intensité de la voix quand elles arrivent à l’auditeur.
La parole est une intensité qui fluctue. Une phrase fait monter et descendre l’intensité sonore plusieurs fois par seconde : syllabes, consonnes, pauses. Ces fluctuations de l’enveloppe portent une grande part de l’information. La méthode les étudie entre 0,63 et 12,5 Hz, en 14 fréquences de modulation au tiers d’octave, et dans 7 bandes d’octave de 125 Hz à 8 kHz.
Ce que fait la réverbération. Chaque instant de la voix est prolongé par la traîne de la salle. Les creux entre deux syllabes se remplissent de l’énergie des syllabes précédentes, et l’enveloppe s’aplatit. La réverbération agit comme un filtre passe-bas sur ces fluctuations : les variations lentes passent, les rapides sont effacées. Pour une décroissance exponentielle de durée T, la profondeur de modulation restante vaut :
Se lit« m de F égale un sur racine de un plus, deux pi F T sur treize virgule huit, au carré ; fois un sur un plus dix puissance moins R S B sur dix »m est la profondeur de modulation qui reste, entre 0 et 1 ; F la fréquence de modulation de l’enveloppe, en hertz — pas la fréquence du son. 13,8 vient de 60 dB : l’énergie est divisée par e toutes les T/13,8 secondes. RSB se dit « R S B », rapport signal sur bruit, en décibels.
Ce qu’elle dit
La profondeur des fluctuations de la voix est réduite par deux facteurs indépendants qui se multiplient. La réverbération réduit surtout les fluctuations rapides, d’autant plus que la salle réverbère longtemps ; le bruit stationnaire réduit toutes les fluctuations de la même façon, d’autant plus qu’il est fort. Valable pour une décroissance à une seule pente et un bruit continu, sans écho distinct.
Les symboles. Survolez la formule ou un symbole.
- m profondeur de modulation restante de l’enveloppe d’intensité, rapportée à celle de la source sans unité entre 0 et 1
- F fréquence de modulation de l’enveloppe d’intensité hertz (Hz) de 0,63 à 12,5 Hz dans la méthode
- T durée de réverbération de la salle dans la bande considérée seconde (s)
- RSB rapport signal sur bruit dans la bande, au point d’écoute décibel (dB)
Le premier facteur se calcule directement : la réponse de la salle en énergie est une exponentielle e^-13,8 t/T, et sa transformée de Fourier, normalisée, a pour module ce terme en racine. Le second exprime qu’un bruit continu ajoute de l’énergie partout, dans les creux comme dans les crêtes.
Deux ordres de grandeur. Dans une classe où T = 0,8 s, à F = 4 Hz : 2π × 4 × 0,8/13,8 = 1,46, d’où m = 1/√1 + 2,12 = 0,57. Avec un bruit de fond 10 dB sous la voix, le facteur de bruit vaut 1/1,1 = 0,91 et m tombe à 0,51 ; avec un bruit au niveau de la voix, il vaut 0,5 et m tombe à 0,28. Dans une église où T = 4 s, même sans bruit, m = 0,14 à 4 Hz.
De m à l’indice. Chaque valeur de m est traduite en un rapport signal sur bruit « effectif » : 10log10[m/(1-m)]. On le borne entre −15 et +15 dB, puis on le ramène linéairement entre 0 et 1. On moyenne sur les 14 fréquences de modulation pour chaque bande, puis on combine les 7 bandes avec des poids et une correction de redondance entre bandes voisines. Le résultat va de 0 (inintelligible) à 1 (transmission parfaite). En ne gardant qu’une bande, sans poids ni correction, la classe sans bruit donne environ 0,64, la même classe avec un bruit 10 dB sous la voix 0,57, avec un bruit au niveau de la voix 0,38, et l’église 0,30.
Ce que ce modèle montre. Réduire la durée de réverbération et baisser le bruit de fond sont deux leviers différents et cumulatifs. Monter le volume d’une sonorisation améliore le rapport signal sur bruit, mais ne change rien au terme de réverbération : dans une gare très réverbérante, parler plus fort ne suffit pas, il faut une source directive qui envoie plus de son direct vers le public et moins vers les parois.
Les limites. Un écho isolé ne crée pas une décroissance exponentielle : il donne une fonction de modulation en ondulations, que la méthode mesure mais que la formule ci-dessus ignore. La méthode complète tient aussi compte du masquage d’une bande par la bande inférieure et du seuil d’audition. Une distorsion non linéaire exige des signaux d’essai particuliers. La forme simplifiée STIPA, conçue pour les systèmes de sonorisation, n’emploie que deux fréquences de modulation par bande ; la forme plus ancienne RASTI, limitée à deux bandes, a été retirée de la norme IEC 60268-16. Enfin, le STI décrit la chaîne de transmission, pas l’auditeur : une langue non maternelle ou une perte auditive exigent une marge de plus.
Appuis
- H. J. M. Steeneken et T. Houtgast, Basics of the STI measuring method (2014, site de H. Steeneken) — 14 fréquences de modulation de 0,63 à 12,5 Hz, 7 bandes d’octave de 125 Hz à 8 kHz ; rapport signal sur bruit effectif 10log[m/(1-m)], borné de −15 à +15 dB et ramené linéairement entre 0 et 1 ; la réverbération agit comme un filtre passe-bas sur l’enveloppe ; écho : fonction de modulation en ondulations ; masquage entre bandes et seuil d’audition ; RASTI à deux bandes (500 Hz et 2 kHz).
- T. Houtgast, H. J. M. Steeneken, « A review of the MTF concept in room acoustics and its use for estimating speech intelligibility in auditoria », J. Acoust. Soc. Am. 77, 1069–1077 (1985), doi:10.1121/1.392224 — la salle réduit les modulations d’intensité de la parole, surtout aux fréquences de modulation élevées ; l’indice qui en découle prédit l’intelligibilité.
- H. J. M. Steeneken, T. Houtgast, « A physical method for measuring speech-transmission quality », J. Acoust. Soc. Am. 67, 318–326 (1980), doi:10.1121/1.384464 — l’indice corrélé à des scores d’intelligibilité sur 167 canaux de transmission.
- Speech transmission index — Wikipedia (en) — RASTI déclaré obsolète par l’IEC en juin 2011 (édition 4 de l’IEC 60268-16) ; STIPA, deux fréquences de modulation par bande.
Ville, droit, santé publique
- Cartes de bruit européennes (directive 2002/49/CE), Lden, Lnight.
- OMS : le bruit de trafic n’est pas un confort. Lien documenté avec sommeil, cardiovasculaire, apprentissages.
- Codes du travail : seuils d’action ~80 dB(A) / 85 dB(A) sur 8 h selon les versions nationales — toujours citer le texte en vigueur du jour, pas un souvenir.
- Voisinage : transmission des basses par les parois et les structures (masse, raideur, résonances, systèmes masse-ressort-masse), à distinguer du contournement par diffraction. La plainte « on entend la basse » est de la physique des basses fréquences, pas de la morale.
Clé de physique Traverser une paroi : masse, raideur, fuites et chemins détournés ≈ 12 min
L'analyse mathématique Chiffrer le bruit d’une rue : le Lden et le compte des passages 2 formules · ≈ 5 min
Les cartes de bruit européennes n’affichent pas un niveau mesuré à un instant, mais un indicateur annuel, le Lden (day-evening-night). Il est défini à l’annexe I de la directive 2002/49/CE à partir de trois niveaux équivalents pondérés A, moyennés sur toutes les journées, soirées et nuits d’une année. Par défaut, le jour va de 7 h à 19 h, la soirée de 19 h à 23 h et la nuit de 23 h à 7 h ; un État peut raccourcir la soirée d’une ou deux heures.
Se lit« L d e n égale dix log base dix de : douze fois dix puissance L day sur dix, plus quatre fois dix puissance L evening plus cinq, sur dix, plus huit fois dix puissance L night plus dix, sur dix, le tout sur vingt-quatre »L den se dit « L dé-e-enne » ; les indices anglais day, evening, night désignent le jour, la soirée et la nuit. Les nombres 12, 4 et 8 sont des durées en heures ; les termes « plus cinq » et « plus dix » sont des pénalités en décibels, ajoutées avant la moyenne. 10 puissance L sur 10 reconvertit un niveau en grandeur proportionnelle à l’énergie.
Ce qu’elle dit
Le Lden est une moyenne d’énergie sur vingt-quatre heures, dans laquelle le bruit du soir compte comme s’il était 5 dB plus fort et celui de la nuit comme s’il était 10 dB plus fort. Il monte donc davantage avec le trafic nocturne qu’avec le trafic diurne. Il décrit une exposition moyenne à long terme, pas un événement.
Les symboles. Survolez la formule ou un symbole.
- Lden niveau jour-soir-nuit : moyenne annuelle pondérée A sur 24 h, avec pénalités du soir et de la nuit décibel (dB) 53 dB : recommandation de l’OMS pour le trafic routier
- log10 logarithme décimal sans unité
- Lday niveau équivalent pondéré A moyen des périodes de jour de l’année décibel (dB) 12 h par défaut, 7 h – 19 h
- Levening niveau équivalent pondéré A moyen des périodes de soirée de l’année décibel (dB) 4 h par défaut, 19 h – 23 h
- Lnight niveau équivalent pondéré A moyen des périodes de nuit de l’année décibel (dB) 8 h par défaut, 23 h – 7 h
Exemple. Une façade exposée à Lday = 65 dB, Levening = 62 dB et Lnight = 55 dB. Termes de la somme : 12 × 10^6,5 = 3,79 × 10^7 ; 4 × 10^6,7 = 2,00 × 10^7 ; 8 × 10^6,5 = 2,53 × 10^7. Leur total, divisé par 24, vaut 3,47 × 10^6, d’où Lden = 65,4 dB. Sans les pénalités, la moyenne sur 24 h serait de 62,9 dB : les pondérations ajoutent 2,5 dB. La nuit, qui ne dure que 8 heures et dont le niveau est inférieur de 10 dB à celui du jour, pèse pourtant 30 % du total ; la soirée, 24 % ; le jour, 46 %.
Le son incident. La directive ne compte que le son qui arrive sur la façade, pas celui qu’elle réfléchit. Un micro posé contre la façade reçoit les deux, qui s’ajoutent en énergie : la directive indique qu’il faut en général retrancher 3 dB à une telle mesure. Les calculs cartographiques se font à 4 m de hauteur, du côté de la façade la plus exposée.
Du trafic au niveau : compter les passages. Le niveau d’une rue résulte d’une suite d’événements. Chaque passage se résume par son niveau d’exposition sonore LAE : l’énergie pondérée A du passage, ramenée à une durée d’une seconde. Si N passages de même exposition ont lieu pendant la durée T :
Se lit« L A éq T égale L A E plus dix log base dix de N moins dix log base dix de T sur T zéro »L A E (« L A E ») est le niveau d’exposition sonore d’un passage, aussi noté SEL. T zéro vaut une seconde : c’est la durée de référence de ce niveau. T est la durée d’observation, en secondes.
Ce qu’elle dit
Les énergies des passages s’additionnent, puis se répartissent sur la durée d’observation. Doubler le nombre de passages ajoute 3 dB ; deux fois moins de trafic ne retire que 3 dB. Hypothèses : passages de même exposition, sans autre bruit ; pour des passages différents, on additionne leurs énergies une à une.
Les symboles. Survolez la formule ou un symbole.
- LAeq,T niveau équivalent pondéré A sur la durée T décibel (dB)
- LAE niveau d’exposition sonore d’un passage (SEL) : son énergie pondérée A ramenée à une seconde décibel (dB) 80 dB, valeur supposée dans l’exemple
- log10 logarithme décimal sans unité
- N nombre de passages pendant la durée d’observation sans unité
- T durée d’observation seconde (s) 28 800 s pour une nuit de 8 h
- T0 durée de référence du niveau d’exposition seconde (s) 1 s
Exemple. On suppose que chaque poids lourd donne, devant une façade, un niveau d’exposition de 80 dB. Avec 40 passages sur une nuit de 8 h (T = 28 800 s) : 80 + 10log1040 - 10log1028 800 = 80 + 16,0 - 44,6 = 51,4 dB. Avec 400 passages, 61,4 dB. Dix fois plus de camions : 10 dB de plus. Pour gagner 3 dB, il faut diviser le trafic par deux.
Ce que la moyenne efface. Dans le premier cas, la nuit compte 40 pics isolés, chacun capable de réveiller, dans un Lnight modéré. La directive le prévoit : elle cite, parmi les indicateurs supplémentaires, LAmax ou le niveau d’exposition pour protéger la nuit en cas de crêtes élevées, ainsi que les bruits rares, à basse fréquence dominante, tonals ou impulsionnels. Une même valeur de Lden peut donc recouvrir des nuisances très différentes.
Appuis
- Directive 2002/49/CE du 25 juin 2002 relative à l’évaluation et à la gestion du bruit dans l’environnement (EUR-Lex) — annexe I : définition de Lden, durées 12 / 4 / 8 h, périodes par défaut, soirée réductible d’une ou deux heures, son incident (correction de 3 dB en mesure), hauteur de 4,0 m ; point 3 : indicateurs supplémentaires (LAmax, SEL, basses fréquences, bruits tonals ou impulsionnels).
- FHWA (ministère américain des Transports) — Construction Noise Handbook, chapitre 2 « Terminology » — définition du niveau d’exposition sonore (référence 1 s) et relation LAeq,T = LAE - 10log10T.
- OMS Europe — Environmental noise guidelines for the European Region (2018) — valeurs recommandées : trafic routier 53 dB Lden et 45 dB Lnight.
Guerre, souveraineté, mer
Déjà Langevin. Ajouter : canal SOFAR (Ewing & Worzel, WWII) — un animal ou une bombe s’entend à l’échelle d’un océan. SOSUS. Traités sur les essais. Ne pas donner d’architecture d’arme : rester au principe de l’écho et du milieu stratifié.
Cinéma, jeu, radio
- Microphone d’un plan n’est pas l’oreille : on fabrique une perspective (on-axis, hors-champ, Foley).
- Dolby, 5.1, Atmos : le Haas et le masquage comme outils d’industrie.
- Radio : le son sans image oblige le spectre de voix et le silence monté.
Travail, sport, design
- Signature sonore d’un moteur, d’une porte de voiture (ingénieurs NVH). Un « clac » de luxe est un spectre décidé en comité.
- Stades : délai des écrans géants vs son live = écho artificiel si mal calé.
- ASMR, lo-fi, open space : économies de l’attention, pas une nouvelle physique.
Droit de la copie
L’enregistrement rend le son reproductible à grande échelle. Le droit d’auteur et la SACEM précèdent le phonographe ; les droits voisins encadrent ensuite notamment interprétations et enregistrements. Chaque extrait diffusé doit garder sa source, son auteur, sa licence et ses conditions de réutilisation. Une durée de trois secondes ne crée pas à elle seule une autorisation ; une ressource scientifique n’est pas automatiquement libre pour tous les usages.
Acte VII · chapitre 25
Bruit, guerre, industrie, art
- Aéroacoustique : James Lighthill, 1952, analogie de Lighthill — le jet d’avion comme source quadrupolaire. Le bang supersonique (Mach, N-wave).
- Contrôle du bruit : silencieux (Hiram Percy Maxim, brevet du silencieux d’arme 1909, adapté aux échappements) et silencieux d’aviation, parois doubles, anti-bruit actif (Lueg, brevet 1933–1936, puis Bose, grand public années 2000).
- Armes sonores / LRAD : rester factuel, ne pas donner de mode d’emploi. Mentionner l’existence de dispositifs d’évacuation de foule et les débats éthiques.
- Musique concrète (Pierre Schaeffer, 1948, Club d’essai RTF), synthèse (RCA Mark II, Moog, IRCAM, Chowning et la FM chez Yamaha), spatialisation (Acousmonium, Ambisonics, Dolby Atmos).
- Cymatique au sens de Hans Jenny (1960s) : belles figures, parfois récupérées par un discours qui attribue au son un pouvoir créationniste. Montrer la figure, refuser le mythe.
L'analyse mathématique Le silencieux à chambre d’expansion, calculé onde par onde 2 formules · ≈ 6 min
Le chapitre cite les silencieux parmi les outils du contrôle du bruit. Le plus simple d’entre eux, la chambre d’expansion, ne contient aucun matériau absorbant : un tube étroit débouche dans un tube large, qui se referme sur un tube étroit. Son effet se calcule entièrement avec les ondes planes et deux conditions de raccordement.
Un changement de section réfléchit. Dans un conduit de section S, une onde plane progressive a une impédance ρ0 c/S : le rapport de la pression au débit volumique (voir l’impédance de conduit). À la jonction de deux sections, la pression est la même des deux côtés, et le débit qui sort du premier tube entre dans le second. Ces deux conditions imposent une onde réfléchie, dont l’amplitude en pression vaut, pour une onde venant de la section S1 :
Se lit« r égale S un moins S deux, sur S un plus S deux »r minuscule : coefficient de réflexion en pression, sans unité, compris entre −1 et 1 ; il porte sur une amplitude, pas sur une énergie. S₁ et S₂ se disent « S un » et « S deux » : sections du tube d’arrivée et du tube suivant, en mètres carrés.
Ce qu’elle dit
Une onde qui rencontre un élargissement ou un rétrécissement est en partie renvoyée vers la source, d’autant plus que les deux sections diffèrent. Un élargissement donne un coefficient négatif : la réflexion inverse la pression, comme à l’extrémité ouverte d’un tuyau. Valable tant que la longueur d’onde est grande devant le diamètre des tubes.
Les symboles. Survolez la formule ou un symbole.
- r coefficient de réflexion en pression à la jonction sans unité −0,8 pour un rapport de sections de 9
- S1 section du tube par lequel arrive l’onde mètre carré (m²)
- S2 section du tube dans lequel elle passe mètre carré (m²)
Pour un tube de 5 cm de diamètre qui débouche dans une chambre de 15 cm, le rapport des sections vaut m = 9 et r = (1 - 9)/(1 + 9) = -0,8. La fraction d’énergie réfléchie est r^2 = 0,64 ; il en passe 36 %, soit une perte de -10log100,36 = 4,4 dB. La sortie de la chambre, vers le tube étroit, est une seconde jonction qui réfléchit à son tour.
Les allers et retours dans la chambre. L’onde transmise dans la chambre se réfléchit à sa sortie, revient à l’entrée, s’y réfléchit encore, et ainsi de suite. Toutes ces ondes s’additionnent avec leur phase, qui dépend du trajet 2L comparé à la longueur d’onde. En écrivant la continuité de la pression et du débit aux deux jonctions, et en supposant qu’aucune onde ne revient du tube de sortie, on obtient la perte par transmission :
Se lit« T L égale dix log base dix de, un plus un quart de m moins un sur m, au carré, fois sinus carré de k L »TL se dit « T L », de l’anglais transmission loss : perte par transmission, en décibels. m : rapport de la section de la chambre à celle des tubes, sans unité. k : nombre d’onde, 2π f/c, en radians par mètre ; sin²(kL) se dit « sinus carré de k L ».
Ce qu’elle dit
La chambre retire d’autant plus d’énergie que son élargissement est fort. Son effet dépend de la fréquence : maximal quand la chambre mesure un quart de longueur d’onde (ou trois quarts, cinq quarts…), nul quand elle en mesure une moitié entière, car les réflexions s’y compensent exactement. Hypothèses : ondes planes, parois rigides, pas de pertes visqueuses, pas d’écoulement, tube de sortie sans onde de retour.
Les symboles. Survolez la formule ou un symbole.
- TL perte par transmission : rapport, en décibels, de la puissance incidente à la puissance transmise décibel (dB) 13,2 dB au maximum pour m = 9
- log10 logarithme décimal sans unité
- m rapport de la section de la chambre à celle des tubes d’entrée et de sortie sans unité 9 dans l’exemple
- sin fonction sinus sans unité
- k nombre d’onde 2π f/c radian par mètre (rad/m)
- L longueur de la chambre mètre (m) 0,30 m dans l’exemple
Exemple. Chambre de 30 cm, m = 9, air à 20 °C (c = 343 m/s). Le maximum vaut 10log10[1 + (9 - 0,111)^2/4] = 10log1020,75 = 13,2 dB. Il est atteint pour kL = π/2, soit f = c/(4L) = 286 Hz, puis à 858 Hz, 1 429 Hz… La perte s’annule pour kL = π, soit f = c/(2L) = 572 Hz, puis à 1 143 Hz. À 100 Hz, elle n’est que de 8,1 dB ; à 50 Hz, de 3,9 dB.
| Fréquence | TL (m = 9, L = 30 cm) |
|---|---|
| 50 Hz | 3,9 dB |
| 100 Hz | 8,1 dB |
| 200 Hz | 12,2 dB |
| 286 Hz | 13,2 dB (max.) |
| 400 Hz | 11,4 dB |
| 572 Hz | 0 dB (aucun effet) |
| 800 Hz | 12,8 dB |
Trois conséquences. D’abord, une chambre unique laisse passer des bandes entières : on en met plusieurs, de longueurs différentes, ou on y ajoute un matériau absorbant. Ensuite, l’accord dépend de la célérité, donc de la température des gaz. À 500 °C, un gaz qui se comporterait comme l’air aurait c ≈ 331 × √773/273 ≈ 557 m/s : le premier maximum monte à 464 Hz et le premier trou à 929 Hz. Enfin, le calcul cesse de valoir quand des modes transverses apparaissent dans la chambre : pour un diamètre de 15 cm, le premier se propage au-delà de 1,841 c/(2π a) ≈ 1 340 Hz, avec a = 7,5 cm (voir la coupure des conduits).
Ce que TL ne dit pas. La perte par transmission décrit l’élément seul, placé entre deux tubes sans onde de retour. Ce que l’on entend à la sortie d’un vrai pot d’échappement dépend aussi de la source et de la longueur du tube final, qui ont leurs propres résonances : on mesure alors une perte par insertion, la différence de niveau avec et sans silencieux, qui peut s’écarter de TL de plusieurs décibels. Le rapport de la NACA qui a exposé ce calcul en 1954 (la théorie des filtres acoustiques est plus ancienne, par exemple Stewart et Lindsay, 1930) le confrontait à des mesures, et consacrait une partie distincte aux échappements de moteurs réels.
Appuis
- D. D. Davis Jr., G. M. Stokes, D. Moore, G. L. Stevens Jr., Theoretical and experimental investigation of mufflers with comments on engine-exhaust muffler design, NACA Report 1192 (1954), NASA NTRS — annexe A : hypothèses (petites pressions, tube de sortie sans réflexion, parois rigides, ondes planes, viscosité négligée), continuité de la pression et du débit aux jonctions, atténuation d’une chambre simple 10log10[1 + frac14(m - frac1m)^2sin^2 kle] ; comparaison avec des mesures.
- S. W. Rienstra et A. Hirschberg, An Introduction to Acoustics, TU Eindhoven — ondes planes dans les conduits, impédance, modes transverses et coupure.
En profondeur Ce que fait un silencieux, et ce qu’il ne fait pas ≈ 4 min
Le mot « silencieux » promet plus que ce que l’objet fait. Qu’il équipe une voiture, un réacteur ou une arme, un silencieux réduit un niveau sur une plage de fréquences ; il ne supprime pas le son. Trois mécanismes différents sont à l’œuvre, et ils n’ont ni les mêmes forces ni les mêmes limites.
Renvoyer l’onde vers la source. Un silencieux réactif ne transforme presque pas l’énergie en chaleur. Il crée des changements brusques d’impédance — élargissements, rétrécissements, tubes qui se prolongent à l’intérieur d’une chambre — qui renvoient une partie de l’onde vers la source (voir la chambre d’expansion). Il est efficace dans le grave, là où un matériau poreux devrait être très épais. Mais son effet dépend fortement de la fréquence, avec des bandes où il ne retire presque rien, et de la température des gaz, qui change la longueur d’onde.
Transformer en chaleur. Un silencieux dissipatif fait passer le gaz le long d’un garnissage poreux, fibres ou laine, souvent derrière une tôle perforée. L’air qui oscille dans les pores frotte et échange de la chaleur avec les fibres (voir absorber, diffuser, isoler). L’atténuation varie plus doucement avec la fréquence, mais elle faiblit dans le grave, où la couche est mince devant la longueur d’onde. Les deux principes peuvent se combiner dans un même silencieux : chambres pour le grave, garnissage pour le médium et l’aigu.
Accorder des résonateurs. Dans les nacelles des turboréacteurs, les parois du conduit sont couvertes de revêtements acoustiques. Une cellule typique est un résonateur de Helmholtz : une plaque perforée en surface, une âme en nid d’abeilles qui forme de petites cavités, et une plaque arrière pleine (voir le résonateur de Helmholtz). Elle prélève beaucoup d’énergie autour de sa fréquence d’accord et peu ailleurs. Les revêtements à plusieurs couches, séparées par des cloisons perforées, élargissent la bande, au prix de la masse, de l’encombrement et du coût. Comme la géométrie est fixe, l’impédance l’est aussi : le revêtement optimal au décollage n’est pas celui de l’approche.
Ce que le silencieux ne traite pas. Dans tous les cas, le silencieux n’agit que sur le son qui passe par le conduit. Le bruit rayonné par l’enveloppe du moteur, par la carrosserie ou par le jet lui-même, une fois sorti, lui échappe. Le jet d’un réacteur rayonne dans l’air libre, derrière la tuyère : c’est la loi en U puissance huit qui le gouverne, et on le réduit surtout en diminuant la vitesse d’éjection, pas en garnissant la nacelle. Un écoulement rapide dans un silencieux crée en outre son propre bruit, et le silencieux freine l’écoulement : chaque décibel gagné se paie en contre-pression.
Le silencieux d’arme. Le brevet de Hiram Percy Maxim (déposé en 1908, délivré le 30 mars 1909) décrit des compartiments où les gaz de combustion prennent un mouvement tourbillonnaire, pour qu’ils ne se détendent pas d’un coup à la bouche du canon. Le principe est de ralentir et d’étaler la détente des gaz, pas d’absorber une onde déjà formée. Le cinéma en a fait un « pfft » discret. Les mesures disent autre chose : dans une étude sur neuf fusils de type AR-15 et quatorze silencieux, la réduction du niveau de crête allait de 7 à 32 dB selon les configurations, et le niveau restait, dans la plupart des cas, au-dessus de 140 dB crête près de l’oreille droite du tireur. Seules certaines configurations avec des munitions subsoniques approchaient 140 dB ou descendaient en dessous.
La raison est double. Le silencieux ne touche qu’à la détente des gaz ; le mécanisme de l’arme et, surtout, l’onde de choc d’une balle supersonique restent entiers. Une balle plus rapide que le son traîne derrière elle un cône de Mach, comme un avion en vol supersonique (voir non-linéarité et chocs) ; ce claquement se forme le long de la trajectoire, loin de la bouche, là où aucun silencieux n’agit. Un silencieux réduit donc une dose de bruit, ce qui compte pour l’audition des tireurs ; il ne rend pas une arme inaudible.
Appuis
- F. Liu, M. Sheplak, L. N. Cattafesta III (université de Floride), pour NASA Langley — Development of a Tunable Electromechanical Acoustic Liner for Engine Nacelles, rapport final (2007), NASA NTRS (DOI non trouvé ; référence NTRS 20070017245) — une cellule de revêtement à un degré de liberté est « essentiellement un résonateur de Helmholtz » (plaque perforée, nid d’abeilles, plaque arrière) ; efficace sur une bande étroite ; plusieurs couches élargissent la bande au prix de la taille, de la masse et du coût ; impédance fixe, alors que l’optimum diffère entre décollage et approche.
- H. P. Maxim, Silent Firearm, brevet US 916 885 (déposé le 26 juin 1908, délivré le 30 mars 1909), Google Patents — gaz mis en rotation dans des compartiments pour éviter une détente brutale dans l’atmosphère.
- E. Lobarinas, R. Scott, C. Spankovich, C. G. Le Prell, « Differential effects of suppressors on hazardous sound pressure levels generated by AR-15 rifles: Considerations for recreational shooters, law enforcement, and the military », International Journal of Audiology 55 (sup1), S59–S71 (2016), doi:10.3109/14992027.2015.1122241 (résumé, PubMed) — réduction de 7 à 32 dB ; niveaux restant au-dessus de 140 dB crête près de l’oreille droite dans la plupart des conditions ; munitions subsoniques proches ou en dessous de 140 dB dans certaines conditions.
- D. D. Davis Jr. et al., NACA Report 1192 (1954), NASA NTRS — théorie et mesures des silencieux réactifs, commentaires sur les silencieux d’échappement.
Histoire & sources Le bruit devient matériau : de Russolo à la synthèse numérique ≈ 5 min
Pendant que les ingénieurs apprennent à réduire le bruit des machines, des musiciens décident de s’en servir. Cette histoire commence avant l’enregistrement électrique et aboutit à des instruments où le son est un calcul.
Russolo, 1913. Le peintre futuriste italien Luigi Russolo (1885–1947) signe à Milan, le 11 mars 1913, L’arte dei rumori (« L’art des bruits »), un manifeste écrit sous la forme d’une lettre au compositeur Francesco Balilla Pratella. Il y soutient que l’oreille moderne, habituée aux machines et aux villes, réclame autre chose que les sons « purs » des instruments. Il propose de classer les bruits de l’orchestre futuriste en six familles : grondements et explosions ; sifflements et ronflements ; murmures et bruissements ; sons stridents, craquements, bourdonnements ; bruits de percussion sur le métal, le bois, la peau ou la pierre ; voix d’hommes et d’animaux, cris, rires, sanglots. Avec le peintre Ugo Piatti, il construit des machines à bruits, les intonarumori, dont on peut faire varier la hauteur. D’après le récit reproduit dans la même publication, une première démonstration a lieu au théâtre Storchi de Modène le 2 juin 1913, devant plus de 2 000 personnes, puis une première audition de « réseaux de bruits » à Milan le 11 août, sous la direction de Russolo, avec quinze instruments. Le programme compte Réveil d’une capitale et Rencontre d’automobiles et d’aéroplanes. Ce récit est celui des futuristes eux-mêmes : selon d’autres sources, la soirée de Modène ne présente qu’un seul instrument, l’audition de Milan se tient devant un public restreint de futuristes et de journalistes, et les concerts publics de l’orchestre d’intonarumori ne commencent qu’en avril 1914.
Schaeffer, 1948. La radio donne au bruit un autre statut. Pierre Schaeffer (1910–1995) fonde en 1942 le Studio d’essai de la radio française, consacré à l’expérimentation radiophonique. Le 5 octobre 1948, la radio diffuse son Concert de bruits : cinq Études de bruits, dont l’Étude aux chemins de fer, composées sur support à partir de sons enregistrés. C’est la naissance de ce qu’il appelle la musique concrète : on part du son fixé, et non d’une partition. Avec Pierre Henry, il compose la Symphonie pour un homme seul (1949–1950). Le Groupe de recherche de musique concrète naît en 1951 ; il devient en 1958 le Groupe de recherches musicales (GRM). En 1966, le Traité des objets musicaux propose de décrire les sons par ce qu’on en entend, indépendamment de leur cause — une démarche proche de la séparation entre mesure et perception que le dossier applique partout.
Diffuser dans l’espace. Une musique fixée sur bande se joue par des haut-parleurs. En 1974, François Bayle, qui dirige le GRM, est à l’origine de l’Acousmonium, un ensemble de haut-parleurs conçu comme un « espace de projection » où l’auditeur est plongé dans une polyphonie spatialisée. La salle redevient une partie de l’instrument, avec ses réflexions et sa réverbération.
Chowning, 1967. À l’université Stanford, John Chowning découvre en 1967 qu’en modulant très vite la fréquence d’une sinusoïde par une autre, on obtient d’un seul coup un spectre riche, qu’on peut faire évoluer avec un seul paramètre (voir la modulation de fréquence et l’atelier S33). Stanford concède vers 1973 à Yamaha une licence d’évaluation d’un an, puis des droits exclusifs sont négociés en 1975 ; le brevet américain, déposé le 2 mai 1975 comme continuation d’une demande du 26 mars 1974, est délivré le 19 avril 1977. Le synthétiseur Yamaha DX7, commercialisé en 1983, met la synthèse FM dans les studios et les salles de concert. Le son devient un calcul reproductible : le même réglage donne le même timbre, partout.
Un même fil. Russolo voulait des machines qui fabriquent des bruits accordés ; Schaeffer, des bruits enregistrés qu’on écoute pour eux-mêmes ; Chowning, des spectres calculés. Dans les trois cas, ce qui était un déchet de l’industrie ou un défaut de la transmission devient un matériau, pendant que d’autres, dans les mêmes décennies, cherchent à le réduire.
Appuis
- L. Russolo, The Art of Noise (futurist manifesto, 1913), trad. R. Filliou, Great Bear Pamphlet, 1967 (UbuWeb) — lettre à Balilla Pratella signée « Milano, March 11, 1913 » ; six catégories de bruits ; démonstration au théâtre Storchi de Modène le 2 juin 1913 avec Ugo Piatti ; audition du 11 août à Milan, quinze instruments, titres des quatre « réseaux de bruits » ; Intonarumori — Wikipedia (it) — un seul instrument à Modène, soirée milanaise d’août 1913 devant les futuristes et la presse, concerts publics à partir d’avril 1914.
- IRCAM, base Brahms — Luigi Russolo — dates de naissance et de mort (1885–1947).
- IRCAM, base Brahms — Pierre Schaeffer — Studio d’essai (1942), naissance de la musique concrète en 1948 avec les Études de bruits, Symphonie pour un homme seul avec Pierre Henry, GRMC (1951), GRM (1958), Traité des objets musicaux (1966). ; fiche Concert de bruits (1948) — création le 5 octobre 1948, diffusion radiophonique ; cinq études, dont l’Étude n° 2 « Imposée ou Étude aux chemins de fer ».
- IRCAM, base Brahms — François Bayle — à l’origine de l’Acousmonium en 1974, « espace de projection » pour une polyphonie spatialisée ; responsable du GRM, officiellement à partir de 1966.
- Stanford CCRMA — John Chowning — découverte de la synthèse FM en 1967, licence accordée à Yamaha en 1973 (essai) ; droits exclusifs en 1975 selon Yamaha DX7 — Wikipedia (en) ; brevet US 4 018 121, Method of synthesizing a musical sound (Google Patents) — déposé le 2 mai 1975 (continuation de la demande n° 454 790 du 26 mars 1974), délivré le 19 avril 1977 ; Yamaha DX7 — Wikipedia (en) — commercialisé en 1983.
Acte VII · chapitre 26
Réduction de bruit active — comment ajouter un son peut-il rendre le monde plus calme ?
L’essentiel à retenir. Un système de réduction de bruit active — ANC, pour active noise cancellation — produit un signal correcteur pour diminuer la variation de pression due au bruit près de l’oreille. Le moteur du train continue à fonctionner et les autres voyageurs continuent à l’entendre. Pour une première lecture, suivre les trois étapes ci-dessous, puis rejoindre la question de bilan.
1. Quatre façons différentes de moins entendre un bruit
| Procédé | Ce qui se passe | Exemple |
|---|---|---|
| Isolation passive | Une barrière matérielle réduit la transmission vers l’oreille. | Coussinets, coque, embouts ; l’ajustement et les fuites comptent. |
| Réduction active | Un haut-parleur produit une pression qui s’oppose à celle du bruit dans la zone visée. | L’ANC du casque, même sans musique. |
| Masquage | Un autre son rend le bruit moins perceptible, sans nécessairement réduire sa pression. | Monter la musique pour couvrir une conversation. |
| Nettoyage d’un signal enregistré | Le traitement modifie le signal transmis ou sauvegardé. | Enlever du souffle à une piste ; cela ne calme pas la pièce où elle a été enregistrée. |
Les casques combinent souvent les deux premières méthodes. Leurs micros peuvent aussi servir aux appels : réduire le bruit transmis à l’interlocuteur et réduire ce que reçoit votre oreille sont deux fonctions distinctes. Bose — fonctionnement du casque et complémentarité actif/passif.
2. Le trajet : mesurer → corriger → produire une pression
Premier geste : mesurer. Un microphone transforme les variations de pression en signal électrique. Un micro extérieur peut donner une référence du bruit incident ; un micro intérieur peut mesurer ce qui subsiste dans l’écouteur. Ils n’occupent pas exactement la place du tympan : leur mesure doit être reliée à la zone que l’on veut rendre plus calme.
Deuxième geste : corriger. Un circuit traite ce signal en tenant compte des amplitudes, des délais et de la façon dont le casque transmet les fréquences. Il ne suffit pas de retourner aveuglément l’enregistrement du micro : entre ce micro, le haut-parleur et l’oreille, le son est retardé et filtré.
Troisième geste : émettre. Le haut-parleur produit le signal correcteur. Dans la zone visée, sa pression s’ajoute à celle du bruit extérieur. Le résultat recherché est une pression résiduelle plus faible. Cette chaîne peut être analogique ou numérique ; elle ne nécessite pas par principe une intelligence artificielle.
Pour approfondir — les trois architectures. Feedforward : utiliser une référence extérieure pour commander la correction. Feedback : utiliser une mesure intérieure pour corriger le résidu. Hybride : combiner les deux. Analog Devices — microphones intérieurs/extérieurs et architecture hybride.
En profondeur Anticiper, rétroagir, déplacer l'énergie : ce que la physique permet et interdit ≈ 4 min
Le chapitre distingue trois architectures : anticipation (feedforward), rétroaction (feedback) et hybride. Chacune bute sur une limite physique qu'aucune puissance de calcul ne lève.
Anticiper suppose d'avoir de l'avance. Un système par anticipation écoute le bruit en amont, avec un micro de référence, et prépare la correction pendant que le bruit voyage. Il doit tenir un budget de temps : l'avance acoustique du micro de référence sur le point à calmer doit couvrir le retard de toute la chaîne électronique et électroacoustique (conversion, calcul, haut-parleur, trajet jusqu'à l'oreille). Dans un conduit de ventilation, un micro placé 1 m en amont donne 1 / 343 s, soit 2,9 ms d'avance : c'est confortable. Sur la coque d'un casque, quelques centimètres séparent le micro extérieur de l'oreille ; 3 cm donnent 87 µs. Pour un bruit imprévisible, cette marge est très courte. Pour un bruit répétitif, comme le bourdonnement d'un moteur, la contrainte disparaît en grande partie : le système n'a plus besoin de voir venir chaque onde, il prolonge un motif qu'il connaît. D'où les premiers succès sur des bruits tonals : transformateurs, moteurs, hélices.
Rétroagir impose un compromis. Un système par rétroaction mesure directement le résidu, près de l'oreille, et le renvoie inversé vers le haut-parleur. Il n'a pas besoin de référence, mais il forme une boucle, et toute boucle qui contient un retard devient instable si l'on pousse trop son gain. Le retard entre le haut-parleur et le micro intérieur, même court, limite la bande où la boucle peut agir fortement : c'est surtout le grave. Une contrainte plus générale s'ajoute, établie par Hendrik Bode vers 1945 pour les amplificateurs à contre-réaction : pour une boucle stable, la somme logarithmique des atténuations et des amplifications sur toutes les fréquences est nulle, dans les conditions habituelles. Réduire le bruit dans une bande oblige donc à l'augmenter un peu ailleurs. C'est l'« effet matelas d'eau » (waterbed effect) des automaticiens. Un bon réglage place la remontée là où l'isolation passive des coussinets la masque.
Un conduit est un cas presque idéal. Sous la fréquence de coupure du premier mode transversal, seules des ondes planes se propagent dans un conduit : le problème ne compte plus qu'une dimension. Pour un conduit rectangulaire dont la plus grande dimension est 30 cm, cette coupure vaut 343 / (2 × 0,30) ≈ 570 Hz (voir la clé sur les conditions aux limites et les modes de conduit). Une correction émise vers l'aval voyage alors dans le même sens que le bruit et lui reste opposée sur toute la longueur. La difficulté est ailleurs : le haut-parleur rayonne aussi vers l'amont, où il atteint le micro de référence et forme une boucle parasite qu'il faut compenser.
Calmer une zone ou faire taire une source. Dans un espace ouvert, on peut viser deux objectifs très différents. Le contrôle local crée une petite zone calme autour d'un point, comme dans le casque ; ailleurs, l'énergie peut augmenter. Le contrôle global réduit la puissance totale rayonnée ; il exige que la source de correction soit très proche de la source de bruit. Pour deux sources ponctuelles de même fréquence séparées d'une distance d, en champ libre, le meilleur réglage de la seconde laisse une puissance totale égale à la fraction 1-left(sin kd/kdright)^2 de celle du bruit seul. Ce résultat se retrouve en minimisant la puissance des deux sources, dont le terme croisé est celui qui décrit le court-circuit acoustique.
| Distance entre les deux sources | Puissance restante | Gain global |
|---|---|---|
| un vingtième de longueur d'onde | 0,032 | 14,9 dB |
| un dixième de longueur d'onde | 0,125 | 9,0 dB |
| un quart de longueur d'onde | 0,59 | 2,3 dB |
| une demi-longueur d'onde | 1 | 0 dB |
À 100 Hz, un dixième de longueur d'onde vaut 34 cm : une enceinte posée contre un transformateur peut en réduire le bourdonnement global. À 1 kHz, il faudrait la placer à 3,4 cm d'une source qui mesure souvent bien plus.
Où va l'énergie. Dans le contrôle global, rien ne disparaît par magie : la pression créée par la source de correction s'oppose au mouvement de la source de bruit, qui rayonne alors moins pour le même mouvement ; selon le réglage, la source de correction peut même absorber une partie de la puissance. Dans le contrôle local, l'énergie est redistribuée dans l'espace : moins de pression près de l'oreille, parfois un peu plus ailleurs. Le casque limite cet effet en enfermant son haut-parleur.
Appuis
- Nelson, Curtis, Elliott & Bullmore, « The minimum power output of free field point sources and the active control of sound », Journal of Sound and Vibration 116, 397–414 (1987)81373-1) — puissance minimale d'un couple de sources et condition de proximité pour le contrôle global.
- Kuo & Morgan, « Active noise control: a tutorial review », Proceedings of the IEEE 87, 943–975 (1999) — anticipation, rétroaction, causalité, conduits et casques.
- Bode's sensitivity integral (Wikipédia, avec renvois à Skogestad & Postlethwaite et au cours du MIT) — intégrale de sensibilité et « effet matelas d'eau ».
- Cheer & Langfeldt, « Beyond Anti-Noise: Foundations and the Future of Active Sound Control », Acoustics Today (été 2024) — bruits tonals, premiers systèmes à anticipation et à rétroaction.
3. L’opposition de phase, sans équation préalable
Ici, le bruit augmente un peu la pression. Au même endroit et au même instant, le casque doit la diminuer d’autant. Un instant plus tard, le bruit fait l’inverse : la correction doit suivre. Nous additionnons des variations de pression, pas deux nombres de décibels.
Provoxys
| Instant du cycle | Bruit | Correction idéale | Somme au point étudié |
|---|---|---|---|
| Départ | 0 | 0 | 0 |
| Quart de cycle | +1 | −1 | 0 |
| Demi-cycle | 0 | 0 | 0 |
| Trois quarts de cycle | −1 | +1 | 0 |
Puis dérégler le dessin. Au sommet, une correction de −0,8 face à +1 laisse +0,2. Si elle arrive au mauvais moment, elle peut même renforcer le bruit. L’annulation demande donc la bonne amplitude et la bonne relation temporelle sur toute la variation. Pour un bruit complexe, les différentes composantes doivent être traitées avec leurs propres contraintes ; une seule sinusoïde inversée ne suffit pas.
Pont avec Fourier. L’analyse fréquentielle aide à comprendre les composantes qui restent et celles qui sont atténuées. Cela ne signifie pas que chaque casque doive calculer une FFT pour chaque correction : Fourier est ici un outil d’explication, pas une architecture universelle imposée.
4. Pourquoi cela marche mieux dans certaines conditions
Le temps de réaction compte. À 100 Hz, un cycle dure 10 millisecondes ; à 1 000 Hz, il dure 1 milliseconde. Une erreur de synchronisation de 0,5 milliseconde représente donc un vingtième de cycle dans le premier cas, mais un demi-cycle dans le second. Pour le second sinus, ce décalage suffit à transformer une correction idéalement opposée en renforcement. Ces nombres illustrent une erreur hypothétique, pas la latence mesurée d’un casque.
Un système doit maîtriser le délai de toute la chaîne, y compris les transducteurs et les trajets acoustiques. Un contrôleur ne peut pas attendre d’avoir observé un événement imprévisible à l’oreille puis envoyer une correction dans le passé. Des signaux répétitifs et des références prises en amont facilitent le travail ; l’ANC n’est toutefois pas limitée aux sons parfaitement périodiques. Analog Devices — rôle des délais et de la référence dans le contrôle actif.
Le lieu compte aussi. Une correction bien réglée à un point ne l’est pas automatiquement ailleurs : les trajets depuis la source de bruit et le haut-parleur diffèrent. Aux fréquences élevées, les longueurs d’onde sont plus petites ; un petit déplacement représente une plus grande fraction de cycle. Le casque bénéficie d’une zone à contrôler restreinte et d’un haut-parleur proche de l’oreille. Deux enceintes ne permettent donc pas de rendre toute une salle silencieuse en inversant simplement un signal.
L'analyse mathématique Combien retire une correction presque juste, et sur quelle distance 3 formules · ≈ 9 min
Le chapitre montre qu'une correction de −0,8 face à un bruit de +1 laisse +0,2. On généralise ici ce calcul à une erreur quelconque d'amplitude et de moment d'arrivée, pour un son pur, puis on chiffre la taille de la zone où la correction reste efficace et la règle qui permet à un circuit de se régler seul.
Le résidu d'un son pur. Au point visé, le bruit est une sinusoïde dont on prend l'amplitude pour unité. La correction a la même fréquence, une amplitude relative g et devrait arriver en opposition de phase ; elle s'en écarte d'un angle φ. La somme de deux sinusoïdes de même fréquence est encore une sinusoïde ; le carré de son amplitude se calcule comme le côté d'un triangle (loi des cosinus). Le rapport des carrés moyens donne l'atténuation.
