Ère de Planck
En deçà de ce temps, la gravité elle-même devrait être quantique et une éventuelle unification des interactions reste hypothétique : aucune théorie validée ne décrit cet instant. C'est la frontière de ce que la physique sait dire.
Dossier · Chronologie cosmique
Du Big Bang à cette seconde même : 13,787 milliards d'années sur une seule frise interactive. Faites glisser le temps depuis le mur de Planck (10⁻⁴³ s) — puis dépliez les ~4,54 milliards d'années de la Terre, ses ères géologiques et toute l'histoire du vivant.
Ouverture
Entre la première fraction de seconde de l'univers et aujourd'hui, l'écart est si vertigineux qu'aucune frise « à plat » ne peut les montrer ensemble. La seule manière honnête est l'échelle logarithmique : chaque graduation multiplie le temps par dix. C'est le cœur du Chronoscope ci-dessous — un instrument où le mur de Planck et l'instant présent cohabitent enfin. Et pour réunir tout sur une seule année et une horloge de 24 h — à la manière de Carl Sagan —, le Grand Calendrier Cosmique interactif en plein écran ↗ prolonge ce dossier.
Enfin, parce que toute l'histoire de la Terre ne forme qu'un dernier trait sur la frise cosmique, l'Horloge de la Terre la déplie en entier : les quatre éons, toutes les ères et périodes géologiques (échelle ICS), l'histoire du vivant des premières bactéries à nous, et les cinq grandes extinctions.
Objectifs pédagogiques
Replacer chaque grand événement — Big Bang, fond diffus, premières étoiles, Soleil, vie — dans une chronologie chiffrée et sourcée.
Comprendre par la manipulation pourquoi l'échelle logarithmique et le calendrier cosmique disent deux vérités complémentaires.
Distinguer un fait mesuré (température, décalage vers le rouge, datation) d'une affirmation invérifiable.
Instrument · Échelle logarithmique
Chaque graduation multiplie le temps par 10. De 10⁻⁴³ seconde après le Big Bang jusqu'aux 4,35 × 10¹⁷ secondes d'aujourd'hui. Glissez, lisez, ou lancez la lecture.
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Astuce : cliquez sur un repère de la frise pour y sauter, ou utilisez les flèches du clavier sur le curseur.
Chronologie détaillée & sourcée
La première seconde concentre une physique extrême : tout ce qui suit en découle. Les durées sont théoriques (modèle standard de la cosmologie), les températures décroissent comme l'inverse du facteur d'échelle.

En deçà de ce temps, la gravité elle-même devrait être quantique et une éventuelle unification des interactions reste hypothétique : aucune théorie validée ne décrit cet instant. C'est la frontière de ce que la physique sait dire.
Selon les modèles d'inflation, l'Univers aurait connu une expansion fulgurante — d'au moins un facteur ~10²⁶ — en un instant infime. Elle lisse l'espace et étire de minuscules fluctuations quantiques en germes des futures galaxies.
Un plasma brûlant de quarks et de gluons emplit l'espace. En refroidissant sous ~2 × 10¹² K, les quarks se lient enfin pour former protons et neutrons : la matière prend sa structure familière.
Vers 1 seconde, les neutrinos se découplent. Une fois franchi le « goulot du deutérium », entre quelques minutes et ~20 minutes, protons et neutrons fusionnent : il se forge environ 75 % d'hydrogène et 25 % d'hélium (en masse), plus une trace de lithium. Cette composition, prédite puis mesurée, est l'une des grandes preuves du Big Bang.
Pendant des centaines de milliers d'années, l'univers reste un brouillard opaque. Puis il devient transparent — et libère le plus ancien rayonnement que l'on puisse observer.

Jusqu'ici, l'énergie de l'univers était dominée par le rayonnement. La densité de matière prend le dessus : c'est le moment où la gravité peut commencer à structurer la matière.
L'univers refroidit jusqu'à ~3 000 K : les électrons se lient enfin aux noyaux pour former des atomes neutres. La lumière, jusque-là sans cesse diffusée, peut voyager librement. Ce flash libéré, étiré par 13,8 milliards d'années d'expansion, nous parvient aujourd'hui à 2,725 K : c'est le fond diffus cosmologique, la plus vieille image de l'univers.
Aucune étoile n'existe encore. L'univers n'est qu'un gaz d'hydrogène et d'hélium qui s'effondre lentement sous sa propre gravité, dans le noir, autour de la trame invisible de matière noire.
La gravité l'emporte : les premiers astres s'allument et forgent, dans leur cœur, les éléments dont tout le reste — y compris nous — sera fait.