Se lit« carré moyen de p r sur carré moyen de p b égale un plus g deux moins deux g cosinus phi ; A égale moins dix log base dix de, un plus g deux moins deux g cosinus phi »La barre horizontale se lit « carré moyen de » : la moyenne dans le temps du carré de la pression. pr se dit « p r » (pression résiduelle), pb « p b » (pression du bruit seul). g est sans unité ; φ se dit « phi » et se mesure en degrés ou en radians ; log₁₀ se dit « log base dix ». Le signe moins devant le logarithme rend A positif quand le résidu est plus faible que le bruit.
Ce qu’elle dit
La pression qui reste au point visé dépend de deux erreurs à la fois : l'écart d'amplitude (g différent de 1) et l'écart à l'opposition de phase (φ différent de 0). L'annulation n'est totale que si les deux sont nulles ; pour de petites erreurs, le résidu vaut à peu près le carré de l'erreur relative d'amplitude plus le carré de l'erreur de phase en radians. Avec une amplitude exacte, au-delà de 60° d'erreur de phase, la correction n'atténue plus rien et finit par renforcer le bruit. Hypothèses : une seule fréquence, un seul point, régime établi.
Les symboles. Survolez la formule ou un symbole.
- overlinepr^2 carré moyen de la pression résiduelle, bruit plus correction, au point visé pascal carré (Pa²)
- overlinepb^2 carré moyen de la pression du bruit seul au même point pascal carré (Pa²)
- g amplitude de la correction rapportée à celle du bruit au point visé sans unité 1 pour une amplitude exacte
- varphi écart à l'opposition de phase parfaite radian (rad) ou degré (°) 0 pour une correction exacte
- A atténuation obtenue au point visé décibel (dB) négative quand la correction renforce le bruit
- log10 logarithme décimal sans unité
| Réglage | Calcul du rapport | Atténuation A |
|---|---|---|
| g = 0,9 ; φ = 0 | 1 + 0,81 − 1,8 = 0,010 | 20 dB |
| g = 1 ; φ = 5,7° | 2 − 2 × 0,9950 = 0,010 | 20 dB |
| g = 0,9 ; φ = 10° | 1,81 − 1,8 × 0,9848 = 0,037 | 14,3 dB |
| g = 1 ; φ = 18° | 2 − 2 × 0,9511 = 0,098 | 10,1 dB |
| g = 1 ; φ = 60° | 2 − 2 × 0,5 = 1 | 0 dB |
| g = 1 ; φ = 90° | 2 − 0 = 2 | −3,0 dB |
| g = 1 ; φ = 180° | 2 + 2 = 4 | −6,0 dB |
Deux lignes relient ce tableau au chapitre. Un retard de 0,5 ms vaut 18° à 100 Hz (0,5 ms × 100 Hz × 360°) : l'atténuation plafonne alors vers 10 dB, même avec une amplitude parfaite. Le même retard vaut 180° à 1 000 Hz : le niveau monte de 6 dB. L'exigence est sévère : 20 dB demandent moins de 10 % d'erreur d'amplitude si la phase est exacte, ou moins de 5,7° (environ 6°) d'erreur de phase si l'amplitude est exacte ; 30 dB, moins de 3 % ou moins de 1,8°. Quand les deux erreurs sont présentes, leurs carrés s'additionnent. Le lien entre retard et déphasage est détaillé dans la clé sur la phase et la cohérence.
La taille de la zone calme. Le réglage est fait pour un point. Que reste-t-il à côté ? Un cas défavorable se calcule en une ligne : le bruit arrive en onde plane d'un côté, la correction en onde plane du côté opposé, et les deux s'annulent exactement au point de réglage, pris pour origine. En s'écartant de ce point, l'une prend de l'avance et l'autre du retard ; leur somme vaut deux fois le produit d'un sinus en temps par un sinus en position.
Se lit« carré moyen de p r en x sur carré moyen de p b égale quatre sinus carré de k x »k se dit « k » : le nombre d'onde, deux pi sur la longueur d'onde, en radians par mètre ; x est la distance au point de réglage, en mètres ; sin² se lit « sinus carré ». Le produit k x est un angle, sans unité.
Ce qu’elle dit
Deux ondes de sens contraires réglées pour s'annuler en un point ne s'annulent plus à côté : le résidu croît comme le carré de la distance tant qu'elle est petite devant la longueur d'onde. L'atténuation dépasse 10 dB seulement à moins de 0,025 longueur d'onde du point, soit dans une tranche épaisse d'environ un vingtième de longueur d'onde. Si les deux ondes allaient dans le même sens, elles resteraient opposées partout en aval : c'est le cas favorable du conduit.
Les symboles. Survolez la formule ou un symbole.
- overlinepr^2 carré moyen de la pression résiduelle à la distance x du point de réglage pascal carré (Pa²)
- overlinepb^2 carré moyen de la pression du bruit seul pascal carré (Pa²)
- k nombre d'onde, deux pi sur la longueur d'onde radian par mètre (rad/m) ≈ 1,83 rad/m à 100 Hz dans l'air
- x distance au point où la correction est réglée, le long de la propagation mètre (m)
Le seuil de 10 dB correspond à un rapport de 0,1 : sin(kx) = √0,025 ≈ 0,158, donc kx ≈ 0,159 rad, soit x ≈ 0,159 / 2π ≈ 0,025 longueur d'onde de part et d'autre. Dans un champ diffus, où le bruit arrive de toutes les directions à la fois, Elliott, Joseph, Bullmore et Nelson ont établi en 1988 que la zone atténuée d'au moins 10 dB autour d'un point d'annulation est une sphère d'environ un dixième de longueur d'onde de diamètre.
| Fréquence | Longueur d'onde dans l'air | Un dixième de longueur d'onde |
|---|---|---|
| 100 Hz | 3,43 m | 34 cm |
| 500 Hz | 69 cm | 6,9 cm |
| 1 000 Hz | 34 cm | 3,4 cm |
| 3 000 Hz | 11 cm | 1,1 cm |
À 100 Hz, la zone englobe une tête ; à 3 kHz, elle n'a plus que la taille d'un conduit auditif. C'est une des raisons pour lesquelles un casque, qui enferme un petit volume près du tympan, réussit dans le grave là où deux enceintes échouent dans une pièce.
Se régler seul : la règle du filtre adaptatif. Le bruit change, le casque bouge : aucun réglage fixe ne tient. La plupart des systèmes à anticipation corrigent en continu les coefficients d'un filtre numérique, qui transforme le signal de référence en signal correcteur.
Se lit« w de n plus un égale w de n moins mu, e de n, x prime de n »Les lettres en gras désignent des listes de nombres (des vecteurs). n numérote les échantillons. μ se dit « mu ». x′ se dit « x prime » : la référence filtrée par un modèle du trajet qui va du haut-parleur au micro d'erreur. Le nom FxLMS vient de l'anglais filtered-x least mean squares, « moindres carrés moyens à référence filtrée ».
Ce qu’elle dit
À chaque échantillon, chaque coefficient est corrigé d'une petite quantité proportionnelle au résidu mesuré et à la référence filtrée : c'est une descente de pente sur le carré du résidu. Filtrer la référence tient compte du retard et de la coloration que subit la correction avant d'atteindre le micro ; sans ce filtrage, la règle pousse dans la mauvaise direction. Hypothèses : adaptation lente devant les variations du signal, trajet secondaire à peu près connu.
Les symboles. Survolez la formule ou un symbole.
- mathbfw coefficients du filtre numérique qui fabrique le signal correcteur sans unité quelques dizaines à quelques centaines de coefficients selon le système
- n numéro de l'échantillon, c'est-à-dire l'instant en temps discret sans unité
- µ pas d'adaptation : taille de chaque correction des coefficients dépend de l'échelle des signaux trop grand, l'algorithme diverge ; trop petit, il suit mal
- e signal du micro d'erreur : ce qui reste du bruit après correction volt (V), image de la pression
- mathbfx' derniers échantillons du signal de référence, filtrés par le modèle du trajet haut-parleur – micro d'erreur volt (V)
La dérivation tient en trois phrases. Le micro d'erreur mesure la somme du bruit et de la correction. Si les coefficients changent lentement, la part de correction qui arrive au micro dépend linéairement de chaque coefficient, avec pour pente la référence passée par le trajet secondaire. La dérivée du carré du résidu vaut donc deux fois le résidu multiplié par cette référence filtrée ; on descend la pente, le facteur deux étant absorbé dans μ.
Le modèle du trajet secondaire n'a pas besoin d'être parfait : l'analyse montre que l'adaptation reste stable, pour un pas assez petit, tant que l'erreur de phase de ce modèle reste inférieure à 90°. Un modèle qui se trompe de 0,25 ms sur le retard commet 9° d'erreur à 100 Hz, mais 90° à 1 kHz : la même erreur est anodine dans le grave et à la limite de la stabilité plus haut.
Appuis
- Elliott, Joseph, Bullmore & Nelson, « Active cancellation at a point in a pure tone diffuse sound field », Journal of Sound and Vibration 120, 183–189 (1988)90343-4) — zone atténuée d'au moins 10 dB d'environ un dixième de longueur d'onde de diamètre en champ diffus.
- Rafaely, « Zones of quiet in a broadband diffuse sound field » (ISVR, 2001 ; arXiv 2023) — rappel du résultat d'un dixième de longueur d'onde et calcul voisin (0,088 longueur d'onde).
- Boucher, Elliott & Nelson, « Effect of errors in the plant model on the performance of algorithms for adaptive feedforward control », IEE Proceedings F 138, 313–319 (1991) — stabilité de l'algorithme à référence filtrée selon l'erreur de phase du modèle.
- Kuo & Morgan, « Active noise control: a tutorial review », Proceedings of the IEEE 87, 943–975 (1999) — architectures, algorithme FxLMS et ses conditions d'emploi.
- Elliott & Nelson, « Active noise control », IEEE Signal Processing Magazine 10(4), 12–35 (1993) — ordres de grandeur de la zone de silence (un dixième de longueur d'onde) et limites du contrôle local.
Le casque réel a des limites. L’ANC est généralement particulièrement utile contre les grondements graves et relativement continus. Les voix, les bruits brefs et les sons aigus ne disparaissent pas tous ; l’efficacité dépend du modèle et des conditions. L’isolation passive complète l’action du circuit. L’étanchéité des coussinets ou des embouts, la position du casque et les mouvements peuvent changer le résultat. Bose — domaines d’efficacité et limites générales de l’ANC.
Et la musique ? Le système connaît le signal qu’il souhaite reproduire et doit préserver cette écoute tout en réduisant le bruit extérieur. Ce n’est pas un micro qui annule indistinctement tout ce qu’il capte. Le mode « transparence », lui, restitue volontairement une partie des sons extérieurs : il n’est pas équivalent à une simple désactivation de l’ANC.
Et l’énergie ? Une faible pression résiduelle à l’oreille ne signifie pas que toute l’énergie sonore de la pièce a disparu. Les sources, les interférences et les pertes déterminent ensemble sa répartition et ses échanges. Le casque consomme de l’énergie pour modifier localement le champ sonore ; il ne fait pas taire la source à distance.
5. Démonstration — séparer le principe et le casque réel
Sans écoute : la somme visible. Reprendre les trois courbes et le tableau ci-dessus. Prévoir la somme, puis diminuer l’amplitude correctrice ou décaler sa courbe. Nommer les lignes et leurs valeurs : la couleur seule ne doit pas porter l’explication. On peut suivre tout le raisonnement sans entendre un son.
Avec un casque disponible : une comparaison concrète. Choisir un bruit de fond stable à niveau modéré, sans musique. Garder le casque en place et comparer ANC désactivée, puis ANC activée, sans changer la source. Vérifier que le mode de comparaison est réellement « désactivé », et non « transparence ». Décrire ce qui diminue et ce qui reste, sans annoncer de silence total. Refaire avec de la parole au même emplacement pour comparer les résultats ; ne pas transformer cette observation en classement universel des bruits ou des casques.
Ce qu’une démonstration peut vérifier. Le micro posé dans la pièce continue à capter le bruit : il ne mesure pas ce qui arrive sous l’écouteur. Le témoignage du porteur est une observation subjective. Pour montrer une mesure, il faut un montage adapté à l’intérieur du casque, maintenu identique entre les essais ; un micro glissé au hasard peut modifier l’étanchéité. En l’absence de ce montage, conserver la démonstration graphique et annoncer cette limite.
Piège à éviter. Additionner un fichier et sa copie inversée dans le même canal peut donner un signal numérique nul avant le haut-parleur. Cela illustre la soustraction, mais ne réalise pas une annulation acoustique du bruit ambiant. Envoyer une copie dans chaque oreille n’est pas non plus sommer deux pressions au même endroit.
Question de bilan. « Si mon casque réduit le grondement sans musique, mon voisin entend-il moins le train ? »
Réponse et relance. Non : le casque agit près de mes oreilles. Il combine une barrière matérielle et une correction acoustique locale. Revenir aux quatre questions du dossier : qu’est-ce qui vibre, par quel trajet, où mesure-t-on, et qu’est-ce qui reste perceptible ?
Histoire & sources Près de soixante-dix ans entre le brevet et le casque ≈ 4 min
L'idée d'annuler un bruit par un autre son est presque aussi ancienne que le haut-parleur électrodynamique. Sa réalisation courante a attendu les processeurs numériques. Entre les deux, l'histoire est faite de brevets en avance sur leur technique, de démonstrations spectaculaires et d'une longue période de déception.
Les brevets (1932–1936). L'invention est le plus souvent attribuée à Paul Lueg, qui dépose en Allemagne, en janvier 1933, une demande de brevet sur l'amortissement des oscillations sonores (brevet allemand n° 655 508). La version américaine, Process of silencing sound oscillations, est déposée le 8 mars 1934 et délivrée le 9 juin 1936 (US 2 043 416). Elle contient déjà l'essentiel : un micro capte l'onde incidente, un circuit électronique la traite, un haut-parleur émet une onde de phase opposée. Elle décrit le conduit, où le problème est à une dimension, mais aussi des sources en espace libre et des signaux non sinusoïdaux. En 1990, Dieter Guicking a retracé dans le Journal of the Acoustical Society of America l'histoire de ce brevet ; un commentaire de 1993 a rappelé qu'un brevet français d'Henri Coandă, déposé quelques semaines plus tôt, en décembre 1932, proposait déjà l'idée.
Les premières démonstrations (années 1950). Il faut attendre vingt ans pour un appareil qui fonctionne. En 1953, Harry Olson et Everett May, chez RCA, décrivent un « absorbeur électronique de son » : un micro, un amplificateur et un haut-parleur montés en rétroaction, qui réduisent la pression au voisinage du micro de 10 à 25 dB sur trois octaves dans le grave. Olson et May, puis Olson seul en 1956, imaginent des usages : casques, zones calmes autour de la tête d'un ouvrier ou d'un passager d'avion ou de voiture. En 1956, William Conover, chez General Electric, applique l'anticipation au bourdonnement des transformateurs électriques : une quinzaine de décibels, mais un opérateur doit sans cesse réajuster l'amplitude et la phase, parce que le bruit du transformateur dérive.
L'adaptation automatique (1960–1981). La pièce manquante est un réglage qui se fait seul. Bernard Widrow et son doctorant Ted Hoff publient en 1960 l'algorithme des moindres carrés moyens (LMS), conçu pour un neurone artificiel. En 1975, Widrow et ses collègues l'appliquent à l'annulation de bruits dans des signaux électriques. Pour l'acoustique, il faut tenir compte du trajet entre le haut-parleur et le micro : Dennis Morgan analyse ce problème en 1980, et John Burgess propose en 1981, en simulation sur un conduit, l'algorithme à référence filtrée (FxLMS) détaillé dans l'analyse mathématique du chapitre. Les premiers systèmes numériques sont décrits par Kido en 1975 et par Chaplin en 1978.
L'enthousiasme, puis la déception. De la fin des années 1980 au milieu des années 1990, les démonstrations se multiplient : moteur dans l'habitacle, hélices dans la cabine d'avion, rotor d'hélicoptère. Nissan équipe la Bluebird du premier système de série pour automobile (1991 selon Nissan, article de la SAE en 1992) ; il combat le bourdonnement dû au deuxième harmonique du moteur avec un algorithme à référence filtrée à plusieurs micros d'erreur. Stephen Elliott et Philip Nelson notent en 1993 que la technique a parfois été « quelque peu survendue » ; en substance, on attendait d'elle qu'elle fasse taire n'importe quel bruit, et les limites de zone et de fréquence calculées plus haut ont ramené les ambitions à leur juste mesure.
Le casque. Amar Bose, fondateur de l'entreprise qui porte son nom, raconte avoir eu l'idée en 1978, sur un vol transatlantique, parce que les écouteurs fournis étaient couverts par le bruit de l'avion. Des prototypes équipent les pilotes Dick Rutan et Jeana Yeager lors du tour du monde sans escale ni ravitaillement de l'avion Voyager, en décembre 1986. Un casque d'aviation est commercialisé en 1989, un casque grand public en 2000. Le casque réalise presque exactement le schéma d'Olson : une petite zone, un haut-parleur proche, du grave, et des coussinets pour le reste.
Aujourd'hui. Les systèmes de série se sont étendus aux turbopropulseurs, au bruit moteur des voitures à partir du début des années 2000 (généralisé vers 2010) et, depuis 2020, à quelques modèles pour le bruit de roulement, plus difficile parce qu'il est aléatoire et qu'il arrive par de nombreux chemins.
Appuis
- Lueg, Process of silencing sound oscillations, brevet US 2 043 416 (déposé en 1934, délivré en 1936) — texte du brevet, priorité allemande de janvier 1933.
- Olson & May, « Electronic sound absorber », JASA 25, 1130–1136 (1953) — absorbeur à rétroaction, 10 à 25 dB sur trois octaves dans le grave.
- Guicking, « On the invention of active noise control by Paul Lueg », JASA 87, 2251–2254 (1990) — histoire du brevet de Lueg.
- Cheer & Langfeldt, « Beyond Anti-Noise », Acoustics Today (été 2024) — chronologie : Coandă, Lueg, Olson, Conover, Kido, Chaplin, Burgess, Nissan, turbopropulseurs, bruit de roulement.
- Bose Aviation, « History » — 1978, Voyager 1986, casque d'aviation 1989, QuietComfort 2000.
- Elliott & Nelson, « Active noise control », IEEE Signal Processing Magazine 10(4), 12–35 (1993) — la technique jugée « somewhat oversold » ; limites de zone et de fréquence.
- Hasegawa, Tabata, Kinoshita & Hyodo, « The Development of an Active Noise Control System for Automobiles », SAE Technical Paper 922086 (1992) — premier système de série, bourdonnement de l'harmonique 2 du moteur.
Ajouter du son peut donc diminuer le bruit reçu, mais dans des conditions précises. Gardons cette exigence quand une démonstration sonore sert à vendre une promesse. » Poursuivre vers les intox · Carte du parcours.
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Acte VII · chapitre 27
Les intox du son — onze mythes, et la démonstration à l’oreille
Le son permet de mettre certaines affirmations à l’épreuve : jouer, compter, mesurer. Chaque fiche donne la revendication, ce qu’elle contient de vrai, ce qu’elle contient de faux, et la manip de trente secondes. Règle : on cite les affirmations comme des affirmations, on ne prête pas d’intention, on ne se moque pas de celles et ceux qui les ont lues.
En profondeur Tester une affirmation : de la manipulation à l'essai en aveugle ≈ 4 min
Le chapitre demande de séparer observation, interprétation et preuve nécessaire. Ce bloc détaille la dernière colonne : quel protocole répond à quelle affirmation, et quelles erreurs de raisonnement un protocole sert à écarter.
Trois affirmations, trois épreuves. « On entend une différence » est une affirmation de perception : elle se teste par une épreuve d'écoute. « Le son modifie l'eau » est une affirmation physique : elle se teste par une mesure instrumentale, répétée, avec un témoin. « Ce son soigne » est une affirmation clinique : elle demande un essai contrôlé chez l'humain. Réussir la première épreuve ne dit rien des deux autres. Un accordage à 432 Hz peut s'entendre sans avoir le moindre effet sur la tension artérielle.
L'épreuve d'écoute : le test ABX. Décrit en 1950 par Munson et Gardner, il présente un son A, un son B, puis un son X qui est l'un des deux, tiré au hasard ; l'auditeur dit lequel. Le hasard seul donne une bonne réponse sur deux. Sur 16 essais, obtenir au moins 12 bonnes réponses par pur hasard a une probabilité de 2 517 / 65 536, soit 3,8 % ; au moins 10 bonnes réponses, 23 %. Deux précautions pèsent autant que le calcul. Égaliser les niveaux : un écart de niveau, ou un défaut ajouté par la transposition logicielle, suffit à distinguer deux versions sans rapport avec la hauteur. Et l'aveugle : ni l'auditeur ni la personne qui présente les sons ne doivent savoir lequel est lequel, sans quoi un geste suffit à orienter la réponse.
L'essai clinique : pourquoi le double aveugle. Ce que l'on attend d'un son change ce que l'on ressent. En 2014, Fiona Crichton et ses collègues ont exposé 54 volontaires à dix minutes d'infrasons réels et à dix minutes d'infrasons simulés, après leur avoir montré des informations inquiétantes ou rassurantes trouvées sur internet. Seul le groupe inquiété a rapporté plus de symptômes, et autant pendant l'exposition simulée que pendant l'exposition réelle. C'est l'effet nocebo : sans groupe témoin et sans aveugle, il aurait passé pour un effet des infrasons.
Taille d'échantillon et comparaisons multiples. Un effet faible ne se voit qu'avec beaucoup de participants. Pour détecter, quatre fois sur cinq au seuil de 5 %, une différence d'une demi-unité d'écart type entre deux conditions subies par les mêmes personnes, l'approximation normale donne ((1,96 + 0,84) / 0,5)² ≈ 31 ; le test t apparié exact demande 34 participants, soit environ 30 à 35 ; pour un quart d'unité, environ 125 à 130 (125 par l'approximation, 128 par le test t). Un essai pilote de trente personnes ne peut donc voir de façon fiable qu'un effet assez grand. Autre piège : mesurer beaucoup de choses à la fois. Avec cinq critères indépendants, la probabilité qu'au moins un franchisse le seuil de 5 % par hasard vaut 1 − 0,95⁵ ≈ 23 %. Un résultat isolé tout juste au seuil appelle une réplication, pas une conclusion.
Choisir ses observations. Sélectionner après coup les cas favorables fabrique un effet à partir de rien : photographier, parmi des dizaines de cristaux, le plus « beau » met la beauté dans le choix, pas dans l'eau. Le remède : fixer avant l'expérience ce qui sera mesuré, juger à l'aveugle, compter tous les cas, et déclarer ce plan publiquement à l'avance (le pré-enregistrement).
L'accumulation des études. Une méta-analyse hérite des défauts des études qu'elle additionne, et du fait que les résultats positifs sont plus souvent publiés. Sur les battements binauraux, une méta-analyse de 2019 trouve un effet moyen modéré sur la mémoire, l'attention, l'anxiété et la douleur, mais qui dépend de la fréquence, de la durée et du moment d'exposition ; une revue de 2023 des études d'électroencéphalographie compte cinq études favorables à l'« entraînement » des ondes cérébrales, huit contraires et une mitigée, avec des protocoles trop hétérogènes pour conclure. L'état honnête du dossier tient en trois phrases : le phénomène perceptif est établi, des effets comportementaux sont débattus, un état mental commandé par la fréquence choisie n'est pas démontré.
Ce qu'une réfutation peut dire. « Non démontré » n'est pas « démontré faux ». Une affirmation devient très improbable par accumulation : pas de mécanisme, ordres de grandeur incompatibles (60 dB SPL font 0,02 Pa), essais contrôlés négatifs, effets qui s'effacent quand le protocole se resserre.
Appuis
- Munson & Gardner, « Standardizing auditory tests », JASA 22, 675 (1950) — description originale du test ABX.
- Crichton, Dodd, Schmid, Gamble & Petrie, « Can expectations produce symptoms from infrasound associated with wind turbines? », Health Psychology 33, 360–364 (2014) — essai en double aveugle avec exposition simulée ; symptômes liés aux attentes.
- Garcia-Argibay, Santed & Reales, « Efficacy of binaural auditory beats in cognition, anxiety, and pain perception: a meta-analysis », Psychological Research 83, 357–372 (2019) — 22 études, effet moyen g = 0,45, modéré par la fréquence et la durée.
- Ingendoh, Posny & Heine, « Binaural beats to entrain the brain? », PLOS ONE 18, e0286023 (2023) — revue systématique : 5 études favorables, 8 contraires, 1 mitigée sur 14.
1. « 432 Hz, la fréquence de l’univers »
Ce qui est vrai : le la de référence a beaucoup bougé — ~415 Hz dans le baroque, 435 Hz par décret français (« diapason normal », 1859), 440 Hz recommandé par la conférence de Londres de 1939 puis normalisé (recommandation ISO R 16 en 1955, norme ISO 16 en 1975). L’Italie a bien retenu 432 Hz par décret en 1884, avec le soutien de Verdi (la lettre et son motif, souvent dit vocal, sont à citer au conditionnel) ; le « diapason de Verdi » est surtout, depuis 1988, une bannière du Schiller Institute. Ce qui est faux : qu’un nombre de cycles par seconde soit « cosmique » alors que la seconde est une convention humaine (définie par le césium en 1967) ; que 440 ait été « imposé par Goebbels » (la conférence de 1939 est britannique, l’American Standards Association recommandait 440 dès 1936) ; qu’un accordage à 432 « résonne avec l’ADN » ou « structure l’eau » (aucun mécanisme, aucune étude répliquée ; l’étude la plus citée, Calamassi & Pomponi 2019, porte sur 33 personnes et des effets à la limite du bruit). Manip : jouer 440 puis 432 : 8 Hz d’écart, 32 cents, un tiers de demi-ton — puis transposer n’importe quel morceau de −32 cents : l’« effet 432 » est celui d’une transposition légère vers le grave, reproductible avec 431 ou 433.
2. « 528 Hz répare l’ADN » et le « solfège sacré »
Origine : une numérologie des années 1990 (Puleo, Horowitz 1999) appliquée aux syllabes de l’hymne Ut queant laxis — pas une source médiévale, pas une mesure. 528 Hz est approximativement un do4 en notation française (C5 internationale) dans une gamme tempérée accordée à 444 Hz (523,25 Hz à 440). Faux : tout effet biologique spécifique ; les rares études in vitro citées n’isolent pas la fréquence des conditions de l’expérience et n’ont pas été répliquées. Manip : 528 puis 523,25 Hz : 15 cents, moins que le vibrato d’un violoniste. Demander au public lequel « répare ».
3. « Les battements binauraux synchronisent le cerveau »
Vrai : le battement binaural existe (Oster 1973, chapitre battements) : deux fréquences proches, une par oreille, et le tronc cérébral fabrique une pulsation qui n’est dans aucune onde. Le cerveau « suit » effectivement la fréquence de modulation (réponse auditive en régime permanent, mesurable à l’EEG). Faux : qu’il en résulte un « état » (sommeil, concentration, méditation) commandé par la fréquence choisie : la méta-analyse de Garcia-Argibay et al. (2019) trouve un effet moyen (g ≈ 0,45) mais très dépendant de la fréquence, de la durée et du protocole, et une revue systématique des études EEG (Ingendoh et al. 2023) juge l’« entraînement » des ondes cérébrales non démontré ; rien qui justifie « ondes delta = sommeil profond garanti ». Manip : 200 Hz à gauche, 210 à droite au casque : on entend la pulsation. Écouter ensuite un seul canal : la pulsation binaurale disparaît. Mélanger les deux canaux en mono ne la fait pas simplement disparaître : cela crée un battement acoustique à 10 Hz, visible sur le signal sommé. Comparer les deux mécanismes, à volume modéré. Dérivation des battements acoustiques, UNSW.
4. La cymatique « créatrice » et le « son qui crée la matière »
Vrai : les figures existent (Hooke 1680, Chladni 1787, Faraday 1831 pour les ondes à la surface d’un liquide, Jenny 1967). Faux : qu’elles soient un « code » du son : une figure de Chladni est un mode propre de la plaque — elle dépend de la plaque (taille, épaisseur, matériau, appui) autant que de la fréquence. La même fréquence sur deux plaques donne deux figures ; deux fréquences différentes sur deux plaques peuvent donner la même. Le son ne « crée » rien : il excite ce qui est déjà là. Manip : deux plaques, une fréquence.
5. Emoto et « l’eau qui écoute »
La revendication (Masaru Emoto, 1999–2004) : des cristaux de glace plus « beaux » quand l’eau a été exposée à des mots gentils ou à Mozart. Ce qu’il manque : l’aveugle (le photographe savait), le comptage (on choisissait le cristal à photographier parmi des dizaines), la réplication (l’étude de Radin et al. 2006, cosignée par Emoto, ne suffit pas à établir un effet robuste et répliqué indépendamment). La physique : une voix à 60 dB SPL, c’est 0,02 Pa de pression acoustique — deux dix-millionièmes de la pression atmosphérique (2 × 10⁻⁷) ; la forme d’un cristal de glace dépend de la température et de la sursaturation (Nakaya, 1954), pas de la sémantique. Ne pas confondre avec les effets réels et mesurables du son sur les liquides : lévitation acoustique, cavitation (bacs à ultrasons, chapitre ultrasons), ondes de Faraday.
Renvoi. Un son peut réellement agir sur l'eau : il la chauffe un peu, peut la mettre en mouvement lent ou y faire naître des bulles, à des niveaux et fréquences précis. Ces effets physiques sont décrits dans Absorption ultrasonore, chauffage et cavitation et Forces acoustiques, lévitation et écoulements moyens ; aucun ne transporte un « message ».
6. « 7,83 Hz, la fréquence de la Terre — et elle augmente »
Vrai : la résonance de Schumann (prédite 1952, mesurée par Balser & Wagner 1960) : la cavité entre le sol et l’ionosphère résonne vers 7,83 Hz et ses modes supérieurs (environ 14, 20, 26, 33 Hz…), qui ne sont pas des multiples entiers exacts de 7,83 Hz, excitée par les éclairs. Faux : que ce soit un son (c’est un champ électromagnétique, chapitre infrasons : Boyle et Maxwell, deux familles) ; que son amplitude (quelques picoteslas) ait un effet biologique démontré ; que « la fréquence augmente » (les graphiques qui circulent montrent des harmoniques qui ont toujours été là, ou des variations d’amplitude journalières et saisonnières) ; que la coïncidence numérique avec les ondes alpha (8–12 Hz) signifie quoi que ce soit — une voiture à 90 km/h et un cœur à 90 pulsations par minute ne sont pas « en résonance ».
7. « La NASA a enregistré le son d’un trou noir / le OM du Soleil »
Renvoi au chapitre astronomie et à ses trois familles. Persée : une vraie onde de pression, transposée de 57 octaves pour l’oreille (famille A puis C). Voyager : des ondes de plasma, déjà dans la bande audio, mais pas de la pression d’air (famille B). Le « OM du Soleil » qui circule est une sonification de modes p à quelques mHz, accélérée 42 000 fois, soit une quinzaine d’octaves, parfois mêlée à des chœurs — la NASA l’étiquette, les reprises ne l’étiquettent plus. Manip : avant chaque extrait, dire la famille et le facteur de transposition. Sans ces deux mots, on fabrique soi-même l’intox.
8. Armes infrasonores, « syndrome de La Havane », « sons qui liquéfient »
Ce qu’on sait : des dispositifs acoustiques à fort niveau existent dans l’audible (LRAD : niveaux élevés selon le modèle et les conditions de mesure, avec risque auditif ; cela ne démontre pas une « liquéfaction » des organes) ; l’infrason à haut niveau donne nausée et pression thoracique en chambre d’essai, avec des machines de plusieurs mètres, à courte distance. Ce qui ne tient pas : une arme infrasonore portable et dirigée (un 7 Hz a 50 m de longueur d’onde : impossible à focaliser avec un objet de taille humaine) ; les récits d’effets ultrasonores puissants à grande distance dans l’air sans bilan de propagation, de puissance et de mesure ; l’absorption seule ne définit pas une frontière absolue de portée. Pour les incidents de La Havane (2016 →), l’Académie nationale des sciences américaine (2020) jugeait « plausible » une énergie radiofréquence pulsée, et le renseignement américain (ODNI, mars 2023) « très improbable » l’implication d’un adversaire étranger ; l’identification d’un grillon dans certains enregistrements ne permet pas, à elle seule, d’expliquer tous les symptômes ni tous les cas. Depuis : études NIH 2024 sans lésion cérébrale mesurable, avis de deux agences nuancé en janvier 2025, les annonces ultérieures exigent leurs propres sources — dater ce que l’on dit, sans présenter le dossier comme définitivement résolu. Sur le plateau : dire l’état des rapports, ne rien affirmer de plus, ne décrire aucun dispositif.
9. Répulsifs à ultrasons (rongeurs, insectes, moustiques)
Vrai : les rongeurs entendent les ultrasons. Non établi : qu’un boîtier domestique les chasse durablement. Les avertissements de la FTC en 2001 portent sur des promesses d’efficacité non étayées ; ils évoquent notamment une habituation susceptible de rendre la réaction temporaire. Ils ne donnent pas une durée universelle de « quelques jours ». La propagation et les obstacles limitent aussi la couverture. Pour les moustiques, la revue Cochrane (Enayati, Hemingway & Garner 2007, dix essais de terrain) n’observe pas d’effet répulsif des appareils étudiés : cela ne fournit aucune base aux promesses des applications anti-moustiques. Revue Cochrane.
10. « Effet Mozart », « 8D », « 40 Hz contre Alzheimer », « 3-6-9 de Tesla »
- Effet Mozart : Rauscher et al. (1993) mesurent un gain temporaire (10 à 15 minutes) à une tâche spatiale après dix minutes de Mozart. Les méta-analyses (Pietschnig et al. 2010, « Mozart effect – Shmozart effect ») montrent que n’importe quel stimulus agréable et éveillant fait pareil ; rien de spécifique, rien de durable, rien sur le QI des bébés.
- 8D audio : chapitre psychoacoustique, localisation — un panoramique automatisé avec réverbération. Agréable, pas nouveau, pas « huit dimensions ».
- Stimulation à 40 Hz : un vrai programme de recherche (Iaccarino et al. 2016 chez la souris : lumière clignotante à 40 Hz, effets sur les plaques amyloïdes ; Martorell et al. 2019 : son et audio-visuel ; chez l’humain, le promoteur décrit l’essai pivot HOPE, avec 673 participants recrutés ; son statut et ses résultats doivent être lus dans le registre NCT05637801. La page du promoteur consultée ne suffit pas à confirmer l’ancienne formulation « achevé à l’été 2026 »). À citer comme recherche en cours, pas comme traitement ; les vidéos « guérissez Alzheimer à 40 Hz » vendent une hypothèse.
- « Si vous connaissiez la magnificence du 3, du 6 et du 9… » : citation attribuée à Tesla, sans aucune source primaire ; diffusée sur internet sans qu’on sache d’où elle vient. Aucune physique derrière.
11. Voix clonées, « enregistrements » fabriqués (2023 →)
L’intox la plus récente n’est plus une croyance sur le son : c’est un son fabriqué. Quelques secondes de voix suffisent (chapitre numérique) pour faire dire n’importe quoi à n’importe qui — appels à un proche « en détresse », faux extraits politiques, fausses interviews. Indices, sans garantie : respirations absentes ou régulières, ruptures au spectrogramme aux jonctions, réverbération incohérente avec le lieu annoncé, prosodie plate sur les noms propres ; mais les modèles s’améliorent plus vite que ces indices. La règle robuste n’est pas acoustique : rappeler la personne sur un numéro connu, exiger la source primaire d’un enregistrement, se méfier d’un extrait sans contexte. Sur le plateau : la démonstration est produite en direct par l’animateur pendant le live (le dossier n’embarque aucun clone de voix) ; montrer qu’on ne l’a pas distingué, puis dire la règle.
Table récapitulative
| Mythe | Le vrai dedans | Le faux | Manip 30 s |
|---|---|---|---|
| 432 Hz | le diapason a varié | « cosmique », « nazi », « ADN » | successivement : hauteur différente ; superposés : 8 battements/s |
| 528 Hz | c’est un do à 444 | « répare l’ADN » | 528 / 523 : 15 cents |
| Binaural | interaction entre les deux oreilles | « état garanti » | stéréo séparée, un canal seul, puis mélange mono : deux mécanismes |
| Cymatique | modes de plaque | « le son crée la matière » | deux plaques, une fréquence |
| Emoto | des effets acoustiques physiques sur les liquides existent | effet sémantique non établi ; sélection des images et réplication insuffisante | distinguer observation contrôlée et sélection esthétique |
| Schumann | résonance EM à 7,83 Hz | « son », « augmente », « alpha » | Boyle + Maxwell |
| Sons de l’espace | ondes réelles (A, B) | « enregistré au micro » | dire famille + facteur |
| Armes infra | LRAD audible existe | « liquéfie », portable, dirigé | λ = 50 m à 7 Hz |
| Répulsifs ultra | ils entendent | ils partent | Cochrane 2007 |
| Mozart / 8D / 40 Hz / 3-6-9 | éveil ; panoramique ; recherche en cours ; — | QI ; dimension ; traitement ; citation | même gain avec un autre stimulus |
| Voix clonées | l’outil existe | « on reconnaît toujours » | clone de l’animateur |
L'analyse mathématique Trois calculs qui tranchent : cents, phase entre les oreilles, cavité terrestre 3 formules · ≈ 7 min
Trois des fiches du chapitre reposent sur un nombre : un écart de hauteur (432 contre 440 Hz), une différence de fréquence entre deux oreilles (le battement binaural), une fréquence propre (7,83 Hz). Chacun se calcule, et le calcul dit ce que la manipulation peut montrer et ce qu'elle ne peut pas montrer.
Mesurer un écart de hauteur. L'oreille compare les hauteurs par rapports de fréquences, pas par différences : de 110 à 220 Hz et de 440 à 880 Hz, on entend le même intervalle, une octave. L'unité adaptée est donc logarithmique. Le cent divise l'octave en 1 200 parts égales, et le demi-ton tempéré en 100.
Se lit« delta c égale mille deux cents fois log base deux de f deux sur f un »Δc se dit « delta c » : l'écart en cents. log₂ se dit « log base deux » : le nombre de doublements qui mènent de f₁ à f₂. Une octave (rapport 2) vaut donc 1 200 cents ; un demi-ton tempéré (rapport 2 puissance un douzième) vaut 100 cents.
Ce qu’elle dit
L'écart de hauteur perçu entre deux sons dépend du rapport de leurs fréquences, pas de leur différence en hertz. La formule convertit ce rapport en centièmes de demi-ton : positif si f₂ est plus aigu que f₁. Elle vaut pour la fréquence fondamentale ; elle ne dit rien du timbre ni de l'effet d'un accordage sur l'auditeur.
Les symboles. Survolez la formule ou un symbole.
- Δc écart de hauteur entre deux sons cent (sans unité SI) 100 cents = un demi-ton tempéré ; 1 200 cents = une octave
- f2 fréquence du second son hertz (Hz) 440 Hz dans l'exemple
- f1 fréquence du premier son hertz (Hz) 432 Hz dans l'exemple
- log2 logarithme en base deux : nombre de doublements sans unité
| Comparaison | Rapport | Écart |
|---|---|---|
| 440 contre 432 Hz | 1,01852 | 31,8 cents |
| 528 contre 523,25 Hz | 1,00908 | 15,6 cents |
| 440 contre 435 Hz (diapason français de 1859) | 1,01149 | 19,8 cents |
| 440 contre 415 Hz (diapason baroque courant) | 1,06024 | 101,3 cents |
Calcul de la première ligne : 440 / 432 = 1,018519 ; son logarithme népérien vaut 0,018349 ; divisé par celui de 2 (0,693147), il donne 0,026472 ; multiplié par 1 200, 31,8 cents. Le nombre 432 a aussi une origine arithmétique simple : c'est 256 × 27/16, la sixte majeure pythagoricienne au-dessus d'un do à 256 Hz. En tempérament égal, le même do donnerait un la à 256 × 2^(9/12) ≈ 430,5 Hz. Le « 432 » n'est donc pas un invariant physique : c'est le produit d'un choix de do et d'un choix de gamme.
Le battement binaural, vu comme une phase qui tourne. Deux sons purs, un par oreille, de fréquences voisines. Aucune onde ne contient la pulsation perçue : chaque oreille reçoit une sinusoïde d'amplitude constante. Ce qui change, c'est la différence de phase entre les deux oreilles.
Se lit« delta phi de t égale deux pi fois f d moins f g, fois t, plus phi zéro »Δφ se dit « delta phi » : la différence de phase entre l'oreille droite et l'oreille gauche, en radians. fd se dit « f d » (droite), fg « f g » (gauche). φ₀ se dit « phi zéro » : la différence de phase à l'instant initial.
Ce qu’elle dit
Quand chaque oreille reçoit une fréquence légèrement différente, la différence de phase entre les deux oreilles augmente régulièrement et refait un tour complet autant de fois par seconde que l'écart des fréquences. Le tronc cérébral, qui compare les phases pour localiser les sons graves, suit cette rotation : c'est elle qui est perçue comme un battement. Cela suppose des fréquences assez basses pour que les neurones auditifs suivent la phase de chaque oreille.
Les symboles. Survolez la formule ou un symbole.
- Δvarphi différence de phase entre l'oreille droite et l'oreille gauche radian (rad) un tour complet vaut 2π rad
- fd fréquence du son envoyé à l'oreille droite hertz (Hz) 210 Hz dans l'exemple
- fg fréquence du son envoyé à l'oreille gauche hertz (Hz) 200 Hz dans l'exemple
- t temps seconde (s)
- varphi0 différence de phase à l'instant initial radian (rad)
Avec 200 Hz à gauche et 210 Hz à droite, la phase interaurale fait dix tours par seconde : un battement à 10 Hz. La plupart des phases parcourues ne correspondent à aucune source réelle. Un quart de tour, à une fréquence moyenne de 205 Hz, représente un retard de 1 / (4 × 205) ≈ 1,2 ms, près du double du retard maximal que crée une tête humaine, environ 0,66 ms selon le modèle de Woodworth du chapitre psychoacoustique. Le mécanisme exige que les neurones suivent la phase : Licklider et ses collègues ont trouvé en 1950 que l'écart maximal donnant encore un battement binaural est d'environ 35 Hz vers 400 Hz, et qu'au-dessus de 1 000 Hz le battement ne s'entend plus qu'avec attention, pour de petits écarts. Des mesures plus récentes sur des sons purs situent vers 1,4 kHz la fréquence où la sensibilité humaine au retard interaural disparaît. Mixés sur un seul canal, les deux sons produisent au contraire un battement acoustique, présent dans l'onde elle-même (battements).
Pourquoi 7,83 Hz et pourquoi ce nombre ne « monte » pas. Entre le sol et l'ionosphère, deux coquilles conductrices, les ondes électromagnétiques des éclairs font le tour de la Terre. Si les parois étaient parfaitement conductrices, les fréquences propres de cette cavité mince seraient fixées par le rayon terrestre seul.
Se lit« f n égale c sur deux pi a, fois racine de n fois n plus un »fn se dit « f n » : la fréquence du mode numéro n. c est ici la vitesse de la lumière, pas celle du son : ces résonances sont électromagnétiques. a est le rayon de la Terre. La racine porte sur le produit n(n + 1), qu'on lit « n fois n plus un ».
Ce qu’elle dit
Une onde électromagnétique qui fait le tour de la Terre entre sol et ionosphère se renforce elle-même à certaines fréquences seulement, fixées par la taille de la Terre et la vitesse de la lumière. Les modes successifs ne sont pas des multiples entiers du premier. Dans la réalité, l'ionosphère conduit imparfaitement : les ondes vont moins vite et les fréquences observées sont plus basses que ce modèle idéal.
Les symboles. Survolez la formule ou un symbole.
- fn fréquence propre du mode numéro n de la cavité Terre–ionosphère hertz (Hz) ≈ 7,8 Hz observé pour n = 1
- c vitesse de la lumière dans le vide mètre par seconde (m/s) 299 792 458 m/s
- a rayon de la Terre mètre (m) ≈ 6 371 km
- n numéro du mode sans unité 1, 2, 3…
Numériquement, c / (2πa) = 299 792 458 / (2π × 6 371 000) ≈ 7,49 Hz. Le modèle idéal donne 10,6 Hz pour n = 1 (7,49 × √2), puis 18,3 ; 25,9 ; 33,5 Hz. Les valeurs observées sont plus basses, vers 7,8 ; 14 ; 20 ; 26 ; 33 Hz, parce que les pertes dans l'ionosphère ralentissent les ondes. Leur rapport au premier mode vaut environ 1,8 ; 2,6 ; 3,4, pas 2, 3, 4. Pour que le mode fondamental passe de 7,8 à 12 Hz, il faudrait, à propriétés de l'ionosphère égales, une Terre au rayon réduit d'un tiers. Les variations mesurées, liées à l'état de l'ionosphère (jour et nuit, saisons, activité solaire), restent de l'ordre d'une fraction de hertz. Un spectrogramme où des bandes plus hautes s'allument montre les modes supérieurs, ou des parasites, pas une fréquence qui grimpe.
Appuis
- Licklider, Webster & Hedlun, « On the frequency limits of binaural beats », JASA 22, 468–473 (1950) — écart maximal d'environ 35 Hz vers 400 Hz ; battement difficile au-dessus de 1 000 Hz.
- Brughera, Dunai & Hartmann, « Human interaural time difference thresholds for sine tones: the high-frequency limit », JASA 133, 2839–2855 (2013) — sensibilité au retard interaural perdue juste au-dessus de 1 400 Hz.