Les premières étoiles (population III), géantes et brûlantes, s'allument et percent l'obscurité. Leur lumière ultraviolette réionise peu à peu le gaz environnant. En explosant en supernovas, elles dispersent les premiers éléments lourds.
Les étoiles se rassemblent en galaxies primitives, observées aujourd'hui par le télescope James-Webb. Vers 1 milliard d'années, l'univers est entièrement réionisé et redevient transparent à la lumière ultraviolette.
Le taux de formation d'étoiles atteint son maximum dans l'histoire de l'univers. Les grandes galaxies, dont la Voie lactée, assemblent l'essentiel de leur masse.
Sur l'échelle logarithmique, toute l'histoire de la Terre tient dans la dernière fine tranche. Voici la part qui nous concerne — datée par la radioactivité et les fossiles.

Un nuage de gaz et de poussière enrichi par des générations d'étoiles s'effondre : le Soleil s'allume, les planètes se forment. La Terre se forme il y a environ 4,54 milliards d'années — d'abord couverte d'un océan de magma — et une collision géante donne naissance à la Lune.
Les plus anciens indices de vie microbienne pourraient remonter à ~3,8 Ga (interprétation discutée) ; des stromatolites vers ~3,5 Ga comptent parmi les preuves les plus robustes. Vers −2,4 Ga, la photosynthèse des cyanobactéries enrichit progressivement l'atmosphère en oxygène : la Grande Oxydation.
La vie complexe explose : squelettes, yeux, prédateurs. Les dinosaures apparaissent au Trias (~240–230 Ma) et deviennent dominants après la crise Trias–Jurassique (~201 Ma), jusqu'à l'impact d'un astéroïde au Yucatán (−66 Ma) qui ouvre la voie aux mammifères.
Notre espèce apparaît il y a ~300 000 ans ; l'histoire écrite, ~5 000 ans. Sur les 13,787 milliards d'années de l'univers, toute l'aventure humaine tient dans une lueur finale. C'est cette dernière seconde qui regarde, mesure et raconte tout le reste.
Zoom · 4,57 milliards d'années — du Système solaire naissant à nous
Sur la frise cosmique, toute l'histoire terrestre tient dans un dernier trait. La voici dépliée : éons, ères, périodes — et la vie qui les habite. Glissez ou cliquez une bande.

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L'histoire du vivant · grandes étapes
Sur 4 milliards d'années, la vie passe de l'unicellulaire invisible aux forêts, aux dinosaures et aux civilisations. Dates issues des fossiles et de la datation radiométrique.
Dans les océans, la chimie devient biologie : premiers indices de vie cellulaire (procaryotes). Les stromatolites, construits par des bactéries, comptent parmi les plus vieux fossiles connus (~3,5 Ga).
Les cyanobactéries rejettent de l'oxygène par photosynthèse. Ce gaz, toxique pour la vie d'alors, bouleverse l'atmosphère et déclenche une glaciation globale — mais ouvre la voie à la respiration.
Apparaissent les eucaryotes — cellules à noyau, dont descendent plantes, champignons et animaux. La reproduction sexuée (~1,047 Ga) accélère l'évolution.
Après les « Terre boule de neige », la faune d'Ediacara — organismes mous et plats — rassemble certains des plus anciens organismes macroscopiques complexes, dont plusieurs sont interprétés comme des animaux (ou proches des animaux), avant l'explosion cambrienne.
L'explosion cambrienne invente squelettes, yeux et prédateurs. Puis plantes, champignons et arthropodes colonisent la terre ferme ; les premiers vertébrés à mâchoires nagent.
Les tétrapodes marchent hors de l'eau (~375 Ma). Les forêts de fougères géantes, et un oxygène à ~35 %, nourrissent des insectes géants comme Meganeura. L'œuf à coquille libère les vertébrés de l'eau.
Après la « Grande Mort », les écosystèmes se reconstruisent ; les dinosaures apparaissent au Trias et deviennent dominants après la crise Trias–Jurassique (~201 Ma). Apparaissent aussi les premiers mammifères (~225 Ma), les oiseaux (Archaeopteryx, ~150 Ma) et les plantes à fleurs (~130 Ma).
L'astéroïde efface les dinosaures non-aviens ; les mammifères se diversifient. Les premiers homininés montrent des indices de bipédie (~7 Ma), le genre Homo apparaît (~2,8 Ma) et Homo sapiens il y a ~300 000 ans.