- Schumann resonances (Wikipédia) — formule idéale, valeurs observées, rôle de la conductivité finie de l'ionosphère.
- Scientific pitch (Wikipédia) — do à 256 Hz, la ≈ 430,54 Hz en tempérament égal, campagne pour le « 432 ».
Histoire & sources D'où viennent ces intox, et comment elles ont été mises à l'épreuve ≈ 4 min
Les onze fiches du chapitre n'ont pas la même origine : un phénomène réel du XIXe siècle, une expérience de laboratoire mal relayée, ou une construction récente. Retracer leur généalogie montre à quel moment une observation est devenue une promesse.
Le diapason, une norme qui a toujours bougé. Dès 1834, un congrès de naturalistes allemands réuni à Stuttgart recommande un la à 440 Hz, d'après les mesures de Johann Scheibler. La France fixe par arrêté ministériel du 16 février 1859 un « diapason normal » à 435 Hz ; une conférence tenue à Vienne en 1885 étend ce 435 Hz à plusieurs pays. En mai 1939, une conférence internationale réunie à Londres, avec des délégués britanniques, allemands, français, italiens et néerlandais, recommande 440 Hz ; l'Organisation internationale de normalisation en fait sa recommandation ISO 16 en 1955, confirmée en 1975.
La naissance du « 432 ». Le mouvement politique de Lyndon LaRouche et son Schiller Institute lancent dans la seconde moitié des années 1980 une campagne pour un « accord de Verdi » à 432 Hz associé au do à 256 Hz. C'est dans cette mouvance que l'on situe l'origine du récit d'un 440 imposé par Joseph Goebbels ; il est repris et amplifié vers 2010 par Leonard Horowitz, qui accuse aussi la fondation Rockefeller. Goebbels ne figure pas parmi les délégués de la conférence de 1939, où la recommandation fut adoptée à l'unanimité. Côté mesures, une étude souvent citée, celle de Calamassi et Pomponi publiée en 2019, est un essai pilote croisé sur 33 volontaires : les auteurs rapportent une baisse moyenne de la fréquence cardiaque de 4,8 battements par minute avec p = 0,05, et des différences non significatives ou à la limite du seuil pour la tension artérielle et la fréquence respiratoire. C'est un résultat à répliquer, pas une démonstration.
Le battement binaural, de la curiosité à l'industrie. Heinrich Wilhelm Dove décrit le phénomène en 1839. En 1950, Licklider, Webster et Hedlun en mesurent les limites de fréquence et l'expliquent par la synchronisation des décharges des deux nerfs auditifs. En 1973, Gerald Oster rassemble les résultats dans Scientific American et suggère des usages pratiques ; l'article relance l'intérêt, y compris dans des milieux commerciaux qui promettent relaxation ou concentration. Les mesures électroencéphalographiques des années 2000 montrent une réponse du cerveau à la fréquence du battement, plus faible que pour un battement acoustique et qui disparaît quand les sons deviennent aigus.
La résonance de Schumann, une découverte de physicien. Winfried Otto Schumann calcule en 1952 les oscillations propres de la cavité formée par la Terre et l'ionosphère. Martin Balser et Charles Wagner publient en 1960 dans Nature les premières observations nettes de ces résonances. Ces travaux portent sur la propagation des ondes électromagnétiques autour de la Terre ; ils ne formulent aucune hypothèse sur la santé.
L'effet Mozart, trois étapes de vérification. En 1993, Frances Rauscher, Gordon Shaw et Katherine Ky publient dans Nature une lettre : des étudiants réussissent mieux une tâche spatiale après dix minutes d'une sonate de Mozart, et l'effet s'estompe en un quart d'heure. En 1999, la méta-analyse de Christopher Chabris, dans la même revue, trouve un effet faible, limité à un type de tâche, sans rapport avec l'intelligence générale. En 2001, William Thompson, Glenn Schellenberg et Gabriela Husain comparent Mozart à un adagio lent et triste attribué à Albinoni : l'avantage suit l'éveil et l'humeur, et disparaît quand on en tient compte statistiquement. La méta-analyse de Pietschnig, Voracek et Formann (2010) conclut dans le même sens.
L'eau d'Emoto. Les livres de Masaru Emoto paraissent à partir de 1999. En 2006, Dean Radin publie avec lui une étude en double aveugle : des cristaux d'eau « traités à distance » par l'intention d'environ 2 000 personnes, photographiés par un analyste qui ignorait leur origine, sont jugés plus esthétiques par cent juges, avec p = 0,001 en test unilatéral. Le protocole corrige le défaut des premières photographies, choisies en connaissance de cause ; mais cet essai pilote, cosigné par l'auteur de l'hypothèse et fondé sur un jugement esthétique, appelle une réplication indépendante avant de compter comme établi.
Appuis
- Lead Stories, « Tuning standard of A = 440 Hz was NOT driven by Nazis and Rockefellers » (2022) — 1834, 1859, conférence de Londres de 1939 et délégations, origine du récit sur Goebbels.
- Calamassi & Pomponi, « Music tuned to 440 Hz versus 432 Hz and the health effects: a double-blind cross-over pilot study », Explore 15, 283–290 (2019) — 33 volontaires, fréquence cardiaque −4,79 bpm, p = 0,05.
- Oster, « Auditory beats in the brain », Scientific American 229, 94–102 (1973) — synthèse qui relance l'étude et l'usage des battements binauraux.
- Balser & Wagner, « Observations of Earth–ionosphere cavity resonances », Nature 188, 638–641 (1960) — premières observations des résonances de Schumann.
- Thompson, Schellenberg & Husain, « Arousal, mood, and the Mozart effect », Psychological Science 12, 248–251 (2001) — l'effet suit l'éveil et l'humeur ; il disparaît quand on les contrôle.
On joue, on compte, on mesure : certaines affirmations se testent à l’oreille. Pour les effets sur la santé ou l’histoire, il faut aussi des protocoles et des sources.
Provoxys
Bilan
Demander quelle preuve répond à quelle promesse
- Le lieu, l’usage et l’exposition changent les enjeux du même phénomène acoustique.
- Une manipulation montre un mécanisme dans des conditions données ; elle ne démontre pas toute promesse associée.
- Pour un enregistrement suspect, la source et le contexte comptent autant que ses indices sonores.
Question
Un son jugé agréable démontre-t-il une action spécifique sur une maladie ?
Voir la réponse
Non. L’agrément rapporté et l’efficacité clinique sont deux affirmations qui demandent des preuves différentes. Le live peut faire éprouver une différence, pas remplacer l’étude adaptée.
Pour reprendre le fil
Notre oreille n’est qu’un cas : changeons d’espèce et parfois de milieu.
Acte VIII · Changer de fenêtre, pas de rigueur
Les autres auditeurs
Notre bande d’audition n’est pas la frontière du monde sonore. Chaque espèce possède des organes et des usages particuliers. Il faut distinguer produire un son, le détecter, communiquer avec lui et se repérer grâce à son écho.
Vingt hertz et vingt kilohertz délimitent à peu près notre fenêtre, pas celle du vivant. Pour une baleine, une chauve-souris ou un grillon, le monde sonore n’a ni la même échelle ni les mêmes obstacles.
Acte VIII · chapitre 28
Les autres auditeurs — bioacoustique
Chaque espèce a une fenêtre, un milieu, une portée — et un organe qui n’est pas le nôtre. Ce chapitre est le portail : les extrêmes (sous 20 Hz, au-dessus de 20 kHz) ont leurs chapitres propres, les infrasons et les ultrasons animaux. Ici, ce que le vivant fait dans la bande humaine, et avec quels instruments.
Fenêtres comparées — les audiogrammes (Heffner & Heffner)
| Espèce | Bande de sensibilité indicative (protocoles variables) | Remarque |
|---|---|---|
| Humain (jeune) | ~20 Hz – 20 kHz | maximum de sensibilité 2–5 kHz |
| Chien | ~65 Hz – 45 kHz | d’où le sifflet de Galton (1876) |
| Chat | ~55 Hz – 79 kHz | entend les rongeurs sans écholocaliser |
| Souris | ~2 – 85 kHz | quasi sourde aux graves humains |
| Éléphant | ~16 Hz – 12 kHz | sensible aux graves ; voir les infrasons plus bas |
| Grand dauphin (sous l’eau, hors Heffner) | ~75–150 Hz – 150 kHz | biosonar ; voir les ultrasons animaux plus bas |
| Pigeon | ~0,05 Hz – 6 kHz | infrason détecté en laboratoire (Kreithen & Quine 1979) ; usage en navigation débattu |
| Grillon (tympan sur les tibias) | accordé sur ~4–5 kHz (le chant) et ~20 kHz et au-delà, jusqu’à ~100 kHz (les chauves-souris) | deux bandes, deux fonctions |
Ces bandes proviennent de protocoles différents, comportementaux ou physiologiques ; elles ne sont pas toutes mesurées au même seuil ni dans le même milieu. Ce ne sont pas des « murs » : elles se lisent comme les 20 Hz–20 kHz humains, statistiquement.
L'analyse mathématique Petite tête, sons aigus : les ordres de grandeur de la localisation, et les décibels de l'eau 3 formules · ≈ 7 min
Le tableau des audiogrammes montre des fenêtres très différentes d'une espèce à l'autre. Une partie de ces différences s'explique par la géométrie : pour situer une source, un animal compare ce qui arrive à ses deux oreilles, et ces comparaisons dépendent de la distance entre les oreilles rapportée à la longueur d'onde. Deux calculs d'ordre de grandeur le montrent ; un troisième explique pourquoi les niveaux mesurés sous l'eau ne se comparent pas directement à ceux de l'air.
Premier indice : le retard entre les oreilles. Une source placée sur le côté atteint l'oreille proche avant l'autre. Le retard maximal est le temps que met le son à parcourir le chemin le plus court d'une oreille à l'autre, en contournant la tête.
Se lit« delta t max environ égal à D sur c »Δ tmax se dit « delta t max » : le plus grand retard possible entre les deux oreilles, en secondes (on le donne souvent en microsecondes, µs). D est une longueur, en mètres ; c la célérité du son dans l'air. Le signe « environ égal » rappelle que la tête n'est pas une sphère et que le chemin dépend de la fréquence.
Ce qu’elle dit
Plus les oreilles sont proches, plus le retard maximal entre elles est court : il est proportionnel à la distance à parcourir d'une oreille à l'autre. Pour une tête sphérique, le modèle de Woodworth donne une distance égale à environ 1,3 fois le diamètre. Ce retard borne la précision que peut atteindre la localisation par comparaison des temps d'arrivée.
Les symboles. Survolez la formule ou un symbole.
- Δ tmax retard maximal entre les deux oreilles, source sur le côté seconde (s) ≈ 0,66 ms pour une tête humaine
- D longueur du trajet le plus court d'une oreille à l'autre, autour de la tête mètre (m) ≈ 22 cm pour une tête sphérique de 8,75 cm de rayon
- c célérité du son dans l'air mètre par seconde (m/s) ≈ 343 m/s à 20 °C
| Auditeur | Trajet d'une oreille à l'autre | Retard maximal |
|---|---|---|
| Humain (tête sphérique de 8,75 cm de rayon) | 8,75 × (π/2 + 1) ≈ 22,5 cm | 0,225 / 343 ≈ 656 µs |
| Vampire commun (valeur publiée) | 60 µs × 343 m/s ≈ 2,1 cm | 60 µs |
| Mouche Ormia ochracea (tympans à moins de 0,5 mm) | moins de 0,5 mm | moins de 1,5 µs |
Le rapport entre l'humain et la chauve-souris est d'environ onze. Un animal dont la tête est petite dispose d'un indice de temps minuscule, d'autant plus difficile à exploiter que les neurones ont eux-mêmes une précision limitée.
Second indice : l'ombre de la tête. Une tête fait écran au son quand elle n'est pas trop petite devant la longueur d'onde. Le repère habituel est ka ≈ 1, où k est le nombre d'onde et a le rayon de l'obstacle. Avec a = d/2 et k = 2πf/c, cette condition fixe une fréquence au-dessus de laquelle l'écart de niveau entre les oreilles devient appréciable.
Se lit« f ombre environ égale c sur pi d »fombre se dit « f ombre ». d est le diamètre de la tête, en mètres. La formule vient de k a égale un, avec k le nombre d'onde (deux pi f sur c) et a le rayon, moitié du diamètre.
Ce qu’elle dit
Une tête commence à projeter une ombre sonore quand sa taille approche la longueur d'onde divisée par π : plus la tête est petite, plus cette fréquence est haute. Au seuil, l'écart de niveau entre les oreilles ne vaut que quelques décibels ; il grandit à mesure que la fréquence monte. C'est un repère, pas une frontière nette : le pavillon et la forme de la tête modifient le résultat.
Les symboles. Survolez la formule ou un symbole.
- fombre fréquence à partir de laquelle la tête projette une ombre sonore appréciable hertz (Hz) ≈ 620 Hz pour une tête humaine
- c célérité du son dans l'air mètre par seconde (m/s) ≈ 343 m/s à 20 °C
- d diamètre de la tête mètre (m) ≈ 17,5 cm pour la tête sphérique du modèle
| Diamètre de tête | Calcul | Début de l'ombre |
|---|---|---|
| 17,5 cm (humain, modèle sphérique) | 343 / (π × 0,175) | ≈ 620 Hz |
| 5 cm | 343 / (π × 0,05) | ≈ 2,2 kHz |
| 2 cm | 343 / (π × 0,02) | ≈ 5,5 kHz |
| 1 cm | 343 / (π × 0,01) | ≈ 11 kHz |
Chez l'humain, l'écart de niveau atteint environ 20 dB à partir de 6 kHz (Feddersen et al., 1957) ; à 8 kHz, ka ≈ 13 (2π × 8 000 × 0,0875 / 343). Pour obtenir le même rapport de taille à la longueur d'onde, une tête de 2 cm demanderait des fréquences près de neuf fois plus hautes, vers 70 kHz. C'est l'argument de Masterton, Heffner et Ravizza (1969) : chez les mammifères, entendre très aigu va de pair avec des oreilles rapprochées, et la pression de sélection serait la localisation. Le vampire commun en offre un exemple mesuré : il localise des sons purs de 20 kHz et plus par l'écart de niveau, et de 5 kHz et moins par le retard, malgré ses 60 µs.
Un décibel sous l'eau n'est pas un décibel dans l'air. Les niveaux sous-marins se réfèrent à 1 µPa, ceux de l'air à 20 µPa. Et pour une même intensité (puissance par unité de surface), la pression est bien plus grande dans l'eau, parce que l'intensité d'une onde plane vaut la pression efficace au carré divisée par l'impédance caractéristique du milieu.
Se lit« L eau moins L air égale vingt log base dix de p réf air sur p réf eau, plus dix log base dix de Z eau sur Z air »Leau et Lair se disent « L eau » et « L air » : deux niveaux de pression, en décibels, chacun avec sa référence. pref se dit « p réf » ; Z se dit « Z » : l'impédance caractéristique, produit de la masse volumique par la célérité, en pascal-seconde par mètre (Pa·s/m). log₁₀ se dit « log base dix ».
Ce qu’elle dit
Une onde de même intensité affiche un niveau beaucoup plus élevé dans l'eau que dans l'air, pour deux raisons qui s'additionnent : la référence de pression est vingt fois plus petite, et l'eau, bien plus rigide et dense, demande une pression bien plus forte pour transporter la même puissance. La relation compare des intensités, pas des sensations : elle ne dit pas ce qu'entend une baleine. Hypothèse : ondes planes progressives, loin des sources.
Les symboles. Survolez la formule ou un symbole.
- Leau niveau de pression dans l'eau, référence 1 µPa décibel (dB re 1 µPa)
- Lair niveau de pression dans l'air, référence 20 µPa décibel (dB SPL)
- pref,air pression de référence dans l'air pascal (Pa) 20 µPa
- pref,eau pression de référence dans l'eau pascal (Pa) 1 µPa
- Zeau impédance caractéristique de l'eau de mer pascal-seconde par mètre (Pa·s/m) ≈ 1 025 kg/m³ × 1 500 m/s ≈ 1,54 × 10⁶ Pa·s/m
- Zair impédance caractéristique de l'air pascal-seconde par mètre (Pa·s/m) ≈ 1,204 kg/m³ × 343,2 m/s ≈ 413 Pa·s/m à 20 °C
- log10 logarithme décimal sans unité
Le calcul : 20 log₁₀ 20 = 26,0 dB ; 1,54 × 10⁶ / 413 ≈ 3 720, et 10 log₁₀ 3 720 ≈ 35,7 dB ; au total, 61,7 dB. Un appel de baleine bleue annoncé à 188 dB re 1 µPa à 1 m transporte donc la même intensité, à 1 m, qu'un son de 188 − 61,7 ≈ 126 dB SPL dans l'air. Le chiffre reste considérable ; il n'est pas « plus fort qu'un avion au décollage » par simple lecture des deux nombres. Pour de l'eau douce (1 000 kg/m³, 1 480 m/s), l'écart vaut 61,6 dB.
Appuis
- Masterton, Heffner & Ravizza, « The evolution of human hearing », JASA 45, 966–985 (1969) — l'audition au-dessus de 32 kHz, propre aux mammifères, corrélée aux oreilles rapprochées.
- Heffner, Koay & Heffner, « Sound localization in common vampire bats », JASA 137, 42–52 (2015) — distance interaurale maximale de 60 µs ; localisation des sons purs à 20 kHz et plus, et à 5 kHz et moins.
- Miles, Robert & Hoy, « Mechanically coupled ears for directional hearing in the parasitoid fly Ormia ochracea », JASA 98, 3059–3070 (1995) — différences de temps d'arrivée inférieures à 1 à 2 µs entre les tympans.
- ISO 1683:2015, extrait — références de pression : 20 µPa dans l'air, 1 µPa dans l'eau.
- Feddersen, Sandel, Teas & Jeffress, « Localization of high-frequency tones », JASA 29, 988–991 (1957) — écarts de niveau interauraux mesurés sur la tête humaine aux hautes fréquences.
Oiseaux — la syrinx, deux sources dans une gorge
Pas de larynx chanteur : la syrinx, à la bifurcation de la trachée, avec une paire de membranes par bronche. Un oiseau chanteur peut faire vibrer les deux côtés indépendamment, donc chanter deux notes à la fois ou enchaîner sans respirer (Suthers, années 1990). Registre typique 1–8 kHz : la bande où la forêt transmet le mieux et où la petite taille permet un rayonnement efficace. Apprentissage vocal (oscines, perroquets, colibris) : un phénomène rare, partagé avec l’humain, les cétacés, certaines chauves-souris, les phoques, les éléphants — avec des capacités et des degrés d’apprentissage différents ; chez les primates non humains, la distinction entre apprentissage de production et souplesse d’usage reste importante. Le chant se mesure au spectrogramme (chapitre numérique) : c’est ainsi que Thorpe (1954) prouve que le pinson apprend son chant.
Insectes — stridulation, tymbale, antennes
- Stridulation (grillons, sauterelles) : une râpe frottée sur un grattoir ; le chant du grillon est presque un sinus vers 4–5 kHz, et sa cadence suit la température (loi de Dolbear, 1897 : compter les stridulations en 15 s et ajouter ~40 donne des °F, approximativement).
- Tymbale (cigales) : une membrane à nervures qui claque en flambant, jusqu’à ~106 dB SPL à 50 cm pour les espèces les plus bruyantes ; le mâle protège ses propres tympans en les repliant.
- Tympans sur les tibias (sauterelles, grillons), l’abdomen (criquets, cigales), le thorax (papillons de nuit : chapitre sur les ultrasons animaux). Le moustique n’a pas de tympan : ses antennes plumeuses (organe de Johnston) vibrent au son de vol de la femelle, ~400–500 Hz (le mâle vole vers 600 Hz).
- Un insecte n’entend pas « moins bien » : il entend ce que sa taille permet, avec un λ de référence millimétrique à centimétrique (chapitre phénomènes).
Poissons et amphibiens — entendre sans oreille externe
- Ligne latérale : rangée de cellules ciliées (des cellules mécanoréceptrices apparentées à celles de l’oreille interne) qui sentent la vitesse de l’eau à courte distance — le champ proche, pas l’onde de pression lointaine.
- Oreille interne sans tympan : l’otolithe, plus dense que l’eau, reste en retard sur le corps qui bouge avec l’onde. Chez les otophyses (carpes, poissons-chats, ~65 % des poissons d’eau douce), les osselets de Weber relient la vessie natatoire à l’oreille : la vessie devient un tympan interne, et l’audition monte jusqu’à quelques kHz au lieu de quelques centaines de Hz.
- Sons de poissons : tambours (muscles sur la vessie natatoire, 100–300 Hz), poissons-crapauds, ronflements ; un récif est bruyant, et les larves s’en servent pour le retrouver.
- Amphibiens : tympan à fleur de peau, sac vocal résonateur, coassements 0,5–5 kHz ; la grenouille à oreilles concaves qui monte dans l’ultra est au chapitre sur les ultrasons animaux.
En profondeur Mesurer une oreille qui n'est pas la nôtre ≈ 4 min
Le chapitre compare des fenêtres d'audition. Ce bloc explique comment on les obtient, pourquoi elles diffèrent, et comment un animal minuscule ou un poisson entend malgré sa taille ou son milieu.
Ce que mesure un audiogramme animal. Un animal ne dit pas « j'entends ». Deux familles de méthodes contournent le problème. Les méthodes comportementales dressent l'animal à signaler un son. Dans la procédure de suppression conditionnée employée par Rickye et Henry Heffner, l'animal boit ou mange à un distributeur et apprend à s'interrompre quand un son retentit, sous peine d'un léger choc électrique ; on baisse le niveau jusqu'à ce qu'il ne réagisse plus de façon fiable. Les méthodes électrophysiologiques enregistrent la réponse du nerf auditif ou du tronc cérébral, sans dressage. Elles sont plus rapides, mais elles mesurent la réponse d'un ensemble de neurones, pas la détection par l'animal entier, et leurs seuils peuvent différer de ceux obtenus par le comportement. Comparer deux espèces demande donc de comparer deux mesures faites de la même façon.
Où placer les bornes. Un audiogramme est une courbe de seuils, pas un intervalle. Pour en tirer une « bande », il faut choisir un niveau : l'équipe Heffner retient les fréquences audibles à 60 dB SPL. Avec cette convention, le hérisson pygmée africain entend de 2 à 46 kHz, avec sa meilleure sensibilité, 21 dB, vers 8 kHz. Un autre niveau déplacerait les bornes. Les chiffres du tableau du chapitre sont des bornes de ce type ; ceux qui viennent d'autres équipes, d'autres méthodes ou d'un autre milieu ne sont pas strictement comparables.
Pourquoi entendre haut. Parmi les vertébrés terrestres, l'audition au-delà de 32 kHz est un trait propre aux mammifères (Masterton et al., 1969) ; des poissons clupéidés, comme l'alose américaine, et des insectes entendent eux aussi des ultrasons. Chez eux, la limite haute est d'autant plus élevée que les oreilles sont rapprochées, ce qu'explique le calcul de l'ombre de la tête. Les exceptions confirment la règle : la gaufre à poche, rongeur qui vit dans des galeries, a une bande d'audition très réduite et une localisation rudimentaire ; Heffner et Heffner la qualifient d'audition « vestigiale ». Là où localiser n'a guère d'usage, rien ne semble maintenir l'aigu. C'est une explication évolutive étayée par des corrélations, pas une loi physique.
Entendre avec des oreilles presque confondues. La mouche parasite Ormia ochracea trouve les grillons dont elle parasite les mâles en suivant leur chant, vers 5 kHz. Ses deux tympans sont distants de moins d'un demi-millimètre : la différence de temps d'arrivée ne dépasse pas une à deux microsecondes, et la différence de niveau est négligeable. Pourtant, en laboratoire, elle localise une source à 2° près, comme un humain. Le secret est mécanique : une pièce de cuticule relie les deux tympans comme une balançoire. Le système a deux façons de vibrer, les deux tympans ensemble ou en opposition ; la minuscule différence de phase entre les deux côtés excite ces deux mouvements dans des proportions différentes, et leur combinaison produit des vibrations nettement différentes à droite et à gauche, avec un décalage bien plus grand que le décalage acoustique. Le système nerveux regroupe ensuite des réponses très précises dans le temps. Ce principe inspire des microphones directionnels miniatures.
Entendre dans l'eau sans tympan. Pour un poisson, le problème est inverse : son corps, presque aussi dense que l'eau, bouge avec l'onde comme s'il en faisait partie. L'oreille interne détecte alors le mouvement relatif de l'otolithe, plus dense, qui reste en retard. Elle mesure un mouvement, c'est-à-dire la vitesse ou l'accélération des particules d'eau, et non la pression. Près d'une petite source, dans le champ proche, ce mouvement est fort par rapport à la pression (voir la clé sur le champ proche) ; loin d'elle, il devient faible. Une vessie natatoire, remplie de gaz compressible, se dilate et se contracte avec la pression et la convertit en mouvement ; si des osselets la relient à l'oreille, comme chez les otophyses, le poisson devient sensible à la pression et gagne des fréquences plus hautes. C'est pourquoi un audiogramme de poisson devrait préciser si le seuil est exprimé en pression ou en mouvement des particules : ce ne sont pas des grandeurs interchangeables près d'une source.
Appuis
- Heffner, Koay, Heffner & Mason, « Hearing in African pygmy hedgehogs », Journal of Comparative Physiology A 208, 653–670 (2022) — convention des 60 dB SPL ; bande de 2 à 46 kHz, meilleure sensibilité 21 dB à 8 kHz.
- Heffner & Heffner, « Vestigial hearing in a fossorial mammal, the pocket gopher », Hearing Research 46, 239–252 (1990)90005-A) — bande d'audition très réduite et localisation rudimentaire.
- Heffner, « Primate hearing from a mammalian perspective », The Anatomical Record 281A, 1111–1122 (2004) — petites espèces, audition plus aiguë, pour les indices de localisation.
- Mason, Oshinsky & Hoy, « Hyperacute directional hearing in a microscale auditory system », Nature 410, 686–690 (2001) — localisation à 2° près malgré des tympans distants de moins de 0,5 mm.
- Miles, Robert & Hoy, « Mechanically coupled ears for directional hearing in the parasitoid fly Ormia ochracea », JASA 98, 3059–3070 (1995) — couplage mécanique des tympans qui amplifie les différences interaurales.
- Mann, Lu & Popper, « A clupeid fish can detect ultrasound », Nature 389, 341 (1997) — l'alose américaine détecte des sons jusqu'à 180 kHz.
- Pulver, Celiker, Woodrow et al., eLife 11 (2022) — des sauterelles néotropicales entendent des ultrasons.
Mammifères marins non écholocalisants — les fanons et le grave
Les baleines à fanons ne possèdent pas le biosonar à clics établi chez les odontocètes ; leurs répertoires comprennent notamment des appels graves et des chants. Baleine bleue et rorqual commun : 10–40 Hz, niveaux de source ~180–190 dB re 1 µPa à 1 m, portée de centaines à milliers de kilomètres par le canal SOFAR (chapitre société / mer). Baleine à bosse : chants structurés de 20 Hz à quelques kHz, transmis culturellement et changeant d’année en année (Payne & McVay, Science 1971 ; Noad et al. 2000 pour la « révolution culturelle » d’une population à l’autre). Unité : dB re 1 µPa, jamais à comparer aux dB SPL d’air.
Le bruit humain dans leur fenêtre
Trafic maritime : dans le Pacifique nord-est, le bruit ambiant basse fréquence a augmenté d’environ 3 dB par décennie entre les années 1960 et 2000 (Andrew et al. 2002), soit un doublement de puissance par décennie, dans la bande même des baleines à fanons. Réponse observée : augmenter l’amplitude (effet Lombard, décrit chez l’humain en 1911), modifier certaines caractéristiques des appels, décaler leur émission ou se taire, selon l’espèce et le contexte. Sonars militaires et prospection sismique (canons à air, 220–230 dB re 1 µPa crête à 1 m par canon) sont liés à des échouages de baleines à bec ; le mécanisme (fuite, embolie) reste étudié. Ville : les mésanges chantent plus aigu près des routes (Slabbekoorn & Peet 2003). Ce n’est pas une liste militante, c’est du masquage (chapitre psychoacoustique) mesuré sur d’autres oreilles.
Discipline structurée au XXe siècle (Griffin, R. et K. Payne, Tyack, Au, Simmons, Bradbury & Vehrencamp pour la somme).
Nous avons appelé “le son” ce qui passe dans notre fenêtre. La forêt, le récif et l’océan ont chacun la leur, et un instrument que nous n’avons pas.
Provoxys
Histoire & sources Du sifflet de Galton aux audiogrammes : deux siècles d'écoute des autres espèces ≈ 4 min
Le chapitre cite les grands noms de la bioacoustique du XXe siècle. Cette discipline a une préhistoire faite d'anatomie comparée, d'expériences de jardin zoologique et de dressages patients. Chaque étape a remplacé une impression par une mesure.
Les anatomistes (1820–1855). En 1820, le physiologiste allemand Ernst Heinrich Weber publie De aure et auditu hominis et animalium, « De l'oreille et de l'audition de l'homme et des animaux ». Il y décrit chez certains poissons une chaîne de petits os reliant la vessie natatoire à l'oreille interne : les osselets qui portent aujourd'hui son nom. Weber ne peut pas encore prouver que ces poissons entendent mieux ; il décrit une structure et en propose la fonction. En 1855, Christopher Johnston décrit dans une revue de microscopie britannique l'appareil auditif du moustique Culex : un organe logé à la base de l'antenne, qui porte depuis le nom d'organe de Johnston.
Le sifflet de Galton (1876–1883). Francis Galton présente en 1876 des sifflets destinés à mesurer la limite haute de l'audition, puis raconte ses essais dans Inquiries into Human Faculty and its Development en 1883. Son sifflet est un petit tube de laiton, de moins d'un dixième de pouce de diamètre intérieur, fermé par un piston gradué : on règle la longueur, donc la hauteur, et une table donne la note. Chez l'humain, il constate une nette perte des aigus avec l'âge, que les personnes âgées ignorent souvent. Il fixe ensuite un sifflet au bout d'une canne, déclenché par une poire en caoutchouc, et parcourt les Zoological Gardens : si l'animal dresse les oreilles, il a entendu. Galton note lui-même la limite de la méthode : un animal peut entendre sans réagir. Ses conclusions sont restées célèbres : aucun animal ne surpasse le chat pour les sons aigus ; dans la rue, les petits chiens se retournent, pas les gros ; à Berne, il essaie en vain le sifflet pendant des heures sur de grands chiens. Ses essais sur les insectes, écrit-il, ont échoué.
Le dressage des poissons (années 1920–1930). Karl von Frisch, connu pour ses travaux sur les abeilles, montre par dressage que des poissons entendent. Avec son élève Hans Stetter, il localise en 1932 le siège de l'audition chez le vairon, une espèce pourvue d'osselets de Weber ; il étudie aussi un poisson-chat, Amiurus nebulosus. En 1938, il présente en anglais ces résultats dans Nature, sous le titre « The sense of hearing in fish ». La question posée par l'anatomie de Weber reçoit ainsi une réponse expérimentale plus d'un siècle après.
L'audiogramme comparé (depuis 1969). Le passage à une science quantitative doit beaucoup à Rickye et Henry Heffner. En 1969, avec Bruce Masterton et Richard Ravizza, Henry Heffner compare l'audition d'un grand nombre de mammifères et montre que, parmi les vertébrés terrestres, l'audition très aiguë, au-delà de 32 kHz, leur est propre et suit la proximité des oreilles. Pendant les décennies suivantes, les Heffner mesurent par dressage l'audition et la localisation de nombreuses espèces, du chat au bétail et à la chauve-souris vampire. En 1990, ils décrivent chez la gaufre à poche une audition « vestigiale », contre-épreuve de leur hypothèse. Dans le même esprit comparatif, Kreithen et Quine publient en 1979 un audiogramme comportemental du pigeon voyageur descendant dans l'infrason.
Les petits systèmes (années 1990–2000). À l'autre extrémité des tailles, R. N. Miles, D. Robert et R. R. Hoy modélisent en 1995 les tympans couplés de la mouche Ormia ochracea ; en 2001, Mason, Oshinsky et Hoy montrent qu'elle localise un son aussi précisément qu'un humain. Un siècle après l'échec de Galton sur les insectes, Ormia montre jusqu'où peut aller l'audition d'un très petit animal.
Appuis
- Galton, Inquiries into Human Faculty and its Development (1883), édition numérique galton.org — sifflet à piston gradué, essais au jardin zoologique, chats, petits et grands chiens, échec sur les insectes ; mention du mémoire de 1876.
- Johnston, « Auditory apparatus of the Culex mosquito », Quarterly Journal of Microscopical Science 3, 97–102 (1855) — description de l'organe de la base de l'antenne.
- von Frisch, « The sense of hearing in fish », Nature 141, 8–11 (1938) — synthèse des expériences de dressage.
- Masterton, Heffner & Ravizza, « The evolution of human hearing », JASA 45, 966–985 (1969) — audition au-dessus de 32 kHz propre aux mammifères, liée aux oreilles rapprochées.
- Kreithen & Quine, « Infrasound detection by the homing pigeon: a behavioral audiogram », Journal of Comparative Physiology 129, 1–4 (1979) — audiogramme comportemental du pigeon dans l'infrason.
- Mann, Lu & Popper, « A clupeid fish can detect ultrasound », Nature 389, 341 (1997) — l'alose américaine détecte des sons jusqu'à 180 kHz : limite à la formule « propre aux mammifères ».
- Pulver, Celiker, Woodrow et al., eLife 11 (2022) — des sauterelles néotropicales entendent des ultrasons.
Acte VIII · chapitre 29
Infrasons — sous le seuil, pas hors du monde
Sous 20 Hz, la plupart des humains cessent d’entendre une hauteur. Ils n’ont pas cessé d’être traversés. L’infrason est une onde de pression comme les autres : même c, même c=λ f, longueurs d’onde démesurées, atténuation faible, guides d’ondes atmosphériques. Le chapitre tient le fil : Boyle exige un milieu ; ici le milieu est l’air, l’eau, le sol — jamais le vide.
Échelle
L'analyse mathématique Longueur d'onde 1 formule · ≈ 1 min
Se lit« lambda égale c sur f »λ se dit « lambda ». À 1 Hz dans l'air, λ = 343 m : une seule longueur d'onde dépasse la hauteur de la tour Montparnasse.
Ce qu’elle dit
À célérité constante, moins il y a de cycles par seconde, plus chacun occupe de place dans l’espace. Diviser la fréquence par dix multiplie la longueur d’onde par dix. À 1 Hz dans l’air à 343 m/s, deux compressions sont séparées de 343 m.
Les symboles. Survolez la formule ou un symbole.
- λ longueur d'onde : distance entre deux compressions successives mètre (m) 1 Hz dans l'air : ≈ 343 m ; 20 Hz : ≈ 17 m
- c célérité du son dans l'air mètre par seconde (m/s) ≈ 343 m/s dans l'air sec à 20 °C
- f fréquence hertz (Hz)
| f | λ dans l’air à 20 °C (343 m/s) | Comparaison |
|---|---|---|
| 20 Hz (seuil) | ≈ 17 m | largeur d’une route |
| 8 Hz | ≈ 43 m | immeuble |
| 1 Hz | ≈ 343 m | trois terrains de football |
| 0,1 Hz | ≈ 3,4 km | un village |
| 0,01 Hz | ≈ 34 km | une ville |
Conséquence : un mur, une fenêtre, une pièce ne font pas écran comme pour un 1 kHz. L’infrason contourne (diffraction : obstacle ll λ), traverse, et se guide entre sol et couches chaudes de l’atmosphère.
Le trait orange n’est pas un infrason « vu ». C’est la géométrie. Pour « voir » un 1 Hz, il faut un réseau de microbaromètres, pas une oreille.
Atelier S49 · Infrasons : l’échelle ★★ · son · MIDI
Infrasons : l’échelle
Rien ne tourne avant ce clic : ni son, ni calcul.
Comment l'utiliserBaisser la fréquence et regarder la longueur d’onde grandir à côté de l’obstacle choisi ; ouvrir la courbe de seuil d’audition sous 20 Hz.
Ce que ça montreλ comparée à l’obstacle, diffraction marquée quand l’obstacle est petit devant λ, sans prétendre que tout matériau devient transparent ; pourquoi une grande λ demande une grande source et porte loin (faible absorption, guidage atmosphérique) ; seuils infrasonores de référence et distinction Schumann/pression.
Sens de lectureÀ 1 Hz, l’onde fait 343 m : une maison est un point pour elle. Le trait n’est pas un infrason « vu », c’est sa géométrie ; l’enceinte ne rejouera pas ceci, et l’écran le dit. Ne rien entendre ne prouve ni l’absence de signal ni un niveau : il faut un capteur adapté (microbaromètre).
Au clavier MIDI Une touche choisit la note. L'atelier ne sait faire entendre que le grave audible de 30 à 60 Hz : la note est ramenée dans cette octave et jouée, tandis que le curseur d'infrason se place sur cette même note descendue de huit octaves (un la3 donne 1,7 Hz), que l'on voit sur l'échelle mais que l'on n'entend pas. La molette remonte cet infrason de trois octaves au plus, le pitch bend affine et la vélocité règle le niveau ; relâcher la touche coupe le son.
Sources naturelles — catalogue à tenir propre
- Microbaroms (~0,2 Hz) : agitation permanente des océans, fond infrasonore de la planète.
- Séismes, glissements, avalanches, volcans : le Krakatoa 1883 a fait le tour de la Terre comme onde de pression ; les réseaux modernes (IMS) suivent l’Etna, le Hunga Tonga 2022, etc.
- Météores / bolides : explosion dans l’air = source quasi ponctuelle. Chelyabinsk 2013 largement enregistré en infrason.
- Orages, tornades, surf.
- Aurores : couplage plus ténu, littérature spécialisée.
- Ponts, immeubles, pales : sources humaines qui rentrent dans le même bandeau fréquentiel, pas dans la même éthique.
Vivant
- Éléphants : ~14–35 Hz pour l’appel longue distance, sol + air. O’Connell-Rodwell et al. : le sol porte aussi.
- Baleines : chants qui descendent dans l’infra ; le canal SOFAR est leur autoroute (lien chapitre mer).
- Alligators et hippopotames : productions basse fréquence publiées ; tigres : annonces de congrès ; girafes : supposées, mais 947 heures d’enregistrement (Baotic et al. 2015) ne descendent pas sous 20 Hz. À citer étude par étude, pas en bloc « les animaux parlent infra ».
- Humain : seuils d’audition qui montent très vite sous 20 Hz (il faut des dizaines de dB SPL de plus). Perception souvent décrite comme pression thoracique, tremblement, malaise — non spécifique. Ne pas diagnostiquer un « syndrome éolien » à la place d’une mesure.
Surveillance et État
Le Système de surveillance international du TICE (CTBTO) déploie des stations infrason IS (dizaines dans le monde) : détecter une explosion atmosphérique, pas seulement un essai. Même réseau : volcan, bolide, accident industriel. L’infrason est devenu une oreille diplomatique.
Histoire & sources Du Krakatoa au réseau du TICE : cent quarante ans d'écoute des basses pressions ≈ 5 min
Le chapitre présente le réseau infrason du TICE comme une oreille diplomatique. Cette oreille a une longue préhistoire : des barographes de stations météorologiques, un débat sur la nature d'une onde, des explosions entendues trop loin, puis des microbaromètres construits pour d'autres usages.
1883, le Krakatoa enregistré par hasard. Le 27 août 1883, l'explosion principale du Krakatoa, dans le détroit de la Sonde, produit une onde de pression que les barographes enregistrent partout. Plus de cinquante stations météorologiques en gardent la trace. Environ quatre heures après l'explosion, le pic apparaît à Calcutta, en six heures à Tokyo, en dix heures à Vienne, en quinze à New York. L'onde converge ensuite vers le point antipodal, en Colombie, puis revient. Le barographe de Glasgow la voit passer sept fois : 11, 25, 48, 59, 84, 94 et 121 heures après l'explosion, soit cinq jours. La vitesse apparente varie de 300 à 325 m/s selon la direction. Aux stations lointaines, le premier passage représente quelques dizaines à quelques centaines de pascals. Le bruit de l'explosion, lui, est signalé jusqu'à l'île Rodrigues, à plus de 4 800 km.
Les enregistrements sont centralisés à Londres. R. Strachey et R. H. Scott en publient les premières analyses dès décembre 1883 ; le rapport du comité Krakatoa de la Royal Society, édité par G. J. Symons en 1888, réunit l'ensemble, avec des cartes d'égal temps de passage. Un débat s'ouvre : cette onde très lente est-elle un son, ou une vague atmosphérique analogue à la houle ? Ni l'un ni l'autre tout à fait. Rayleigh (1890), puis Taylor (1929) et C. L. Pekeris (1939) montrent qu'il faut à la fois la célérité du son, le vent, la structure thermique de l'atmosphère et la pesanteur (la flottabilité) pour en rendre compte.
1908 : le bolide de la Toungouska. L'explosion de 1908 au-dessus de la Sibérie laisse elle aussi des traces barométriques et sismiques lointaines. F. J. W. Whipple les rassemble et les analyse en 1930, dans le Quarterly Journal de la Royal Meteorological Society.
Années 1920 : les zones de silence. Au début du XXᵉ siècle, des explosions sont entendues près de la source, puis de nouveau beaucoup plus loin, mais pas entre les deux : ce sont les « zones d'audibilité ». Whipple propose en 1923, dans Nature, une explication : une couche d'air chaud en haute altitude renvoie le son vers le sol. Il développe l'argument en 1926. La température de la haute atmosphère se trouve ainsi estimée par l'acoustique, avant les mesures directes. Le chapitre et le bloc de calcul montrent que le vent y joue un rôle aussi important que la température.
1939 : les microbaroms. Au California Institute of Technology, Hugo Benioff et Beno Gutenberg construisent des barographes électromagnétiques et décrivent en 1939 des oscillations de pression permanentes, de quelques secondes de période. Pour les microséismes, leurs cousins enregistrés par les sismomètres, Michael Longuet-Higgins montre en 1950 que deux houles de même longueur d'onde se croisant en sens opposés produisent une pression à fréquence double, qui ne s'atténue pas avec la profondeur. E. S. Posmentier transpose l'idée aux microbaroms en 1967.
1996 : un réseau pour un traité. Le traité d'interdiction complète des essais nucléaires prévoit un réseau mondial de 60 stations infrasons dans son système international de surveillance. En 2005, environ 40 % étaient certifiées ; une étude de 2009 porte sur les 36 réseaux alors en fonctionnement ; fin 2020, 53 des 60 stations étaient certifiées.
Deux épreuves grandeur nature. Le 15 février 2013, le bolide de Tcheliabinsk est détecté par 20 stations du réseau. Pour la première fois depuis la mise en service du réseau, des arrivées ayant fait deux fois le tour du globe sont clairement identifiées ; les retours s'observent jusqu'à environ 85 000 km de trajet. L'énergie est estimée à environ 460 kt de TNT d'après les périodes infrasonores, à environ 500 kt dans une autre analyse. Le 15 janvier 2022, l'explosion du volcan Hunga, aux Tonga, produit une onde de Lamb, guidée par la surface, de fréquence de l'ordre de 0,01 Hz ou moins, observée pendant quatre passages complets autour de la Terre, plus trois passages antipodaux, en six jours. Mesurée à l'amplitude de cette onde, l'explosion est comparable à celle du Krakatoa.
Appuis
- T. B. Gabrielson (2010), « Krakatoa and the Royal Society: the Krakatoa explosion of 1883 », Acoustics Today — plus de 50 stations, sept passages à Glasgow, vitesses de 300 à 325 m/s, amplitudes, Rodrigues à plus de 4 800 km, Scott et Strachey, rapport Symons (1888), Rayleigh, Taylor, Pekeris.
- F. J. W. Whipple, « The high temperature of the upper atmosphere as an explanation of zones of audibility », Nature 111, 187 (1923), doi:10.1038/111187a0 ; « The Great Siberian meteor and the waves, seismic and aerial, which it produced », Q. J. R. Meteorol. Soc. 56, 287–304 (1930), doi:10.1002/j.1477-870X.1930.tb00133.x.
- H. Benioff, B. Gutenberg, « Waves and currents recorded by electromagnetic barographs », Bull. Amer. Meteor. Soc. 20, 421–428 (1939), doi:10.1175/1520-0477-20.10.421 ; M. S. Longuet-Higgins, « A theory of the origin of microseisms », Phil. Trans. R. Soc. A 243, 1–35 (1950), doi:10.1098/rsta.1950.0012.
- A. Le Pichon et coll., « The 2013 Russian fireball largest ever detected by CTBTO infrasound sensors », Geophys. Res. Lett. 40, 3732–3737 (2013), doi:10.1002/grl.50619 ; T. L. Hoffmann, « Status report on the establishment of the CTBTO IMS infrasound network », J. Acoust. Soc. Am. 117, 2452 (2005), doi:10.1121/1.4787114 — 60 stations prévues, 40 % certifiées en 2005 ; P. Hupe et coll. (2022), « International Monitoring System infrasound data products for atmospheric studies and civilian applications », Earth Syst. Sci. Data 14, 4201–4230, doi:10.5194/essd-14-4201-2022 — 53 stations certifiées sur 60 fin 2020 ; P. G. Brown et coll., « A 500-kiloton airburst over Chelyabinsk », Nature 503, 238–241 (2013), doi:10.1038/nature12741.
- R. S. Matoza et coll., « Atmospheric waves and global seismoacoustic observations of the January 2022 Hunga eruption, Tonga », Science 377, 95–100 (2022), doi:10.1126/science.abo7063 — onde de Lamb sous 0,01 Hz, quatre passages plus trois antipodaux en six jours, taille comparable au Krakatoa.
Propagation atmosphérique
L’atmosphère n’est pas l’air du labo. Vent, gradient thermique, stratosphère créent des guides : une source peut réapparaître à des centaines de kilomètres après une zone d’ombre. C’est l’analogue aérien du SOFAR, moins stable. Les modèles (ncpaprop, infraGA, etc.) sont des outils de recherche, pas un gimmick live.
L'analyse mathématique Pourquoi un infrason porte si loin : absorption en f², retour par le vent, limite de la flottabilité 3 formules · ≈ 8 min
Le chapitre pose l'échelle : à 1 Hz, la longueur d'onde atteint 343 m. Trois calculs expliquent pourquoi une onde aussi lente traverse des continents. L'air l'absorbe très peu ; l'atmosphère peut la renvoyer vers le sol ; et elle reste une onde acoustique tant que sa période ne dépasse pas quelques minutes.
1. Une absorption qui chute comme le carré de la fréquence. L'air dissipe l'énergie sonore par viscosité, par conduction thermique et par relaxation des molécules d'azote et d'oxygène (la clé sur l'atténuation détaille ces mécanismes). Chaque mécanisme prélève une petite part d'énergie à chaque cycle. Quand la fréquence est très inférieure aux fréquences de relaxation, tous ces termes varient de la même manière :
Se lit« alpha de f environ égal à alpha de f un, fois le carré de f sur f un, fois p un sur p »α se dit « alpha » : le coefficient d'absorption, ici en décibels par kilomètre. f₁ se dit « f un » : une fréquence de référence où α est connu ; p₁ se dit « p un » : la pression de cette référence. Le carré porte seulement sur le rapport des fréquences.
Ce qu’elle dit
Aux basses fréquences, diviser la fréquence par dix divise l'absorption par cent. À fréquence égale, un air raréfié absorbe davantage, en proportion inverse de la pression. La relation suppose une fréquence très inférieure aux fréquences de relaxation de l'azote et de l'oxygène, une composition et une température fixées, et une pression voisine de celle du sol : en haute atmosphère, elle ne s'applique plus telle quelle.
Les symboles. Survolez la formule ou un symbole.
- α coefficient d'absorption atmosphérique décibel par kilomètre (dB/km) ≈ 0,29 dB/km à 100 Hz, 20 °C, 50 % d'humidité
- f fréquence de l'onde hertz (Hz)
- f1 fréquence de référence où l'absorption est connue hertz (Hz) 100 Hz dans l'exemple
- p pression de l'air traversé pascal (Pa)
- p1 pression à laquelle l'absorption de référence a été calculée pascal (Pa) 101 325 Pa au niveau de la mer
À 20 °C et 50 % d'humidité, les formules de la norme ISO 9613-1 placent la relaxation de l'azote vers 330 Hz et celle de l'oxygène vers 35 kHz (calcul pour ce dossier). Elles donnent :
| Fréquence | Absorption | Pour perdre 1 dB |
|---|---|---|
| 1 kHz | 4,7 dB/km | ≈ 210 m |
| 100 Hz | 0,29 dB/km | ≈ 3,4 km |
| 10 Hz | ≈ 3 × 10⁻³ dB/km | ≈ 300 km |
| 1 Hz | ≈ 3 × 10⁻⁵ dB/km | ≈ 30 000 km |
Les deux dernières lignes sortent du domaine de la norme (50 Hz à 10 kHz) : c'est la loi en f^2 prolongée, un ordre de grandeur. Il suffit pour conclure : près du sol, un infrason de 1 Hz ne perd presque rien par absorption sur la circonférence terrestre. Ce qui l'affaiblit, c'est la dilution géométrique, et l'absorption des couches très hautes. Vers 100 km d'altitude, la pression est plus d'un million de fois plus faible qu'au sol et l'absorption y devient forte : elle culmine entre 80 et 160 km selon la fréquence. Le facteur p1/p ne s'y applique pourtant pas tel quel, car les mécanismes de relaxation saturent puis décroissent quand le rapport entre fréquence et pression devient grand. Un calcul classique grossier (pour ce dossier) donne de l'ordre de 0,3 dB/km à 1 Hz vers 100 km : notable sur un trajet thermosphérique de quelques dizaines de kilomètres, très loin de ce que donnerait la multiplication brute. L'effet est plus marqué pour les composantes les plus aiguës des arrivées qui ont frôlé la thermosphère.
2. Quand le vent renvoie le son vers le sol. Dans une atmosphère stratifiée, la loi de Snell (la clé sur l'atmosphère et l'océan) conserve le rapport entre le cosinus de l'angle d'élévation et la célérité effective. Un rayon devient horizontal, puis redescend, à l'altitude où :
Se lit« c eff de z t égale c eff de zéro sur cosinus de thêta zéro »ceff se dit « c eff » : la célérité effective, somme de la célérité due à la température et de la part du vent le long du trajet. zt se dit « z t » : l'altitude du retournement. θ₀ se dit « thêta zéro » : l'angle d'élévation du rayon au départ, compté depuis l'horizontale.
Ce qu’elle dit
Un rayon ne revient vers le sol que s'il rencontre, en montant, une couche où la célérité effective dépasse celle du sol divisée par le cosinus de son angle de départ. Plus le rayon part incliné, plus il faut une célérité élevée pour le ramener. Hypothèses : atmosphère stratifiée horizontalement, variations lentes à l'échelle de la longueur d'onde ; c'est une approximation de rayons.
Les symboles. Survolez la formule ou un symbole.
- ceff célérité effective du son dans la direction de propagation, vent compris mètre par seconde (m/s) ≈ 340 m/s au sol à 15 °C sans vent
- zt altitude à laquelle le rayon devient horizontal puis redescend mètre (m) quelques dizaines de kilomètres pour un retour stratosphérique
- θ0 angle d'élévation du rayon au départ, compté depuis l'horizontale degré (°) ou radian (rad)
Dans l'air, c ≈ 20,05√T m/s, avec T en kelvins. L'atmosphère standard donne 288,15 K au sol, soit 340 m/s, et 270,65 K entre 47 et 51 km, soit 330 m/s. La température seule ne ramène donc aucun rayon depuis la stratopause : 330 m/s reste inférieur à 340 m/s. Ajoutons un vent de 50 m/s dans le sens de propagation, valeur prise pour l'exemple : ceff = 380 m/s. Tout rayon parti avec cosθ0 > 340/380 ≈ 0,90, soit à moins de 26,5° au-dessus de l'horizontale, revient au sol. Face au même vent, ceff = 280 m/s : aucun retour. C'est pourquoi la détection infrasonore dépend de la saison et de la direction : les vents stratosphériques changent de sens entre l'été et l'hiver.
3. Jusqu'où l'onde reste acoustique. Une atmosphère stable ramène une parcelle d'air déplacée verticalement à la fréquence de Brunt–Väisälä. Pour une atmosphère isotherme, la forme générale N^2 = g (1/TdT/dz + g/cpT) se réduit, avec c^2 = γ RT et cp = γ R/(γ-1), à :
Se lit« N égale racine de gamma moins un, fois g sur c »N est une pulsation, en radians par seconde. γ se dit « gamma » : le rapport des capacités thermiques, 1,4 pour l'air. g : l'accélération de la pesanteur. La racine porte sur γ moins un seulement.
Ce qu’elle dit
Une atmosphère stable oscille verticalement à une fréquence propre, fixée par la pesanteur et la célérité du son. Une onde dont la période est bien plus courte que cette oscillation ne sent pas la pesanteur : c'est une onde acoustique pure. Aux périodes de plusieurs minutes, compressibilité et flottabilité agissent ensemble : on parle d'ondes acoustico-gravitaires. Formule valable pour une atmosphère isotherme ; un gradient de température réel la modifie.
Les symboles. Survolez la formule ou un symbole.
- N fréquence de Brunt–Väisälä, en pulsation radian par seconde (rad/s) ≈ 0,018 rad/s, période ≈ 6 min
- γ rapport des capacités thermiques cp/cv sans unité ≈ 1,40 pour l'air
- g accélération de la pesanteur mètre par seconde carrée (m/s²) ≈ 9,81 m/s²
- c célérité du son dans l'air mètre par seconde (m/s) 340 m/s dans l'exemple
Avec c = 340 m/s : N = 0,632 × 9,81/340 ≈ 0,018 rad/s, soit une période 2π/N ≈ 345 s, près de six minutes, dans la fourchette de 5 à 10 minutes relevée pour l'atmosphère réelle. Un infrason de 1 Hz a une période 345 fois plus courte : il reste purement acoustique. La frontière acoustique de l'atmosphère est, en toute rigueur, la fréquence de coupure acoustique ωac = γ g/(2c) ≈ 0,020 rad/s, de période 4π c/(γ g) ≈ 311 s, soit environ 5 minutes. Entre N et ωac les ondes sont évanescentes ; aux fréquences plus basses que N ce sont les ondes de gravité. Les deux fréquences sont voisines, donc la conclusion tient : à 1 Hz, l'onde est acoustique. Les ondes de pression du Krakatoa ou du Hunga Tonga, de périodes d'une à trois heures (100 à 200 minutes pour le Krakatoa), relèvent en partie de la flottabilité : c'est ce qui en fait des ondes guidées le long de la surface, et non de simples sons très graves.
Appuis
- SONAR.m, « ISO 9613-1 sound absorption equation » — équations de la norme ISO 9613-1 (termes classique, rotationnel et vibrationnels) et domaine de validité : 50 Hz à 10 kHz, −20 à +50 °C, 10 à 100 % d'humidité.
- L. C. Sutherland, H. E. Bass (2004), « Atmospheric absorption in the atmosphere up to 160 km », J. Acoust. Soc. Am. 115 (3), 1012–1032, doi:10.1121/1.1631937 — absorption de l'air étendue aux hautes altitudes, où elle culmine entre 80 et 160 km selon la fréquence (valeurs au-dessus de 90 km approximatives).
- A. Le Pichon et coll. (2009), « Assessing the performance of the International Monitoring System's infrasound network », J. Geophys. Res. 114, doi:10.1029/2008JD010907 — la variabilité saisonnière du vent stratosphérique zonal contrôle d'abord la détection ; environ 80 % des détections sous le vent ; renversement aux équinoxes.
- Wikipédia, « Brunt–Väisälä frequency » — forme générale de N² en fonction du gradient de température ; « U.S. Standard Atmosphere » — 288,15 K au sol, 270,65 K entre 47 et 51 km.
- T. B. Gabrielson (2010), « Krakatoa and the Royal Society », Acoustics Today — période de flottabilité de 5 à 10 minutes et rôle de la flottabilité dans l'onde du Krakatoa, dont la période dominante dépasse 100 minutes.
- D. Jovanovic (2024), « Acoustic–gravity waves and their role in the ionospheric D region–lower thermosphere interaction », Ann. Geophys. 42, 491–500, doi:10.5194/angeo-42-491-2024 — fréquence de Brunt–Väisälä, fréquence de coupure acoustique et bande évanescente entre les deux.
Ce qu’il faut refuser
- Les « armes infrasonores qui liquéfient les organes » sans source primaire militaire vérifiable : rumeur. Des dispositifs à très fort niveau existent dans d’autres bandes (LRAD = dispositif principalement audible). Ne pas donner d’architecture.
- Confondre résonances de Schumann (~7,8 Hz et modes supérieurs) — c’est du champ électromagnétique dans la cavité Terre–ionosphère — avec un infrason. Même ordre de fréquence, pas la même onde. Boyle + Maxwell, deux familles.
- Affirmer qu’une éolienne « rend fou » sans spectre, sans dB(G) ou dB(Z), sans distance, sans contrôle. La bande G (pondération infrasonore) existe précisément pour mesurer, pas pour mythologiser.
Mesure
Microbaromètre, pas micro de chant. Pondération G (ISO 7196). Un smartphone n’est pas un instrument sous 20 Hz. Mieux vaut une courbe IMS publique (Hunga Tonga) qu’un « test de cave ».
En profondeur Mesurer un infrason : réseaux de capteurs, bruit de vent et bruit de l'océan ≈ 5 min
Le chapitre réclame un microbaromètre. Le capteur n'est pourtant pas la seule difficulté. Un infrason utile se mesure en millipascals ou en pascals, sur une pression atmosphérique d'environ 100 000 Pa, et au milieu de deux bruits puissants : celui du vent et celui des océans.
Le vent, premier ennemi. La turbulence près du sol crée des fluctuations de pression locales, souvent plus fortes que le signal cherché. Ces fluctuations sont petites à l'échelle d'une onde de 1 Hz : deux points séparés de quelques dizaines de mètres ne voient pas les mêmes tourbillons, alors qu'ils voient presque la même phase d'une onde de 343 m. D'où la première parade : moyenner la pression sur une grande surface. Les stations classiques relient chaque capteur à un réseau de tuyaux percés d'entrées réparties sur plusieurs mètres ; les fluctuations de vent se compensent en partie, l'onde cohérente s'additionne. La végétation ou la neige autour du site modifient aussi ce bruit, ce qui explique qu'un même capteur ne donne pas la même sensibilité partout.
Le réseau, seconde parade. Une station du système international de surveillance n'est pas un capteur isolé mais un réseau : jusqu'à une quinzaine de sites, sur une ouverture pouvant atteindre 3 km. Une onde plane venue de loin traverse ce réseau avec des retards réguliers. Entre deux capteurs séparés de D dans la direction de propagation, le retard vaut Δ t = D/vapp, où vapp est la vitesse apparente de l'onde le long du sol. Mesurer les retards donne à la fois la direction d'arrivée et cette vitesse apparente. Le bruit de vent, lui, n'a pas de retard cohérent d'un capteur à l'autre : la corrélation entre voies le rejette.
Ce que dit la vitesse apparente. Une onde qui arrive avec un angle d'élévation θ balaie le sol plus vite qu'elle ne se propage : vapp = c/cosθ. Par la loi de Snell du bloc précédent, cette quantité est conservée le long du rayon : elle est égale à la célérité effective de l'altitude où le rayon s'est retourné. Un réseau au sol mesure donc, sans ballon ni fusée, une propriété de la haute atmosphère. C'est la base des méthodes qui utilisent les infrasons comme sonde passive de la haute atmosphère, par inversion des temps et des directions d'arrivée.
L'océan, bruit cohérent. Le fond permanent de la bande 0,1–0,5 Hz, les microbaroms, n'est pas un bruit de capteur : c'est une vraie onde, qui passe les tests de cohérence. Il naît des tempêtes océaniques, là où deux houles de même fréquence se croisent en sens opposés. La pression de surface qu'elles produisent comporte alors un terme non linéaire, proportionnel au produit de leurs amplitudes, à fréquence double, qui ne s'annule pas en moyenne sur de grandes surfaces. Une houle de 10 s de période donne ainsi un signal vers 0,2 Hz. Le bruit des microbaroms est maximal, pour la plupart des stations, pendant l'hiver local. Il recouvre la bande utile à la détection des petites explosions, ce qui oblige à le reconnaître par sa direction et sa stabilité plutôt qu'à le filtrer en fréquence.
Ce que le réseau peut détecter. Les simulations du réseau mondial prévoient qu'une explosion atmosphérique d'environ 500 t de TNT serait détectée par au moins deux stations à tout moment de l'année, dans la bande 0,2–2 Hz. Ce seuil fluctue d'environ 50 t d'un jour à l'autre et d'environ 500 t selon les saisons. Les meilleures périodes sont janvier et juillet, quand les vents stratosphériques sont les plus forts ; les pires sont les équinoxes, quand ils faiblissent et s'inversent.
Les limites du modèle de rayons. Le tracé de rayons suppose une atmosphère qui varie lentement à l'échelle de la longueur d'onde. Un infrason de 0,1 Hz mesure 3,4 km. On attribue notamment aux couches de quelques kilomètres, aux ondes de gravité et à la turbulence stratosphérique la diffusion de l'énergie dans les zones d'ombre prévues par le calcul : c'est l'explication classique, que les expériences citées ici ne tranchent pas. Des expériences contrôlées au Nevada ont enregistré, en 2006, des arrivées troposphériques et stratosphériques à 76 km, seulement stratosphériques à 108 et 157 km ; en 2007, des arrivées troposphériques aussi à 157 km, puis stratosphériques et thermosphériques à 288 km. Le modèle de propagation utilisé, InfraMAP, ne prédisait ni ces retours ni leurs niveaux.
Appuis
- S. J. Gibbons, T. Kværna, S. Mykkeltveit (2017), « Could the IMS infrasound stations support a global network of small aperture seismic arrays? », préprint (EarthArXiv, non évalué par des pairs), doi:10.31223/osf.io/g9k5s — les réseaux infrasons du SSI comptent jusqu'à 15 sites, sur des ouvertures allant jusqu'à 3 km. ; J. Averbuch et coll. (2019), « The Mount Meron infrasound array: an infrasound array without a noise reduction system », Geophys. J. Int. 219, 1109–1117, doi:10.1093/gji/ggz350 — les réseaux de tuyaux comme filtres analogiques du bruit de vent, et ce que l'on perd sans eux.
- R. Waxler, K. E. Gilbert (2006), « The radiation of atmospheric microbaroms by ocean waves », J. Acoust. Soc. Am. 119, 2651–2664, doi:10.1121/1.2191607 — rayonnement non linéaire des microbaroms dans l'air et dans l'eau.
- A. Le Pichon et coll. (2009), J. Geophys. Res. 114, doi:10.1029/2008JD010907 — seuil de détection d'environ 500 t, fluctuations journalières (~50 t) et saisonnières (~500 t), effet du vent sur la localisation.
- P. Hupe et coll. (2025), « High-resolution analysis of spatiotemporal ambient noise variations across the infrasound network of the IMS », résumé de congrès EGU25-19412, doi:10.5194/egusphere-egu25-19412 — microbaroms maximaux pendant l'hiver local ; effets de la végétation et de la neige sur le bruit des sites.
- T. Negraru, P. Golden, E. Herrin (2010), « Infrasound propagation in the “zone of silence” », Seismol. Res. Lett. 81 (4), 614–624, doi:10.1785/gssrl.81.4.614 ; résumé des mêmes expériences : Golden, Negraru, Herrin (2008), J. Acoust. Soc. Am. 123, 3920 — arrivées observées de 76 à 288 km et échec du modèle à les prévoir.
Pont avec le reste du script
- Physique : même c=λ f, λ énorme.
- Sabine : une salle n’absorbe presque rien à 8 Hz ; T60 n’a plus le même sens dans une pièce petite devant λ.
- Langevin : l’eau porte aussi l’infra (meilleure portée encore).
- Gurnett : autre famille d’ondes. Ne pas coller un 300 Hz plasma sur un 0,2 Hz microbarom.
- Musique : orgue, bourdon, synthé sub, « drop » — typiquement dans le sub-bass, 20–70 Hz (grave audible), rarement de l’infra vrai en concert (des jeux d’orgue de 32 pieds descendent vers 16 Hz et de rares jeux de 64 pieds vers 8 Hz) sans système dédié et risque auditif / structurel.
À un hertz dans l’air, deux compressions sont séparées d’environ trois cent quarante-trois mètres. C’est une longueur d’onde, pas la longueur d’une corde ni une note de do.
Provoxys
Pause
changer de bande, conserver les questions
L’infrason et l’ultrason sont définis autour de notre audition. Ni l’un ni l’autre n’a une propriété magique commune à toutes ses fréquences. Avant le bestiaire, rappeler les trois questions : dans quel milieu, pour quel usage, avec quelle mesure ? Le spectrogramme permettra de suivre même les signaux que nous n’écoutons pas directement.
Acte VIII · chapitre 30
Ultrasons animaux — l’autre côté de la fenêtre humaine
Au-dessus de 20 kHz, l’humain type n’entend plus. Le vivant n’a pas signé cette limite. Même physique que Langevin : d=cΔ t/2, même Doppler que Buys Ballot, même atténuation qui explose avec f dans l’air et reste tenable dans l’eau. Le fil : Spallanzani pose la question (1794) → Pierce + Griffin + Galambos l’entendent (1938–41) → Griffin baptise echolocation (1944) → aujourd’hui on filme une membrane vocale de Myotis à 250 000 images/s.
Histoire & sources De Spallanzani à Griffin : cent cinquante ans pour entendre l'inaudible ≈ 5 min
Le chapitre résume le fil en une ligne : Spallanzani pose la question, Griffin l'entend. Entre les deux, il manque un instrument capable de capter ce que personne ne pouvait entendre, et plusieurs résultats justes sont restés sans explication pendant plus d'un siècle.
1793–1798 : la bonne expérience, sans mécanisme. En 1793, Lazzaro Spallanzani montre que des chauves-souris privées de la vue, d'abord par un disque opaque sur les yeux puis par ablation des globes oculaires, volent encore dans l'obscurité sans heurter les obstacles. Elles s'appuient donc sur un autre sens que la vue. Le médecin et naturaliste genevois Louis Jurine, informé de ces essais, bouche les oreilles des animaux : leur vol devient désorienté. Spallanzani doute d'abord, puisque les chauves-souris volent en silence apparent, puis se range à cette conclusion après de nouveaux essais avec de meilleurs bouchons. Les expériences de Jurine sont publiées en 1798, par Peschier, dans le Journal de physique, et traduites la même année dans le Philosophical Magazine. Il manquait l'essentiel : un son que l'oreille humaine ne perçoit pas. Georges Cuvier, vers 1800, rejette avec sarcasme l'idée que l'ouïe guide le vol et plaide pour le toucher (selon la littérature secondaire) ; son autorité fait oublier l'hypothèse de l'audition pendant plus d'un siècle.
1920 : l'hypothèse des hautes fréquences. Le physiologiste britannique Hamilton Hartridge propose dans le Journal of Physiology que les chauves-souris émettent des sons de très haute fréquence et se guident sur leurs échos. Il n'a pas l'instrument pour le démontrer.
1938–1944 : l'instrument, la preuve, le mot. À Harvard, le physicien G. W. Pierce dispose d'un détecteur capable de capter les ultrasons et de les rendre audibles. Avec Donald Griffin, alors étudiant, il publie en 1938, dans le Journal of Mammalogy, la première détermination expérimentale de leurs cris ultrasonores. En 1941, Griffin et Robert Galambos montrent dans le Journal of Experimental Zoology que l'évitement des obstacles exige à la fois la bouche libre et les oreilles libres : c'est l'émission et l'écoute de l'écho qui guident le vol. En 1944, dans Science, Griffin forge le mot echolocation, en rapprochant chauves-souris, aveugles et radar, alors en plein développement militaire.
1956–1961 : les dauphins. Chez les odontocètes, la démonstration arrive plus tard. William Schevill et Arthur McBride publient en 1956 des indices d'écholocation chez les cétacés ; W. N. Kellogg décrit en 1958 dans Science la télémétrie par écho du marsouin ; en 1961, Kenneth Norris et ses collègues publient une démonstration expérimentale de l'écholocation chez le grand dauphin.
1960 : la chasse filmée et chronométrée. Griffin, Frederic Webster et Charles Michael enregistrent des chauves-souris capturant des insectes en vol. L'article de 1960 dans Animal Behaviour décrit l'accélération des cris à l'approche de la proie, jusqu'à la rafale terminale que le chapitre appelle buzz.
1968 : la compensation Doppler. Hans-Ulrich Schnitzler publie dans la Zeitschrift für vergleichende Physiologie l'étude des cris des rhinolophes dans différentes situations d'orientation, où la chauve-souris abaisse la fréquence émise en vol pour garder son écho sur une fréquence fixe.
1982 : la contrainte de l'air mesurée. Beatrice Lawrence et James Simmons mesurent l'absorption des ultrasons de 30 à 200 kHz et en tirent une conséquence écologique : au-delà de 100 kHz, plus de 3 dB sont perdus par mètre, et la portée devient très courte.
Une controverse encore ouverte : la finesse temporelle. En 1979, Simmons rapporte que la chauve-souris Eptesicus fuscus détecte un « jitter », une alternance du délai de l'écho d'un cri au suivant, de seulement 500 ns. En 1990, son équipe annonce une finesse d'environ 10 ns, qu'elle attribue à une véritable résolution temporelle. Un tel chiffre, aucun autre animal ne l'atteint. En 1998, K. Beedholm et B. Møhl réexaminent les données d'étalonnage et proposent une autre explication : une légère distorsion due à une désadaptation d'impédance dans l'appareil qui produisait les retards. Ils montrent qu'un sujet humain peut détecter cet effet dans une expérience modèle. Simmons, Ferragamo et Sanderson répliquent en 2003 : les chauves-souris discriminent un jitter de 10 à 15 ns et, en variant les combinaisons de retards numériques, de retards analogiques et de câbles, l'équipe n'observe ni indices spectraux ni réflexions dues à une désadaptation d'impédance ; elle reconnaît que combler l'écart avec la physiologie peut demander une meilleure compréhension de celle-ci. En 2008, Schörnich et Wiegrebe montrent que la « sensibilité de phase » globale ne peut être maintenue : la résolution est très inégale selon l'aspect temporel du signal. Le chiffre de 10 ns n'est donc pas à citer comme une constante acquise de la biologie.
Appuis
- Wikipédia, « Lazzaro Spallanzani » et « Louis Jurine » — expériences de 1793, bouchons d'oreille, publication de 1798 (Journal de physique 46, 145–148) ; R. Galambos (1942), « The avoidance of obstacles by flying bats: Spallanzani's ideas (1794) and later theories », Isis 34, 132–140, doi:10.1086/347764.
- H. Hartridge (1920), « The avoidance of objects by bats in their flight », J. Physiol. 54, 54–57, doi:10.1113/jphysiol.1920.sp001908 ; G. W. Pierce, D. R. Griffin (1938), J. Mammal. 19, 454–455, doi:10.2307/1374231.
- D. R. Griffin, R. Galambos (1941), J. Exp. Zool. 86, 481–506, doi:10.1002/jez.1400860310 ; D. R. Griffin (1944), « Echolocation by blind men, bats and radar », Science 100, 589–590, doi:10.1126/science.100.2609.589 ; D. R. Griffin, F. A. Webster, C. R. Michael (1960), Anim. Behav. 8, 141–154, doi:10.1016/0003-3472(60)90022-190022-1) ; H.-U. Schnitzler (1968), Z. vergl. Physiol. 57, 376–408, doi:10.1007/BF00303062.
- W. E. Schevill, A. F. McBride (1956), « Evidence for echolocation by cetaceans », Deep-Sea Res. 3, 153–154, doi:10.1016/0146-6313(56)90096-X90096-X) ; W. N. Kellogg (1958), « Echo ranging in the porpoise », Science 128, 982–988, doi:10.1126/science.128.3330.982 ; K. S. Norris et coll. (1961), Biol. Bull. 120, 163–176, doi:10.2307/1539374 ; B. D. Lawrence, J. A. Simmons (1982), J. Acoust. Soc. Am. 71, 585–590, doi:10.1121/1.387529.
- J. A. Simmons (1979), « Perception of echo phase information in bat sonar », Science 204, 1336–1338, doi:10.1126/science.451543 ; J. A. Simmons et coll. (1990), J. Comp. Physiol. A 167, doi:10.1007/BF00192654 ; K. Beedholm, B. Møhl (1998), « Bat sonar: an alternative interpretation of the 10-ns jitter result », J. Comp. Physiol. A 182, 259–266, doi:10.1007/s003590050176 ; J. A. Simmons, M. J. Ferragamo, M. I. Sanderson (2003), « Echo delay versus spectral cues for temporal hyperacuity in the big brown bat, Eptesicus fuscus », J. Comp. Physiol. A 189, 693–702, doi:10.1007/s00359-003-0444-9 ; U. Schörnich, L. Wiegrebe (2008), « Phase sensitivity in bat sonar revisited », J. Comp. Physiol. A 194, 61–67, doi:10.1007/s00359-007-0290-2.
Pourquoi l’ultra — physique avant bestiaire
Résolution spatiale d’un écho court : plus f est haut, plus λ est petit, plus une proie millimétrique renvoie un écho utile (sortie de la zone de Rayleigh trop faible). Contrepartie dans l’air : le terme classique de l’absorption croît comme f^2 ; l’absorption totale inclut la relaxation moléculaire et dépend des conditions de température, d’humidité et de pression (voir physique de base). Un 40 kHz s’éteint en quelques mètres à dizaines de mètres ; un 120 kHz encore plus vite. D’où :
- chauve-souris : sonar proche, très fin ;
- dauphin / cachalot : même f dans l’eau, portée de dizaines à centaines de mètres (atténuation bien plus faible) ;
- rongeur : appel social à courte portée, pas un sonar de chasse aérienne.
L'analyse mathématique Écho et longueur d'onde 1 formule · ≈ 1 min
Se lit« d égale c delta t, le tout sur deux ; lambda égale c sur f »Les deux relations disent la même chose au biosonar : le temps donne la distance, la fréquence fixe la plus petite cible qu'on peut « voir » — environ une longueur d'onde.
Ce qu’elle dit
Deux règles différentes se complètent : le délai de retour sert à estimer une distance ; la longueur d’onde intervient dans l’interaction avec la cible. Une fréquence élevée n’est donc pas une distance courte : il faut connaître le milieu et mesurer le temps de l’écho.
Les symboles. Survolez la formule ou un symbole.
- d distance de la cible mètre (m)
- c célérité du son dans le milieu mètre par seconde (m/s) ≈ 343 m/s dans l'air, ≈ 1 480 m/s dans l'eau
- Δ t durée entre le cri et le retour de l'écho (aller et retour) seconde (s)
- λ longueur d'onde du cri mètre (m) 40 kHz : ≈ 8,6 mm dans l'air, ≈ 37 mm dans l'eau
- f fréquence du cri hertz (Hz)
Air, 40 kHz : λ ≈ 343/40000 ≈ 8,6 mm. Eau, 40 kHz : λ ≈ 1480/40000 ≈ 37 mm. Même fréquence, deux mondes.
Le buzz terminal n’est pas de l’excitation : c’est une montée du taux de clics quand Δ t devient minuscule. Dauphin : même trois phases.
L'analyse mathématique Trois calculs de chauve-souris : compenser le Doppler, loger l'écho, choisir la fréquence 3 formules · ≈ 8 min
Le chapitre donne deux règles : le délai de l'écho fixe la distance, la longueur d'onde fixe l'interaction avec la cible. Trois calculs montrent comment une chauve-souris les combine avec son propre mouvement, sa cadence d'émission et l'absorption de l'air.
1. Compenser son propre Doppler. Un rhinolophe qui vole vers un obstacle fixe à la vitesse v reçoit un écho décalé deux fois : à l'aller parce qu'il émet en mouvement, au retour parce qu'il reçoit en mouvement (la clé Doppler traite ce double trajet). L'écho arrive à fe (c+v)/(c-v). Pour qu'il tombe sur la fréquence de référence de sa fovéa acoustique, l'animal doit émettre :
Se lit« f e égale f réf fois c moins v sur c plus v, environ égal à f réf fois un moins deux v sur c »fe se dit « f e » : la fréquence émise. fref se dit « f réf » : la fréquence de référence, celle où l'audition de l'animal est la plus fine. L'approximation vaut quand la vitesse de vol est très petite devant la célérité du son.
Ce qu’elle dit
Plus l'animal vole vite vers sa cible, plus il doit baisser la fréquence de son cri pour que l'écho revienne exactement sur la bande où son oreille est la plus fine. La correction relative vaut à peu près deux fois le rapport de la vitesse de vol à la célérité du son. Hypothèses : air immobile, cible fixe dans l'axe du vol, célérité uniforme.
Les symboles. Survolez la formule ou un symbole.
- fe fréquence de la porteuse émise par la chauve-souris hertz (Hz)
- fref fréquence de référence où l'écho doit revenir hertz (Hz) ≈ 83 kHz chez le grand rhinolophe
- c célérité du son dans l'air mètre par seconde (m/s) ≈ 343 m/s à 20 °C
- v vitesse de la chauve-souris vers la cible mètre par seconde (m/s) 5 m/s dans l'exemple
Avec fref = 83 kHz, c = 343 m/s et v = 5 m/s (vitesse d'exemple, de l'ordre de celles mesurées chez un hipposidéridé en vol) : fe = 83 × 338/348 ≈ 80,6 kHz. L'animal abaisse son cri de 2,4 kHz, soit 2,9 %. Chez les rhinolophes (et chez Pteronotus parnellii), la fréquence de référence se situe environ 150 à 200 Hz au-dessus de la fréquence émise au repos, et l'écho est maintenu avec un écart-type de 30 à 40 Hz dans les expériences de restitution : un décalage de plusieurs kilohertz corrigé à quelques dizaines de hertz près. Ce qui reste, ce sont les modulations rapides produites par les ailes battantes d'un insecte : c'est précisément ce que la fovéa sert à lire.
2. Loger l'écho entre deux cris. Une chauve-souris FM à faible cycle de travail évite que l'écho revienne pendant qu'elle crie encore, et préfère qu'il revienne avant le cri suivant (sinon l'écho est attribué au mauvais cri, comme en sonar : portée non ambiguë). Les deux conditions encadrent la distance :
Se lit« c tau sur deux inférieur à d, inférieur à c T I C I sur deux »τ se dit « tau » : la durée du cri. TICI se dit « T I C I » : l'intervalle entre deux cris successifs. Le facteur deux vient de l'aller-retour.
Ce qu’elle dit
La borne basse vient de la durée du cri : une cible plus proche renvoie son écho avant la fin de l'émission. La borne haute vient de la cadence : une cible plus lointaine renvoie son écho après le cri suivant. En approche, la chauve-souris raccourcit ses cris et les rapproche : la fenêtre glisse vers la cible. Modèle d'une cible unique, sans échos parasites ni mouvement pendant l'aller-retour.
Les symboles. Survolez la formule ou un symbole.
- τ durée d'un cri seconde (s) ≈ 0,5 ms dans le buzz
- d distance de la cible mètre (m)
- c célérité du son dans l'air mètre par seconde (m/s) 343 m/s
- TICI intervalle entre deux cris successifs seconde (s) 50 à 100 ms en recherche, 5 à 6 ms dans le buzz
En recherche, avec un cri de 5 ms (valeur d'exemple) et des intervalles de 50 à 100 ms : la fenêtre va de 0,86 m à 8,6–17 m. Dans le buzz, cris de 0,5 ms toutes les 5 à 6 ms : de 8,6 cm à 0,86–1,0 m. La cadence du buzz n'est donc pas une excitation : c'est une cadence adaptée à une proie à moins d'un mètre. Les rhinolophes violent délibérément la borne basse : leurs longs cris recouvrent l'écho, qu'ils séparent en fréquence grâce à la compensation Doppler.
3. Choisir la fréquence pour une toute petite proie. Pour une cible petite devant la longueur d'onde, l'intensité renvoyée croît comme f^4 (régime de Rayleigh, clé sur la diffusion) ; l'absorption de l'air, elle, s'applique deux fois. À niveau d'émission égal, passer de f1 à f change le niveau de l'écho de :
Se lit« delta L égale quarante log de f sur f un, moins deux r fois, alpha de f moins alpha de f un »ΔL se dit « delta L » : la variation du niveau de l'écho, en décibels. log₁₀ se dit « logarithme décimal ». α se dit « alpha » : l'absorption de l'air en décibels par mètre. Le 40 vient de la puissance quatre ; le 2 devant r, de l'aller-retour.
Ce qu’elle dit
Monter en fréquence renforce l'écho d'une proie minuscule, mais l'air absorbe davantage, sur l'aller et sur le retour. Près de la cible, le gain de diffusion l'emporte ; loin, l'absorption gagne. Il existe donc une fréquence optimale qui baisse quand la distance augmente. Hypothèses : cible petite devant la longueur d'onde à toutes les fréquences comparées, même niveau émis, même directivité.
Les symboles. Survolez la formule ou un symbole.
- Δ L variation du niveau de l'écho quand on passe de f₁ à f décibel (dB)
- log10 logarithme décimal sans unité
- f fréquence du cri hertz (Hz)
- f1 fréquence de comparaison hertz (Hz) 40 kHz dans l'exemple
- r distance de la cible mètre (m)
- α absorption de l'air décibel par mètre (dB/m) ≈ 1,3 dB/m à 40 kHz, 20 °C, 50 % d'humidité
Absorption à 20 °C et 50 % d'humidité, calculée avec les équations de la norme ISO 9613-1 prolongées au-delà de 10 kHz : 0,52 dB/m à 20 kHz, 1,32 à 40 kHz, 2,61 à 80 kHz, 4,04 à 120 kHz. À 25 °C, le même calcul donne 0,91 dB/m à 30 kHz et 9,2 dB/m à 200 kHz, pour 0,7 dB/m mesurés à 30 kHz au laboratoire, et de l'ordre de 8 dB/m à 200 kHz (les mêmes auteurs annoncent plus de 3 dB/m au-delà de 100 kHz) : l'ordre de grandeur est juste. Niveau de l'écho par rapport à 40 kHz, en décibels, pour une cible de 0,3 mm de rayon (le régime de Rayleigh demande ka ll 1, avec k = 2π/λ et a le rayon ; ka vaut 1 vers 182 kHz et déjà environ 0,66 à 120 kHz, si bien que les cases de 80 et 120 kHz sont des ordres de grandeur, plutôt surestimés) :
| Distance | 20 kHz | 40 kHz | 80 kHz | 120 kHz |
|---|---|---|---|---|
| 2 m | −8,9 | 0 | +6,9 | +8,2 |
| 5 m | −4,1 | 0 | −0,8 | −8,2 |
| 10 m | +3,8 | 0 | −13,7 | −35,4 |
L'optimum passe d'environ 110 kHz à 2 m (ordre de grandeur, surestimé pour la raison ci-dessus) à environ 55 kHz à 5 m et 20 kHz à 10 m. Pour un insecte plus gros que λ, l'écho cesse de croître avec la fréquence et l'optimum descend encore. Ce modèle simple ne dit pas quelle fréquence chaque espèce emploie ; il montre pourquoi les hautes fréquences se paient en portée. Les espèces qui crient le plus aigu crient aussi le plus fort, et leurs distances de détection restent comparables à celles des autres.
Appuis
- D. Schoeppler, H.-U. Schnitzler, A. Denzinger (2018), « Precise Doppler shift compensation in the hipposiderid bat, Hipposideros armiger », Sci. Rep. 8, 4598, doi:10.1038/s41598-018-22880-y (texte intégral) — vitesses de vol jusqu'à 4,7 m/s, formule de l'écho, rappel des valeurs des rhinolophes (référence 150–200 Hz au-dessus du repos, écart-type 30–40 Hz).
- H.-U. Schnitzler, A. Denzinger (2011), « Auditory fovea and Doppler shift compensation », J. Comp. Physiol. A 197, 541–559, doi:10.1007/s00359-010-0569-6 — la compensation garde l'écho près de la fréquence de référence pour lire les battements d'ailes.
- B. D. Lawrence, J. A. Simmons (1982), « Measurements of atmospheric attenuation at ultrasonic frequencies and the significance for echolocation by bats », J. Acoust. Soc. Am. 71, 585–590, doi:10.1121/1.387529 — 0,7 dB/m à 30 kHz, plus de 3 dB/m au-delà de 100 kHz (de l'ordre de 8 dB/m à 200 kHz), à 25 °C et 50 % d'humidité.
- A. Surlykke, E. K. V. Kalko (2008), « Echolocating bats cry out loud to detect their prey », PLoS ONE 3 (4), e2036, doi:10.1371/journal.pone.0002036 — les espèces aux fréquences les plus hautes émettent les niveaux les plus forts, pour des distances de détection voisines.
- SONAR.m, « ISO 9613-1 sound absorption equation » — équations d'absorption de la norme ISO 9613-1 utilisées pour le tableau.
Chronologie vérifiée — de Spallanzani à la membrane vocale
| Date | Fait |
|---|---|
| 1793–94 | Spallanzani (1793) : chauve-souris aveuglée, elle vole. Louis Jurine (1794) : oreilles bouchées, elle s’écrase ; Spallanzani confirme avec de meilleurs bouchons. |
| 1938 | Pierce & Griffin : détecteur piézo, premières écoutes d’ultra de chauves-souris en cage (des dizaines de kilohertz). |
| 1941–42 | Griffin & Galambos : bouche bouchée ou oreilles bouchées → collision. Preuve expérimentale. |
| 1944 | Griffin forge echolocation. |
| 1958–60 | Griffin, Webster, Michael : phases search / approach / terminal buzz sur insecte. |
| 1968+ | Schnitzler : compensation Doppler des rhinolophes à fréquence constante. |
| années 1970– | Au, Madsen, Møhl, Tyack : biosonar des odontocètes, niveaux, diagrammes de rayonnement. |
| 2022 | Håkansson, Mikkelsen, Jakobsen & Elemans (PLOS Biology) : membranes vocales de Myotis daubentonii filmées jusqu’à 250 000 i/s, 10–95 kHz. |
Chauves-souris — environ 1 500 espèces, ~20 % des mammifères
Deux grandes familles de signaux (simplifié, Fenton, Neuweiler, Schnitzler) :
- FM, low duty cycle (beaucoup de vespertilionidés, ex. Myotis lucifugus) : balayage descendant d’environ une octave en recherche chez M. lucifugus : 100 → 50 kHz selon Griffin, Webster & Michael (1960), ~80 → 40 kHz dans la plupart des enregistrements ultérieurs. Taux faible en search (intervalles 50–100 ms), puis approach, puis buzz (~0,5 ms de pulse, 5–6 ms d’intervalle, parfois descente à 25–30 kHz). Bon pour dater l’écho (distance) et pour un spectre large (texture).
- CF / high duty cycle (rhinolophes, hipposideridés, quelques mormoopidés) : longue porteuse quasi constante. Rhinolophus ferrumequinum : porteuse ~83 kHz, fovéa acoustique accordée à quelques hertz près (Neuweiler). En vol, la chauve-souris baisse sa f émise pour que l’écho Doppler-décalé retombe dans la fovéa (compensation Doppler, Schnitzler 1968). Elle lit alors les modulations d’aile de la mite.
Niveaux : cris de chasse souvent très forts — 120–140 dB SPL ramenés à 10 cm chez les chasseurs d’espace ouvert (Holderied & von Helversen 2003 ; Surlykke & Kalko 2008 ; revue Jones & Holderied 2007) ; toujours préciser la distance et la pondération, les protocoles varient.
Production : pas un sifflet de Galton. Larynx + membranes vocales au-dessus des plis : 10–95 kHz pour l’écho et une partie du social ; plis ventriculaires pour du grave social 1–5 kHz chez M. daubentonii (Håkansson et al. 2022). Étendue vocale jusqu’à ~7 octaves — hors norme mammifère (humain ~3).
Grand rhinolophe (Rhinolophus ferrumequinum), le modèle du sonar à fréquence constante : porteuse ~83 kHz, compensation Doppler. Photo Charles J. Sharp, Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0 — licence différente de celle du site, à créditer à part.
Renvoi. Pourquoi le papillon entend la chauve-souris bien avant qu'elle ne le détecte : le cri ne fait qu'un trajet jusqu'à lui, l'écho en fait deux et ne renvoie qu'une petite part de l'énergie. Le calcul est dans Portée et détectabilité : le bilan de l'écho.
Atelier S46 · La chauve-souris ★★★ · son · plein écran · MIDI
La chauve-souris
Rien ne tourne avant ce clic : ni son, ni calcul.
Comment l'utiliserChoisir Myotis, approcher la proie et écouter les cris s’accélérer jusqu’au buzz ; passer en rhinolophe, lancer le vol et couper la compensation Doppler.
Ce que ça montreCri, écho, Δt, portée limitée par l’absorption de l’air, les trois phases search / approach / buzz, le spectrogramme du cri (bande et durée) ; le bilan aller simple (cri reçu par la proie) distinct du bilan aller-retour (écho reçu par la chauve-souris) ; en CF, l’écho qui sort de la fovéa à 83 kHz sans compensation.
Sens de lectureSuivre l’intervalle entre les cris, distinct de leur fréquence porteuse. Comparer le niveau du cri sur la proie à celui de l’écho : à la limite de détection, la proie reçoit encore un cri fort. Observer la compensation Doppler du rhinolophe. La lecture audio est une expansion temporelle ralentie dix fois (temps ×10 et fréquences ÷10), ni un détecteur hétérodyne ni une division de fréquence ; l’écran l’annonce.
Au clavier MIDI Chaque touche lance un cri depuis la chauve-souris, vers la proie ; la hauteur de la touche choisit sa fréquence dans la gamme de l'espèce (de 28 à 83 kHz au début d'un cri de murin, autour de 83 kHz pour le rhinolophe). On l'entend ralenti, avec le facteur de l'atelier (× 10 ou × 30) : un cri de 60 kHz sort à 6 kHz, puis l'écho, décalé par le Doppler. La vélocité règle le niveau, le pitch bend affine la fréquence de la touche suivante ; la chasse simulée continue à l'écran, muette tant qu'on joue au clavier.
Course aux armements chauve-souris / insectes
L’écho de la chauve-souris est aussi un phare pour la proie. Oreilles sensibles à l’ultra apparues dans au moins six ou sept ordres d’insectes (Yack & Dawson 2008 ; ter Hofstede & Ratcliffe, JEB 2016) : lépidoptères, orthoptères, mantoptères, névroptères, certains coléoptères, certaines mouches tachinaires.
- Oreilles de mites souvent accordées 20–50 kHz — pile la bosse de diversité des chauves-souris insectivores (hypothèse allotonique : d’autres mites « sortent » de cette fenêtre, <20 ou >60 kHz).
- Écailles du thorax : revêtement absorbant, 67 ± 9 % de l’énergie en moyenne sur 20–160 kHz (Neil et al., J. R. Soc. Interface 2020) ; les écailles des ailes forment un métamatériau acoustique (Neil et al., PNAS 2020).
- Réponse : plongée, looping, ou clics de tymbale (arctiidés, Blest, Collett & Pye 1963, clics ultrasonores de Melese) : surprise, aposématisme, ou brouillage du sonar.