Les grands effondrements
L'histoire de la vie est aussi celle de ses quasi-anéantissements. Cinq crises majeures ont chacune effacé la majorité des espèces — pourcentages estimés par les paléontologues.
Une glaciation brutale fait chuter le niveau des mers, puis un réchauffement rapide. La première des cinq.
Une série de pulsations d'anoxie (manque d'oxygène) des océans, sur plusieurs centaines de milliers d'années.
Éruptions colossales des trapps de Sibérie : réchauffement et acidification. La plus dévastatrice de toutes.
Volcanisme massif lié à l'ouverture de l'Atlantique. Elle libère la voie à la domination des dinosaures.
Astéroïde de ~10 km au Yucatán (cause principale), peut-être conjugué aux trapps du Deccan (rôle discuté) : un hiver d'impact planétaire.
Et une sixième ? De nombreux biologistes décrivent aujourd'hui une crise d'extinction d'origine humaine, parfois qualifiée de sixième extinction de masse ; son ampleur finale dépendra des trajectoires écologiques et climatiques des prochaines décennies. Le rythme de disparition des espèces serait déjà 100 à 1 000 fois supérieur au taux naturel. À la différence des cinq précédentes, c'est la première dont une espèce — la nôtre — connaît la cause… et pourrait infléchir le cours.
Référence · Échelle des temps géologiques (ICS)
La charte chronostratigraphique internationale : éons, ères, périodes et époques, avec l'âge de leur début (en millions d'années) et la vie qui les caractérise. Les couleurs suivent la convention officielle de l'ICS.
| Éon | Ère | Période | Époque | Début (Ma) | Vie marquante |
|---|---|---|---|---|---|
| Hadéen | — | — | — | 4 567 | Monde stérile ; Système solaire, Terre (~4,54 Ga) et Lune |
| Archéen | — | — | — | 4 031 | Premières bactéries, stromatolites, photosynthèse |
| Protérozoïque | Paléoprotéro. | — | — | 2 500 | Grande Oxydation ; premiers eucaryotes |
| Protérozoïque | Mésoprotéro. | — | — | 1 600 | Reproduction sexuée ; algues |
| Protérozoïque | Néoprotéro. | Tonien | — | 1 000 | Premières éponges ; éclatement de Rodinia |
| Protérozoïque | Néoprotéro. | Cryogénien | — | 720 | « Terre boule de neige » |
| Protérozoïque | Néoprotéro. | Édiacarien | — | 635 | Faune d'Ediacara : vie animale molle |
| Phanérozoïque | Paléozoïque | Cambrien | — | 538,8 | Explosion cambrienne |
| Phanérozoïque | Paléozoïque | Ordovicien | — | 486,85 | Plantes terrestres ; 1ʳᵉ extinction |
| Phanérozoïque | Paléozoïque | Silurien | — | 443,1 | Conquête des terres émergées |
| Phanérozoïque | Paléozoïque | Dévonien | — | 419,62 | Poissons ; tétrapodes ; 2ᵉ extinction |
| Phanérozoïque | Paléozoïque | Carbonifère | — | 358,9 | Forêts, insectes géants, O₂ maximal |
| Phanérozoïque | Paléozoïque | Permien | — | 298,9 | Pangée ; 3ᵉ extinction (la plus sévère) |
| Phanérozoïque | Mésozoïque | Trias | — | 251,9 | Dinosaures & mammifères ; 4ᵉ extinction |
| Phanérozoïque | Mésozoïque | Jurassique | — | 201,4 | Règne des dinosaures ; premiers oiseaux |
| Phanérozoïque | Mésozoïque | Crétacé | — | 145,0 | Plantes à fleurs ; T. rex ; 5ᵉ extinction |
| Phanérozoïque | Cénozoïque | Paléogène | Paléocène | 66,0 | Radiation des mammifères |
| Phanérozoïque | Cénozoïque | Paléogène | Éocène | 56,0 | Mammifères modernes |
| Phanérozoïque | Cénozoïque | Paléogène | Oligocène | 33,9 | Refroidissement global |
| Phanérozoïque | Cénozoïque | Néogène | Miocène | 23,03 | Hominidés ; bipédie |
| Phanérozoïque | Cénozoïque | Néogène | Pliocène | 5,333 | Australopithèques |
| Phanérozoïque | Cénozoïque | Quaternaire | Pléistocène | 2,58 | Genre Homo ; âges glaciaires |
| Phanérozoïque | Cénozoïque | Quaternaire | Holocène | 0,0117 | Homo sapiens ; agriculture ; civilisation |
Empire contre Intox
On entend parfois que « personne n'était là pour le voir », donc que ces dates seraient inventées. Mais l'âge de l'univers ne repose pas sur une croyance : il se mesure, par plusieurs méthodes indépendantes qui concordent.
Le fond diffus cosmologique, photographié par les satellites COBE, WMAP puis Planck, donne 13,787 milliards d'années à ± 0,2 % près. La datation radiométrique des roches et météorites fixe l'âge de la Terre à 4,54 milliards d'années. Le décalage vers le rouge des galaxies mesure l'expansion ; les amas globulaires les plus vieux sont cohérents avec cet âge.
Quatre méthodes, quatre disciplines, un même résultat. C'est ça, une preuve scientifique : non pas un témoin, mais des mesures reproductibles qui se recoupent. La réalité de cette horloge cosmique n'a besoin d'aucun complot pour être vertigineuse — elle l'est déjà.