- Sphinx : ~57/124 espèces testées produisent de l’ultra (souvent genitalia) ; une partie brouille réellement le sonar d’Eptesicus fuscus (PNAS 2015).
Ce n’est pas une fable. C’est de la théorie des jeux évolutive avec des kHz.
Odontocètes — le même algorithme dans l’eau
Lèvres phoniques sous le melon, qui sert de lentille — pas un larynx de chauve-souris. Clics très directionnels (faisceau ~10° à −3 dB chez le grand dauphin, 8° chez le dauphin à bec blanc ; un peu plus large chez le marsouin).
| Espèce / signal | Ordre de grandeur sourcé |
|---|---|
| Grand dauphin, clic | clics directionnels intenses ; la valeur historique de 228 dB re 1 µPa crête à crête à 1 m citée dans les notes est non confirmée dans cet audit et ne sert pas de chiffre de plateau (Au et al. 1974 ; voir registre) |
| Cachalot, usual click on-axis | jusqu’à ~236 dB re 1 µPa rms ; ~240 dB re 1 µPa p-p cités (Møhl et al. 2003 ; synthèses Jensen et al.) |
| Cachalot, centroïde | souvent 10–20 kHz pour le usual click de chasse au large |
| Dauphin à bec blanc | spectre ultrasonore ; les pics de 115 / 250 kHz des notes sont à confirmer avec leur étude et leur protocole, pas à présenter comme constantes de l’espèce |
| Phases de chasse | search (ICI < 0,1 s mais lent), approach (ICI diminue avec la distance), buzz / creak jusqu’à ~500 clics/s |
| Cachalot, slow clicks (mâles) | ~0,1–0,3 Hz, communication longue distance, espace actif estimé par modélisation jusqu’à ~70 km (Videsen et al. 2026 ; pas une portée mesurée universelle) |
Toujours coller l’unité : dB re 1 µPa à 1 m n’est pas un dB SPL d’air. Comparer un cachalot à une discothèque sans conversion d’impédance, c’est une faute.
Codas : clics stéréotypés sociaux, pas du sonar de chasse. Squeals / victory squeals après capture : encore autre chose (Ridgway, Wisniewska).
En profondeur Ce que l'animal fait de l'écho : se protéger de son cri, régler le gain, mesurer le délai ≈ 4 min
Le chapitre décrit l'émetteur : larynx et membranes vocales chez la chauve-souris, lèvres phoniques et melon chez l'odontocète. L'autre moitié du sonar est le récepteur. Il doit supporter un cri de plus de 120 dB à quelques centimètres, puis détecter un écho de quelques dizaines de décibels quelques millisecondes plus tard, et convertir ce délai en distance.
Ne pas s'assourdir soi-même. Chez la chauve-souris, le cri part à quelques centimètres des oreilles. Les muscles de l'oreille moyenne sont actifs au moment de l'émission : en se contractant, ils réduisent la transmission du cri vers l'oreille interne. O. W. Henson a décrit en 1965 l'activité de ces muscles chez des chauves-souris écholocalisatrices ; leur rôle exact, et l'atténuation obtenue, varient selon les espèces et les études. Le mécanisme ne remplace pas la séparation dans le temps : il s'y ajoute, et il peut contribuer à expliquer pourquoi une espèce FM supporte mal un écho qui chevauche son cri.
Régler le gain. Un écho s'affaiblit avec la distance deux fois : sur l'aller et sur le retour. Pour une petite cible et une onde sphérique, cela fait 12 dB par doublement de distance, sans compter l'absorption. Un sonar technique augmente donc le gain de son récepteur avec le temps écoulé depuis l'émission. Les animaux agissent aussi sur l'émission. En liberté, des chauves-souris insectivores baissent leur niveau de 4 à 7 dB chaque fois que la distance à l'obstacle est divisée par deux. Chez des dauphins sauvages chassant des bancs, le niveau des clics croît avec la distance à la cible comme 20log10R : c'est une commande automatique de gain placée à l'émission. Pour un banc de poissons, qui renvoie plus d'échos quand on s'en approche, l'écho reçu reste alors presque constant pendant l'approche.
Diriger le regard acoustique. Les marsouins entraînés à choisir entre deux cibles règlent à la fois la direction de leur faisceau, leur niveau d'émission et leur intervalle entre clics selon la distance de la cible choisie. Près de la cible, ils resserrent leur « profondeur de regard » sur un seul objet. Équipés d'enregistreurs, ils suivent des échos de proies jusqu'à environ 5 m, en adaptant l'intervalle entre clics pour éviter toute ambiguïté de distance. Le parallèle avec la chauve-souris est direct : même contrainte de l'aller-retour, même raccourcissement de l'intervalle en approche.
Convertir un délai en distance. Chez la chauve-souris moustachue Pteronotus parnellii, Nobuo Suga et William O'Neill ont décrit en 1979 une aire du cortex auditif où des neurones répondent à une paire de sons, le cri puis l'écho, et seulement pour un délai donné entre les deux. Ces neurones sont rangés selon leur délai préféré : la distance de la cible est cartographiée le long d'un axe du cortex. Le calcul d = c Δ t/2 du chapitre est ainsi réalisé par une carte de neurones accordés en délai.
Lire une aile qui bat. Chez les rhinolophes et les hipposidéridés, la membrane basilaire consacre une étendue très dilatée à une bande étroite autour de la fréquence de référence : c'est la fovéa acoustique. Les neurones qui en dépendent, tout au long de la voie auditive, sont très finement accordés et très sensibles aux modulations rapides d'amplitude et de fréquence. Or un insecte qui bat des ailes module précisément l'écho d'une longue porteuse : chaque battement produit un éclat bref et un petit décalage Doppler. La compensation Doppler de l'animal, décrite dans le bloc de calcul, sert à placer cet écho au centre de la fovéa. La bande où ces neurones sont concentrés coïncide avec celle où l'animal reçoit les échos d'insectes en vol.
Les limites. Tout n'est pas mesuré avec la même sûreté. Les niveaux d'émission dépendent de la distance de référence, de la bande et de la métrique, crête ou efficace. Les expériences en captivité, avec cibles fixes et échos simulés, ne reproduisent pas toujours le comportement en liberté : chez l'hipposidéridé Hipposideros pratti, la compensation Doppler apparaît en vol libre et sur un pendule, mais pas avec des échos rejoués à un animal immobile. Enfin, la finesse temporelle réelle du récepteur fait l'objet d'une controverse, racontée dans le bloc d'histoire.
Appuis
- O. W. Henson (1965), « The activity and function of the middle-ear muscles in echo-locating bats », J. Physiol. 180, 871–887, doi:10.1113/jphysiol.1965.sp007737 — contraction des muscles de l'oreille moyenne liée à l'émission.
- W. W. L. Au, K. J. Benoit-Bird (2003), « Automatic gain control in the echolocation system of dolphins », Nature 423, 861–863, doi:10.1038/nature01727 ; A. Surlykke, E. K. V. Kalko (2008), PLoS ONE 3, e2036, doi:10.1371/journal.pone.0002036 — niveau des clics en 20 log R ; baisse de 4 à 7 dB par division de la distance par deux chez les chauves-souris.
- D. M. Wisniewska et coll. (2012), « Acoustic gaze adjustments during active target selection in echolocating porpoises », J. Exp. Biol. 215, 4358–4373, doi:10.1242/jeb.074013 ; résumé associé, J. Acoust. Soc. Am. 131, 3523, doi:10.1121/1.4709328 — faisceau, niveau et intervalle réglés selon la cible ; échos de proies suivis jusqu'à 5 m.
- N. Suga, W. E. O'Neill (1979), « Neural axis representing target range in the auditory cortex of the mustache bat », Science 206, 351–353, doi:10.1126/science.482944 — carte corticale des délais cri–écho.
- H.-U. Schnitzler, A. Denzinger (2011), J. Comp. Physiol. A 197, 541–559, doi:10.1007/s00359-010-0569-6 ; J. Luo et coll. (2022), « Doppler shift compensation performance in Hipposideros pratti across experimental paradigms », Front. Syst. Neurosci. 16, doi:10.3389/fnsys.2022.920703 — fovéa acoustique et neurones de la fovéa ; compensation absente avec des échos rejoués chez H. pratti.
Renvoi. Le même bilan de l'écho vaut dans l'eau, avec d'autres pertes par absorption : voir Portée et détectabilité.
Oiseaux cavernicoles — l’écho audible, pas l’ultra pur
Steatornis (guacharo) et salanganes : clics surtout 0,5–3 kHz chez le guacharo (Konishi & Knudsen 1979 ; Suthers & Hector 1985), 1–10 kHz chez les salanganes (Griffin & Suthers 1970 ; Griffin & Thompson 1982). Ce n’est pas de l’ultrason au sens >20 kHz. Acuité : obstacles de 3,2 cm détectés par le guacharo, tiges de 6 mm par les salanganes, mieux que les 20 cm des premières études. Les citer ici pour empêcher le mythe « tous les écholocalisateurs sont ultra ». Griffin a aussi travaillé les salanganes.
Musaraignes
Gazouillis tonals surtout audibles (premier harmonique 4–8 kHz, énergie sous 20 kHz, harmoniques parfois plus hautes ; Siemers et al. 2009), dont le rythme suit l’encombrement du milieu : orientation par échos à courte portée, pas un sonar d’ultrasons. Beaucoup moins étudié et moins performant que celui des chiroptères. Ne pas en faire un dauphin de taupinière.
Rongeurs — communication, pas chasse aérienne
- Pups muridés / cricétidés : vocalisations ultrasonores dépendant de l’espèce, de l’âge et du contexte ; les bornes 30–150 kHz des notes restent à rattacher à une étude précise. Aucun niveau absolu non vérifié n’est utilisé pour la démonstration.
- Souris adultes : chants ~30–110 kHz vers la femelle ; isolation des petits ~50–80 kHz. Audition de la souris d’environ 1–2 kHz à plus de 80 kHz (Heffner).
- Rat : alarme ~22 kHz ; social / positif ~50 kHz (Portfors, Wright).
- Portée faible : atténuation air + sol + diffusion. Ce n’est pas le canal SOFAR.
Grenouille à oreilles concaves — Odorrana tormota (anciennement Amolops tormotus)
Feng, Narins et al., Nature 2006 : les mâles produisent des appels modulés dont l’énergie monte dans l’ultra, et répondent au playback de la composante ultra ; Shen et al., Nature 2008 : les femelles gravides émettent un appel de cour, et ce sont les mâles qui le localisent, avec une précision inédite chez un amphibien (erreur < 1°). Hypothèse : sortir du masque du torrent. Premier cas amphibien solide d’usage communicatif de l’ultra. Ne pas généraliser à « les grenouilles ».
Chats, chiens, autres mammifères
Audition, pas nécessairement émission sonar. Chat : entend largement dans l’ultra (Heffner). Chien aussi, d’où le sifflet de Galton 1876. Entendre ≠ écholocaliser.
Ce qu’il faut refuser
- Répulsifs à ultrasons grand public : entendre une fréquence ne prouve pas qu’un animal quitte durablement le lieu. Les revendications d’efficacité exigent des essais contrôlés ; ne pas annoncer de délai universel d’habituation ni extrapoler un résultat de laboratoire à un appareil domestique. Voir la fiche intox.
- Confondre clic de cachalot (eau, µPa) et dB(A) de boîte de nuit.
- Dire que le guacharo « parle ultra ».
- Armes / brouilleurs : rester au fait observé chez la mite, pas au mode d’emploi.
Ponts avec le reste du script
- Spallanzani → Langevin : même question « qui voit sans lumière ».
- Doppler des rhinolophes = Doppler 1842 + fovéa.
- Buzz = hausse du taux de répétition des émissions (PRR), avec un intervalle entre émissions ICI qui diminue. La fréquence porteuse du cri, le taux de répétition et la fréquence d’un battement musical sont trois grandeurs distinctes.
- SOFAR / baleines à bosse (Payne) : chants évolutifs dans l’audible / grave, autre chapitre, même océan.
- Atténuation air : pourquoi l’ultra médical de Langevin a choisi l’eau et les tissus, pas dix mètres d’air.
L’humain s’est tracé une fenêtre 20 Hz–20 kHz et l’a appelée “le son”. La nuit, la mer et le nid n’ont pas signé.
Provoxys
Bilan
Changer de fenêtre sans changer de rigueur
- Entendre une fréquence, l’émettre et utiliser son écho sont trois capacités distinctes.
- La fréquence du cri et le nombre de cris par seconde décrivent deux choses différentes.
- Comparer les niveaux exige de préciser milieu, référence, distance et méthode ; un son transposé doit être annoncé.
Question
Une chauve-souris qui double la cadence de ses cris monte-t-elle forcément leur fréquence ?
Voir la réponse
Non. Elle peut envoyer plus souvent des cris de même contenu fréquentiel. Sur un spectrogramme, rapprocher les traits dans le temps ne signifie pas les déplacer vers des fréquences plus hautes.
Pour reprendre le fil
Gardons cette méthode lorsque le capteur devient une antenne et le milieu un plasma.
Acte IX · Nommer le phénomène et sa mise en audio
Hors de l’air
Une étoile peut porter de véritables ondes de pression. Une antenne peut mesurer une oscillation de plasma. Des données peuvent enfin être transformées en audio. Avant d’écouter, identifier la nature du phénomène et la transformation appliquée.
Sortons enfin de l’air. Si l’on dit “son de l’espace”, trois possibilités se présentent : une vraie onde de pression dans un milieu, une autre oscillation que l’on peut convertir en audio, ou des données transformées volontairement en musique. Écoutons-les sans les confondre.
Acte IX · chapitre 31
Le son devient particule — phonons et acoustique quantique
Détour pour approfondir. Ce passage peut être lu après le récit spatial : rejoindre directement l’espace.
Dans un cristal, la vibration n’est plus seulement une onde classique : on la quantifie en phonons (concept introduit par Tamm en 1930, mot popularisé par Frenkel en 1932, après Einstein 1907 et Debye 1912 sur la chaleur spécifique). Un phonon est le quantum d’un mode vibratoire. Il explique :
Histoire & sources Des chaleurs spécifiques aux phonons uniques : 1819–2021 ≈ 4 min
Les quatre repères du chapitre, Einstein, Debye, Tamm et Frenkel, s'inscrivent dans une histoire qui commence par une énigme de calorimétrie et se termine, provisoirement, par des phonons comptés un à un.
1819 : une loi trop belle. Pierre Louis Dulong et Alexis Thérèse Petit constatent que la capacité calorifique de nombreux solides, rapportée à un atome, est à peu près la même : environ 3kB par atome, soit 3R ≈ 25 J par mole et par kelvin. La physique classique l'explique au XIXᵉ siècle par l'équipartition de l'énergie. Mais certains solides légers et durs, comme le diamant, restent nettement en dessous à température ambiante, et la capacité calorifique baisse quand on refroidit. La mécanique classique n'a aucune raison de prévoir cette baisse.
1907 : Einstein quantifie les vibrations. Einstein applique aux atomes d'un solide l'hypothèse de Planck : un oscillateur de fréquence f n'échange l'énergie que par paquets hf. En donnant à tous les atomes la même fréquence, il obtient une capacité calorifique qui tend vers zéro à basse température, et qui retrouve Dulong et Petit à haute température. Le modèle prévoit toutefois une chute exponentielle, plus rapide que celle qui sera mesurée.
1912 : deux façons de compter les modes. Peter Debye remplace la fréquence unique par le spectre d'un milieu élastique, fixé par la vitesse du son et coupé à 3N modes (le calcul est déplié ici). Il obtient la loi en T^3. La même année, Max Born et Theodore von Kármán calculent les vibrations d'un réseau d'atomes réel, avec des conditions aux limites périodiques qu'on utilise encore : c'est l'acte de naissance de la dynamique des réseaux.
1922–1930 : la lumière et le son du cristal. Léon Brillouin prédit en 1922 que la lumière est diffusée par les ondes sonores d'agitation thermique d'un corps transparent, avec un décalage de fréquence. En 1929, Rudolf Peierls explique la conduction de la chaleur dans les cristaux isolants par les collisions entre vibrations, et introduit les processus Umklapp. En 1930, Igor Tamm introduit le concept de phonon, quantum de l'onde élastique, pour traiter la diffusion de la lumière par un solide. Le mot « phonon », par analogie avec « photon », est attribué à Iakov Frenkel.
1950–1957 : le phonon et les électrons. En 1950, deux équipes indépendantes, celle d'Emanuel Maxwell et celle de C. A. Reynolds, B. Serin, W. H. Wright et L. B. Nesbitt, montrent que la température critique du mercure supraconducteur dépend de la masse de ses isotopes. En 1957, John Bardeen, Leon Cooper et Robert Schrieffer publient la théorie de la supraconductivité fondée sur l'attraction entre électrons que transmettent les phonons.
Années 1950 : mesurer la dispersion. Bertram Brockhouse développe la spectroscopie de neutrons, dont le spectromètre à trois axes : un neutron qui crée ou absorbe un phonon change d'énergie, et l'on reconstruit les courbes de dispersion ω(k). Le prix Nobel de physique 1994 lui est attribué « pour le développement de la spectroscopie neutronique », partagé avec Clifford Shull.
2010–2021 : un phonon à la fois. En 2010, A. D. O'Connell et ses collègues amènent un résonateur mécanique dans son état fondamental et y créent des phonons uniques (la clé sur le phonon en donne les chiffres). Suivent, avec des qubits supraconducteurs : en 2017, Y. Chu et ses collègues couplent fortement un résonateur à ondes de volume à un qubit ; en 2018, K. J. Satzinger et ses collègues préparent une superposition de zéro et un phonon dans un résonateur à ondes de surface. En 2018 également, R. Riedinger et ses collègues intriquent deux oscillateurs micromécaniques situés sur deux puces à 20 cm l'un de l'autre, par l'intermédiaire de la lumière. En 2019, A. Bienfait et ses collègues transfèrent un état quantique d'un qubit à un autre au moyen d'un phonon itinérant, avec une efficacité de 67 %, et intriquent les deux qubits.
Une précision sur la « téléportation ». En 2021, N. Fiaschi et ses collègues réalisent une téléportation quantique optomécanique : l'état de polarisation d'un photon est téléporté sur l'état conjoint d'une paire de résonateurs nanomécaniques, qui servent de mémoire. C'est un état de lumière qui devient un état de vibration, pas un phonon qui voyage sans support.
Appuis
- A. Einstein (1907), « Die Plancksche Theorie der Strahlung und die Theorie der spezifischen Wärme », Ann. Phys. 327 (22), 180–190, doi:10.1002/andp.19063270110 ; P. Debye (1912), « Zur Theorie der spezifischen Wärmen », Ann. Phys. 344 (39), 789–839, doi:10.1002/andp.19123441404 ; TU Delft, Open Solid State Notes — modèles d'Einstein et de Debye — Dulong et Petit (1819), chute exponentielle d'Einstein, loi en T³.
- Wikipédia, « Born–von Karman boundary condition » — M. Born, T. von Kármán, « Über Schwingungen in Raumgittern », Physikalische Zeitschrift 13, 297–309 (1912) ; L. Brillouin (1922), « Diffusion de la lumière et des rayons X par un corps transparent homogène », Ann. Phys. (9) 17, 88–122, doi:10.1051/anphys/192209170088.
- I. Tamm (1930), « Über die Quantentheorie der molekularen Lichtzerstreuung in festen Körpern », Z. Phys. 60, 345–363, doi:10.1007/BF01339935 ; Wikipédia, « Phonon » — concept introduit par Tamm en 1930, nom suggéré par Frenkel.
- E. Maxwell (1950), Phys. Rev. 78, 477, doi:10.1103/PhysRev.78.477 ; C. A. Reynolds et coll. (1950), « Superconductivity of isotopes of mercury », Phys. Rev. 78, 487, doi:10.1103/PhysRev.78.487 ; NobelPrize.org, prix Nobel de physique 1994.
- Y. Chu et coll., Science 358, 199–202 (2017), doi:10.1126/science.aao1511 ; R. Riedinger et coll., Nature 556, 473–477 (2018), doi:10.1038/s41586-018-0036-z ; A. Bienfait et coll., Science 364, 368–371 (2019), doi:10.1126/science.aaw8415 ; N. Fiaschi et coll., « Optomechanical quantum teleportation », Nature Photonics 15, 817–821 (2021), doi:10.1038/s41566-021-00866-z.
- la conduction thermique dans les isolants ;
- la supra-conductivité BCS (interaction électron-phonon) ;
- l’effet Raman, Brillouin ;
- aujourd’hui : acoustique quantique, résonateurs nanomécaniques, couplage phonon–qubit (circuit QED mécanique), téléportation d’états phoniques en labo.
Ce n’est plus « du sable sur une plaque » : c’est « un mode de vibration du réseau qui échange son énergie par quanta ».
Aller plus loin — les mots du passage suivant.
| Terme | Sens utile ici |
|---|---|
| Mode | Une façon collective de vibrer, avec une forme et une fréquence. |
| Dispersion, relation ω(k) | Comment la fréquence angulaire ω dépend de la variation spatiale décrite par k ; le milieu ne fait pas voyager toutes les structures de la même façon. |
| Branches acoustiques et optiques | Familles de modes d’un cristal ; dans un cristal à plusieurs atomes par motif, certains mouvements relatifs créent des branches supplémentaires. « Optique » est un nom de famille de modes, pas la couleur d’un son. |
| Zone de Brillouin | Domaine de nombres d’onde utilisé pour décrire les modes sans répéter les équivalences dues au réseau périodique. |
| Température de Debye | Échelle de température liée au spectre vibratoire dans le modèle de Debye. |
| Optomécanique | Étude du couplage entre lumière et mouvement mécanique. |
| Qubit et circuit QED | Le qubit est une unité d’information quantique ; la QED de circuit étudie notamment son couplage à des champs électromagnétiques dans des circuits. Le couplage mécanique ajoute un autre système avec lequel échanger des excitations. |
Limite de l’image. Une chaîne de masses et de ressorts aide à voir les modes et leur dispersion. Elle ne démontre pas, à elle seule, que leurs échanges d’énergie sont quantifiés.
Clé de physique Du mode de vibration au phonon ≈ 10 min
Compléments à ouvrir si la nuit dure : température de Debye ; branches acoustiques vs optiques dans la zone de Brillouin ; phonons acoustiques de grande longueur d’onde = limite classique de l’onde que Mersenne mesurait ; expériences d’optomécanique (Aspelmeyer, Painter, Kippenberg) où un phonon unique est créé ou lu par un photon. Le pont avec Gurnett s’arrête ici : le plasma de Voyager n’est pas un phonon de cristal, même si les deux se jouent dans un haut-parleur.
L'analyse mathématique De la vitesse du son à la chaleur d'un solide : le modèle de Debye 2 formules · ≈ 7 min
La clé sur le phonon donne deux briques : les modes d'un cristal, et le nombre moyen de phonons dans un mode à l'équilibre. Additionner l'énergie de tous les modes donne la capacité calorifique du solide, la quantité de chaleur qu'il faut pour élever sa température. Le modèle de Debye fait cette somme à partir d'une donnée acoustique : la vitesse du son.
Le problème. À température ambiante, la plupart des solides simples absorbent environ 25 J par mole et par kelvin : c'est la loi de Dulong et Petit, 3R, que la physique classique retrouve en donnant à chaque atome une énergie moyenne 3kBT. À basse température, la capacité calorifique s'effondre. Einstein, en 1907, donne à tous les modes la même fréquence : la chute qu'il prédit est exponentielle, trop rapide.
L'idée de Debye. Aux grandes longueurs d'onde, un cristal se comporte comme un milieu élastique continu, avec trois familles d'ondes : une longitudinale et deux transversales. Dans un volume V, le nombre de modes de nombre d'onde inférieur à k vaut Vk^3/6π^2 par famille. Debye traite tout le spectre ainsi, puis coupe à un nombre d'onde kD choisi pour que le total soit exactement 3N modes, un par degré de liberté des N atomes. Cela donne kD = (6π^2 n)^1/3, une fréquence de coupure, et une température caractéristique :
Se lit« thêta D égale h barre v barre sur k B, fois racine cubique de six pi deux n ; trois sur v barre au cube égale un sur c L au cube plus deux sur c T au cube »ThetaD se dit « thêta D ». ħ se dit « h barre » : la constante de Planck divisée par 2π. barv se dit « v barre » : une vitesse du son moyenne. kB se dit « k B » : la constante de Boltzmann. La puissance un tiers est une racine cubique. Le 2 devant cT compte les deux polarisations transversales.
Ce qu’elle dit
Un solide où le son va vite et où les atomes sont serrés a une température de Debye élevée : ses modes les plus aigus portent des quanta d'énergie importants, qui ne s'excitent qu'à haute température. La moyenne des vitesses est dominée par les ondes transversales, les plus lentes. Hypothèses : milieu isotrope, relation linéaire entre pulsation et nombre d'onde jusqu'à la coupure, ce qu'un cristal réel ne vérifie pas près du bord de zone.
Les symboles. Survolez la formule ou un symbole.
- ThetaD température de Debye kelvin (K) 343 K pour le cuivre, 428 K pour l'aluminium
- hbar constante de Planck réduite, h/2π joule-seconde (J·s) ≈ 1,055 × 10⁻³⁴ J·s
- barv vitesse du son moyenne du modèle mètre par seconde (m/s) ≈ 2 620 m/s pour le cuivre
- kB constante de Boltzmann joule par kelvin (J/K) ≈ 1,381 × 10⁻²³ J/K
- n nombre d'atomes par unité de volume par mètre cube (m⁻³) ≈ 8,49 × 10²⁸ m⁻³ pour le cuivre
- cL vitesse des ondes longitudinales mètre par seconde (m/s) ≈ 4 660 m/s pour le cuivre
- cT vitesse des ondes transversales mètre par seconde (m/s) plus faible que cL
Exemple : le cuivre, calculé à rebours. Masse volumique 8,96 g/cm³, masse molaire 63,55 g/mol : n = 8,96×10^6/63,55 × 6,022×10^23 ≈ 8,49×10^28 m⁻³. Alors kD = (6π^2 n)^1/3 ≈ 1,71×10^10 m⁻¹. La température de Debye tabulée, 343 K, donne une pulsation de coupure kBThetaD/hbar ≈ 4,49×10^13 rad/s, soit une fréquence de 7,1 THz, et une vitesse moyenne barv ≈ 4,49×10^13/1,71×10^10 ≈ 2 620 m/s. C'est nettement moins que la vitesse longitudinale du cuivre, 4 660 m/s : la moyenne est tirée vers le bas par les ondes transversales, comme le prévoit la seconde formule. La plus courte longueur d'onde du modèle, 2π/kD ≈ 0,37 nm, est de l'ordre de la distance entre atomes : c'est là que l'image du milieu continu cesse d'avoir un sens.
La loi en T³. À basse température, seuls les modes dont le quantum hbarω ne dépasse pas beaucoup kBT sont peuplés. Leur nombre d'onde est proportionnel à T, leur nombre à T^3, et chacun apporte environ kB. D'où :
Se lit« C V environ égal à douze pi puissance quatre sur cinq, fois N k B, fois T sur thêta D au cube »CV se dit « C V » : la capacité calorifique à volume constant. N kB se dit « N k B » ; pour une mole d'atomes, c'est la constante des gaz R. Le cube porte sur le rapport T sur thêta D.
Ce qu’elle dit
Loin sous la température de Debye, la chaleur qu'un isolant peut stocker dans ses vibrations varie comme le cube de la température : diviser T par deux la divise par huit. Ce ne sont plus que les modes graves, acoustiques, qui comptent. Dans un métal, s'y ajoute un terme proportionnel à T, dû aux électrons, qui l'emporte aux plus basses températures.
Les symboles. Survolez la formule ou un symbole.
- CV capacité calorifique à volume constant joule par kelvin (J/K) par mole : joule par mole et par kelvin (J/(mol·K))
- N nombre d'atomes du solide sans unité 6,022 × 10²³ pour une mole
- kB constante de Boltzmann joule par kelvin (J/K) ≈ 1,381 × 10⁻²³ J/K
- T température absolue kelvin (K)
- ThetaD température de Debye kelvin (K) 343 K pour le cuivre
Pour une mole, le préfacteur vaut 233,8 × 8,314 ≈ 1 944 J/(mol·K). Cuivre à 10 K : 1 944 × (10/343)^3 ≈ 0,048 J/(mol·K), cinq cents fois moins que 3R ≈ 24,9 J/(mol·K). Calcul complet du modèle (intégrale de Debye, pour ce dossier) : à T = ThetaD/10, la loi en T^3 reste juste à 3 % près ; à T = ThetaD/20, Debye donne 0,029 R, alors qu'un modèle d'Einstein de même température caractéristique (ThetaE = ThetaD) donne 2,5×10^-6 R, environ douze mille fois moins. Ce rapport dépend de ce choix : avec une température d'Einstein ajustée, de l'ordre de 0,75 ThetaD, Einstein donne environ 2×10^-4 R et l'écart tombe à environ cent quarante, ce qui reste deux ordres de grandeur. C'est cet écart que les mesures à très basse température permettent de trancher.
Le même calcul explique le diamant : avec ThetaD = 2 230 K, le modèle donne à 300 K environ 0,5 R, soit 4 J/(mol·K), loin de Dulong et Petit. La valeur mesurée à 298 K est pourtant de 6,1 J/(mol·K), soit 0,74 R : le calcul la sous-estime d'un tiers environ ; le plomb (ThetaD = 105 K) y est déjà à 99 %. La température de Debye d'un cristal réel, ajustée à basse température, n'est qu'une échelle : elle ne reproduit pas la courbe entière, et pour le diamant l'écart se compte en dizaines de pour cent.
Appuis
- Wikipédia, « Debye model » — fréquence de coupure en fonction de la densité d'atomes et de la vitesse moyenne (3/barv^3 = 1/cL^3 + 2/cT^3), loi en T^3 avec 12π^4/5, retour à Dulong et Petit, températures de Debye tabulées (Al 428 K, Cu 343 K, Pb 105 K, diamant 2 230 K).
- HyperPhysics, « Debye model » — limites haute et basse température, accord de la loi en T³ avec les isolants.
- P. Debye (1912), « Zur Theorie der spezifischen Wärmen », Ann. Phys. 344 (39), 789–839, doi:10.1002/andp.19123441404 ; A. Einstein (1907), « Die Plancksche Theorie der Strahlung und die Theorie der spezifischen Wärme », Ann. Phys. 327 (22), 180–190, doi:10.1002/andp.19063270110.
- Evident (Olympus), « Sound velocities in materials » — vitesse longitudinale du cuivre, 4 660 m/s.
- NIST Chemistry WebBook, diamant — capacité calorifique mesurée à 298,15 K : 6,115 J/(mol·K).
- TU Delft, Open Solid State Notes — « Debye model » — Einstein exponentiellement petit à basse température, Debye en T³ plus proche des mesures ; coupure à 3N modes ; seuls les modes tels que ħω ≲ k_BT sont excités.
En profondeur Ce que fait un phonon : quasi-impulsion, collisions, lumière, électrons, qubits ≈ 4 min
Le phonon est le quantum d'un mode de vibration ; la clé sur le phonon montre pourquoi une note de piano n'en a pas besoin. Ce bloc suit le phonon dans un cristal réel, face à la lumière, aux électrons, et dans les laboratoires d'acoustique quantique.
Une quasi-particule, pas une bille. Un phonon porte une énergie hbarω et un nombre d'onde k. On lui associe une quantité hbar k, appelée quasi-impulsion ou impulsion cristalline. Ce n'est pas une impulsion mécanique ordinaire : dans un réseau périodique, deux nombres d'onde qui diffèrent de 2π/a décrivent le même mouvement des atomes, et la quasi-impulsion n'est définie qu'à ce multiple près. Un phonon n'est pas localisé sur un atome : il appartient à un mode, étendu à tout le cristal.
Des collisions qui font la résistance thermique. Dans un cristal parfaitement harmonique, les modes sont indépendants : un phonon lancé ne perd jamais son énergie au profit d'un autre, et la chaleur circulerait sans frein, limitée seulement par les défauts et les bords. Ce sont les termes anharmoniques, les écarts à la loi de Hooke, qui couplent les modes : deux phonons fusionnent en un troisième, ou un phonon se scinde en deux. L'énergie est conservée ; la quasi-impulsion aussi, à 2π/a près. Rudolf Peierls a distingué en 1929 deux cas. Dans les processus normaux, la somme des nombres d'onde reste dans la zone de Brillouin : l'impulsion totale du gaz de phonons est conservée, et le flux de chaleur n'est pas freiné. Dans les processus Umklapp (de l'allemand umklappen, « basculer »), la somme sort de la zone et y est ramenée en changeant de sens : ce sont eux qui créent la résistance thermique. Ils demandent des phonons de grand nombre d'onde, donc énergétiques : à haute température, ils dominent et la conductivité d'un cristal pur décroît à peu près comme 1/T ; quand on refroidit, ils se raréfient.
Voir les phonons avec de la lumière et des neutrons. Un photon qui traverse un cristal peut créer ou absorber un phonon et repartir avec une fréquence décalée. Mais son nombre d'onde est minuscule à l'échelle du réseau : à 500 nm dans un milieu d'indice 1,5, k = 2π n/λ ≈ 1,9×10^7 m⁻¹, contre π/a ≈ 10^10 m⁻¹ au bord de zone pour a = 0,3 nm, soit environ cinq cents fois moins. La lumière ne voit donc que les phonons du centre de la zone : les phonons acoustiques de grande longueur d'onde, en diffusion Brillouin, avec un décalage qui vaut au plus 2nv/λ ; les phonons optiques, en diffusion Raman. Avec n ≈ 1,5, v ≈ 5 km/s et λ = 0,5 µm, ce décalage est d'environ 30 GHz. Pour parcourir toute la relation de dispersion, jusqu'au bord de zone, il faut une sonde dont la longueur d'onde est de l'ordre de l'écart entre atomes et dont l'énergie est comparable à celle d'un phonon : les neutrons lents. La spectroscopie de neutrons, avec le spectromètre à trois axes, a permis de mesurer les courbes de dispersion des cristaux réels.
Les électrons aussi échangent des phonons. Un électron qui traverse un métal déforme légèrement le réseau d'ions ; cette déformation peut attirer un second électron. C'est l'interaction électron–phonon, qui contribue aussi à la résistance électrique des métaux. Il est aussi au cœur de la théorie de la supraconductivité de Bardeen, Cooper et Schrieffer. Un indice l'avait annoncé : la température critique du mercure dépend de la masse de ses isotopes, comme la fréquence des vibrations du réseau.
Pourquoi l'acoustique quantique a besoin d'un qubit. Un mode mécanique idéal est un oscillateur harmonique : ses niveaux sont équidistants, et une force classique les excite tous ensemble, en produisant un état qui ressemble à une vibration classique. Pour créer exactement un phonon, il faut un système non linéaire, dont une seule transition est accordée sur le mode. C'est le rôle du qubit supraconducteur : couplé par piézoélectricité à un résonateur acoustique de volume ou de surface, il échange avec lui un quantum à la fois, puis sert à lire l'état obtenu. Il faut en plus des gigahertz et quelques centièmes de kelvin, pour que l'agitation thermique ne peuple pas le mode. Un canal de 2 mm, parcouru en 500 ns par le son de surface, suffit alors à transférer un état quantique d'un qubit à un autre.
Appuis
- Wikipédia, « Umklapp scattering » — processus normaux et Umklapp, quasi-impulsion qui n'est pas une vraie impulsion, conductivité en 1/T à haute température ; R. Peierls (1929), « Zur kinetischen Theorie der Wärmeleitung in Kristallen », Ann. Phys. 395 (3), 1055–1101, doi:10.1002/andp.19293950803.
- NobelPrize.org, prix Nobel de physique 1994, communiqué — les neutrons créent ou absorbent des phonons ; spectromètre à trois axes de Brockhouse.
- E. Maxwell (1950), « Isotope effect in the superconductivity of mercury », Phys. Rev. 78, 477, doi:10.1103/PhysRev.78.477 ; J. Bardeen, L. N. Cooper, J. R. Schrieffer (1957), « Theory of superconductivity », Phys. Rev. 108, 1175–1204, doi:10.1103/PhysRev.108.1175.
- K. J. Satzinger et coll. (2018), « Quantum control of surface acoustic-wave phonons », Nature 563, 661–665, doi:10.1038/s41586-018-0719-5 ; Y. Chu et coll. (2017), « Quantum acoustics with superconducting qubits », Science 358, 199–202, doi:10.1126/science.aao1511 — réponse très linéaire des résonateurs mécaniques, couplage piézoélectrique à un qubit, contrôle au niveau du quantum unique.
- A. Bienfait et coll. (2019), « Phonon-mediated quantum state transfer and remote qubit entanglement », Science 364, 368–371, doi:10.1126/science.aaw8415 — canal acoustique de 2 mm, soit 500 ns de retard.
Acte IX · chapitre 32
Le son et l’espace — ce qu’on peut dire sans mentir
Phrase à graver. Dans le vide interplanétaire, une onde de pression audible humaine ne se propage pas : densité trop faible, libre parcours moyen des molécules trop grand. « Dans l’espace, personne ne vous entend crier » est physiquement correct pour un cri. En revanche l’espace n’est pas un silence ontologique : il est plein d’ondes qui ne sont pas du son d’air.
Ce qui voyage vraiment
- Ondes électromagnétiques (lumière, radio).
- Ondes de plasma / ondes cyclotron / whistlers.
- Ondes de choc (vent solaire, héliopause).
- Ondes gravitationnelles (LIGO, 14 septembre 2015, GW150914).
- Dans un amas de galaxies, le gaz intra-amas est un milieu : de vraies ondes de pression peuvent y exister, à des périodes de millions d’années.
En profondeur Le vide n'est pas vide — milieu par milieu, quelles ondes de pression existent ≈ 4 min
Le chapitre liste ce qui voyage dans l'espace sans être du son d'air. Reste à dire, milieu par milieu, si une onde de pression peut y exister et à quelle échelle. La réponse dépend de trois propriétés : la densité, la fréquence des collisions entre particules, et ce qui joue le rôle de ressort.
Là où il y a de l'air. Dans une station spatiale ou une combinaison pressurisée, l'acoustique est celle de la Terre : même célérité, mêmes décibels. Entre deux astronautes en combinaison, aucune onde ne traverse le vide qui les sépare ; en revanche, deux casques mis en contact transmettent une vibration par le solide, comme un stéthoscope. Le son passe alors par la matière du casque, pas par l'espace.
Sur les autres planètes. Une atmosphère suffit. Sur Mars, la pression moyenne au sol est d'environ 6 hPa, moins de 1 % de la pression terrestre, dans une atmosphère de CO₂. Les microphones du rover Perseverance ont montré en 2022 que le son y va à environ 240 m/s, avec deux célérités séparées d'une dizaine de mètres par seconde en dessous et au-dessus de 240 Hz. La cause est la relaxation des vibrations internes des molécules de CO₂ : à basse pression, elles n'ont pas le temps d'échanger leur énergie avec la translation au rythme d'une onde aiguë, et le gaz répond différemment selon la fréquence. Les aigus y sont aussi très vite absorbés. Sur Vénus, à 92 bars de CO₂ au sol, le milieu est au contraire dense et conduit bien le son. « Dans l'espace, pas de son » signifie : pas dans le vide entre les corps, pas « nulle part hors de la Terre ».
Dans le vent solaire. Quelques particules par centimètre cube, presque sans collisions (voir l'analyse mathématique). Aucune onde audible n'y est portée par des chocs entre particules. Pourtant, à grande échelle, ce plasma se comporte comme un fluide : le champ magnétique qu'il transporte et les interactions électriques collectives lient les particules entre elles sans qu'elles se heurtent. Il possède donc des ondes de compression, dites magnétosonores, dont le ressort combine la pression du gaz et celle du champ magnétique, avec, pour les fluctuations de compression observées près de la Terre, des périodes allant de la dizaine de secondes à quelques dizaines de minutes (beaucoup de ces fluctuations sont d'ailleurs des structures non propagatives, en équilibre de pression). Il possède aussi des chocs. Le vent solaire sort du Soleil à plusieurs centaines de km/s, bien plus vite que ses ondes de compression, qui vont à quelques dizaines de km/s : il est supersonique. Devant chaque planète magnétisée, il forme une onde de choc en arc, comme l'air devant un avion supersonique. Loin du Soleil, il doit ralentir brutalement : c'est le choc terminal, que Voyager 1 a franchi le 16 décembre 2004 et Voyager 2 le 30 août 2007. Ce sont des fronts de compression réels, mais sans collisions.
Dans le gaz des amas de galaxies. Là, le libre parcours moyen est plus court que les structures observées, et le gaz se traite comme un fluide ordinaire. Les rides de Persée sont interprétées comme des ondes sonores et de faibles chocs, émis quand les jets du trou noir central gonflent des bulles de plasma. Une question reste ouverte : la dissipation de ces ondes, par viscosité ou conduction, pourrait-elle chauffer le gaz assez pour compenser ce qu'il perd en rayonnant ? Les observations de Chandra le rendent plausible ; la part exacte de ce chauffage reste discutée.
Hors de toute matière. Une onde gravitationnelle n'a besoin d'aucun milieu. Elle étire et comprime l'espace lui-même, perpendiculairement à sa direction de propagation. Ce qu'enregistre LIGO est une variation relative de longueur entre deux bras, de l'ordre de 10⁻²¹. Que cette variation passe par des fréquences audibles ne fait pas d'elle une pression.
Trois questions à poser devant tout « son de l'espace ». Quel milieu ? Quel ressort (collisions, pression magnétique, force électrique, gravité) ? Quel capteur, et quelle transformation avant le haut-parleur ? Une onde de pression exige un milieu, une onde de plasma des charges libres, une sonification un simple fichier de données : la même oreille entend les trois, d'où l'obligation de nommer la chaîne.
Appuis
- Maurice S. et al. (2022), « In situ recording of Mars soundscape », Nature 605, 653–658, doi:10.1038/s41586-022-04679-0 — deux célérités séparées d'environ 10 m/s de part et d'autre de 240 Hz, forte atténuation par relaxation vibrationnelle du CO₂.
- NASA, fiches Mars et Vénus (NSSDC) — pression au sol martienne de 6,36 mbar en moyenne ; Vénus : 92 bars (fiche Vénus).
- NASA, mission Voyager 1 et Voyager 2 — franchissement du choc terminal le 16 décembre 2004 et le 30 août 2007.
- Fabian A.C. et al. (2006), « A very deep Chandra observation of the Perseus cluster: shocks, ripples and conduction », MNRAS 366, 417–428, doi:10.1111/j.1365-2966.2005.09896.x — ondes sonores et chocs faibles autour des bulles, rôle possible de leur dissipation dans le chauffage du gaz.
- Howes G.G. et al. (2012) et Yao S. et al. (2011), études des fluctuations compressives du vent solaire à 1 unité astronomique — périodes de l'ordre de 10 s à quelques dizaines de minutes ; DOI non vérifié.
- Abbott B.P. et al. (2016), « Observation of gravitational waves from a binary black hole merger », Physical Review Letters 116, 061102, doi:10.1103/PhysRevLett.116.061102 — variation relative de longueur de l'ordre de 10⁻²¹, signal de 35 à 250 Hz.
Voyager et Don Gurnett
Instrument PWS (Plasma Wave Subsystem), Université de l’Iowa, PI Frederick Scarf puis, dès 1988, Donald Gurnett. Voyager 1 croise l’héliopause en août 2012 (confirmé par les oscillations de plasma). À l’intérieur de l’héliosphère : tons de quelques centaines de hertz (~300–400 Hz). Dehors : 2–3 kHz, plasma interstellaire plus dense. Ce ne sont pas des micros. Ce sont des antennes qui mesurent des oscillations d’électrons à des fréquences déjà audio : on peut envoyer le signal dans un haut-parleur sans le transposer. La NASA décrit le signal et sa conversion ; archives : space-audio.org (UIowa).
Voyager 1 & 2 avaient déjà « écouté » Jupiter et Saturne (whistlers d’éclairs joviens, mars 1979 — l’une des deux premières preuves d’éclairs sur Jupiter, avec les images de nuit du même survol). Cassini : foudre de Saturne et radiation kilométrique saturnienne. La formule imagée « grêle des anneaux », non rattachée ici à une mesure instrumentale précise, reste dans le registre documentaire.
Golden Record
Voyager Golden Record (1977, comité Sagan) : salutations, musique (Bach, Chuck Berry, chant de baleine…), diagramme de la platine. Le son humain quitte le Système solaire comme artefact, pas comme onde qui traverse le vide.
Histoire & sources De la montre de Boyle au si bémol de Persée — comment l'espace a été « écouté » ≈ 4 min
Le chapitre place côte à côte un disque gravé, une onde de pression dans un amas de galaxies et un signal d'onde gravitationnelle. L'histoire de ces trois objets montre la même tension, qui dure depuis trois siècles et demi : établir que le vide ne porte pas le son, puis trouver quand même des moyens d'entendre ce qui s'y passe.
1660 : le vide éteint le tic-tac. Dans ses New Experiments Physico-Mechanicall, Touching the Spring of the Air, Robert Boyle décrit, parmi les expériences faites avec la pompe construite avec Robert Hooke, une montre suspendue par un fil dans un récipient de verre. À mesure qu'on pompe l'air, le tic-tac s'affaiblit jusqu'à devenir inaudible ; il revient quand on laisse rentrer l'air. Avec une cloche frappée, Boyle n'obtient qu'un son assourdi, probablement parce que la vibration passe encore par le support. La conclusion, que le son exige un milieu, vaut toujours ; l'expérience rappelle aussi qu'un solide en contact suffit à transmettre une vibration (voir le chapitre XVIIe siècle).
1977 : envoyer le son comme objet. Le disque d'or des Voyager ne compte pas sur la propagation : il transporte les ondes sous forme de sillon gravé, à lire avec une aiguille dont le mode d'emploi est gravé sur la couverture. Le contenu a été choisi pour la NASA par un comité présidé par Carl Sagan (Université Cornell) : 115 images codées en analogique, des salutations en 55 langues, des bruits de la Terre (vent, tonnerre, oiseaux, baleines) et environ 90 minutes de musique. Voyager 2 part le 20 août 1977, Voyager 1 le 5 septembre. Le sillon est une trace de forme d'onde, comme celle du phonautographe : tant que personne ne le lit, aucun son n'existe.
1979 : une phrase de cinéma. L'affiche du film Alien porte le slogan « In space no one can hear you scream », écrit par Barbara Gips. Exacte pour un cri, elle a pu faire croire que l'espace ne contient aucune onde. La même année, les récepteurs d'ondes de plasma des Voyager captent à Jupiter des signaux audibles (voir le portrait de Donald Gurnett).
2003 : une vraie onde de pression, et une note calculée. Andrew Fabian, Jeremy Sanders et leurs collègues publient dans les Monthly Notices of the Royal Astronomical Society une observation profonde du cœur de l'amas de Persée par le satellite Chandra. Ils y voient des rides concentriques dans le gaz chaud, espacées d'environ 11 kpc, qu'ils interprètent comme des ondes sonores émises par les bulles que gonflent les jets du trou noir central. L'article ne parle ni de note ni d'octave. C'est pour le communiqué du Chandra X-ray Center, en septembre 2003, que Peter Edmonds convertit la période en musique : un si bémol, formulé « 57 octaves sous le do médian » dans le communiqué et « plus de 56 octaves » dans la lettre d'information du centre. Les deux formulations désignent la même fréquence, environ 3 × 10⁻¹⁵ Hz (calcul détaillé).
2016 : le chirp. Le 11 février 2016, la collaboration LIGO–Virgo annonce la détection, le 14 septembre 2015, de GW150914 : deux trous noirs d'environ 36 et 29 masses solaires qui fusionnent. Le signal monte de 35 à 150 Hz en huit cycles environ, sur 0,2 s, puis culmine vers 250 Hz à la fusion. La collaboration diffuse aussi une version audio : la forme d'onde, envoyée dans un haut-parleur, donne un « chirp » qui monte en hauteur et en intensité. Ce qu'on entend est un signal de détecteur rendu audible, pas une onde de pression venue des trous noirs.
2022 : la sonification assumée. Le 4 mai 2022, le Chandra X-ray Center publie une sonification de Persée réalisée par Kimberly Arcand, avec Matt Russo et Andrew Santaguida (SYSTEM Sounds). Les ondes mesurées sont remontées de 57 et 58 octaves. La page le dit explicitement, ce qui en fait un bon exemple de ce que le chapitre demande : annoncer la transformation avant l'écoute.
Ces jalons séparent peu à peu trois objets : l'onde de pression, qui exige un milieu ; le signal d'un capteur, qu'on peut rendre audible ; la transformation, qui doit être dite.
Appuis
- West J.B. (2005), « Robert Boyle's landmark book of 1660 with the first experiments on rarified air », Journal of Applied Physiology 98, 31–39, doi:10.1152/japplphysiol.00759.2004 — la montre suspendue dans le récipient vidé, le son assourdi de la cloche.
- NASA Science, contenu du disque d'or — comité présidé par Carl Sagan, 115 images, sons de la Terre, 90 minutes de musique.
- Fabian A.C. et al. (2003), MNRAS 344, L43–L47, doi:10.1046/j.1365-8711.2003.06902.x — rides d'environ 11 kpc, ondes sonores dans le gaz de Persée.
- Chandra X-ray Center, lettre d'information n° 32 et sonification de 2022 — note déterminée par Peter Edmonds ; transposition de 57 et 58 octaves, équipe Arcand, Russo, Santaguida.
- Abbott B.P. et al. (2016), Physical Review Letters 116, 061102, doi:10.1103/PhysRevLett.116.061102 — détection du 14 septembre 2015, masses, montée de 35 à 150 Hz en 0,2 s ; page GW150914 de la collaboration LIGO — version audio, le « chirp ».
Persée — le si bémol le plus grave de l’univers observé
2003, Chandra X-ray Observatory : ondulations dans le gaz chaud de l’amas de Persée, à environ 250 millions d’années-lumière, autour du trou noir supermassif central. Ce sont de vraies ondes de pression dans un gaz. La fondamentale traduite en note : si bémol, 57 octaves sous le do médian (Chandra, 2003). Inaudible. En 2022, la NASA publie une sonification : on remonte le signal de 57 et 58 octaves (facteurs 144×10¹⁵ et 288×10¹⁵) pour le rendre audible. Distinguer : 2003 = découverte d’une onde réelle ; 2022 = arrangement pour l’oreille.
L'analyse mathématique Combien de vide faut-il pour éteindre un son ? Et combien d'octaves pour entendre Persée ? 3 formules · ≈ 8 min
Le chapitre dit que le vide interplanétaire ne porte pas un cri parce que la densité est trop faible et le libre parcours moyen trop grand, alors que le gaz de l'amas de Persée porte de vraies ondes de pression. Les deux affirmations se chiffrent avec un critère et une formule ; une troisième relation dit ensuite de combien il faut transposer Persée pour l'entendre.
Le critère. Une onde sonore ordinaire suppose que le gaz se comporte comme un fluide continu : chaque petite tranche comprimée doit pousser sa voisine par des collisions. Il faut donc que les molécules se heurtent de nombreuses fois sur une longueur d'onde. On compare la distance moyenne parcourue entre deux collisions, le libre parcours moyen, à la longueur d'onde.
Se lit« K n égale l sur lambda, égale l f sur c s, très petit devant un »Kn se lit « K n », nombre de Knudsen, sans unité. Le ℓ est un l cursif, pour ne pas le confondre avec le chiffre un. cs se dit « c s » : la célérité du son, pas la vitesse de la lumière. Le signe ≪ se lit « très petit devant ».
Ce qu’elle dit
Le son se propage comme dans l'air ordinaire tant que la longueur d'onde est bien plus grande que le trajet d'une molécule entre deux chocs. Plus la fréquence monte, plus la longueur d'onde raccourcit et plus la condition devient difficile à remplir. Quand Kn approche de un, la célérité et l'atténuation s'écartent de la théorie classique et l'onde s'éteint en quelques longueurs d'onde.
Les symboles. Survolez la formule ou un symbole.
- Kn nombre de Knudsen : libre parcours moyen rapporté à la longueur d'onde sans unité ≈ 2 × 10⁻⁷ pour un son de 1 kHz dans l'air
- ℓ libre parcours moyen des particules du gaz mètre (m) ≈ 66 nm dans l'air à 20 °C et 1 atm
- λ longueur d'onde du son mètre (m) 0,34 m à 1 kHz dans l'air
- f fréquence de l'onde hertz (Hz)
- cs célérité du son dans le milieu mètre par seconde (m/s) ≈ 343 m/s dans l'air à 20 °C
Dans l'air (calcul pour ce dossier). À 20 °C et 1 atm, l'air compte n≈2,5×10^25 molécules par mètre cube. Avec un diamètre moléculaire effectif de 0,37 nm, le modèle des sphères dures ℓ = 1/(√2 n σ) donne environ 66 nm, en accord avec les 65 à 68 nm des tables. Un son de 1 kHz a une longueur d'onde de 0,34 m : Kn≈2×10^-7. L'air est un milieu continu de très loin.
Dans un plasma. Dans un gaz entièrement ionisé, les collisions sont des déviations électriques à distance ; leur efficacité baisse vite quand la température monte. Sarazin a mis la formule de Spitzer sous une forme pratique.
Se lit« l e environ égal à l zéro, fois T sur T zéro au carré, fois n e sur n zéro puissance moins un »L'indice e désigne les électrons ; ions et électrons ont le même libre parcours si leurs températures sont égales. ℓ0, T0 et n0 se disent « l zéro », « T zéro », « n zéro » : des valeurs de référence qui fixent l'échelle. La puissance moins un se lit aussi « divisé par ».
Ce qu’elle dit
Le libre parcours moyen croît comme le carré de la température, parce que des particules rapides sont moins déviées, et décroît comme l'inverse de la densité, parce qu'elles croisent plus de partenaires. Un plasma chaud et ténu est donc presque sans collisions. La formule suppose des vitesses distribuées selon Maxwell et ignore le champ magnétique, qui peut rendre le plasma plus « fluide » que ne le disent les collisions seules.
Les symboles. Survolez la formule ou un symbole.
- ℓe libre parcours moyen coulombien des électrons (et des ions) mètre (m) ou kiloparsec (kpc)
- ℓ0 longueur de référence de la formule kiloparsec (kpc) 23 kpc, soit ≈ 7,1 × 10²⁰ m
- T température du gaz ionisé kelvin (K)
- T0 température de référence kelvin (K) 10⁸ K
- ne densité électronique par centimètre cube (cm⁻³)
- n0 densité de référence par centimètre cube (cm⁻³) 10⁻³ cm⁻³
Dans le vent solaire (calcul pour ce dossier). À une unité astronomique du Soleil : T≈10^5 K et ne≈5 cm⁻³. Le calcul donne 23 kpc×(10^-3)^2×(5×10^3)^-1≈4,6×10^-9 kpc, soit 1,4×10^11 m : environ une unité astronomique entre deux collisions, ce que confirment les mesures. La célérité d'une onde de compression y vaut une cinquantaine de km/s (gaz de protons et d'électrons à 10^5 K, exposant 5/3). Un son de 1 kHz aurait une longueur d'onde d'environ 50 m, et un nombre de Knudsen de l'ordre de 3×10^9. Pour que Kn tombe à un, il faudrait une période d'environ un mois. Même avec le libre parcours « effectif » de 4×10^5 km que le champ magnétique et les instabilités imposent au plasma, la période minimale serait d'environ deux heures. Aucune note audible.
Dans le cœur de Persée (calcul pour ce dossier). L'article de 2003 prend un gaz à 5 keV, soit 5,8×10^7 K, et une densité de 0,03 cm⁻³. Le calcul donne 23×0,58^2/30≈0,26 kpc, quarante fois moins que l'espacement des rides observées : Kn≈0,02. Le gaz y est un fluide, et la pression peut s'y propager comme un son.
La note de Persée. L'onde est lente parce que sa longueur est immense. On la ramène à une fréquence, puis on compte les doublements qu'il faut pour l'amener à l'oreille.
Se lit« tau égale lambda sur c s ; f égale un sur tau ; N égale log base deux de f j sur f »τ se dit « tau » : la période. log₂ se dit « log base deux » : il compte combien de fois il faut doubler f pour atteindre fj (« f j », la fréquence jouée). Chaque doublement est une octave.
Ce qu’elle dit
La période est le temps que met l'onde à parcourir sa propre longueur. Une octave vers le haut multiplie la fréquence par deux ; N octaves la multiplient par deux puissance N. La transposition change la hauteur sans changer le rapport entre deux fréquences : elle conserve les intervalles, pas la durée réelle du phénomène.
Les symboles. Survolez la formule ou un symbole.
- τ période de l'onde seconde (s) ≈ 3 × 10¹⁴ s, soit une dizaine de millions d'années, pour Persée
- λ longueur d'onde : ici l'espacement des rides de pression mètre (m) ≈ 11 kpc pour Persée
- cs célérité du son dans le gaz de l'amas mètre par seconde (m/s) ≈ 1 170 km/s pour un gaz à 5 keV, en hypothèse adiabatique
- f fréquence réelle de l'onde hertz (Hz) ≈ 3,4 × 10⁻¹⁵ Hz pour Persée
- N nombre d'octaves de la transposition sans unité 57 ou 58 dans la sonification de 2022 ; ≈ 56,1 depuis le do médian
- fj fréquence jouée après transposition hertz (Hz)
- log2 logarithme de base deux : nombre de doublements sans unité
Exemple chiffré (calcul pour ce dossier). λ≈11 kpc =3,4×10^20 m et cs≈1,17×10^6 m/s donnent τ≈2,9×10^14 s, soit 9,2 millions d'années ; l'article arrondit à 9,6 millions. D'où f≈3,4×10^-15 Hz (3,3 avec les 9,6 millions d'années de l'article). Multiplier par 2^57≈1,44×10^17 donne environ 497 Hz, un peu plus d'un demi-ton au-dessus du Si♭4 (466 Hz), lui-même à dix demi-tons au-dessus du do médian ; par 2^58, environ 993 Hz. Avec la période de l'article, on trouverait 476 Hz et 951 Hz : la hauteur exacte dépend de l'arrondi, à un demi-ton près. Le si bémol le plus proche du do médian est le Si♭3 (233 Hz) : 2^56f≈248 Hz (238 Hz avec la période de l'article). Rapporté au do médian lui-même (261,6 Hz), l'écart est de log2(261,6/3,45×10^-15)≈56,1 octaves : les publications de Chandra disent tantôt « 57 octaves », tantôt « plus de 56 » ; « 57 » est un arrondi de communiqué.
Une réserve sur la célérité. Ce calcul suppose une onde adiabatique. Si les rides sont des ondes sonores isothermes, comme l'envisagent Fabian et ses collègues en 2006, la célérité tombe vers 900 km/s, la période monte vers 12 millions d'années et la note descend d'environ quatre demi-tons : la « note de Persée » est indicative, à un intervalle près.
Appuis
- Fabian A.C., Sanders J.S., Allen S.W., Crawford C.S. et al. (2003), « A deep Chandra observation of the Perseus cluster: shocks and ripples », MNRAS 344, L43–L47, doi:10.1046/j.1365-8711.2003.06902.x (arXiv) — rides d'environ 11 kpc, célérité d'environ 1 170 km/s à 5 keV, période d'environ 9,6 millions d'années, densité 0,03 cm⁻³.
- C. Sarazin, X-ray Emission from Clusters of Galaxies, §5.4.1 (NED) — libre parcours moyen coulombien ≈ 23 kpc (T/10^8 K)^2(ne/10^-3 cm^-3)^-1 ; le gaz intra-amas traité comme un fluide collisionnel.
- Fabian A.C. et al. (2006), « A very deep Chandra observation of the Perseus cluster: shocks, ripples and conduction », MNRAS 366, 417–428, doi:10.1111/j.1365-2966.2005.09896.x (arXiv) — identification des rides à des ondes sonores isothermes (c ≈ 900 km/s, période ≈ 12 millions d'années).
- Coburn J.T., Chen C.H.K., Squire J. (2022), « A measurement of the effective mean free path of solar wind protons », Journal of Plasma Physics 88, doi:10.1017/S0022377822000836 (arXiv) — libre parcours collisionnel de l'ordre de l'unité astronomique près de la Terre, libre parcours effectif de 4,35 × 10⁵ km.
- Chandra X-ray Center, communiqué de 2003, lettre n° 32 du Chandra X-ray Center et sonification de 2022 — un si bémol « 57 octaves sous le do médian » (« plus de 56 » dans la lettre n° 32) ; transposition de 57 et 58 octaves, facteurs 144 et 288 millions de milliards.
- Greenspan M. (1956), « Propagation of sound in five monatomic gases », JASA 28, 644–648, doi:10.1121/1.1908432 — mesures à basse pression montrant l'écart à l'acoustique classique quand la fréquence approche la fréquence de collision.
LIGO — le « chirp »
GW150914 : coalescence de deux trous noirs ~29 et ~36 masses solaires, 1,3 milliard d’années-lumière. L’onde gravitationnelle n’est pas un son. Sa fréquence monte dans la bande audio pendant une fraction de seconde : on peut la jouer telle quelle, puis transposée. C’est le chirp. Ce n’est pas de la vulgarisation facultative : la forme d’onde encode les masses.
Héliosismologie et « musique » stellaire
Le Soleil vibre (modes p, missions SOHO, SDO, BiSON, GONG). Astérosismologie : CoRoT, Kepler, TESS. Encore une fois : modes de pression dans un fluide stellaire, puis sonification optionnelle.
Acte IX · portrait
Portrait III — Donald Gurnett (1940–2022) et l’écoute hors de l’air
Ce que ce retour ajoute. Voyager a déjà introduit le signal. Le portrait montre comment une variation de fréquence devient un indice sur le milieu traversé. Suivre la chaîne antenne → oscillation mesurée → fréquence → densité déduite, puis revenir seulement aux détails de mission.
James Van Allen Professor, Université de l’Iowa. Pas un compositeur. Un physicien des plasmas qui a décidé d’envoyer les données dans un haut-parleur parce que l’oreille est un détecteur de motifs plus rapide qu’un écran de 1979.
Pourquoi l’Iowa
L’école Van Allen construit des instruments de champs et de particules. Gurnett hérite de cette culture : une antenne longue, un récepteur, une bande qui tombe — hasard fécond — dans l’audio. Les whistlers terrestres (éclairs dont l’onde EM se disperse dans la magnétosphère et descend en sifflement) étaient déjà écoutés depuis les années 1950. Gurnett emporte l’oreille plus loin.
1979 — Jupiter
Voyager 1 passe Io. Au casque : sifflements. Gurnett y reconnaît des whistlers. Conclusion : il y a des éclairs dans l’atmosphère de Jupiter. Les whistlers apportent une preuve complémentaire aux images d’éclairs du même survol ; ne pas fabriquer une priorité entre les deux observations. C’est le même geste que Laennec, déplacé sur une géante gazeuse.
2012–2013 — milieu interstellaire
Instrument PWS. Oscillations d’électrons. À l’intérieur de l’héliosphère : ~300 Hz. Dehors : 2–3 kHz. La densité du plasma commande la fréquence propre. Deux orages de plasma, oct–nov 2012 et avr–mai 2013, excitent le milieu et rendent la transition lisible. On extrapole : la traversée date d’août 2012.
L'analyse mathématique Fréquence plasma (proportionnalité) 1 formule · ≈ 1 min
Se lit« f p e proportionnelle à racine de n e »fpe se dit « f p e » : fréquence plasma des électrons. ∝ se dit « proportionnel à ». ne se dit « n e » : le nombre d'électrons par centimètre cube.
Ce qu’elle dit
Une fréquence de plasma plus élevée indique ici une densité électronique plus grande. Le symbole ∝ signifie « proportionnel à ». Avec cette relation, multiplier la fréquence par deux correspond à multiplier la densité par quatre.
Les symboles. Survolez la formule ou un symbole.
- fpe fréquence plasma des électrons : fréquence propre d'oscillation collective des électrons d'un plasma hertz (Hz) ≈ 300 Hz dans l'héliosphère, 2 à 3 kHz dans le milieu interstellaire (Voyager 1)
- ne densité électronique : nombre d'électrons libres par unité de volume électron par mètre cube (m⁻³) la forme pratique fpe ≈ 8,98 kHz×√ne prend ne en électrons par cm³
Hausse de hauteur = hausse de densité électronique. Ce n’est pas une métaphore. C’est une mesure.
L'analyse mathématique D'où vient la racine de la densité, et pourquoi un sifflement descend 2 formules · ≈ 7 min
Le portrait affirme que la fréquence d'oscillation du plasma croît comme la racine de la densité électronique. Cette loi n'a rien d'empirique : elle sort d'un bilan de forces sur une couche d'électrons, en trois lignes. Le même raisonnement, poussé un cran plus loin, explique aussi pourquoi les whistlers que Gurnett a entendus à Jupiter sont des sons qui descendent.
Le modèle. On prend un plasma neutre et froid : des ions immobiles (trop lourds pour suivre), des électrons de densité ne. On déplace d'un seul bloc une tranche d'électrons d'une petite distance x. D'un côté apparaît un excès d'électrons, de l'autre un excès d'ions : c'est un condensateur plan, dont la charge surfacique vaut ne e x. Le théorème de Gauss donne le champ entre les deux feuilles, E = ne e x/ε0. Ce champ tire les électrons vers leur position d'équilibre, avec une force proportionnelle au déplacement : c'est un ressort.
Se lit« m e fois x point point égale moins n e e deux sur epsilon zéro, fois x ; donc oméga p e au carré égale n e e deux sur epsilon zéro m e »ẍ se dit « x point point » : la dérivée seconde du déplacement par rapport au temps, c'est-à-dire l'accélération. ε0 se dit « epsilon zéro ». ωpe se dit « oméga p e » : c'est une pulsation, en radians par seconde ; la fréquence se lit en divisant par 2π. Le e de la charge n'est pas l'exponentielle.
Ce qu’elle dit
La force de rappel vient seulement de la séparation des charges ; elle est proportionnelle au déplacement, donc le mouvement est une oscillation harmonique. Sa raideur est proportionnelle à la densité, sa masse est celle d'un électron : la pulsation au carré suit la densité, la fréquence en suit la racine. La longueur d'onde n'intervient pas : dans ce modèle froid, toute la couche oscille à la même fréquence sans que l'oscillation se propage.
Les symboles. Survolez la formule ou un symbole.
- me masse de l'électron kilogramme (kg) 9,109 × 10⁻³¹ kg
- ddotx accélération de la couche d'électrons mètre par seconde carrée (m/s²)
- x déplacement de la couche d'électrons par rapport à l'équilibre mètre (m)
- ne densité électronique : nombre d'électrons par unité de volume par mètre cube (m⁻³) 0,08 cm⁻³ = 8 × 10⁴ m⁻³ au-delà de l'héliopause
- e charge élémentaire, en valeur absolue coulomb (C) 1,602 × 10⁻¹⁹ C
- ε0 permittivité du vide farad par mètre (F/m) 8,854 × 10⁻¹² F/m
- ωpe pulsation plasma électronique, 2π fpe radian par seconde (rad/s)
Exemple chiffré (calcul pour ce dossier). Avec les constantes ci-dessus, e^2/(ε0 me) ≈ 3,18×10^3 m³/s². Pour ne = 8×10^4 m⁻³ (0,08 électron par centimètre cube), ωpe^2 ≈ 2,5×10^8 s⁻², ωpe≈1,6×10^4 rad/s, soit une fréquence d'environ 2,5 kHz : exactement la bande que Voyager 1 a relevée en 2013. Le champ en jeu est minuscule : un déplacement d'un mètre de la couche crée E = ne e x/ε0 ≈ 1,4 mV/m. La formule complète, avec le coefficient pratique de 8,98 kHz, se trouve au chapitre astronomie.
La lecture inverse. Puisque ne ∝ fpe^2, un rapport de fréquences se lit comme le carré d'un rapport de densités. Passer d'environ 0,3–0,4 kHz dans l'héliogaine (0,0012 à 0,002 cm⁻³) à 2,6 kHz au-dehors (≈ 0,08 cm⁻³), c'est multiplier la fréquence par 6,5 à 8,7 et la densité par 40 à 70 environ ; avec 300 Hz exactement, 8,7^2 ≈ 75. Une erreur de 10 % sur la fréquence repérée devient une erreur d'environ 20 % sur la densité.
Un sifflement qui descend. Les whistlers ne sont pas des oscillations de plasma sur place : ce sont des ondes électromagnétiques émises par un éclair, guidées le long du champ magnétique d'une planète. Dans ce mode, pour des fréquences f très inférieures à la gyrofréquence des électrons fce et dans un plasma dense (fpegg fce), l'indice de réfraction vaut à peu près √fpe^2/(f fce). On en tire une vitesse de groupe vg ∼eq 2c√f fce/fpe : les hautes fréquences vont plus vite. En sommant les temps de trajet le long de la ligne de champ, on obtient la loi de dispersion d'Eckersley.
Se lit« t de f environ égal à D sur racine de f ; D égale un sur deux c, fois l'intégrale de f p e sur racine de f c e, d s »D est la « dispersion », en secondes-racine (s^½) : un nombre qui résume tout le trajet. Le d s droit se dit « d s » : un petit bout de longueur le long de la ligne de champ. fce se dit « f c e » : gyrofréquence des électrons, fréquence de leur rotation autour du champ magnétique. Ici c est la vitesse de la lumière.
Ce qu’elle dit
Le retard d'arrivée d'une composante varie comme l'inverse de la racine de sa fréquence : les aigus arrivent d'abord, les graves ensuite, d'où un sifflement qui descend. Toute l'information sur le milieu traversé est condensée dans un seul nombre, D, qui grandit avec la densité du plasma et la longueur du trajet. La loi vaut loin sous la gyrofréquence ; plus près, le retard repasse par un minimum, vers le quart de la gyrofréquence dans ce modèle.
Les symboles. Survolez la formule ou un symbole.
- t retard d'arrivée d'une composante, compté depuis l'éclair seconde (s)
- f fréquence de la composante considérée hertz (Hz)
- D dispersion du whistler : constante qui résume le trajet seconde-racine (s^½) environ 10 à 25 s^½ selon des stations de basse latitude (Inde), davantage plus haut
- c vitesse de la lumière dans le vide mètre par seconde (m/s) ≈ 3,00 × 10⁸ m/s
- fpe fréquence plasma électronique le long du trajet hertz (Hz)
- fce gyrofréquence des électrons le long du trajet hertz (Hz)
- ds élément de longueur le long de la ligne de champ mètre (m)
Exemple chiffré (calcul pour ce dossier). Avec D = 20 s^½, ordre de grandeur d'un whistler terrestre de basse latitude (stations indiennes), la composante à 4 kHz arrive 20/√4000≈0,32 s après l'éclair, celle à 1 kHz après 20/√1000≈0,63 s. L'oreille entend donc, pendant environ un tiers de seconde, une note qui glisse de l'aigu vers le grave. Doubler la densité le long du trajet multiplie D, donc tous les retards, par √2.
Ce que le calcul suppose. Le modèle de la couche néglige l'agitation thermique : avec elle, l'oscillation se propage lentement et sa fréquence monte un peu avec le nombre d'onde (voir la clé des trois rappels). La loi d'Eckersley suppose une propagation guidée et un plasma dense ; elle ne dit rien de l'amplitude du signal.
Appuis
- NRL Plasma Formulary (2019) — fpe = 8,98×10^3 ne^1/2 Hz (ne en cm⁻³) et gyrofréquence électronique.
- R. Fitzpatrick, Plasma Physics, « Plasma Frequency » (Université du Texas) — dérivation de la pulsation plasma par le déplacement d'une couche de charges.
- R. Fitzpatrick, Plasma Physics, « Parallel Wave Propagation » — branche siffleur entre les gyrofréquences ionique et électronique, impulsions d'éclair qui descendent en fréquence.
- Storey L.R.O. (1953), « An investigation of whistling atmospherics », Philosophical Transactions of the Royal Society A 246, 113–141, doi:10.1098/rsta.1953.0011 — propagation guidée le long du champ terrestre et dispersion en racine inverse de la fréquence.
- Gurnett D.A., Kurth W.S. (2019), « Plasma densities near and beyond the heliopause from the Voyager 1 and 2 plasma wave instruments », Nature Astronomy 3, 1024–1028, doi:10.1038/s41550-019-0918-5 — densité typique de l'héliosphère externe d'environ 0,002 cm⁻³ ; interpolation à 0,0012 cm⁻³ pour Voyager 1 juste avant l'héliopause.
- Gupta S.P., Singh R.P. (1977), doi:10.1016/0032-0633(77)90084-890084-8) — dispersions de whistlers en basse latitude ; titre concordant sur Crossref, contenu non lu (les valeurs de D restent des ordres de grandeur secondaires).
- Gurnett D.A., Kurth W.S., Burlaga L.F., Ness N.F. (2013), « In situ observations of interstellar plasma with Voyager 1 », Science 341, 1489–1492, doi:10.1126/science.1241681 — fréquences mesurées et densités déduites au-delà de l'héliopause.
En profondeur Une antenne, deux récepteurs, et pourquoi le plasma ne « chante » que par épisodes ≈ 5 min
Le schéma oppose le microphone, qui mesure une pression, à l'antenne, qui mesure un champ électrique. Reste à voir comment ce champ devient un fichier audio, et pourquoi le signal de 2012–2013 n'apparaît que par épisodes.
Ce que mesure l'instrument. Le récepteur d'ondes de plasma des Voyager, construit à l'Université de l'Iowa, reçoit la tension entre deux antennes filaires : cette tension suit le champ électrique local, le long de l'axe des antennes. Il la traite de deux façons. Un analyseur de spectre à 16 canaux, de 10 Hz à 56 kHz, donne l'intensité dans chaque bande, au mieux un spectre toutes les 4 secondes. Un récepteur de forme d'onde échantillonne le champ lui-même, 28 800 fois par seconde sur 4 bits, dans une bande d'environ 40 Hz à 12 kHz. Cette seconde voie est déjà un enregistrement audio numérique : tout ce qui passe son filtre tombe dans la bande de l'oreille. D'où la formule du chapitre : on peut envoyer ce signal dans un haut-parleur sans transposition.
Pourquoi la fréquence est une mesure robuste. Une amplitude dépend de l'étalonnage de l'antenne et de son vieillissement ; une fréquence, non. Or la fréquence plasma électronique ne dépend que de la densité des électrons (dérivation). Pour Voyager 1, c'était décisif. L'instrument qui mesurait directement le plasma a cessé de fonctionner en 1980. En 2012, la seule façon de savoir si la sonde était passée dans un milieu plus dense passait par ces oscillations.
Pourquoi le plasma ne sonne que par épisodes. Au repos, les fluctuations thermiques d'un plasma aussi ténu sont très faibles : selon Ocker et ses collègues, une antenne de 10 m comme celle de Voyager ne pourrait y déceler qu'un pic marginal. Pour un signal net, il faut une excitation. Les éruptions solaires lancent vers l'extérieur des ondes de choc, qui peuvent atteindre la frontière de l'héliosphère après un long trajet. En avant de ces chocs, des faisceaux d'électrons rapides traversent le plasma et y excitent des oscillations près de fpe. Voyager 1 a enregistré deux premiers épisodes (huit étaient comptés en 2020) : de fin octobre à fin novembre 2012, vers 2,1–2,2 kHz (≈ 0,06 cm⁻³) ; puis à partir du 9 avril 2013, vers 2,6 kHz. La montée de l'un à l'autre indique une densité qui croît en s'éloignant de l'héliopause. Le 25 août 2012, en revanche, n'est pas une date déduite de cette rampe : c'est celle de la dernière hausse des rayons cosmiques galactiques (cinq franchissements de la frontière en tout, le premier le 28 juillet). Prolongée jusqu'à cette date, la rampe de densité donne une fréquence plasma d'environ 1,9 kHz, en accord avec l'émission radio héliosphérique. Entre les épisodes, la densité n'était pas mesurée. Depuis 2017, une émission très faible et à bande étroite a été repérée en continu dans les données de Voyager 1 ; elle permet de suivre la densité tous les trois jours environ, et révèle des fluctuations à l'échelle de l'unité astronomique. Son mécanisme exact, oscillations excitées thermiquement ou bruit quasi thermique, reste à établir.
Oscillation sur place ou radio venue de loin. Un ton vers 2 ou 3 kHz peut avoir deux origines. Une oscillation de Langmuir est un mouvement local des électrons : elle ne voyage presque pas et renseigne sur le plasma où se trouve l'antenne. Une onde radio, elle, se propage : en 1984, l'équipe de l'Iowa a rapporté une émission radio entre 2 et 3 kHz captée par les deux Voyager, avec deux origines possibles : la queue magnétique lointaine de Jupiter, ou le second harmonique de la fréquence plasma à l'héliopause. Ce qui les distingue n'est pas la hauteur, mais la forme du spectre, sa largeur et son évolution dans le temps. Une onde radio ne peut pas traverser un plasma dont la fréquence plasma dépasse la sienne : cette coupure est une deuxième façon de lire une densité.
Ce que fait vraiment la version audio. Le son publié en 2013 condense 225 jours de données en environ 12 secondes, une compression du temps d'environ 1,6 million, construite de façon à ne pas changer les fréquences. On entend donc la bonne hauteur, mais pas la bonne durée : ce montage garde les hauteurs et comprime seulement le temps, alors que la sonification de Persée faisait l'inverse. Dans les deux cas, la transformation doit être annoncée.
Limites. La fréquence donne la densité des électrons, pas celle des ions, ni la température ni le champ magnétique : ceux-là viennent d'autres instruments. Et voir dans la raie une oscillation plasma locale reste une interprétation, appuyée sur sa finesse et sa coïncidence avec l'arrivée des chocs.
Appuis
- Université de l'Iowa, description de l'instrument PWS de Voyager — analyseur 16 canaux de 10 Hz à 56,2 kHz, forme d'onde 40 Hz–12 kHz, 28 800 échantillons de 4 bits par seconde.
- Université de l'Iowa, oscillations plasma au-delà de l'héliopause — épisodes vers 2,1–2,2 kHz (oct.–nov. 2012) et 2,6 kHz (avr.–mai 2013), 225 jours en 12 s sans changer les fréquences.
- Gurnett D.A., Kurth W.S., Burlaga L.F., Ness N.F. (2013), Science 341, 1489–1492, doi:10.1126/science.1241681 — densité d'environ 0,08 cm⁻³, le 25 août 2012 est la date de la dernière hausse des rayons cosmiques galactiques ; la rampe de densité, prolongée jusque-là, donne ≈ 1,9 kHz.
- Ocker S.K. et al. (2021), « Persistent plasma waves in interstellar space detected by Voyager 1 », Nature Astronomy 5, 761–765, doi:10.1038/s41550-021-01363-7 — oscillations déclenchées en avant des chocs (huit épisodes en 2020), émission faible et continue depuis 2017, antenne de 10 m.
- Kurth W.S., Gurnett D.A., Scarf F.L., Poynter R.L. (1984), « Detection of a radio emission at 3 kHz in the outer heliosphere », Nature 312, 27–31, doi:10.1038/312027a0 — émission radio lointaine entre 2 et 3 kHz.
Répéter ce schéma chaque fois qu’un commentaire parle des « sons de l’espace » sans complément.
Méthode, héritage
- Écouter pour diagnostiquer un instrument (il l’a fait aussi quand Voyager 2 avait un souci).
- Archives ouvertes : space-audio.org — Jupiter, Saturne, choc terminal, milieu interstellaire.
- Lignée : Cassini (foudre de Saturne, SKR), puis sonifications Chandra / Persée, puis LIGO. Gurnett n’a pas inventé Persée ni LIGO. Il a rendu légitime le haut-parleur comme instrument d’astrophysique.
Histoire & sources Des sifflements d'écoute militaire à l'héliopause — la lignée d'une écoute ≈ 4 min
Le portrait présente Donald Gurnett comme un physicien qui a fait de l'oreille un instrument de mesure. Ce geste a une préhistoire, qui commence bien avant l'ère spatiale, et une suite, qui dépasse sa propre carrière.
1919–1953 : des sifflements venus d'en haut. Pendant la Première Guerre mondiale, les amplificateurs qui servent à écouter les téléphones de campagne ennemis captent de curieux sifflements descendants. Heinrich Barkhausen les décrit en 1919 (ils avaient déjà été signalés sur des lignes télégraphiques en 1886 et 1894), puis y revient en 1930. En 1935, Thomas Eckersley remarque dans Nature que leur retard suit une loi simple en fonction de la fréquence (loi de dispersion). L'explication complète vient en 1953 avec L. R. O. Storey : l'onde émise par un éclair est guidée le long des lignes du champ magnétique terrestre, jusqu'à l'hémisphère opposé, à travers un plasma dont personne ne soupçonnait qu'il montait si haut. Les whistlers deviennent un outil pour sonder la densité de la magnétosphère, bien avant qu'une sonde puisse y aller.
1957–1965 : l'école de l'Iowa. Gurnett, né le 11 avril 1940 et élevé dans une ferme près de Fairfax, dans l'Iowa, entre à l'Université de l'Iowa en septembre 1957, un mois avant Spoutnik. Le lancement d'Explorer 1, le 31 janvier 1958, dont l'instrument de James Van Allen révèle les ceintures de radiation, le décide à demander un emploi au laboratoire ; il est engagé à l'automne 1958 pour ses compétences en électronique. Il obtient sa licence d'électrotechnique en 1962, son master en 1963 sur les émissions à très basse fréquence captées par le satellite Injun 3, son doctorat en 1965, et entre la même année dans le corps enseignant. Il ne quittera plus l'université.
1976 : le plasma du vent solaire. Avec R. R. Anderson, Gurnett publie dans Science les oscillations de plasma électronique enregistrées par la sonde Helios en même temps que des sursauts radio solaires de type III : la chaîne faisceau d'électrons, oscillations de Langmuir, rayonnement radio, prévue par la théorie, est observée sur place (voir le chapitre astronomie).
1979 : des éclairs sur Jupiter. Le 5 mars 1979, Voyager 1 passe au plus près de Jupiter. Le récepteur d'ondes de plasma, dont l'investigateur principal est alors Frederick Scarf, de la société TRW, et que Gurnett a conçu avec lui, enregistre des whistlers. L'article de Gurnett, Shaw, Anderson, Kurth et Scarf, publié en juin 1979 dans les Geophysical Research Letters, en conclut à l'existence d'éclairs dans l'atmosphère jovienne. La même année, Cook, Duxbury et Hunt publient dans Nature les premières images d'éclairs prises sur la face nocturne. Les deux preuves sont indépendantes et complémentaires.
1984–1988 : écouter la frontière. Kurth, Gurnett, Scarf et Poynter rapportent en 1984 une émission radio vers 2 à 3 kHz captée par les deux Voyager, avec deux hypothèses d'origine : la queue magnétique lointaine de Jupiter, ou l'héliopause. Scarf meurt subitement en juillet 1988 ; Gurnett lui succède comme responsable de l'instrument. Il dirige ensuite l'instrument d'ondes radio et plasma de la mission Cassini, vers Saturne.
2002 : l'œuvre musicale. Le compositeur Terry Riley écrit Sun Rings pour le Kronos Quartet, avec chœur et sons d'ondes de plasma issus des enregistrements réunis par Gurnett. La création a lieu le 26 octobre 2002 à Iowa City ; l'œuvre a été commandée notamment par le programme artistique de la NASA, avec d'autres partenaires. C'est un usage artistique des données, distinct de leur usage scientifique.
2013 : la traversée. Gurnett, Kurth, Burlaga et Ness publient dans Science la mesure qui établit que Voyager 1 est entrée dans le milieu interstellaire. Gurnett, élu à l'Académie nationale des sciences des États-Unis en 1998, prend sa retraite en mai 2019 et meurt le 13 janvier 2022, à 81 ans.
Ce parcours ne fait pas de Gurnett l'inventeur de l'écoute des ondes spatiales : les whistlers sont étudiés depuis 1919, et signalés dès 1886 et 1894 sur des lignes télégraphiques. Son apport est d'avoir construit des récepteurs dont la sortie audio servait à la mesure, et d'avoir publié ces sons comme des données.
Appuis
- Université de l'Iowa, nécrologie de Donald Gurnett (janvier 2022) — naissance, entrée à l'université en 1957, embauche par Van Allen en 1958, diplômes, retraite en 2019, décès le 13 janvier 2022.
- Storey L.R.O. (1953), « An investigation of whistling atmospherics », Philosophical Transactions of the Royal Society A 246, 113–141, doi:10.1098/rsta.1953.0011 — propagation guidée des whistlers, plasma magnétosphérique ; Eckersley (1935), Nature 135, 104–105, doi:10.1038/135104a0.
- Gurnett D.A., Shaw R.R., Anderson R.R., Kurth W.S., Scarf F.L. (1979), « Whistlers observed by Voyager 1: detection of lightning on Jupiter », Geophysical Research Letters 6, 511–514, doi:10.1029/GL006i006p00511 ; Cook A.F., Duxbury T.C., Hunt G.E. (1979), « First results on Jovian lightning », Nature 280, 794, doi:10.1038/280794a0.
- Natural Radio Lab, « A brief history of natural radio » — whistlers signalés dès 1886 (ligne télégraphique du Sonnblick) et 1894 ; source secondaire.
- Kurth W.S., Gurnett D.A., Scarf F.L., Poynter R.L. (1984), « Detection of a radio emission at 3 kHz in the outer heliosphere », Nature 312, 27–31, doi:10.1038/312027a0 — deux origines possibles : queue magnétique de Jupiter ou second harmonique de la fréquence plasma à l'héliopause.
- Gurnett D.A., Anderson R.R. (1976), « Electron plasma oscillations associated with type III radio bursts », Science 194, 1159–1162, doi:10.1126/science.194.4270.1159.
- Université de l'Iowa, Sun Rings — Terry Riley, Kronos Quartet, création le 26 octobre 2002, sons issus des récepteurs de Gurnett.
Mersenne compte. Langevin interroge l’écho. Gurnett interroge une frontière où l’écho n’existe plus, et change d’onde.
Provoxys
Acte IX · chapitre 34
Astronomie — y a-t-il des « ultrasons » hors Terre ?
| Exemple | Ce qui est mesuré ou reconstruit | Ce qu’il faut annoncer avant l’écoute |
|---|---|---|
| Soleil ou gaz de Persée | Oscillations acoustiques d’un milieu matériel | Si les fréquences ont été déplacées dans la bande audible. |
| Voyager | Champs associés à des oscillations de plasma | Le capteur est une antenne ; sa sortie devient un son par un haut-parleur. |
| LIGO | Variation associée à une onde gravitationnelle | Ce n’est pas une onde de pression ; préciser la mise en audio. |
Aller plus loin. Les modes stellaires, le fluide primordial et les mécanismes de plasma détaillent ensuite ces distinctions. Pour conserver seulement le fil, rejoindre le tableau de cohérence puis le bilan.
Réponse courte, à dire avant toute image NASA : pas d’ultrason d’air dans le vide. Boyle tient. Ce que l’astronomie appelle parfois un son est l’une de trois familles. Les mélanger, c’est le seul mensonge interdit de ce chapitre. Dans les exemples de ce chapitre, les valeurs kHz–MHz concernent les ondes de plasma ; les oscillations acoustiques globales des étoiles et du fluide primordial étudiées ici sont beaucoup plus lentes. Ce choix d’exemples n’interdit pas d’autres ondes acoustiques à d’autres échelles.
Le chapitre sur les ultrasons animaux (chauve-souris) est de la famille A dans l’air. Le chapitre sur les ultrasons techniques (échographe) aussi, dans le tissu. Ici A est dans l’étoile ou l’univers primordial. B est Gurnett généralisé. C est une opération de représentation : une donnée de A, de B ou d’une autre physique peut être sonifiée.
Clé de physique Étoiles, fluide primordial, plasmas — trois rappels différents ≈ 12 min
Famille A1 — héliosismologie : le Soleil comme salle de Mersenne
Le mécanisme en trois étapes. On observe des variations à la surface ; on repère leurs fréquences ; on cherche quel intérieur peut produire cet ensemble de modes. Cette dernière opération est une inversion : remonter des effets mesurés vers un modèle de leur cause. Les indices n et ℓ servent à distinguer les motifs de vibration, notamment leur structure radiale et angulaire. Aucun besoin de les mémoriser pour comprendre pourquoi les vibrations renseignent sur l’intérieur.
Les modes p (pression, comme une onde sonore) : restauration par le gradient de pression. Modes g (gravité, intérieur profond, encore débattus en détection). Modes f (gravité de surface). Spectre observé des p : environ 1–5 mHz, puissance maximale vers 3 mHz soit une période d’environ cinq minutes — les « oscillations de cinq minutes » (Leighton, Noyes, Simon 1962 ; nature globale : Deubner 1975 ; Claverie / Isaak / BiSON).
L'analyse mathématique Vitesse du son dans une étoile 1 formule · ≈ 2 min
Se lit« c s au carré égale grand gamma un P sur rhô ; grand gamma un égale d rond logarithme de P sur d rond logarithme de rhô, à entropie constante »Γ₁ se dit « grand gamma un » : l'exposant adiabatique local, sans unité ; l'indice « ad » rappelle que la dérivée se prend sans échange de chaleur. Le ∂ se dit « d rond », ln se dit « logarithme ». Pour un gaz parfait de composition fixe, Gamma1 = γ ; dans le Soleil il vaut environ 5/3 hors des zones d'ionisation, jamais le 1,4 de l'air. ρ (« rhô ») est la masse volumique, P la pression du gaz. L'indice s de cs signifie sound, pour ne pas la confondre avec c, la vitesse de la lumière.
Ce qu’elle dit
L’idée de Newton–Laplace réapparaît dans un gaz stellaire : rigidité à la compression et masse volumique déterminent une célérité locale. Mais la rigidité ne s’écrit plus avec le γ de l’air : elle passe par Γ₁, l’exposant adiabatique local, qui dit de combien la pression augmente quand on comprime une couche sans échange de chaleur. Le sous-indice s rappelle qu’il s’agit du son ; ce n’est pas la vitesse de la lumière.
Les symboles. Survolez la formule ou un symbole.
- cs célérité du son dans le gaz de l'étoile, à une profondeur donnée mètre par seconde (m/s) croît avec la profondeur dans le Soleil
- Gamma1 exposant adiabatique local : de combien la pression augmente quand on comprime sans échange de chaleur sans unité ≈ 5/3 dans le Soleil hors des zones d'ionisation, jamais 1,4
- P pression du gaz pascal (Pa)
- ρ masse volumique du gaz kilogramme par mètre cube (kg/m³)
- ln logarithme népérien sans unité
- ad adiabatique : dérivée prise sans échange de chaleur, à entropie constante sans unité
C’est la généralisation de Newton–Laplace au gaz stellaire. Pour un gaz parfait dont la composition ne change pas pendant la compression, Γ₁ se réduit au rapport γ des capacités thermiques : 5/3 pour un gaz monoatomique comme le plasma solaire entièrement ionisé, et non 1,4, valeur de l’air diatomique qu’il ne faut pas importer dans le Soleil. Dans les zones où l’hydrogène et l’hélium s’ionisent, une partie de l’énergie de compression sert à ioniser, et Γ₁ descend sous 5/3 : ce creux, lu dans les fréquences, sert à mesurer l’abondance d’hélium dans l’enveloppe (Basu & Antia, 2008 ; notes de cours de J. Christensen-Dalsgaard). Inversion des fréquences → profil cs(r) à l’intérieur du Soleil (Gough, Christensen-Dalsgaard, Kosovichev). Missions / réseaux : BiSON, GONG, SOHO/MDI, SDO/HMI (Scherrer). Précision de certaines fréquences : quelques millionièmes (≈ 3×10^-6).
Grande séparation (Vandakurov) : écart entre certaines fréquences de modes, approximativement égal à l’inverse du temps d’un aller-retour acoustique surface–centre–surface :
L'analyse mathématique Grande séparation 1 formule · ≈ 1 min
Se lit« delta nu environ égal à un sur deux fois l'intégrale de zéro à R de d r sur c s »ν se dit « nu » : une fréquence, notation des astronomes. Le ∫ se dit « intégrale » : on additionne le temps de traversée de chaque tranche dr (« d r », le d droit). L'exposant -1 se lit « un sur » : on prend l'inverse du temps d'aller-retour.
Ce qu’elle dit
L’intégrale additionne les petits temps de trajet à travers les couches de l’étoile. Le facteur deux compte le retour ; la puissance −1 prend l’inverse de ce temps. Le résultat est donc une fréquence : un aller-retour plus long donne une séparation plus petite entre les fréquences des modes.
Les symboles. Survolez la formule ou un symbole.
- Δν grande séparation : écart régulier entre les fréquences de modes voisins hertz (Hz) Soleil : ≈ 135 µHz, soit un aller-retour acoustique d'environ 2 h
- R rayon de l'étoile mètre (m) Soleil : ≈ 696 000 km
- dr épaisseur d'une fine couche de l'étoile mètre (m) le d droit se lit « d » : un petit morceau de r
- cs célérité du son dans la couche située à la distance r du centre mètre par seconde (m/s)
Soleil : Δν ≈ 135 µHz (ordre 136 µHz selon les campagnes). CoRoT, Kepler, TESS étendent la même mesure à des milliers d’étoiles (Chaplin, Miglio) : astérosismologie = âge, masse, rayon par le son interne.
L'analyse mathématique Le peigne de fréquences du Soleil — ordre des modes, plafond à cinq millihertz, profondeur atteinte 3 formules · ≈ 7 min
Le chapitre donne la grande séparation Δν comme l'inverse d'un temps d'aller-retour acoustique. Trois relations complètent ce tableau : où tombent les fréquences des modes, pourquoi aucun mode piégé n'existe au-dessus d'environ 5 mHz, et jusqu'à quelle profondeur descend un mode donné.
Un peigne presque régulier. Pour les modes p de haut ordre et de bas degré, la théorie asymptotique, esquissée par Vandakurov en 1967 et poussée par Tassoul en 1980, prévoit des fréquences espacées régulièrement.
Se lit« nu n, l environ égal à delta nu fois, n plus l sur deux plus epsilon »ν se dit « nu » : une fréquence, en hertz ; ne pas la confondre avec la lettre v. Δν se dit « delta nu ». Le ℓ est un l cursif, le degré du mode. ε se dit « epsilon » : un petit décalage sans unité qui dépend des couches superficielles.
Ce qu’elle dit
Les fréquences des modes d'un même degré forment un peigne de pas Δν ; passer d'un degré pair à un degré impair décale le peigne d'environ une demi-dent. Le pas renseigne sur le temps de traversée de toute l'étoile, le décalage ε sur ses couches superficielles. La relation n'est qu'une première approximation : les petits écarts qu'elle néglige, entre degrés 0 et 2 par exemple, portent l'information sur le cœur.
Les symboles. Survolez la formule ou un symbole.
- νn,ℓ fréquence du mode d'ordre radial n et de degré ℓ hertz (Hz) vers 3 mHz pour les modes les plus forts du Soleil
- Δν grande séparation : écart entre modes successifs de même degré hertz (Hz) ≈ 135 µHz pour le Soleil
- n ordre radial : nombre de nœuds du mode dans la direction du rayon sans unité ≈ 20 pour les modes de cinq minutes
- ℓ degré du mode : nombre de lignes nodales à la surface sans unité 0 pour un mode radial
- ε décalage de phase lié aux couches superficielles sans unité ≈ 1,5 pour le Soleil
Exemple chiffré (calcul pour ce dossier). Avec Δν=135,1 µHz et ε≈1,46, le mode radial (ℓ=0) d'ordre n=21 tombe à 135,1×22,46≈3 034 µHz ; la valeur mesurée par le réseau BiSON est 3 033,85 µHz. Le maximum de puissance, vers 3,05–3,1 mHz, correspond donc à des modes d'ordre 20 à 22 : une vingtaine de nœuds entre le centre et la surface, et non un « fondamental ». L'atelier S55 transpose ces fréquences de 15 à 16 octaves : 3,09 mHz×2^16≈203 Hz, et le pas du peigne devient 135 µHz×2^16≈8,9 Hz, un intervalle qu'on entend comme des battements entre modes voisins.
Le plafond. Au-dessus de la photosphère, la densité chute de façon exponentielle. Une onde trop lente pour « suivre » cette chute ne se propage pas vers le haut : elle est réfléchie. La fréquence limite est la fréquence de coupure acoustique.
Se lit« nu a c égale c s sur quatre pi H, égale grand gamma un g sur quatre pi c s »νac se dit « nu a c » (acoustique). H est l'échelle de hauteur : la montée qui divise la densité par e, environ 2,7. Gamma1 se dit « grand gamma un ». La seconde forme utilise la relation cs^2=Gamma1 g H, valable pour une atmosphère isotherme.
Ce qu’elle dit
Les ondes plus graves que la coupure sont piégées sous la surface et reviennent vers l'intérieur ; les plus aiguës s'échappent dans l'atmosphère. Une atmosphère plus froide, où le son est plus lent, a une coupure plus haute. La formule suppose une couche isotherme au repos ; l'atmosphère réelle n'est ni l'un ni l'autre, et la coupure mesurée varie un peu avec la méthode et le cycle solaire.
Les symboles. Survolez la formule ou un symbole.
- νac fréquence de coupure acoustique hertz (Hz) ≈ 5,0 à 5,3 mHz pour le Soleil
- cs célérité du son dans l'atmosphère stellaire mètre par seconde (m/s) ≈ 7 km/s dans la basse atmosphère solaire
- H échelle de hauteur de densité (égale à celle de pression si isotherme) mètre (m) ≈ 120 km
- Gamma1 premier exposant adiabatique sans unité 5/3 pour un gaz monoatomique
- g accélération de la pesanteur à la surface mètre par seconde carrée (m/s²) ≈ 274 m/s² pour le Soleil
Exemple chiffré (calcul pour ce dossier). Gamma1g/(4π)=tfrac53×274/(4π)≈36 m/s². Avec cs≈7 km/s, νac≈36/7 000≈5,2 mHz, soit une période d'environ trois minutes ; l'échelle de hauteur associée, cs^2/(Gamma1 g)≈107 km, est cohérente avec les 120 km des modèles. Les modes de cinq minutes, vers 3 mHz, sont bien en dessous : piégés. Au-delà de la coupure, autour de 5,0 à 5,3 mHz (5,3 par la théorie, environ 5,0 mesuré par les pseudo-modes), il n'y a plus de modes piégés : des pics subsistent, mais ce sont des pseudo-modes, dus à l'interférence d'ondes qui s'échappent. Dans la couronne, à plus d'un million de kelvins, le son est bien plus rapide et la coupure bien plus basse, vers 0,16 mHz : les ondes de cinq minutes qui fuient jusque-là y redeviennent propagatives.
Le plancher. En descendant, la célérité augmente ; une onde qui a une composante horizontale est réfractée vers le haut. Elle rebrousse chemin là où sa vitesse horizontale égale la célérité locale.
Se lit« c s de r t sur r t égale deux pi nu sur racine de l fois l plus un »rt se dit « r t » : le rayon, compté depuis le centre, où l'onde se retourne. cs(rt) se lit « c s de r t » : la célérité à cette profondeur. Le degré ℓ est un l cursif.
Ce qu’elle dit
Plus le degré est élevé, plus l'onde voyage de biais et plus elle se retourne près de la surface ; plus la fréquence est haute, plus elle descend. Les modes de bas degré traversent presque tout le Soleil, ceux de haut degré ne sondent que l'enveloppe. C'est ce qui permet l'inversion : chaque mode pèse les couches situées au-dessus de son point de rebroussement.
Les symboles. Survolez la formule ou un symbole.
- cs célérité du son à l'intérieur du Soleil mètre par seconde (m/s) ≈ 220 km/s à la base de la zone convective (calcul)
- rt rayon du point de rebroussement intérieur mètre (m)
- ν fréquence du mode hertz (Hz)
- ℓ degré du mode sans unité
Exemple chiffré (calcul pour ce dossier). La base de la zone convective est à 0,713 Rodot, soit 4,96×10^8 m. La température y vaut environ 2,2 millions de kelvins dans le modèle solaire standard ; pour un gaz ionisé de masse moléculaire moyenne 0,6, cs≈√tfrac53 kBT/(0,6 mu)≈2,2×10^5 m/s, donc cs/r≈4,5×10^-4 s⁻¹. À 3 mHz, √ℓ(ℓ+1)=2π×0,003/4,5×10^-4≈42 : les modes de degré supérieur à une quarantaine restent dans la zone convective, ce que confirment les calculs sur modèle solaire complet.
Appuis
- J. Christensen-Dalsgaard, Lecture Notes on Stellar Oscillations (Aarhus) — relation asymptotique, condition du point de rebroussement intérieur, modes de degré ≳ 40 piégés dans la zone convective, fréquence caractéristique de l'atmosphère isotherme avec H ≈ 120 km, piégeage jusqu'à 5,3 mHz, coupure faible dans la couronne.
- Tassoul M. (1980), « Asymptotic approximations for stellar nonradial pulsations », Astrophysical Journal Supplement 43, 469–490, doi:10.1086/190678.
- Huber D. et al. (2011), Astrophysical Journal 743, 143, doi:10.1088/0004-637X/743/2/143 — fréquence du maximum de puissance 3 090 ± 30 µHz, grande séparation 135,1 ± 0,1 µHz ; Broomhall A.-M. et al. (2009), MNRAS Letters 396, L100–L104, doi:10.1111/j.1745-3933.2009.00672.x — fréquences BiSON des modes de bas degré.
- Christensen-Dalsgaard J. (2021), « Solar structure and evolution », Living Reviews in Solar Physics 18, 2, doi:10.1007/s41116-020-00028-3 — température à la base de la zone convective d'environ 2,2 × 10⁶ K dans le modèle S.
- Jiménez A., García R.A., Pallé P.L. (2011), Astrophysical Journal 743, 99, doi:10.1088/0004-637X/743/2/99 — coupure acoustique solaire : ≈ 5 300 µHz par la théorie, ≈ 5 000 µHz mesurés par pseudo-modes, avec une variation de 100 à 150 µHz selon l'activité.
L'analyse mathématique Sunquakes — Kosovichev 1998 texte du dossier · ≈ 1 min
Une éruption dépose une impulsion. Une onde circulaire court à la photosphère, comme un caillou dans une mare — mais la « mare » a cs qui croît avec la profondeur, d’où réfraction et ripples. Spectre autour de la fréquence de coupure acoustique ~5 mHz. Les modes globaux ℓ=0,1,2 excités par la flare restent ll modes stochastiques de convection (Kosovichev : amplitudes de l’ordre de mm/s à cm/s pour les bas ℓ). HMI a montré que les sunquakes ne sont pas rares sur des flares moyennes.
Famille A2 — le fluide primordial (CMB)
Le vocabulaire avant la formule. CMB signifie cosmic microwave background, ou fond diffus cosmologique : le rayonnement qui nous renseigne sur cet état ancien. Les photons sont les quanta de lumière ; les baryons désignent ici surtout la matière des noyaux, protons et neutrons. Les interactions entre photons et électrons couplaient rayonnement et matière. Les fluctuations ont laissé une empreinte statistique : on ne dispose pas d’un enregistrement sonore au microphone.
L’image utile. La pression s’oppose à une compression, tandis que la matière apporte de l’inertie. Ajouter des baryons modifie la réponse des oscillations et les hauteurs relatives des pics : c’est le baryon loading, ou charge en matière baryonique. Explication de Wayne Hu, Université de Chicago.
Avant la recombinaison (~380 000 ans), photons et baryons sont collés par Thomson. Peebles & Yu (1970) : ce fluide supporte des ondes acoustiques. Vitesse (limite photonique) :
L'analyse mathématique Vitesse du son dans le plasma primordial 1 formule · ≈ 1 min
Se lit« c s égale c sur racine de trois fois un plus R ; R égale trois rhô b sur quatre rhô gamma »Ici c est la vitesse de la lumière. ρb se dit « rhô b » (densité des baryons), ργ « rhô gamma » (densité des photons). Sans baryons, R = 0 et le son va à c/√3, environ 58 % de la vitesse de la lumière.
Ce qu’elle dit
La lumière contribue à la pression tandis que la matière ajoute de l’inertie au fluide primordial. R mesure le poids relatif de cette matière dans le modèle. Attention au symbole c : dans cette formule, c désigne la vitesse de la lumière, et cs la célérité acoustique du fluide.
Les symboles. Survolez la formule ou un symbole.
- cs célérité du son dans le fluide photons-baryons mètre par seconde (m/s) sans baryons : c/√3, environ 58 % de c
- c vitesse de la lumière dans le vide (pas celle du son) mètre par seconde (m/s) ≈ 3 × 10⁸ m/s
- R charge en baryons : poids relatif de la matière dans le fluide sans unité 0 sans baryons ; plus il y en a, plus le son ralentit
- ρb densité des baryons (surtout protons et neutrons), exprimée en masse volumique kilogramme par mètre cube (kg/m³)
- ργ densité d'énergie des photons, exprimée en masse volumique équivalente kilogramme par mètre cube (kg/m³)
Sans baryons, cs = c/√3. Les pics angulaires du spectre de puissance CMB (WMAP, Planck) conservent la signature statistique des oscillations acoustiques de ce fluide, figées à la surface de dernière diffusion. Leur position et leur amplitude dépendent de l’évolution du fluide (charge en baryons, matière noire, amortissement) et de la projection géométrique qui transforme une longueur d’alors en un angle observé aujourd’hui (Wayne Hu — pics acoustiques). Parler d’un « fondamental » et de ses « harmoniques » est une analogie musicale, utile si on la nomme comme telle : les pics sont à peu près régulièrement espacés parce que tous les modes ont oscillé pendant la même durée avant la recombinaison, pas parce qu’une cavité à parois les aurait sélectionnés. Silk (1968) : l’amortissement par diffusion des photons (marche aléatoire) tue les petits λ — analogue d’un Kundt visqueux à l’échelle du Mpc. Hu, Dodelson, Weinberg : approfondissements sur les pics pairs/impairs, la charge baryonique et les mécanismes d’amortissement. Le nom de Landau, présent dans les notes, renvoie à un échange d’énergie entre une onde et des particules en résonance avec elle ; il ne faut pas le confondre avec l’amortissement de Silk par diffusion des photons. Repère sur Landau, Richard Fitzpatrick, Université du Texas.
En profondeur Un son figé en règle graduée — horizon sonore, premier pic et écho dans les galaxies ≈ 4 min
Le chapitre dit que les pics du fond diffus sont régulièrement espacés parce que toutes les échelles ont oscillé pendant la même durée. Ce mécanisme a une conséquence précise : il fournit une longueur de référence, l'horizon sonore, qu'on retrouve aujourd'hui à la fois dans le ciel micro-ondes et dans la répartition des galaxies.
Des oscillations parties ensemble. Les perturbations de densité du fluide primordial ne sont pas des sons émis par une source : elles sont présentes dès le départ, à toutes les échelles, avec la même phase initiale. Chaque échelle oscille ensuite à sa propre fréquence, plus vite si elle est petite. Ce qui compte, au moment où le rayonnement se découple de la matière, est la distance que le son a pu parcourir depuis le début : l'horizon sonore. Une échelle égale à cette distance a eu le temps d'accomplir exactement une compression ; une échelle deux fois plus petite, une compression puis une détente ; et ainsi de suite. Ces échelles « arrêtées sur un extremum » donnent des fluctuations de température maximales : ce sont les pics.
La longueur. Le modèle cosmologique ajusté aux données du satellite Planck donne un horizon sonore d'environ 144 Mpc en distance comobile, c'est-à-dire ramenée aux dimensions actuelles de l'univers. À l'époque du découplage, l'univers était environ 1 090 fois plus petit : la distance réelle était d'environ 0,13 Mpc, soit quelque 430 000 années-lumière. C'est davantage que la distance que la lumière aurait parcourue en 380 000 ans dans un espace fixe, et le son est pourtant plus lent que la lumière : l'expansion a étiré, après coup, le chemin déjà parcouru. Une distance cosmologique n'est pas un produit « vitesse × temps ».
L'angle. Cette règle est vue de très loin, à une distance comobile d'environ 13,9 Gpc. L'angle qu'elle sous-tend, θ* = r*/DM, vaut environ 0,0104 radian, soit 0,6 degré, un peu plus que le diamètre apparent de la Lune. Planck le mesure à trois dix-millièmes près : c'est l'un des nombres les mieux connus de la cosmologie. En multipôle, l'échelle correspondante est ℓA=π/θ*≈302. Les pics observés tombent vers ℓ ≈ 220, 538 et 811 : l'espacement est de l'ordre de 300, mais le premier pic est décalé d'environ un quart, parce que la gravité des surdensités, le déclin du potentiel gravitationnel qui entraîne le fluide et l'effet Doppler du fluide modifient la phase des oscillations. Ce décalage est calculé ; il n'est pas un défaut de la mesure.
Ce qui efface les petites échelles. Les photons ne sont pas parfaitement collés aux électrons : ils diffusent de proche en proche, par une marche aléatoire. Sur les échelles plus petites que leur distance de diffusion, ils égalisent les compressions et les détentes. Les pics d'ordre élevé s'affaiblissent donc progressivement : c'est l'amortissement de Silk, analogue à la viscosité et à la conduction thermique qui atténuent un son aigu dans l'air.
L'écho dans les galaxies. Après le découplage, la matière ordinaire se détache un peu plus tard du rayonnement, vers z ≈ 1 060, et l'onde s'arrête. Autour de chaque surdensité initiale, une coquille de matière est restée à la distance où le son l'avait portée, environ 147 Mpc en distance comobile. Les galaxies se sont formées préférentiellement au centre et sur ces coquilles. On doit donc trouver, dans leurs positions actuelles, un léger excès de paires séparées d'environ 147 Mpc, soit 100 h⁻¹ Mpc dans l'unité des cartographes. Cet excès a été détecté en 2005 par le relevé SDSS et, indépendamment, par le relevé 2dF. Ces « oscillations acoustiques des baryons » servent aujourd'hui de règle étalon pour mesurer l'expansion de l'univers à différentes époques.
Ce qu'il ne faut pas en conclure. Aucun son n'a été enregistré : ce qui est mesuré est une corrélation statistique, dans le ciel ou dans un catalogue de galaxies. L'horizon sonore en mégaparsecs dépend du modèle : il se calcule à partir des densités de matière et de rayonnement ; seul l'angle est mesuré directement. Et rien de tout cela n'est « ultra » : les périodes en jeu se comptent en centaines de milliers d'années.
Appuis
- Planck Collaboration (2020), « Planck 2018 results. VI. Cosmological parameters », Astronomy & Astrophysics 641, A6, doi:10.1051/0004-6361/201833910 — r*=144,43 Mpc, 100 θ*=1,04110±0,00031, z*≈1 090, zdrag≈1 060, rdrag≈147,1 Mpc.
- Planck Collaboration (2016), « Planck 2015 results. I. Overview », Astronomy & Astrophysics 594, A1, doi:10.1051/0004-6361/201527101 — positions des pics : ℓ ≈ 220,0, 537,5 et 810,8.
- Doran M., Lilley M. (2002), « The location of cosmic microwave background peaks in a universe with dark energy », MNRAS 330, 965–970, doi:10.1046/j.1365-8711.2002.05144.x — décalage de phase du premier pic, ≈ 0,27 : déclin du potentiel gravitationnel (effet d'entraînement) et effet Doppler du fluide.
- Eisenstein D.J. et al. (2005), « Detection of the baryon acoustic peak in the large-scale correlation function of SDSS luminous red galaxies », Astrophysical Journal 633, 560–574, doi:10.1086/466512 — pic de corrélation à 100 h⁻¹ Mpc.
- W. Hu, « Driving effects » (Université de Chicago) — phase des oscillations modifiée par la gravité, le déclin du potentiel gravitationnel (effet d'entraînement) et l'effet Doppler du fluide.
On peut définir des fréquences pour ces modes dans un modèle et à une époque précisés : de l’ordre d’une oscillation toutes les quelques dizaines à centaines de milliers d’années, soit environ 10⁻¹² à 10⁻¹³ Hz, une cinquantaine d’octaves sous le la 440. Cela ne correspond ni à une écoute humaine directe ni à un enregistrement acoustique ordinaire, et l’« ultra » n’est pas là. Toute sonification doit annoncer sa transformation : celle de Mark Whittle (université de Virginie) remonte les fréquences d’environ 50 octaves, un choix qu’il dit lui-même arbitraire. C’est de l’acoustique vraie dans un fluide qui n’existe plus.
Famille A3 — amas, déjà vu
Persée (Fabian, Sanders et al., 2003, Chandra) : onde de pression dans le gaz X, si bémol 57 octaves sous le do. Famille A, fréquence dérisoire. Sonification 2022 = famille C.
Pause — nous changeons de phénomène
Dans les exemples A, une pression varie dans un milieu matériel. Dans les exemples B qui suivent, nous allons parler d’oscillations de plasma mesurées par des champs. Un son produit par notre haut-parleur ne rend pas les phénomènes d’origine identiques. Pour le fil essentiel, cette distinction suffit ; le détail des instabilités est un approfondissement.
Famille B — le seul « ultra » chiffré de l’espace proche
Fréquence plasma électronique :
L'analyse mathématique Fréquence plasma électronique 1 formule · ≈ 1 min
Se lit« f p e égale un sur deux pi, fois racine de n e e deux sur epsilon zéro m e ; proportionnelle à racine de n e »ε₀ se dit « epsilon zéro » : la permittivité du vide. e est ici la charge de l'électron, me (« m e ») sa masse. En pratique : fpe ≈ 8,98 kHz×√ne, avec ne en électrons par cm³.
Ce qu’elle dit
La densité ne est le nombre d’électrons par volume ; e leur charge en valeur absolue, me leur masse et ε0 la constante électrique du vide. Ces constantes fixent l’échelle. La dépendance à retenir reste la racine de la densité : densité multipliée par quatre, fréquence multipliée par deux.
Les symboles. Survolez la formule ou un symbole.
- fpe fréquence plasma des électrons : fréquence propre d'oscillation collective des électrons d'un plasma hertz (Hz) ≈ 300 Hz dans l'héliosphère, 2 à 3 kHz dans le milieu interstellaire (Voyager 1)
- ne densité électronique : nombre d'électrons libres par unité de volume électron par mètre cube (m⁻³) la forme pratique fpe ≈ 8,98 kHz×√ne prend ne en électrons par cm³
- e charge élémentaire (charge de l'électron en valeur absolue) coulomb (C) ≈ 1,602 × 10⁻¹⁹ C
- ε0 permittivité du vide farad par mètre (F/m) ≈ 8,854 × 10⁻¹² F/m
- me masse de l'électron kilogramme (kg) ≈ 9,109 × 10⁻³¹ kg
HELIOS (Gurnett et l’école Iowa) : fpe ~20 kHz à 1 UA, jusqu’à des centaines de MHz dans la basse couronne. La fréquence plasma ionique est une autre échelle caractéristique, distincte de la fréquence d’une onde ion-acoustique donnée, qui dépend notamment de sa longueur d’onde et de la dispersion ; ne pas leur attribuer indistinctement un nombre unique. Ces nombres tombent dans l’ultra et le radio. Ce ne sont pas des fronts de pression d’air : ce sont des oscillations collectives d’un plasma.
- Ginzburg & Zheleznyakov 1958 : sursaut radio de type III = faisceau d’électrons → ondes de Langmuir → conversion non linéaire en radio.
- Gurnett & Anderson 1976 (Science 194) puis 1977 (JGR 82), HELIOS vers 0,5 UA : confirmation in situ, Langmuir + électrons énergétiques + type III ensemble.
- STEREO/WAVES (Bougeret), Thejappa, paquets Langmuir, solitons, OTSI.
Traduction des termes. Langmuir désigne ici une oscillation collective principalement électrostatique des électrons. Un paquet regroupe des oscillations localisées ; un soliton désigne une structure localisée soutenue par un équilibre entre effets dispersifs et non linéaires. OTSI signifie oscillating two-stream instability : une instabilité impliquant des interactions entre ondes, étudiée pour comprendre leur évolution. Ces mécanismes détaillent la production du signal ; ils ne sont pas nécessaires pour distinguer antenne et microphone. Thejappa et al., 2020, étude des paquets de Langmuir.
- LOFAR : Reid & Kontar 2021, structure fine des type III = paquets de Langmuir dans une turbulence.
- Solar Orbiter / RPW : décroissance Langmuir → mode Z, fp mesurée ~47–58 kHz sur un événement de septembre 2022 (préprint de janvier 2026).
Traduction des termes. RPW est l’instrument Radio and Plasma Waves. Le mode Z est une branche d’ondes du plasma magnétisé ; l’étude citée examine une conversion vers un rayonnement électromagnétique de ce mode. Le mot « décroissance » désigne ici un processus de transfert entre ondes, pas simplement le volume qui baisse dans un haut-parleur. Prépublication de l’étude.
- Voyager PWS : 300 Hz → 2–3 kHz à l’héliopause (déjà au portrait Gurnett).
Donc : si un commentateur dit « la NASA a enregistré des ultrasons du Soleil », la phrase juste est : « une antenne a vu des Langmuir vers 20 kHz près de la Terre, ou des MHz plus près de l’astre, puis on a parfois envoyé ça dans un haut-parleur. »
Famille C — rappel
Persée : fréquence multipliée par 2^57 ou 2^58, soit transposition de +57 ou +58 octaves. LIGO chirp (onde gravitationnelle, encore une quatrième famille). Images Chandra/Hubble sonifiées. Utile pour l’accessibilité et l’intuition. Interdit de le coller sur A ou B sans le dire.
Tableau de cohérence — où ranger chaque « son de l’espace »
| Objet | Famille | Ordre de f | Noms |
|---|---|---|---|
| Modes p du Soleil | A | mHz | Leighton, Deubner, Isaak, Gough, Christensen-Dalsgaard, Kosovichev |
| Sunquake | A | ~5 mHz | Kosovichev, HMI/SDO |
| Astérosismologie | A | µHz–mHz | Vandakurov, Chaplin, Miglio, CoRoT/Kepler/TESS |
| Pics CMB | A | cosmologique | Peebles & Yu, Silk, Hu, Planck |
| Persée | A (+ C si écouté) | ordre de 10⁻¹⁵ Hz, soit des fHz | Fabian, Chandra, NASA 2022 |
| Type III / Langmuir | B | kHz–MHz | Ginzburg, Gurnett, Bougeret, Reid & Kontar |
| Héliopause Voyager | B | 0,3–3 kHz | Gurnett |
| LIGO | gravitationnel (+ C) | 10–10³ Hz natif | Weiss, Thorne, Barish |
Histoire & sources Deux prédictions confirmées — les ondes piégées du Soleil et les oscillations du fluide primordial ≈ 4 min
Le tableau de cohérence range chaque « son de l'espace » par famille et aligne des noms. Derrière ces noms, deux histoires suivent le même schéma : une observation d'abord mal comprise ou une prédiction théorique, puis une confirmation qui transforme une curiosité en instrument de mesure.
1962 : des mouvements qui oscillent. Robert Leighton, Robert Noyes et George Simon cartographient les vitesses de la surface solaire par effet Doppler. Ils publient dans l'Astrophysical Journal un « rapport préliminaire » : les vitesses verticales oscillent avec une période voisine de cinq minutes. Le phénomène est d'abord vu comme local, une réponse de l'atmosphère à la convection.
1967–1975 : des modes, pas du bruit. Yu. V. Vandakurov montre en 1967 que les modes acoustiques de haut ordre d'une étoile forment un peigne de fréquences presque régulier. En 1970, Roger Ulrich propose, et en 1971 John Leibacher et Robert Stein proposent indépendamment, que les oscillations de cinq minutes sont des ondes sonores piégées sous la surface, comme dans une cavité. Conséquence testable : dans un diagramme qui porte la fréquence en fonction du nombre d'onde horizontal, la puissance ne doit pas s'étaler, mais se concentrer sur des crêtes discrètes, une par ordre radial. En 1975, Franz-Ludwig Deubner observe ces crêtes. L'oscillation est globale.
1979 : le Soleil vu comme une étoile. L'équipe de Birmingham, avec André Claverie, George Isaak, Clive McLeod, Hendrik van der Raay et Teodoro Roca Cortés, observe la lumière du disque solaire entier, sans le résoudre. Elle y détecte les modes de bas degré, ceux qui traversent tout le Soleil, avec leur peigne régulier. Cette technique fonde le réseau BiSON. Les réseaux au sol et les instruments spatiaux des décennies suivantes (GONG, SOHO, SDO) permettent l'inversion : on remonte des fréquences au profil de célérité intérieur. En 1991, Christensen-Dalsgaard, Gough et Thompson placent ainsi la base de la zone convective à 0,713 rayon solaire. L'accord entre le profil de célérité mesuré et le modèle solaire standard a compté dans le débat sur le déficit de neutrinos solaires, en montrant que l'intérieur du Soleil était bien compris.
1968–1970 : prédire un son qu'on ne peut pas entendre. Côté cosmologie, Joseph Silk montre en 1968 que la diffusion des photons efface les petites fluctuations du fluide primordial. En 1970, deux articles indépendants, celui de Jim Peebles et Jer Yu, et celui de Rashid Sunyaev et Yakov Zel'dovich, calculent que le couplage entre photons et matière fait osciller les perturbations comme des ondes acoustiques, et que ces oscillations doivent laisser une modulation périodique dans les fluctuations du rayonnement fossile et dans la répartition de la matière.
2000–2018 : la mesure. Il faut trente ans d'instruments pour voir ces pics. En 2000, l'expérience en ballon BOOMERanG, au-dessus de l'Antarctique, situe le premier pic vers ℓ = 197 ± 6, là où l'attend un univers spatialement plat. Les satellites WMAP puis Planck mesurent ensuite plusieurs pics avec une grande précision ; Planck positionne les trois premiers vers ℓ ≈ 220, 538 et 811. En 2005, Daniel Eisenstein et ses collègues, avec les galaxies rouges lumineuses du relevé SDSS, et Shaun Cole et ses collègues, avec le relevé 2dF, détectent la même échelle dans la répartition des galaxies : l'écho, trente-cinq ans après la prédiction de 1970.
Les deux histoires partagent un trait : dans les deux cas, personne n'a « entendu » ces ondes. On a mesuré des vitesses de surface ou des fluctuations de température, puis reconnu la signature d'un phénomène acoustique dans leur organisation statistique. Les sonifications sont venues ensuite, comme illustrations.
Appuis
- Leighton R.B., Noyes R.W., Simon G.W. (1962), « Velocity fields in the solar atmosphere. I. Preliminary report », Astrophysical Journal 135, 474, doi:10.1086/147285 — découverte des oscillations de cinq minutes.
- Ulrich R.K. (1970), « The five-minute oscillations on the solar surface », Astrophysical Journal 162, 993, doi:10.1086/150731 — ondes acoustiques piégées ; Leibacher & Stein (1971), Astrophysical Letters 7, 191, DOI non trouvé (ADS 1971ApL.....7..191L) ; Deubner (1975), Astronomy & Astrophysics 44, 371, DOI non trouvé (ADS 1975A&A....44..371D).
- Claverie A., Isaak G.R., McLeod C.P., van der Raay H.B., Roca Cortés T. (1979), « Solar structure from global studies of the 5-minute oscillation », Nature 282, 591–594, doi:10.1038/282591a0 — modes globaux de bas degré en lumière intégrée ; Christensen-Dalsgaard J. (2021), « Solar structure and evolution », Living Reviews in Solar Physics 18, 2, doi:10.1007/s41116-020-00028-3 — base de la zone convective à 0,713 R, accord du modèle standard et problème des neutrinos solaires.
- Peebles P.J.E., Yu J.T. (1970), Astrophysical Journal 162, 815, doi:10.1086/150713 ; Sunyaev R.A., Zel'dovich Ya.B. (1970), Astrophysics and Space Science 7, 3–19, doi:10.1007/BF00653471 ; Silk J. (1968), Astrophysical Journal 151, 459, doi:10.1086/149449 — prédictions des oscillations acoustiques primordiales et de leur amortissement.
- de Bernardis P. et al. (2000), Nature 404, 955–959, doi:10.1038/35010035 — premier pic à ℓ = 197 ± 6 ; Eisenstein D.J. et al. (2005), Astrophysical Journal 633, 560–574, doi:10.1086/466512 et Cole S. et al. (2005), MNRAS 362, 505–534, doi:10.1111/j.1365-2966.2005.09318.x — détection de l'échelle acoustique dans les galaxies.
Fil fermé : Mersenne mesure f d’une corde. Laplace met γ dans c ; l’étoile le remplace par Gamma1. Le Soleil est une corde sphérique de 696 000 km. Ginzburg transforme un faisceau en Langmuir. Gurnett met l’antenne dans le vent. L’humain dit « ultra » seulement quand le nombre dépasse 20 kHz — c’est le cas de certains signaux plasma présentés ici, pas des modes p solaires globaux de cet exemple.
Atelier S54 · Les trois familles ★★★ · son · plein écran · MIDI
Les trois familles
Rien ne tourne avant ce clic : ni son, ni calcul.
Comment l'utiliserChoisir un objet, lire sa famille et sa fréquence native, régler la transposition et écouter. Pour Voyager, faire varier n_e et écouter f_pe.
Ce que ça montreLa nature physique (pression, plasma, gravitation) et l’opération de mise en audio, sur deux lignes distinctes ; pour chaque objet : ce qui oscille, le milieu, la force de rappel, le capteur et la grandeur enregistrée ; fréquences natives, facteurs 2⁵⁷/2⁵⁸ pour Persée, f_pe selon la densité et chirp LIGO explicitement simulé.
Sens de lectureAvant lecture, annoncer ce qui oscille, la force de rappel, le capteur ou le modèle et la transformation audio. Certains signaux Voyager et LIGO sont dans la bande audible sans transposition, sans être des ondes de pression : l’audibilité d’une piste ne dit pas la nature de l’onde. La sonification de Persée est une reconstruction accélérée de données spatiales, pas une prise de son au microphone.
Au clavier MIDI Sur l'écran des huit objets, la touche fixe la fréquence entendue de référence, donc la transposition : le curseur « Transposer de » et le facteur affiché se mettent à jour, la note est ramenée par octaves dans la plage du curseur, et l'objet est joué à cette hauteur tant que la touche est tenue. Voyager et l'écran de la fréquence plasma règlent plutôt la densité électronique dont la fréquence plasma est la note ; le fond diffus et la courbe de lumière sont des sonifications, sans transposition, et ne changent pas de hauteur. La vélocité règle le niveau, le pitch bend décale la note d'un demi-ton.
Bilan
Nommer le phénomène et sa mise en audio
- Une onde acoustique exige un milieu ; l’espace contient aussi d’autres familles d’ondes.
- Le signal d’une antenne ou d’un autre capteur peut être rendu audible sans devenir une onde de pression à sa source.
- La sonification est une transformation : annoncer ce qui est mesuré et ce qui a été modifié.
Question
Entendre un fichier de Voyager prouve-t-il qu’un microphone capterait ce son à côté de la sonde ?
Voir la réponse
Non. L’antenne mesure un champ lié au plasma ; le haut-parleur produit ici l’onde de pression que nous écoutons. Le trajet de la donnée doit accompagner l’extrait.
Pour reprendre le fil
Revenons à la question de départ : qu’est-ce qui vibre, et comment le savons-nous ?
Clôture
Entendre plus loin sans se raconter d'histoires
On a commencé avec un coup frappé dans un corps. Il est devenu une onde, une proportion, une machine, une perception, un langage et parfois une preuve. La leçon n’est pas que tout dans l’univers serait musique. Elle est plus précise : si l’on sait nommer ce qui vibre, le milieu qui le porte et la transformation qui le rend audible, on peut entendre beaucoup plus loin sans se raconter d’histoires.
Provoxys
À retenir
Distinguer toujours onde de pression, onde de plasma, onde gravitationnelle et sonification.
Annexe · repères
Quarante mille ans en quarante dates
- ~−40 000 Flûtes en os (Hohle Fels, etc.) ; grottes résonantes.
- VIe s. av. n. è. Pythagore / monocorde / rapports 2:1, 3:2, 4:3.
- IVe–IIIe s. av. n. è. Épidaure ; Aristote et le milieu.
- 1636–1638 Mersenne, Harmonie universelle ; Galilée, fréquence.
- 1660 Boyle, son dans le vide.
- 1680–1681 Hooke : farine sur verre ; roue dentée.
- 1687 Newton, célérité (isotherme, trop basse).
- 1696–1701 Sauveur baptise l’acoustique.
- 1747 D’Alembert, équation d’onde.
- 1787 Chladni, figures.
- 1794 Spallanzani, chauves-souris.
- 1816 Laennec, stéthoscope ; Laplace, correction adiabatique.
- 1826 Colladon, son dans l’eau.
- 1842–1845 Doppler / Buys Ballot.
- 1863 Helmholtz, Tonempfindungen.
- 1866 Kundt, tube.
- 1877–1878 Edison, phonographe ; Rayleigh, Theory of Sound.
- 1880 Frères Curie, piézoélectricité.
- 1895–1900 Sabine ; Boston Symphony Hall.
- 1905 Rubens, tube à flammes.
- 1907 Rayleigh, duplex theory (ITD / ILD).
- 1917 Langevin, sonar à quartz.
- 1925 Rice & Kellogg, haut-parleur à bobine mobile.
- 1928 / 1949 Nyquist ; Shannon — théorème d’échantillonnage.
- 1933 Fletcher–Munson.
- 1947 Potter, Kopp & Green, Visible Speech — le spectrogramme.
- 1952 Lighthill, aéroacoustique ; Schumann, résonance EM Terre–ionosphère.
- 1961 Békésy, Nobel.
- 1965 Cooley & Tukey, FFT.
- 1965 / 1974 Plomp & Levelt, rugosité ; Terhardt, fondamentale virtuelle.
- 1977 / 2012 Voyager ; entrée dans le milieu interstellaire + audio plasma.
- 1993 / 2012 MP3 (MPEG-1 couche III) ; Opus (RFC 6716).
- 1997 Auto-Tune (Hildebrand), venu de la sismique.
- 2010 EBU R128 : normalisation de la sonie en diffusion ; réduction de l’intérêt d’une surcompression pour gagner du niveau.
- 2003 / 2022 Onde de Persée ; sonification NASA.
- 2015 LIGO, GW150914, chirp.
- 2023 → Clonage vocal grand public : l’intox devient un signal fabriqué.
Annexe · à refaire
Expériences réelles et vidéos
Sécurité
Le tube de Rubens associe gaz et flamme : il ne s'improvise pas en appartement. La cloche à vide reste la démonstration la plus sûre et la plus parlante : pas de milieu, pas de son.
Sécurité : tube de Rubens = gaz + flamme (pas en appartement improvisé). Cloche à vide = démonstration reine du « pas de milieu, pas de son ».
Clé de physique Une observation, son modèle et son incertitude ≈ 8 min
Cloche à vide (Boyle)
Réveil ou haut-parleur sous cloche. Pomper. Le geste s’éteint. Commentaire obligatoire : l’espace n’est pas cette cloche, mais l’idée est la même.
Balade Mentale — cloche à vide
Figures de Chladni / cymatique
Plaque métallique, excitateur, sable. Monter en fréquence : les figures se complexifient. Citer Hooke 1680 puis Chladni 1787. Jenny, Kymatik (1967, puis 1972) : observation et esthétique, sans déduire une cosmogonie des figures.
Physics Girl — Chladni brusspup — Resonance (full tones) Dr Nozman — voir le son Nigel Stanford — Cymatics
Tube de Kundt
Poudre, nœuds, mesure de λ. Version pédagogique Le Mans Université.
Institut d’Acoustique — Le Mans — onde dans un tube
Tube de Rubens (1905)
Le profil des flammes révèle l’effet d’une onde stationnaire ; sa hauteur dépend aussi du débit et du régime de combustion, ce n’est pas une carte universelle de la pression instantanée. Heinrich Rubens, élève intellectuel de la lignée Kundt.
Veritasium — Rubens’ Tube MythBusters — Rubens
Deux diapasons à 440 Hz — vibration par sympathie
Expérience prévue avec le matériel réel. Deux diapasons sur caisses de résonance, poids amovible, boule de papier d’aluminium suspendue en contact léger avec B. Frapper seulement A : comparer la boule avec le poids qui désaccorde l’un des diapasons, puis sans ce poids. Protocole complet, texte à dire et lecture du transfert d’énergie. Tenir A à la main par sa caisse, branches libres, sans contact avec la table ni appui du bras sur celle-ci. Cadrer cette séparation et le contact boule–B ; conserver la même prise, la même distance et la même orientation entre les essais.
Verre chantant, résonance, pont de Tacoma
Doigt mouillé sur cristal ; destruction par résonance. Pour les ponts et les soldats au pas, annoncer que plusieurs couplages et défauts de structure peuvent intervenir ; Angers (1850) n’est pas une preuve simple de résonance sonore. Tacoma Narrows 1940 est surtout aéroélastique, pas « un son qui casse un pont », mais le public fait le lien : à recadrer.
Réduction de bruit active — des courbes au casque
Partie explicative et protocole : commencer par trois courbes et leur somme ; comparer ensuite, si le matériel est disponible, ANC désactivée puis activée avec le même casque et le même bruit extérieur, sans musique. Distinguer le mode « désactivé » de la transparence. Le public peut suivre le principe visuellement ; une mesure sous l’écouteur demande un montage adapté.
Maths audibles
Deux tons 440 / 442 : battements. Série 100–200–300–400 Hz puis on coupe 100 : fondamentale manquante. 2^k/12 contre 3/2 sur un même la. Tuyau d’orgues ouvert vs bouché (octaviation différente). Compter n ventres sur une corde de Melde.
Psychoacoustique
Shepard / Risset. Triton de Deutsch. Haas 10 ms. Masquage d’un sinus par un bruit étroit. McGurk (vidéo + son décalé). Courbe isosonique : un grave « faible » n’est pas faible.
Résonateur de Helmholtz
Bouteille + section du col. Avec L la longueur effective du col (corrections d’extrémité incluses), S sa section et V le volume d’air :
L'analyse mathématique Résonateur de Helmholtz 1 formule · ≈ 1 min
Se lit« f environ égal à c sur deux pi, fois racine de S sur V L »S est la section du col, L sa longueur, V le volume de la cavité. Remplir la bouteille d'eau réduit V : la note monte.
Ce qu’elle dit
Dans ce modèle, l’air du col se déplace contre la compressibilité de l’air du récipient. Réduire le volume d’air V fait monter la fréquence ; allonger le col effectif L la fait baisser. La géométrie du col et ses extrémités comptent : ce n’est pas seulement la hauteur d’eau.
Les symboles. Survolez la formule ou un symbole.
- f fréquence de résonance du résonateur hertz (Hz)
- c célérité du son dans l'air mètre par seconde (m/s) ≈ 343 m/s à 20 °C
- S aire de la section du col mètre carré (m²)
- V volume d'air de la cavité mètre cube (m³) remplir la bouteille d'eau le réduit : la note monte
- L longueur effective du col, corrections d'extrémité incluses mètre (m)
Remplir d’eau (baisse V) : la note monte. C’est le « ouf » d’une bouteille et le modèle d’une basse trappe de studio.
Battements
440 vs 441 (1 Hz), 440 vs 448 (rugosité), tierce 5/4 vs tempérée, quinte 3/2 vs 2^7/12.
Doppler
Sirène réelle ou piste. Montrer Δ f=2vf0cosθ/c sur une courbe clinique commentée, sans improviser un diagnostic.
Voix humaine
Spectrogramme d’un [a] / [i] sur la même note : F1 F2 bougent, f0 non. Otoémissions : citer Kemp, montrer un dépistage néonatal en doc, pas un gadget.
Ultra animal
Détecteur de chauves-souris (hétérodyne / time-expansion) en sortie de nuit. Spectrogramme 20–120 kHz. Comparer un clic de dauphin (doc vidéo) sans convertir les dB eau/air. Afficher 22 kHz et 50 kHz (rats), puis écouter des versions ralenties dix fois : 2,2 kHz et 5 kHz. Afficher « temps ×10, fréquences ÷10 » ; ne pas tenter de diffuser les ultrasons natifs sur la chaîne du live.
Infrason (observation, pas gadget)
Courbe publique IMS / Hunga Tonga. Porter un sub grave à 30–40 Hz (encore audible) puis expliquer pourquoi 1 Hz ne passera pas par l’enceinte de streaming. Distinguer Schumann (EM) et microbarom (pression).
Observation urbaine
Une heure dans la rue suffit : moteur = grave qui traverse ; voix = bande 300–3000 ; sirène = Doppler vivant. Relier à Buys Ballot 1845 sans train de démonstration.
Astronomie — trier les trois familles
Montrer un spectre HMI 3 mHz (famille A), un dynamic spectrum type III LOFAR (famille B), une sonification Persée (famille C).
Espace / données
NASA ScienceCast — Sounds of Interstellar Space NASA — Voyager interstellar audio NASA — sonification Persée LIGO — Sound of Two Black Holes Colliding space-audio.org — archives Gurnett / UIowa
Annexe · 145 termes
Le glossaire
Aucun terme ne correspond — essayez un mot plus court.
Absorption
fraction de l’énergie incidente qu’une surface ne réfléchit pas : coefficient α, sans unité, de 0 à 1, qui dépend de la fréquence et de l’angle d’incidence. C’est la base de la formule de Sabine : l’aire d’absorption équivalente A = sum αi Si s’exprime en m². L’énergie « absorbée » est soit dissipée en chaleur dans le matériau, soit transmise derrière lui. Ne pas confondre ce coefficient avec le coefficient d’atténuation de l’air, en dB/km, ni absorption et isolation. Voir la formule de Sabine et la clé sur absorption et isolation.
Acoustique
mot de Sauveur (~1701) : science du son en général, pas seulement de la musique.
Adiabatique
transformation sans échange de chaleur avec l’extérieur. C’est l’hypothèse de Laplace pour une onde sonore dans l’air : pendant une période, la chaleur n’a pas le temps de diffuser d’une compression vers la raréfaction voisine, située une demi-longueur d’onde plus loin. Elle fait apparaître γ ≈ 1,40 dans la célérité du son dans l’air, et l’exposant adiabatique local Gamma1 dans une étoile. Ne pas confondre avec « isotherme », l’hypothèse de Newton, qui donne une célérité trop faible d’environ 16 %, ni avec « sans pertes ». Voir l’équation de Newton–Laplace et l’héliosismologie.
Aliasing / repliement
fausse fréquence créée par un échantillonnage trop lent : |f - k fs|. Le filtre anti-repliement l’empêche.
αabs, αatt
coefficient énergétique d’absorption d’une surface, sans unité, de 0 à 1 : le α de la formule de Sabine ; coefficient d’atténuation le long d’un trajet, en dB/km, dB/m ou Np/m : le α de l’ISO 9613-1 pour l’air. Ne jamais réutiliser α sans dire s’il concerne une interface, une amplitude ou un trajet. Voir la formule de Sabine, l’absorption de l’air, la clé sur l’atténuation et la clé sur absorption et isolation.
Amortissement
perte d’énergie d’une vibration par frottements internes, rayonnement ou transfert vers d’autres structures. Pour une décroissance exponentielle simple, on le décrit par une constante de temps (en secondes) : si l’amplitude décroît en e^-t/τ, l’énergie décroît deux fois plus vite, en e^-2t/τ ; ou par le facteur de qualité Q, sans unité. Ne pas confondre la constante d’amplitude et la constante d’énergie, qui diffèrent d’un facteur deux, ni l’amortissement d’un objet avec l’absorption d’une paroi. Voir la clé sur l’oscillateur amorti.
Amplitude
ampleur d’une variation par rapport à un état de référence. Pour une pression acoustique, préciser la mesure choisie : crête ou valeur efficace, notamment. Elle ne se confond pas avec la sonie.
Angle Doppler
θ faisceau / vitesse. À 90°, Δ f=0.
Antinœud / ventre
lieu d’amplitude maximale d’une onde stationnaire, pour une grandeur précisée : un ventre de pression coïncide avec un nœud de déplacement. Ne pas dire « ventre » sans préciser pression ou déplacement : un micro de pression et l’œil qui suit la poudre de Kundt ne repèrent pas les mêmes endroits. Voir les tuyaux et la clé sur les conditions aux limites.
Auto-oscillation
vibration entretenue par une source d’énergie continue (souffle, archet, courant) grâce à une rétroaction, avec une non-linéarité qui fixe l’amplitude : anche, lèvres du cuivre, plis vocaux, verre au doigt mouillé, larsen. Sa fréquence est surtout imposée par le résonateur. Ne pas la confondre avec une résonance forcée, qui suit la fréquence d’une excitation extérieure déjà oscillante. Voir la voix et la clé sur l’entretien des vibrations.
Bande critique / Bark / ERB
filtre auditif de base. Deux partiels dans la même bande se gênent.
Battement binaural
pouls créé par le cerveau entre deux oreilles, sans enveloppe dans l’air.
Battement du 1er ordre
pouls |fa-fb| entre deux sons proches.
Battement du 2e ordre
pouls entre partiels qui devraient coïncider (quinte, tierce désaccordées).
Bruit de fond
tout ce que le capteur enregistre en l’absence du signal étudié : bruit ambiant (trafic, vent, houle) et bruit propre du micro et de l’électronique. Il fixe le plus petit signal mesurable. Ce n’est pas un « silence » : pour corriger une mesure un peu au-dessus du fond, on soustrait les grandeurs quadratiques, jamais les dB, et seulement si l’écart dépasse quelques décibels. Voir la clé sur le bruit et la clé sur l’incertitude.
c et cs
dans l’air et l’eau, c est la célérité du son ; en astrophysique et en cosmologie, c est la vitesse de la lumière (299 792 458 m/s) et cs la célérité du son. Dans le fluide primordial, cs vaut au plus c/√3, environ 58 % de la vitesse de la lumière : ne pas y transporter les 343 m/s de l’air, ni le γ de l’air dans une étoile. Voir l’héliosismologie et le fluide primordial.
Calibration / étalonnage
relation mesurée entre la sortie d’un capteur (volts ou nombres numériques) et la grandeur physique (pascals), à une fréquence et un niveau donnés, obtenue avec une source de référence, par exemple un calibreur qui délivre 94 dB SPL, soit 1 Pa, à 1 kHz. La sensibilité d’un micro s’exprime en mV/Pa. Sans elle, un enregistrement donne des niveaux relatifs, en dBFS, pas des dB SPL. Ne pas confondre calibration et gain réglé à l’oreille. Voir la clé sur le microphone.
Causalité
principe selon lequel un système physique ne répond pas avant d’être excité : sa réponse impulsionnelle est nulle avant l’instant zéro. Elle lie gain et phase d’une fonction de transfert et impose un délai à tout traitement qui doit anticiper. Un « pré-écho » de codage ou un filtre à phase linéaire ne la violent pas : ils retardent tout le signal. Voir la réduction de bruit active et la clé sur la réponse impulsionnelle.
Cavitation
formation, croissance et effondrement de bulles dans un liquide quand la dépression acoustique descend assez bas, typiquement vers la pression de vapeur, avec l’aide de germes gazeux. L’effondrement concentre l’énergie : chocs, micro-jets, échauffement local, érosion ; c’est le principe des bacs de nettoyage à ultrasons. Ne pas la confondre avec l’échauffement par absorption ; en échographie, l’indice mécanique MI sert à en limiter le risque. Voir les ultrasons et la clé sur la cavitation.
Célérité
vitesse de phase de l’onde, en m/s : environ 343 m/s dans l’air à 20 °C, 1 480 m/s dans l’eau. Notée c dans ce dossier pour l’air et l’eau, cs quand c désigne la vitesse de la lumière. Ce n’est ni la vitesse du vent, ni celle de la source, ni la vitesse particulaire. Voir les grandeurs et la clé sur pression et vitesse particulaire.
Cent
1200log2(f2/f1). Un demi-ton tempéré = 100 cents.
Champ diffus
état idéal d’une salle où l’énergie réverbérée arrive de toutes les directions avec la même probabilité et se répartit uniformément. C’est l’hypothèse qui rend valables les formules de Sabine et d’Eyring. Il n’existe qu’approximativement, au-dessus de la fréquence de Schroeder et loin des parois : ne pas l’appliquer aux graves d’une petite pièce, dominés par quelques modes. Voir l’acoustique architecturale et la clé sur l’acoustique des salles.
Champ proche / champ lointain
près d’une source, à des distances comparables à sa taille ou à λ/2π, pression et vitesse particulaire ne sont pas en phase et le niveau ne suit pas la loi de l’inverse du carré. Loin, au-delà de plusieurs fois la taille de la source et, pour une grande ouverture, au-delà de la distance de Rayleigh, l’onde est localement plane, la pression décroît en 1/r (−6 dB par doublement) et la directivité ne dépend plus de la distance. Ne pas confondre champ lointain et champ libre, qui signifie seulement sans réflexions, ni le champ proche d’une source avec le champ réverbéré d’une salle. Voir distance et atténuation et la clé sur champ proche et champ lointain.
Chirp
signal dont la fréquence glisse ; signature audio des coalescences LIGO.
Clic on-axis
mesure dans l’axe du faisceau. Hors axe, le cachalot paraît multi-pulsé et plus faible.
Cochlée
limaçon de l’oreille interne, analyseur fréquentiel vivant.
Cohérence
deux signaux sont cohérents quand leur écart de phase reste stable pendant la durée d’observation ; ils interfèrent alors durablement, avec renforcement ou annulation au même point. On la mesure par un coefficient sans unité, entre 0 et 1, fréquence par fréquence. Ne pas la confondre avec « même fréquence » : deux sources indépendantes de même fréquence nominale dérivent l’une par rapport à l’autre, et leurs pressions quadratiques s’additionnent en moyenne (+3 dB), alors que deux contributions cohérentes, égales et en phase donnent +6 dB. Voir interférence et ondes stationnaires et la clé sur phase et cohérence.
Compensation Doppler
baisser f émise pour garder l’écho dans la fovéa.
Compression / raréfaction
zones d’une onde où la pression acoustique p est positive (compression : le milieu y est localement plus serré, ρ' > 0) ou négative (raréfaction). Grandeur : p, en pascals, écart autour de la pression d’équilibre P0. Une raréfaction n’est pas un vide : à 94 dB SPL, elle retire au plus 1,4 Pa aux 101 325 Pa de l’atmosphère. Voir Qu’est-ce que le son et la clé sur pression et vitesse particulaire.
dB re 1 µPa @ 1 m
niveau de source dans l’eau. Ne pas le lire comme un dB SPL d’air.
dBFS
niveau numérique rapporté à la pleine échelle du système. Il ne donne pas directement la pression à l’oreille.
Décibel
dix fois le logarithme décimal d’un rapport d’énergies ou de puissances, ou vingt fois celui d’un rapport de pressions. Un nombre en dB n’a de sens qu’avec sa grandeur, sa référence, sa pondération et sa durée de mesure : dB SPL (référence 20 µPa dans l’air), dB re 1 µPa dans l’eau, dB(A), dBFS. 0 dB SPL correspond à peu près au seuil d’audition vers 1 kHz ; +10 dB donnent environ la sensation « deux fois plus fort », ordre de grandeur et non loi stricte. On n’additionne pas des décibels : on additionne les grandeurs quadratiques, puis on revient en dB. Voir les grandeurs, distance et atténuation et la clé sur les niveaux.
Δν
grande séparation : écart de fréquences entre certains modes stellaires, approximativement égal à l’inverse du temps d’aller-retour acoustique dans l’étoile.
Densité spectrale de puissance
répartition de la puissance d’un signal aléatoire par unité de largeur de bande, en Pa²/Hz, ou en dB re (20 µPa)²/Hz. Le niveau mesuré dans une bande dépend de sa largeur : un bruit blanc gagne 3 dB quand la bande double. Ne pas comparer sans correction les niveaux d’un bruit analysé en tiers d’octave et en FFT fine, ni confondre cette densité avec le spectre de raies d’un son périodique. Voir la clé sur le bruit et la densité spectrale.
Diffraction
l’onde contourne un obstacle comparable à λ. Les graves « tournent les coins » ; les aigus moins.
Diffusion
redistribution d’une onde dans de nombreuses directions par des objets ou des irrégularités : particules, bulles, rugosité d’une paroi, turbulence de l’air. Son efficacité dépend du rapport entre la taille de l’objet et la longueur d’onde : un obstacle très petit devant λ diffuse très peu, et d’autant moins que la fréquence est basse. Un diffuseur de salle ne supprime pas l’énergie, il la répartit ; ne pas confondre diffusion et absorption, ni la diffusion d’une onde avec celle de la chaleur. Voir la clé sur la diffusion et la clé sur absorption et isolation.
Directivité
variation, selon la direction, du niveau rayonné par une source ou de la sensibilité d’un récepteur, à distance fixe en champ lointain ; on l’exprime par un diagramme ou par un indice en dB. Elle dépend du rapport entre la taille de la source et la longueur d’onde : un haut-parleur de 10 cm est presque omnidirectionnel à 200 Hz (λ ≈ 1,7 m) et directif à 10 kHz (λ ≈ 3,4 cm). Ne pas confondre directivité et puissance : une source plus directive ne rayonne pas plus d’énergie, elle la répartit autrement. Voir la voix publique et la clé sur la directivité.
Dispersion
dépendance de la célérité d’une onde à sa fréquence. L’air est très peu dispersif dans l’audible : tous les sons y vont pratiquement à la même vitesse, ce qui préserve la forme d’un signal. Une plaque en flexion, un plasma ou un guide d’onde sont dispersifs : une impulsion s’y étale en glissement de fréquence. Ne pas confondre la dispersion, une vitesse qui dépend de la fréquence, avec l’atténuation, une amplitude qui diminue, ni avec la divergence géométrique. Voir les phonons et la clé sur la dispersion.
Dissipation
transformation de l’énergie acoustique en chaleur par viscosité, conduction thermique et relaxation moléculaire : oxygène, azote et vapeur d’eau dans l’air ; acide borique et sulfate de magnésium dans l’eau de mer. Elle se chiffre par un coefficient d’atténuation, en dB/km ou en Np/m, qui croît vite avec la fréquence. Ne pas la confondre avec la divergence géométrique ou la diffusion, où l’énergie n’est pas perdue mais répartie ou déviée. Voir distance et atténuation et la clé sur l’atténuation.
Distance critique
distance à la source où le niveau du son direct égale celui du champ réverbéré. Pour une source omnidirectionnelle, elle vaut environ 0,057√V/T60 mètre, avec V en m³ et T60 en secondes : de l’ordre d’un mètre dans une salle de classe de 200 m³ où T60 = 0,6 s. Au-delà, s’éloigner ne fait presque plus baisser le niveau : ne pas y appliquer la règle des −6 dB par doublement. Voir la clé sur l’acoustique des salles.
Dither
bruit minuscule ajouté avant l’arrondi numérique pour transformer une distorsion en souffle.
Divergence géométrique
baisse du niveau due à la seule répartition de la puissance sur une surface qui grandit avec la distance : I ∝ 1/r^2 pour une source ponctuelle en champ libre (−6 dB par doublement de distance), 1/r pour une source linéique comme une route chargée (−3 dB). Aucune énergie n’est perdue. Ne pas la confondre avec l’absorption, qui transforme de l’énergie en chaleur, ni avec la diffusion, qui la dévie. Voir distance et atténuation et la clé sur l’atténuation.
Doppler
changement de la fréquence reçue quand la source ou l’observateur se déplace par rapport au milieu : f' = f (c ± vo)/(c mp vs), signes du haut quand ils se rapprochent. Les vitesses se mesurent par rapport à l’air : avec du vent, soit on les corrige du vent, soit on garde les vitesses au sol et on remplace c par c + w, jamais les deux. Ne pas le confondre avec le décalage cosmologique vers le rouge ni avec un battement, qui n’exige aucun mouvement. Voir le Doppler et la clé sur le Doppler.
Duty cycle
fraction du temps occupée par l’émission. CF bats : élevé. FM bats : faible.
eac, I, Wac
densité d’énergie acoustique, en J/m³ ; intensité, en W/m², grandeur vectorielle ; puissance acoustique d’une source, en watts. Ne pas confondre intensité, pression et puissance totale, et ne pas noter P une puissance dans une formule où P désigne déjà une pression. Voir la clé sur énergie et intensité.
Écholocation
se situer par l’écho de ses propres cris. Griffin, chauves-souris ; dauphins ; sonars.
Équilibre / perturbation
un milieu au repos a un état d’équilibre (pression P0, masse volumique ρ0, température) ; le son est une petite perturbation qui s’y superpose (pression p en Pa, variation de masse volumique ρ' en kg/m³, vitesse particulaire u en m/s). L’équilibre n’est pas l’immobilité des molécules : leur agitation thermique, de plusieurs centaines de mètres par seconde, existe sans aucun son ; le son est l’écart moyen organisé qui s’y ajoute. Voir Qu’est-ce que le son et la clé sur pression et vitesse particulaire.
f, ω, k, λ
fréquence f, en hertz (cycles par seconde) ; pulsation ω = 2π f, en rad/s ; nombre d’onde k = 2π/λ, en rad/m ; longueur d’onde λ, en mètres. Ne pas confondre un cycle et un radian, qui diffèrent d’un facteur 2π, ni la fréquence temporelle f avec la fréquence spatiale 1/λ. Voir les grandeurs et les mathématiques du son.
fpe
fréquence plasma électronique ∝√ne.
FFT
transformée de Fourier rapide (Cooley & Tukey 1965, Gauss 1805) : Nlog N au lieu de N^2.
Figure de Chladni
sable sur les lignes nodales d’une plaque.
Flux énergétique / intensité acoustique
puissance acoustique qui traverse une surface unité, moyennée sur le temps : vecI = overlinep vecu, en W/m². C’est un vecteur, qui a une direction. Ne pas le confondre avec la pression, qui est un scalaire, ni avec la puissance totale d’une source, en watts : dans une onde stationnaire pure, la pression peut être forte en un point et l’intensité moyenne nulle. Voir la clé sur énergie et intensité.
Focalisation
concentration de l’énergie dans une zone par une lentille, un miroir ou des retards électroniques appliqués aux éléments d’un réseau. La tache focale a une largeur de l’ordre de la longueur d’onde multipliée par le rapport entre distance focale et ouverture. Focaliser n’amplifie rien : l’énergie est redistribuée, et hors de la zone focale la résolution se dégrade. Voir les ultrasons et la clé sur la focalisation.
Fonction de transfert
rapport, fréquence par fréquence, entre la sortie et l’entrée d’un système linéaire : un gain, souvent en dB, et une phase. C’est la transformée de Fourier de la réponse impulsionnelle ; la HRTF, la courbe d’un micro, un égaliseur ou l’oreille moyenne s’en décrivent. Ne pas la réduire à sa seule courbe d’amplitude : deux systèmes de même gain peuvent avoir des phases, donc des formes d’onde de sortie, différentes. Voir la localisation et la clé sur la réponse impulsionnelle.
Fondamentale virtuelle
hauteur calculée par l’audition à partir d’harmoniques, même si f0 est absent.
Formant
bosse du filtre vocal. Fait le [a] ou le [i], presque indépendamment de la note chantée.
Fourier
décomposition d’un timbre en partiels. Base du MP3 comme de Helmholtz.
Fovéa acoustique
sur-représentation neurale d’une bande étroite (rhinolophe ~83 kHz).
Fréquence de Schroeder
fS ≈ 2000√T60/V : au-dessus, les modes de la salle se recouvrent et l’acoustique devient statistique.
Fuite spectrale
étalement de l’énergie d’une sinusoïde sur plusieurs raies d’une FFT quand la fenêtre d’analyse ne contient pas un nombre entier de périodes. Une fenêtre de pondération (Hann, Blackman…) la réduit, au prix d’un pic plus large. Ne pas prendre ces raies voisines pour des composantes réelles du son, ni pour du bruit. Voir analyser et la clé sur reconstruction et analyse.
Gel
adaptateur Z air/peau, pas un lubrifiant décoratif.
Harmonique
partiel de fréquence n f0. Le timbre naît de leur dosage.
HRTF
fonction de transfert liée à la tête : filtrage par pavillon, tête et épaules qui code la direction (haut / bas, avant / arrière).
Impédance acoustique
rapport entre une pression et une vitesse, ou un débit, qui dit combien un milieu ou une structure « résiste » à être mis en mouvement. Trois grandeurs à ne pas mélanger : l’impédance caractéristique d’un milieu, Z = ρ c dans ce dossier, en Pa·s/m ou rayls (environ 413 pour l’air à 20 °C, 1,5 × 10⁶ pour l’eau) ; l’impédance spécifique locale z = p/u en un point ou sur une paroi, de même unité, qui dépend du champ et de la fréquence ; l’impédance de conduit p/U, en Pa·s/m³, avec U le débit volumique. Un écart d’impédance entre deux milieux fait réfléchir l’onde : écho, gel d’échographie, rôle de l’oreille moyenne. Ne pas appliquer p = ρ c u hors d’une onde plane progressive. Voir Impédance et écho et la clé sur l’impédance.
Infrason / ultrason
sous 20 Hz / au-dessus de 20 kHz pour l’humain standard.
Inharmonicité
partiels qui s’écartent de n f0 (cordes raides, cloches, gongs).
Intermodulation
apparition, dans un système non linéaire excité par deux fréquences f1 et f2, de composantes à f2 - f1, f1 + f2, 2f1 - f2… qui ne sont pas des harmoniques. Elle trahit la distorsion d’un ampli ou d’un haut-parleur ; les haut-parleurs paramétriques l’exploitent dans l’air. Ne pas confondre le son de différence créé par intermodulation, présent dans le signal, avec un battement, simple variation d’enveloppe sans nouvelle fréquence. Voir les battements, la clé sur la non-linéarité et la clé sur les modulations.
Isolement
capacité d’une construction à empêcher le son de passer d’un local à l’autre, mesurée en dB comme la différence de niveau entre le local d’émission et le local de réception, corrigée de la réverbération de ce dernier. Il dépend de la masse, de l’étanchéité, des découplages et de tous les trajets. Ne pas confondre isolement et absorption : tapisser un mur de mousse traite l’écho de la pièce, pas le bruit chez le voisin. Voir la clé sur absorption et isolation et la clé sur la transmission par les parois.
Isosonique
courbe d’égale sonie (Fletcher–Munson, puis ISO 226).
ITD / ILD
différences interaurales de temps (graves, ≤ 0,65 ms) et de niveau (aigus, ombre de la tête). Rayleigh 1907.
Lp, LI, LW, Leq
niveau de pression, 20log10(prms/20 µPa) dans l’air ; niveau d’intensité, référence 1 pW/m² ; niveau de puissance, référence 1 pW ; niveau équivalent, niveau constant qui porterait la même énergie sur une durée donnée. Tous en dB, chacun avec sa référence. Le LW d’une source n’est pas un Lp mesuré à une distance, et un Leq sans durée ni pondération n’a pas de sens. Voir la santé publique et la clé sur les niveaux.
Largeur de bande
étendue de fréquences Δ f, en hertz, sur laquelle un système répond ou un signal contient de l’énergie. Pour un résonateur, largeur du pic à mi-puissance (−3 dB) : Δ f ≈ f0/Q, et plus elle est étroite, plus le son dure. Pour un signal, elle fixe la finesse temporelle de ses détails : Δ t Δ f reste de l’ordre de 1. Ne pas confondre la largeur de bande d’un système, sa réponse, avec celle d’un signal, son contenu ; ni une largeur à −3 dB avec une largeur à −6 dB. Voir la clé sur l’oscillateur amorti, la clé sur le bruit et le son devient nombre.
Linéarisation
approximation qui ne garde, dans les équations du fluide, que les termes proportionnels aux petites perturbations ; elle conduit à l’équation d’onde et au principe de superposition. Elle suppose p ll P0 et u ll c : même à 120 dB SPL, p vaut 20 Pa, soit 0,02 % de la pression atmosphérique. « Linéaire » ne veut pas dire « peu fort à l’oreille » ; à très fort niveau, ou sur de longs trajets où de petits écarts s’accumulent, elle cesse de valoir. Voir Mathématiques du son et la clé sur la non-linéarité.
LUFS
mesure normalisée de la sonie (ITU-R BS.1770, EBU R128). La normalisation des plateformes réduit l’intérêt d’un master poussé simplement plus fort.
Microbarom
fond infrasonore océanique ~0,2 Hz.
Microbaromètre
capteur d’infrason. Pas un SM58.
Milieu continu
modèle qui décrit l’air, l’eau ou un solide par des grandeurs (p, ρ, u) définies en chaque point, sans suivre les molécules. Il vaut tant que la longueur d’onde reste très grande devant le libre parcours moyen des molécules, environ 70 nm dans l’air au sol. Ce n’est pas une propriété du milieu réel mais une approximation : elle cesse de valoir dans un gaz très raréfié, ou dans l’air pour des fréquences de l’ordre du gigahertz. Voir Qu’est-ce que le son et la clé sur pression et vitesse particulaire.
Mode
ou mode propre : façon de vibrer collectivement qu’un système peut entretenir seul, sans excitation, caractérisée par une forme spatiale avec ses nœuds, une fréquence propre (Hz) et un amortissement. Un mode existe même quand il n’est pas excité ; ce qu’on en mesure dépend de l’endroit où l’on frappe et de l’endroit où l’on écoute : un capteur placé sur un nœud ne le voit pas. Ne pas confondre mode et harmonique : les modes d’une plaque, d’une membrane ou d’une cloche ne sont pas des multiples entiers du premier. Voir ondes stationnaires, les instruments et la clé sur les modes.
Mode évanescent
onde dont l’amplitude décroît exponentiellement avec la distance au lieu de se propager ; il apparaît dans un conduit sous la fréquence de coupure d’un mode transverse, ou près d’une plaque qui vibre avec une longueur d’onde plus courte que celle du son dans l’air. Il ne transporte pas d’énergie vers le lointain. Ne pas le confondre avec une onde affaiblie par absorption : l’évanescence n’exige aucune perte. Voir la clé sur le rayonnement et la clé sur champ proche et champ lointain.
Mode p / g / f
oscillation stellaire : pression, gravité interne, gravité de surface.
Mode propre (salle)
onde stationnaire entre parois : f = c/2√sum (ni/Li)^2. Le « boom » d’une chambre.
Niveau de référence
valeur fixée par convention à laquelle un niveau compare une grandeur : 20 µPa pour une pression dans l’air, 1 µPa dans l’eau, 1 pW/m² pour une intensité, 1 pW pour une puissance, la pleine échelle en numérique. Ne jamais comparer deux niveaux de références différentes sans conversion : 120 dB re 1 µPa et 94 dB re 20 µPa désignent la même pression efficace, 1 Pa ; et même à pression égale, l’eau et l’air ne transportent pas la même intensité, car leurs impédances diffèrent. Voir la clé sur les niveaux.
Non-linéarité
comportement d’un système ou d’un milieu dont la réponse n’est plus proportionnelle à l’excitation. Elle crée des fréquences absentes à l’entrée (harmoniques, sommes et différences) et raidit les fronts d’onde à fort niveau. Ne pas l’attribuer à tout son fort : sur un court trajet, l’air reste presque linéaire tant que p ll P0, et la distorsion entendue vient souvent d’abord du haut-parleur ou de l’électronique ; sur de longues distances, de petits effets s’accumulent. Voir la clé sur la non-linéarité.
Nyquist–Shannon
si le signal est limité en bande et la reconstruction idéale, fs > 2 fmax permet de le reconstruire à partir des échantillons.
Nœud
lieu où l’amplitude d’une onde stationnaire est nulle, à condition de dire de quelle grandeur. Dans un tube, un nœud de déplacement (et de vitesse particulaire) est un ventre de pression, et inversement : ils sont décalés d’un quart de longueur d’onde. Dans le modèle simple de Kundt, la poudre s’amasse aux nœuds de déplacement, qui sont des ventres de pression. Une extrémité fermée impose un nœud de déplacement ; une extrémité ouverte, approximativement un nœud de pression. Voir les tuyaux et la clé sur les conditions aux limites.
Onde de choc
front où pression, masse volumique et vitesse du fluide varient presque brutalement, et qui avance plus vite que le son dans le milieu au repos : bang supersonique (onde en N), explosion, tonnerre près de l’éclair. Ce n’est pas un son ordinaire très fort : c’est un régime non linéaire, et la formule de Doppler ne s’y applique plus. Voir le Doppler et la clé sur la non-linéarité.
Onde longitudinale
déplacement parallèle à la propagation (air, eau). Les solides admettent aussi du transverse.
Otoémission
son émis par la cochlée (Kemp 1978).
Ouverture
taille d’un émetteur, d’un capteur ou d’un réseau d’éléments, rapportée à la longueur d’onde. Plus l’ouverture D est grande devant λ, plus le faisceau est étroit, de largeur angulaire de l’ordre de λ/D radian, et plus la résolution latérale est fine. Même physique que la diffraction par une porte, mais ne pas confondre l’ouverture d’un capteur avec l’ouverture d’une salle. Voir la clé sur la directivité et la clé sur la focalisation.
P0, p, prms, hatp
pression d’équilibre, environ 101 325 Pa au niveau de la mer, notée simplement P dans la formule de Newton–Laplace ; pression acoustique, petite variation autour de P0 ; sa valeur efficace ; sa valeur de crête. Toutes en pascals. Ne pas confondre la pression atmosphérique, qui ne s’entend pas, avec la pression acoustique, ni une valeur efficace avec une crête. Voir les grandeurs, la clé sur pression et vitesse particulaire et la clé sur les niveaux.
Phase
position dans le cycle d’une oscillation à un instant et en un lieu donnés, en radians (2π rad par cycle) ou en degrés. Pour comparer deux sons au même point, seule leur différence de phase compte. Ne pas confondre phase et retard : un retard Δ t produit une différence de phase 2π f Δ t qui grandit avec la fréquence, d’où le filtrage en peigne d’une réflexion. Voir la clé sur phase et cohérence et les battements.
Phonon
quantum de vibration de réseau.
Pics acoustiques CMB
pics du spectre de puissance angulaire du fond diffus cosmologique. Ils conservent la signature statistique des oscillations acoustiques du fluide photons-baryons, figées à la recombinaison ; leur position et leur hauteur dépendent de l’évolution de ce fluide (baryons, matière noire, amortissement) et de la géométrie qui projette une longueur d’alors en un angle d’aujourd’hui. Ils se repèrent par le multipôle ℓ, sans unité, pas en hertz ; « fondamental » et « harmoniques » y sont une analogie musicale, pas les modes d’une cavité à parois. Voir le fluide primordial.
Piézoélectricité
contrainte ↔ charge. Quartz des Curie, cœur du sonar et de l’échographe.
Plasma wave
oscillation collective d’un gaz ionisé. Voyager « entend » ça, pas de l’air.
Polarité
signe d’un signal : inverser la polarité multiplie la pression par −1 à toutes les fréquences à la fois. Ne pas la confondre avec un déphasage de 180°, qui n’a de sens qu’à une fréquence donnée, ni avec un retard, qui décale chaque fréquence d’une phase différente. Deux haut-parleurs câblés en polarité inverse s’annulent surtout dans les graves, là où leur écart est petit devant la longueur d’onde. Voir la clé sur phase et cohérence et la réduction de bruit active.
Pondération fréquentielle
filtre normalisé appliqué au signal avant le calcul d’un niveau : A, qui atténue fortement les graves, image grossière de la sensibilité de l’oreille à faible niveau ; C, presque plate, pour les crêtes et les forts niveaux ; Z, sans filtre ; G, pour les infrasons. Le résultat s’écrit dB(A), dB(C)… Ne pas comparer un dB(A) à un dB(C), ni prendre un dB(A) pour une mesure de sonie : c’est un filtre fixe, qui ne suit pas l’oreille selon le niveau. Voir la sécurité auditive et la clé sur les niveaux.
Pondération G
filtre de mesure normalisé pour l’infrason (ISO 7196).
Portée non ambiguë
distance maximale qu’un sonar ou un échographe à impulsions répétées peut attribuer sans erreur : l’écho doit revenir avant l’impulsion suivante, soit dmax = c/(2 frép), avec frép la cadence des impulsions ; environ 15 cm pour un échographe à 5 000 impulsions par seconde. Au-delà, un écho lointain se replie en fausse cible proche. Ne pas la confondre avec la portée de détection, fixée par le bilan de l’écho. Voir la clé sur le temps de vol et la clé sur le bilan de l’écho.
Premières réflexions
réflexions sur les surfaces proches, qui arrivent dans les premières dizaines de millisecondes après le son direct. Avant le repère de 50 ms utilisé pour la clarté de la parole (80 ms pour la musique), l’oreille les fusionne avec le son direct et elles peuvent renforcer l’intelligibilité ; plus tardives et fortes, elles sont entendues comme un écho. Ne pas les confondre avec la réverbération, queue diffuse du son, ni croire qu’un seul T60 les décrit. Voir l’acoustique architecturale et la clé sur l’acoustique des salles.
Pression de radiation
force moyenne non nulle qu’une onde exerce sur un obstacle ou une interface, parce qu’elle transporte de la quantité de mouvement. Elle s’exprime en pascals et reste faible, de l’ordre de I/c, mais suffit à léviter de petites gouttes ou billes. Ne pas la confondre avec la pression acoustique p, qui s’annule en moyenne sur un cycle. Voir la clé sur les forces acoustiques.
Q, τ, Δ f
facteur de qualité, sans unité ; constante de décroissance, en secondes ; largeur de bande à mi-puissance, en hertz. Pour un résonateur peu amorti, Q ≈ f0/Δ f, et l’amplitude décroît avec une constante 1/(π Δ f), l’énergie avec une constante deux fois plus courte. Ne pas confondre ces deux constantes ; dans la loi de Mersenne, τ désigne une autre grandeur, la tension de la corde, en newtons. Voir la clé sur l’oscillateur amorti.
Quantification
arrondi de chaque échantillon sur n bits ; SNR ≈ 6,02 n + 1,76 dB.
Racine (d’un accord)
note qui organise l’identité harmonique de l’accord, distincte de sa note la plus grave lorsqu’il est renversé. La fondamentale virtuelle contribue à des modèles de perception (Terhardt 1974), mais ne suffit pas à définir cette racine : timbre, disposition et contexte interviennent.
Rapport signal sur bruit
rapport entre la puissance du signal utile et celle du bruit dans la même bande, exprimé en dB (SNR, signal-to-noise ratio). En numérique, la quantification en donne environ 6 dB par bit. Ne pas le citer sans la bande et la pondération, ni le confondre avec la dynamique ou le niveau maximal. Voir quantifier, la clé sur le bruit et la clé sur le bilan de l’écho.
Rayl
unité d’impédance acoustique Z=ρ c (de Rayleigh).
Rayonnement acoustique
transfert d’énergie d’une surface vibrante vers le fluide, sous forme d’onde qui s’éloigne. Il dépend de la vitesse de la surface, de sa taille devant la longueur d’onde et de la façon dont ses parties bougent : une petite source qui pousse l’air d’un côté pendant qu’elle le tire de l’autre, diapason nu ou haut-parleur sans enceinte, rayonne mal dans les graves (court-circuit acoustique). Ne pas confondre l’amplitude de vibration d’un objet et la puissance qu’il rayonne. Voir la clé sur le rayonnement et la clé sur la production du son.
Reconstruction
opération qui refait un signal continu à partir de ses échantillons : en théorie par une somme de sinus cardinaux, en pratique par un convertisseur et un filtre de lissage. Elle ne restitue exactement le signal que s’il était limité en bande sous fs/2. Les « marches d’escalier » d’un dessin d’échantillons ne sont pas le signal reconstruit, qui est lisse. Voir échantillonner et la clé sur reconstruction et analyse.
Réflexion / réverbération
un écho est une réflexion distincte ; la réverbération est un nuage d’échos fusionnés. T60 la mesure.
Règle des 3 dB
dans un modèle de dose à énergie égale, chaque +3 dB(A) divise par deux la durée correspondant à la même dose (référence professionnelle : 85 dB(A) → 8 h ; 100 dB(A) → 15 min).
Réponse impulsionnelle
signal de sortie d’un système linéaire et invariant excité par une impulsion infiniment brève ; elle contient tout son comportement : son direct, réflexions et réverbération d’une salle, résonances d’un instrument ou d’un haut-parleur. Sa transformée de Fourier est la fonction de transfert. On la mesure en pratique par un balayage sinusoïdal ou une séquence de bruit, suivis d’un calcul. Ne pas la confondre avec l’enregistrement d’un claquement de mains, qui n’en donne qu’une estimation limitée en bande et en dynamique. Voir l’acoustique architecturale et la clé sur la réponse impulsionnelle.
Résolution / précision / incertitude
la résolution est le plus petit écart que la méthode distingue (deux échos, deux fréquences voisines) ; la précision, ou fidélité, est la dispersion des résultats d’une mesure répétée ; l’incertitude est l’intervalle qu’on associe honnêtement au résultat, en comptant aussi les erreurs systématiques d’étalonnage et de modèle. Le nombre de décimales affichées n’est pas une précision, et une bonne fidélité n’est pas l’exactitude : un sonar réglé avec une mauvaise célérité peut être très répétable et faux. Voir la clé sur le temps de vol et la clé sur l’incertitude.
Résolution axiale / latérale
la résolution axiale est le plus petit écart en profondeur entre deux cibles séparables, fixé par la durée de l’impulsion : environ la moitié de sa longueur dans le milieu. La résolution latérale est le plus petit écart perpendiculaire au faisceau, fixé par sa largeur (longueur d’onde, ouverture, focalisation). En échographie, monter en fréquence améliore les deux mais réduit la portée. Ne pas les confondre : une impulsion plus brève n’affine pas un faisceau large. Voir les ultrasons, la clé sur le temps de vol et la clé sur la focalisation.
Résonance
grande réponse d’un système forcé quand la fréquence d’excitation approche l’une de ses fréquences propres : verre qui chante, salle qui bourdonne, pont, atome, phonon. Le pic est d’autant plus haut et étroit que l’amortissement est faible ; sa position exacte et sa largeur dépendent de l’amortissement et de la grandeur observée (déplacement, vitesse, pression rayonnée). La résonance ne crée pas d’énergie : elle l’accumule cycle après cycle. Ne pas la confondre avec la vibration libre, qui se poursuit après l’arrêt de l’excitation, à la fréquence propre amortie. Voir la résonance, l’expérience des diapasons et la clé sur l’oscillateur forcé.
Résonance de Schumann
modes EM Terre–ionosphère. Pas un son.
ρ0, ρ'
masse volumique d’équilibre (environ 1,2 kg/m³ pour l’air à 20 °C, 1 000 kg/m³ pour l’eau douce) et sa petite variation acoustique, en kg/m³. La masse volumique n’est pas la densité, qui est un rapport sans unité à celle de l’eau ou de l’air. Voir la clé sur pression et vitesse particulaire.
RMS / valeur efficace
racine de la moyenne du carré du signal sur une durée précisée : prms, en pascals. C’est elle qui entre dans le niveau Lp et qui se relie à l’énergie ; elle caractérise le niveau sur une durée sans le confondre avec la crête. La valeur de crête hatp est le maximum atteint : pour une sinusoïde, hatp = √2 prms, mais ce facteur de crête est bien plus grand pour un clic ou une percussion. Ne comparer une crête à une valeur efficace qu’après conversion, et ne pas prendre une valeur crête à crête, 2hatp pour une sinusoïde, pour une crête. Voir les grandeurs et la clé sur les niveaux.
Rugosité
percept de scie quand fbatt est trop rapide pour être compté, trop lent pour séparer deux notes.
Sabine
unité d’absorption ; aussi le nom de l’homme qui a rendu les salles calculables.
Sethares (courbe de)
dissonance sensorielle calculée sur tous les couples de partiels : la consonance dépend du timbre, pas seulement du rapport.
Silk damping
amortissement par diffusion des photons (1968).
Son solidien
vibration transmise par les structures (planchers, murs, canalisations) puis rayonnée dans l’air ailleurs : pas, machine à laver, perceuse. Ne pas le confondre avec le son aérien, qui frappe d’abord la paroi par l’air : on combat le son solidien par la désolidarisation (plots, chape flottante), pas par une masse ajoutée seule. Voir la clé sur la transmission par les parois.
Sonie
force perçue d’un son. Elle dépend du signal et de l’auditeur ; ce n’est pas un autre nom de l’intensité physique.
Sonification
transformation volontaire de données en son : transposition de fréquences, accélération du temps, association de grandeurs à des hauteurs ou à des timbres. C’est un outil de lecture, pas un enregistrement ; toute sonification doit annoncer sa transformation : Persée remonté de 57 ou 58 octaves, fond diffus cosmologique d’environ 50 octaves, champ électrique de Voyager envoyé dans un haut-parleur. Ne pas confondre un son fabriqué pour représenter une donnée avec l’enregistrement d’une onde de pression. Voir l’astronomie et le tableau de cohérence.
Source-filtre
Fant : source glottique × filtre du conduit.
Spectre
répartition de l’énergie selon la fréquence. Le visage du timbre.
STI / intelligibilité
indice qui relie réverbération, bruit et parole utile.
Streaming
ou vent acoustique : écoulement moyen et continu du fluide, entraîné par une onde intense à cause de l’absorption ou des couches limites ; il fait circuler des particules dans une cuve et déplace des fluides en microfluidique. C’est une vitesse en m/s, mais ne pas la confondre avec la vitesse particulaire, qui oscille et s’annule en moyenne, ni avec le streaming audio, la diffusion en continu sur Internet. Voir la clé sur les forces acoustiques.
Sunquake
réponse héliosismique à une éruption (Kosovichev).
Syrinx
organe vocal des oiseaux à la bifurcation de la trachée, deux sources indépendantes.
Tempérament
compromis d’accord. L’égal à 12 n’est pas la nature, c’est une politique du clavier.
Terminal buzz / creak
rafale de clics à l’approche finale (air ou eau).
TI / MI
indices thermique et mécanique d’un échographe.
Timbre
ensemble de qualités qui distinguent notamment deux sons de même hauteur et de sonie comparable ; le spectre et l’évolution temporelle y contribuent.
Tonotopie
carte des fréquences le long de la cochlée, puis du cortex.
Trajet latéral
chemin de transmission qui contourne la paroi séparative : plancher continu, façade, gaines, cloisons voisines qui relient deux pièces. Il limite l’isolement réel : une excellente cloison perd des décibels si le plancher transmet les vibrations sous elle. Ne pas confondre la performance d’une paroi mesurée en laboratoire avec l’isolement obtenu sur chantier. Voir la clé sur la transmission par les parois.
Transduction
conversion pression ↔ électricité : bobine mobile (e = Bℓ v, F = BIℓ), condensateur, électret, MEMS, piézo.
Transmission
passage d’une partie de l’énergie à travers une interface ou une paroi. Pour une paroi, on la chiffre par un indice d’affaiblissement en dB ; pour une paroi simple, la loi de masse donne environ +6 dB par doublement de la masse surfacique ou de la fréquence. Ne pas confondre transmission et absorption : un mur lourd transmet peu et absorbe peu, il réfléchit ; une mousse absorbe beaucoup mais laisse passer presque tout. Voir l’acoustique architecturale et la clé sur la transmission par les parois.
Triade
accord de trois sons ; majeure 4 : 5 : 6 (un morceau de série harmonique), mineure 10 : 12 : 15.
Type III
sursaut radio solaire à dérive de f, Langmuir → radio.
USV
ultrasonic vocalization, surtout rongeurs (22 kHz alarme / 50 kHz social chez le rat).
Vitesse de phase / vitesse de groupe
la vitesse de phase ω/k est celle à laquelle avance une crête d’onde sinusoïdale ; la vitesse de groupe dω/dk est celle de l’enveloppe d’un paquet d’ondes, qui porte en général l’énergie. Les deux s’expriment en m/s. Dans un milieu non dispersif, comme l’air audible, elles valent toutes deux c ; dans un milieu dispersif, elles diffèrent. Ne confondre ni l’une ni l’autre avec la vitesse particulaire. Voir la clé sur la dispersion.
Vitesse particulaire
vitesse u, en m/s, à laquelle un petit élément du milieu oscille autour de sa position d’équilibre. Dans une onde plane progressive, u = p/(ρ0 c) : pour 1 Pa efficace dans l’air, environ 2,4 mm/s. Ne pas la confondre avec la célérité c, vitesse à laquelle voyage la perturbation (343 m/s), ni avec la vitesse d’une source en mouvement. Voir la clé sur pression et vitesse particulaire.
xi, u, c
déplacement particulaire xi (« xi »), en mètres ; vitesse particulaire u, en m/s ; célérité du son c (ou cs), en m/s. À 1 kHz, en onde plane progressive, le déplacement efficace de l’air va d’environ 8 picomètres au seuil d’audition (0 dB SPL) à environ 0,4 µm à 94 dB SPL ; en valeurs de crête (× √2), environ 11 pm et 0,55 µm. Ne pas confondre le déplacement du milieu, sa vitesse d’oscillation, la vitesse de propagation et la vitesse d’une source. Voir la clé sur pression et vitesse particulaire.
z, Z, U
impédance spécifique z = p/u, en Pa·s/m (rayls) ; impédance de conduit p/U, en Pa·s/m³ ; débit volumique U, en m³/s. Dans le chapitre ultrasons, Z = ρ c désigne l’impédance caractéristique d’un milieu, en rayls. Une impédance n’a pas toujours la même unité : dire laquelle on utilise avant d’écrire p = z u. Voir Impédance et écho et la clé sur l’impédance.
Annexe · appareil critique
Sources et liens
Vérification
Les 237 affirmations du script ont été vérifiées une par une : 160 confirmées, 69 nuancées, 2 débattues, 4 erronées puis corrigées, 2 restées sans source suffisante. La fiche Bob Marley des portraits en ajoute dix, dont une nuancée puis corrigée. Les clés de physique en ajoutent 347, vérifiées de la même façon, et dix formulations du script ont été corrigées après un audit de complétude. Chaque verdict, avec ses références et 264 DOI contrôlés, est dans Les Sources et dans l'audit dossier-XXXI-son.md. Les 99 développements à déplier (« L'analyse mathématique », « En profondeur », « Histoire & sources ») en ajoutent 903, vérifiées par des agents indépendants : 744 confirmées, 118 nuancées, 21 débattues, 7 erronées puis corrigées, 13 non examinées et formulées avec prudence, avec 239 DOI de plus (503 au total) ; leur audit est dans dossier-XXXI-son-plis.md.
Bibliographie reprise intégralement et complétée dans le maître. Les articles originaux et les institutions priment sur les compilations ; les notices historiques parfois abrégées sont reliées aux rapports thématiques de l’annexe documentaire. Les corrections complémentaires ont leurs liens au fil du texte. Les médias restent des références à sélectionner et créditer, pas des fichiers déjà téléchargés ni des droits de diffusion présumés.
Institutions et articles de référence
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- Dr Nozman — L’expérience pour voir le son — youtube.com/watch?v=ku_1o4Dj50Q
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